‹ De L'enseignement de l'histoire de FranceChapitre 2 sur 5 · D DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

D DE L'ENSEIGNEMENT

j'insiste de nouveau sur ce que j'ai dit de l'histoire qu'elle n'est pas vraie et qu'il faut tendre à la rendre véridique. Ne me croyez point ennemi des œuvres d'imagination, parce que j'insiste tant contre les mensonges. Je répéterais volontiers avec le poète :

Si Peau d'Ane m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême.

Mais si vous me faites des contes, ne me les donnez pas pour des vérités.

Une autre recommandation que je dois faire, est de lire les historiens sans s'attacher à leurs appréciations. Ils ont souvent écrie dans un temps où il eût été dangereux d'être juste. Voyons donc les choses et sachons les regarder en les dégageant du fard qui les déguise sous les métaphores d'un langage ampoulé. Les faits sont plus éloquents que les panégyriques ou les accusations. Si les professeurs suivent cette méthode, ils

donneront à leurs élèves les meilleures notions de morale qu'il soit possible d'offrir à la jeunesse. Je crois qu'ils obtiendront ce grand résultat de fortifier les idées sur la justice dans ces imaginations si facilement impressionnables, et qu'ils les habitueront à ne pas toujours maudire notre France. Les synchronismes aideront surtout pour ce dernier point.

On a dit souvent que nous n'avions pas d'histoire nationale et Ton a vanté avec raison Thucydide d'avoir loué Athènes, Tite- Live d'avoir écrit la glorification de Rome.

J'ajoute que les étrangers n'ont pas négligé d'imiter ces patriotes. Macaulay, dont l'histoire d'Angleterre est sans contredit le chefd'œuvre de la littérature moderne, exalte à chaque page la grandeur de sa patrie et les bienfaits dont nous a dotés la civilisation. J'aime cette manière de traiter l'histoire et il me plairait de la voir prendre

par nos professeurs. Les causes du dénigrement que trop d'écrivains français sèment sur nous sont multiples. Les esprits frondeurs s'attachent aux mauvais côtés, parce que les gouvernements sont trop enclins à montrer tout en beau. Mais si vous vous rendez compte de ce que les gouvernants se laissent presque toujours dominer par leur intérêt personnel ou de famille, et par l'esprit de caste, vous pouvez discontinuer la guerre que vous faites à notre pays. Le pays et le gouvernement ne sont pas toujours d'accord, et je îi'ai jamais craint d'être réputé courtisan parce que j'aime la France. Dans le passé, les bons gouvernements ont été ceux qui ont fait le moins de mal aux populations ; j'attends qu'il en vienne qui soient utiles.

Il y a aussi les faux savants, ceux qui ont un peu lu les historiens des autres pays et qui essaient, sur la foi de nos adversaires ou de nos simples rivaux, des parallèles entre

la France ec l'étranger. C'est ainsi que Ton a souvent trompé l'opinion publique sur les lois de l'Angleterre que l'on opposait aux nôtres. Il était pourtant bien facile de remarquer que toutes les institutions anglaises viennent de France, d'où elles furent importées par Guillaume le Conquérant et ses compagnons. Depuis la bataille de Hastings, en 1066, jusqu'à Henri VIII, les coutumes de notre pays ont été la législation de la Grande-Bretagne. Les rois et les seigneurs anglais étaient de véritables Français. Cette identité d'origine étant établie, on comprend le ridicule du cri de guerre des révoltés contte Jean Sans Terre qui, arrièrevassaux de nos rois, se levaient en disant :

• Nous voulons être libres, nous sommes des Anglais et non des Français. » La plupart de ces nobles seigneurs avaient des possessions en France; tous parlaient notre langue, qui seule était employée à la cour de Londres

comme dans le Louvre de Paris. Il est vrai que nos rois ont toujours voulu restreindre les libertés de leurs sujets et qu'à partir de Charles VII et surtout de Louis XI, la marche des idées absolues était en grand progrès dans notre pays. L'étude de l'histoire d'Angleterre montre des faits analogues. Les Anglais ne se seraient pas révoltés si leurs souverains n'avaient pas eu la prétention de régner sans contrôle et suivant leurs caprices. Plusieurs ont même réussi à écarter par la terreur toutes les oppositions. Henri VIII fut plus tyrannique que tous nos rois ensemble; et si, depuis 1688 nos voisins ont semblé avoir une liberté supérieure à celle qui a été admise chez nous, nous pouvons leur répondre que nous sommes débarrassés de la religion d'Etat et que nous sommes tous égaux devant la loi. Il y a bien d'autres remarques à faire sur notre prétendue infériorité; pour le moment, je

souhaite à nos voisins d'arriver à discuter aussi librement les droits de la royauté et la doctrine de l'anglicanisme que nous discutons chez nous les pouvoirs du gouvernement et les dogmes de la religion catholique . Le jour où ils auront cette possibilité , je jalouserai leur liberté que je n'envie pas aujourd'hui.

Quant aux Allemands, j'aime ceux à qui Ton donne faussement ce nom, les Français des bords du Rhin, nos frères de race et d'éducation. Si vous voulez regarder plus haut vers le nord, vous verrez que tout y était ténèbres épaisses jusqu'au moment où des lois cruelles ont chassé les protestants de notre pays. Alors les ancêtres des Savigny, des Thibault, des Bonnin, des illustres en un mot, parmi les Prussiens, ont porté chez nos ennemis leur éducation et l'aptitude de notre race.

Lorsque les relations de la France avec

l'Angleterre sont devenues assez fréquentes pour que nos publicistes aient compris la sottise de l'anglomanie, nos pseudo-savanes se sont tournés vers l'Allemagne et ont cherché à démontrer que nos institutions venaient des Germains dans ce qu'elles avaient de favorable à la liberté. Les libéraux de 18 17 ne juraient que par les Germains et les Gaulois : c'était un dogme que cette doctrine enseignée partout. Cette donnée prétendue historique était absolument fausse et il n'y a rien dans nos mœurs, nos traditions ou nos lois de ce que l'on appelle l'élément germanique ou l'élément gaulois.

Nous sommes les fils, les représentants de la Rome républicaine et nous n'avons point à remercier la barbarie de nous avoir légué ses traditions *.

1. Un aussi rapide exposé que celui-d ne permet pat les écarts ; il me faut suivre directement ma route. Autrement, il y aurait une belle excursion à faire dans

Je commence par parler des Gaules. Qui lit les historiens suppose qu'avant Jules César il y avait chez nous un corps de droit, qui réglait les rapports des citoyens les uns avec les autres . J'ai toujours admiré l'imagination de ceux qui nous donnaient une exposition savante de l'administration de notre pays à ces époques reculées, car nous avons peu de témoignages de ce qui se faisait alors. Les Commentaires de César sont

le domaine des œuvres d'imagination. Les contes, les fabliaux, les romans de nos pères, sont la source de la littérature germanique. Au xii e siècle de notre ère, on parlait français dans tout le monde civilisé; les Trouvères et les Troubadours de cette époque n'ont point laissé de place aux inventions des maîtres chanteurs de l'Allemagne. Tout était dit par les nôtres, dont les œuvres étaient répétées et traduites par les étrangers. Les histoires de chevalerie, les contes des fées, les poèmes, les chants d'amour de nos aïeux ont défrayé tout l'uni vers et il nous en reste pour en fournir encore pendant mille générations aux plagiats de nos ennemis.

à peu près Tunique source de nos renseignements. J'ai peu de respect pour les écries du plus sanguinaire des proconsuls. Cet homme, ardent dans l'action, sans cesse occupé de ses plaisirs et de ses visées ambitieuses ne m'inspire pas de confiance. Je n'admets de lui que ce qui s'accorde avec les autres; le reste est en suspicion dans mon esprit. Les auteurs venus plus tard, Suétone, Tacite sont lus par moi avec plaisir, mais je n'accepte pas non plus tout ce qu'ils disent.

Tacite a fait dans son livre sur les mœurs des Germains une critique sanglante de la Rome impériale, c'est là son vrai mérite.

Dans tous les cas, ce magnifique tableau ne me dit pas ce qu'était la Germanie avant son contact avec Rome ; et si je me trompais en ne voyant là qu'une œuvre satirique de premier ordre, j'aurais raison de ne pas y voir une source historique. Ainsi nous ne

savons rien, absolument rien sur les institutions des Germains; je reviens donc aux Gaulois, qui seuls auraient pu laisser quelques traces dans nos mœurs.

Lorsque César vint dans les Gaules, il y trouva deux races d'hommes : Tune, les Aquitains petits et bruns, frères des patriciens romains et des Ibères de l'Espagne, tenait le midi. L'autre, différente de langage et d'habitudes portait des noms divers, qui se résumaient dans celui de Celtes. Les hommes de cette nation : Gaels , Teutons Belges ou Cimbres, aux grands corps blancs, aux cheveux blonds, étaient les dignes frères des Pélasges, dont Achille et Vénus sont les types accomplis. En fait de villes, beaucoup sont nommées ; cependant, excepté les colonies romaines et Marseille, très-peu avaient été bâties en pierres. Si Bourges, par exemple, avait déjà des maisons en maçonnerie, c'était une exception. Les Gaulois, dix fois moins

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