Acte I, scène m
O DELENSEIGNEMENT
groffière fort mal exprimée i, » et semble oublier tout à fait qu'imbécile est employé ici dans le sens latin de faible, débile.
Si de tels écrivains, qui ont étudié avec tant de bonheur les secrets les plus délicats de notre langue, ne la trouvent pas tout entière à leur disposition, s'ils en méconnaissent certaines nuances un peu vieillies ou simplement passées de mode, que doit-il arriver aux hommes, même instruits et cultivés, qui ne s'occupent que par plaisir et par goût des questions littéraires ?
La seconde condition que nous avons considérée comme nécessaire pour bien posséder une langue, à savoir la connaissance exacte des divers rôles que les mots peuvent jouer dans le discours, est plus bornée, mieux circonscrite, et semble, par conséquent, assez facile à remplir. C'est l'objet même de la grammaire, que peu de gens savent, mais que du moins tout le monde étudie.
I. Théâtre de P. Corneille, avec des commentaires.. , — Genève, M.DCC.LXXIV, 8 vol. in-40, t. V, p. 26.
E double problème une fois posé, voyons comment on s'est efforcé de le résoudre relativement à notre langue.
L'étude régulière et méthodique du français ne date que du xvi« siècle. Avant cette époque, on l'apprenait uniquement parla pratique. La langue latine était considérée comme la seule dans laquelle on pût traiter des matières importantes; et son extrême diffusion parmi toutes les nations de l'Europe, qui en faisait un instrument universel et courant de correspondance scientifique, rendait à certains égards cette opinion fort raisonnable. Quant au français, on ne le regardait guère que comme une sorte de patois commode dans les nécessités de la vie, un jargon d'artisans et de valets {vernacula lingua), dans lequel on aurait dédaigné d'écrire un traité scientifique, ou de se livrer à une discussion sérieuse.
Tout à coup les idées changent : les poètes se lassent du latin et se prennent à penser que notre idiome pourrait bien, avec le temps, n'être pas un instrument par trop inférieur aux langues de l'antiquité; les réformateurs et les savants, curieux d'être lus, entrevoient le merveilleux parti qu'ils en pourront tirer pour la rapide propagation de
ISEIGNEMENT
leurs opinions et de leurs doctrines; les étrangers s'appliquent à l'étudier; enfin il trouve des panégyristes érudits et parfois même éloquents, tels quejoachim du Bellaj'dans La Deffence & liluftration de la langue Francoyfe\ et Henri Estienne dans le Proieéi du Hure intitulé De la precellence du langage François^.
1. Imprimé à Paris pour Arnoull'Angelier, 1549, in-8">. — Cet ouvrage se trouve au commencement du tome I de notre édition des Œuures françoifes de loachim du Bellay.