II
En Europe plusieurs contrées, trois notamment : a France, la Belgique et la Norvège, ont inscrit la tempérance au programme des études.
D'abord la France. En 1896, sur la proposition de M: Buisson, le Ministre de l’Instruction publique, M. Poincarré, constitua une Commission chargée d’étudier un programme d'enseignement antialcoolique. A la suite du rapport de cette Commission parut, le 9 mars 1897, une circulaire ministérielle, restée célèbre dans le monde antialcoolique français, puisqu'elle inaugurait l’enseignement si ardemment désiré.
‘J'ai pensé, écrit le Ministre, qu’il appartenait à l'Univérsité de donner l’exemple. Elle y est d'autant plus intéressée que son œuvre serait stérile si, après tant de généreux efforts pour former les intelligences et les âmes des enfants, l’alcoolisme pouvait compromettre chez eux avec la vie physique, la vie intellectuelle et morale. If importe de leur signaler de bonne heure le danger, de leur inspirer la crainte et le dégoût de l’alcoolisme, de leur en faire comprendre toutes les conséquences. Les professeurs et les instituteurs s’acquitteront de ce rôle avec la conscience de faire œuvre de bien public. Je leur recommande de donner ces notions sous la forme la plus simple, la plus faimilière, et, par suite, la plus pénétrante; de faire appel à la réflexion des enfants, en un mot, de convaincre encore plus que d'enseigner. En dehors du programme, en dehors des heures de classe, je leur serai reconnaissant de tout ce qu’ils pourront faire pour que leurs leçons et leurs conseils soient suivis de résultats : conférences aux adultes,
Sociétés de tempérance, etc.’
nt« en donnant des eue
is cette œuvre, particulière:
A aux étudiants. | os ee Cette circulaire était accompagnée de programmes, les ne uns destinés aux Lycées et aux Collèges, les autres aux Ecoles normales et aux Ecoles primaires. Le program-
me des Ecoles primaires intéresse plus directement le sunaicbque Je traite. M. Bavyet, représentant: le Ministre de FU l’Instruction publique de France au VIle Congrès inter- s
é 3 national déjà cité, nous édifie sur la nature et la portée de ce programme. “En ce qui concerne l'Enseignement pri- à à "maire, dit-il, ce qu'il v a de plus remarquable, c’est qu'on . se garde bien d'ajouter tout simplement aux programmes antérieurs cinq ou six leçons sur l'alcoolisme plaquées au
hasard; on veut que l’enseignement antialcoohique s’in- Se; sinue dans toutes les études, qu’il soit donné sous toutes de formes, qu’il figure à l’enseignement des sciences phy- De siques et naturelles, mais en même temps à enseignement
de la morale, qu’il reparaisse dans le choix des dictées, des
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lectures et même des problèmes, qu’en un mot, par tous les moyens possibles l'attention de l'enfant soit sans cesse à mise en éveil sur les dangers de l’alcoolisme.”’
Et la volonté du Ministre fut écoutée, et les programmes misen pratique. M. Bayet le constate avec bonheur, deux ans plus tard: | j
- “Le Ministre avait indiqué que, dès l’année suivante, a tenait à ce que les Inspecteurs d’Académie, par des rapports précis, le missent au courant de ce qui avait été fait et, s'il y avait lieu, des résultats qu’ils auraient déjà ei ‘ obtenir.
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né puis pas songer à analyser ici cet article qui entre dans beaucoup de détails. Je ne signalerai Que quelques points.
‘Ce qui frappe tout d’abord, c'est que la circulaire et le programme ministériels ont trouvé un terrain bien préparé; que, dans bien des endroits déjà, les instituteurs qui ont à donner l'éducation civique avaient compris que l’enseignement antialcoolique en était une partie intégrante, bien qu'il ne ficurât pas au programme. Mais la circulaire ministérielle est venue fortifier lèur courage et en même temps encourager leurs.efforts.
‘Ce qui frappe ensuite dans cet article, c’est que n1 les professeurs des Ecoles normales, n1 les instituteurs ne se sont contentés d'appliquer docilement les programmes . qui leur. étaient envoyés; ils les ont médités et ils ont cherché, selon les régions, selon le caractère des populations, le meilleur moven de les adapter soit aux élèves, soit aux auditeurs dans Îles conférences complémentaires de ECoIee
Et ce zèle des instituteurs fut-il récompensé par quelque résultat consolant ? Certes oui, et un an ‘à peine après l'application du programme antialcoolique, l’enseignement scolaire portait déjà des fruits. Ecoutons encore M. Bayet, dans le rapport cité:
‘En résumé, il est bien évident que ce n’est pas après une première campagne, une Campagne d’un an, qu'on peut chanter victoire; mais cependant certains faits méritent déjà d’être signalés. — On m'assure, dit l’Inspecteur d'Académie de la Charente, que dans diverses localités les cabaretiers ont vu diminuer leur chiffre d'affaires, et même que quelques-uns ont dû fermer boutique, — Dans une localité du Rhône, un instituteur affirme que depuis l’organisation des Conférences, la consommation de l’al- COOÏ à sensiblement diminué. Et enfin, c’est 1e témoignage le plus curieux, dans le Puy-de-Dôme, tout récem-