CHAPITRE XIV
ment, mais pour toutes les occasions semblables ; que son esprit ne voltige pas comme le papillon capricieux, incertain, mais qu'il se dirige de manière à embrasser l'objet tout entier, au lieu de le toucher ici ou là au hasard.
Par où donc commencer? car toute méthode a pour but d'enseigner par où l'on commence, comment l'on poursuit et comment Ton termine.
Pour être plus sûr qu'il observera, que, chemin faisant, il ne laissera rien perdre, et que dans les mailles de son filet il prendra l'arbre tout entier, je l'engagerais à commencer par le commencement, c'est-à-dire parle pied, ou, mieux encore, par la racine, et, s'il peut, parla semence même; du pied il passe au tronc qu'il décrit avec sa forme, son écorce rugueuse ou polie; il monte ensuite aux branches dont il représente la naissance, l'agencement, la distribution ; de là aux rameaux, aux feuilles, puis à la fleur, puis au fruit et enfin à la graine ; le voilà revenu au point de départ ; la description est fermée, l'arbre est pris, en pied et tout entier.
Mais, me dira-t-on, ne pourrait-on renverser la description, et commencer par le fruit pour finir par la racine? Je reconnais qu'il y aurait encore là un certain ordre, c'est-à-dire une succession de parties qui se touchent et se tiennent ; mais cet ordre serait-il bien naturel, et ne vaut-il pas mieux suivre la nature dans son travail d'élaboration, d'organi-
sation, de développement, qui tend au fruit et s'y termine ?
On pourrait me dire encore que cette méthode est bien sèche, bien raide, bien uniforme. À cela je répondrai, que, sans vouloir écarter la poésie, notre but n'est pas de former des poètes, mais des esprits disciplinés et maîtres d'eux-mêmes, de leurs mouvements et de leur direction.
Aussi bien les poètes n'ont pas besoin qu'on les forme, ils se forment tout seuls, ou plutôt c'est la nature qui se charge de ce soin : nascuntur poetœ.
D'ailleurs, une fois l'habitude prise, on peut se relâcher de la rigueur du procédé ; parmi les traits recueillis par l'observation méthodique on peut prendre et laisser; on peut choisir ceux qui ont un rapport plus sensible avec le caractère qu'on veut donner à la description et le but particulier qu'on se propose. Je n'ignore pas que les plantes, que les fleurs surtout ont chacune sa beauté particulière et, si j'osais dire, une figure, un regard d'une expression différente, et même un langage: cela est si vrai que nous les prenons pour interprètes de nos sentiments, et que dans certains moments il nous semble qu'une fleur parle mieux que nous-mêmes.
Les arbres aussi ont leur individualité, leur attitude, leur physionomie, et, si j'osais dire, leur âme ; à les voir, ne dirait-on pas qu'ils expriment des sentiments ou révèlent des caractères ? Ne nous