CHAPITRE XTI
Ens'imposant de répondreàce petit questionnaire, c'est-à-dire en parcourant et reparcourant la série ascendante et descendante de nos devoirs, d'abord l'enfant apprendra, chemin faisant,àmieux connaître ses propres devoirs, ensuite à bien connaître la valeur morale des hommes sur lesquels il doit se former et porter un jugement.
S'il s'agit d'un personnage historique, c'est dans l'histoire que l'enfant puisera la matière de ses jugements et les couleurs de son portrait. Toute action est une preuve, un témoignage ; il suffît d'en rechercher le mobile et le caractère pour découvrir les passions bonnes ou mauvaises qui les ont engendrées. Les actions sont des effets, et entre les causes et les effets il y a des rapports de nature qui permettent de remonter des secondes aux premières, de passer du dehors au dedans, de la conduite à la conscience, de voir clair au plus profond de l'homme.
Quant aux qualités au défauts de l'esprit, c'est dans les occupations, dans les fonctions, dans les travaux ordinaires d'un homme qu'elles se manifestent et se déploient ; autres sont les qualités intellectuelles d'un savant ou celles d'un poète, autres sont les qualités d'un homme de guerre ou celles d'un magistrat.Si donc on veut se faire une idée de la valeur intellectuelle d'un homme, il faut se demander quelle a été sa profession, son métier, quelles sont les qualités nécessaires à l'exercice de cette profession, et, parmi ces qualités, quelles sont celles qu'il a possédées et à
quel degré, quelles sont celJes qui lui ont manqué et dans quelle mesure.
On voit que le portrait complet d'un homme est triple, qu'il exige non seulement de l'observation, mais du jugement. C'est un exercice fécond entre tous, mais qui demande à être choisi avec discernement et approprié avec soin au degré de culture ntellectuelle des enfants. La méthode que nous venons d'expo6er et qui consiste à ouvrir pour ainsi dire les actions pour savoir ce qu'elles contiennent de vice ou de vertu ; à monter et à descendre l'échelle des devoirs pour mesurer la richesse ou la pauvreté morale des hommes, à dénombrer les qualités essentielles qu'exige l'exercice d'une profession, la pratique d'un art, la culture d'une science, pour trouver les hauts et les bas, les pleins et les vides, le fort et lé faible de l'esprit ; cette méthode, dis-je, est applicable dès l'enfance, et si on l'applique avec suite et avec gradation, elle donne à l'esprit de la sûreté, de l'étendue, et aux jugements de la largeur et de la solidité.
Au-dessus du portrait historique ou individuel, il y a le portrait général ou impersonnel ; le premier peint tel ou tel homme, le second peint l'homme, la nature humaine, telle qu'elle devient sous l'influence permanente d'une passion, d'une habitude, d'une manie, d'une fonction, d'un état de fortune. 11 simplifie, pour saisir plus vivement l'esprit ; il prend une qualité ou un défaut, un vice ou une