CHAPITRE XIV
le bord des ruisseaux ; le contact, le frôlement de l'air frais et léger y ajoute une sensation à la fois pénétrante et caressante. Voilà rapport de chacun des sens dans ce travail commun.
Et maintenant, si Ton cherche l'unité d'une description de ce genre, ne se dégage-t-elle pas toute seule d'un ensemble de sensations qur, toutes agréables et douces, s'unissent et se fondent dans une impression délicieuse?
Et si Ton cherchait quelque pensée morale pour relier entre eux tous les traits de la description, pour lui donner une physionomie; si l'on voulait animer le ruisseau, lui prêter l'intelligence et la vie, ne pourrait-on voir en lui le symbole de la bienfaisance aimable ? A qui le ruisseau ne rend-il pas service ? utile aux plantes qu'il nourrit, aux animaux qu'il désaltère, utile et agréable aux hommes dont il accroît le bien-être et charme tous les sens.
Quand donc l'enfant aura un sujet du même genre à traiter, qu'il s'astreigne à suivre la route que nous venons de jalonner ; il recueillera le long de cette route les formes, les couleurs, les sons et les parfums dont il pourra ensuite composer sa description. Peu à peu, en s'imposant cette méthode, il sentira son esprit se fortifier et s'enrichir.
Ce procédé si simple est toujours utile, quel que soit le sujet; mais on peut dire qu'il est indispensable dans les descriptions scientifiques, surtout dans celles de la minéralogie et de la botanique.
Voici un métalloïde, le soufre. Quand on aura énuméré les diverses sensations qu'il donne au toucher, à la vue, au goût, à l'odorat et à l'ouïe, on l'aura décrit. Si à cette description on ajoute Fénumération de ses propriétés, ce qui est affaire d'expérience, et non d'intuition, on aura donné de ce corps une connaissance suffisante ; mais c'est par la description qu'il faut commencer.
De même pour les plantes, les arbres, les fleurs; quand on en a précisé les formes, peint les couleurs, caractérisé les parfums et les saveurs, la description est suffisante pour un exercice d'école ; si l'on y ajoute des détails sur leur pays d'origine, sur les lieux où elles viennent le mieux, sur les divers procédés qu'on a successivement employés dans leur culture, etc., c'est en faire l'historique et non la description.
Mais la plante, l'arbr£ ne sont plus comme le minéral des corps simples ou composés d'éléments simples, de molécules invisibles, impalpables; ce sont des êtres doués de vie, de membres, d'organes, et dont la description plus complexe est par là même plus difficile et plus délicate. Quand on dit àTenfant : Vous me décrirez un lis, un rosier, un chêne, un acacia, l'enfant est souvent bien embarrassé pour entrer dans sa description, il regarde sa plante, son arbre, et ne sait, comme on dit, par quel bout les prendre. Venons lui donc en aide, traçons lui un plan, qui lui serve non pas cette fois seule-