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I. A Paris, chez Pierre le Petit, M.DC.LX, in

d'illusion sur l'insuffisance de cette première tentative, et l'on ne s'étonne que de la complète confiance avec laquelle elle a été accomplie.

Si maintenant, laissant de côté le titre de l'ouvrage et le but qu'il se propose, on restreint cette prétendue Grammaire générale aux proportions, beaucoup plus modestes, d'une grammaire philosophique de notre langue, on doit convenir qu'elle est fort digne d'être étudiée et qu'elle a été, en un certain sens, le point de départ d'un progrès considérable dans l'enseignement du français.

Mais, tout en tenant un juste compte de sa légitime influence, on ne saurait dissimuler que l'abus de la mithode qu'elle a introduite a eu des conséquences déplorables.

Le xviu* siècle, qui avait des philosophes à placer dans toutes les branches des sciences et de la littérature, ne manqua point de grammairiens philosophes. L'amour-proprj de c«;ux à qui étaient échues c-s humbles fonctions était flatté d'un titre qui donnait un certain éclat à leurs travaux, et leur paresse se trouvait fort bien d'une méthode qui leur permettait de dicter tranquillement des lois au nom des principes, et d'accuser nos plus grands écrivains de n'avoir pas su le français, sans prendre la peine d'étudier leurs chefsd'œuvre.

Les élucubrations de ces nouveaux législateurs de notre idiome commencent en général par le compte rendu des diverses assemblées tenues par quelques-uns de ces sauvages de grand sens que le siècle dernier affectionnait tant.

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Ne sachant pas encore dire un mot, une intelligente peuplade n'en sent que plus vivement le besoin de se réunir pour fixer les conventions relatives au langage; et, après avoir délibéré, sans le moindre embarras, à l'aide d'un petit nombre de gestes expres^ifs, elle crée, avec la logique la plus irréprochable, chaque espèce de mots précisément dans l'ordre de son utilité relative.

Comme il est facile de le prévoir, les lois de cette langue primitive s'adaptent merveilleusement à la nôtre.

C'est sur de tels principes que s'appuyèrent nos grammairiens pour tracer leurs règles absolues et proclamer leurs décisions infaillibles.

Ils assignèrent à chaque mot un rôle unique, s'appliquèrent à priver peu à peu de ses libertés, de ses antiques franchises, la belle langue si indépendante du xvii^ siècle, et l'assujettirent enfin jusqu'à l'asservissement.

Ils rencontrèrent dans le cours de ce singulier travail un obstacle qui eiit été de nature à décourager des g3ns moins persuadés de l'infaillibilité de leurs jugements.

Ils avaient bien pu réglementer à leur façon notre idiome, mais non supprimer sa littérature; et, à chaque page, à chaque ligne de nos chefsd'œuvre, ils trouvaient quelque infraction à leurs décisions arbitraires.

Nul moyen cependant de proscrire d'un seul coup tous nos classiques. Il était même indispensable de puiser parfois dans leurs œuvres des autorités et des exemples, et de montrer pour

quelques-uns d'entre eux un respect qui permît d'attaquer au besoin tous les autres.

Ceux de nos grands écrivains dont le génie est le plus profondément français furent écartes les premiers.

Corneille était archaïque, Molière trivial, La Fontaine incorrect ; on avouait que Bocsuet avait de l'élévation et de la noblesse, mais son style était rempli de hardiesses oratoires qui ne pouvaient servir de modèles.

Tout bien examiné, on n'admit guère que deux autorités : Racine dans ses dernières pièces, el Fénelon dans Télémaque.

Prendre pour types de notre langue des œuvres dont le sujet est héroïque et qui sont en grande partie imitées des écrivains de l'antiquité, était un premier moyen d'écarter une bonne partie des expressions proverbiales, des tours populaires et des gallicismes; mais que de hardiesses de construction et de libertés grammaticales venaient encore choquer les implacables législateurs de notre langue !...

Cela ne les arrêta pas. Ils donnèrent comme des exemples tout ce qui était conforme à leurs règles, et comme des licences permises seulement aux grands écrivains, comme des négligences fâcheuses, ou même comme de véritables fautes de langage, tout ce qui s'en écartait.

Telle était leur manière de faire apprécier nos classiques à la jeunesse.

Bientôt d'utiles auxiliaires leur vinrent en aide : les éditeurs de nos auteurs du xvii« siècle.

2(J DE l'enseignement

Ceux-ci s'appliquèrent le plus consciencieusement du monde à rectifier, suivant le goiît du jour, les incorrections de nos grands écrivains. Ils leur imposèrent une orthographe mixte qui n'a existé à aucune époque, les soumirent aux plus récentes subtilités des règles des participes, changèrent dans leurs œuvres le genre des noms, l'accord des mots; et l'on dut se trouver bien heureux lorsqu'ils ne s'avisèrent pas de leur prêter de l'esprit.

Ces textes nouveaux facilitèrent beaucoup la besogne des grammairiens, qui purent alors citer Corneille ou Molière à l'appui des règles qui n'existaient pas de leur temps.

Presque tous les livres élémentaires aujourd'hui en usage ne sont que des résumés des ouvrages dont nous venons d'indiquer les tendances.

La grammaire générale et philosophique y est représentée par quelques principes exposés sous une forme métaphysique et en termes très-absolus ; les parties techniques de l'œuvre, et en particulier les modèles de conjugaison des verbes, n'ont presque pas varié depuis les grammaires du XVI* siècle, transcrites, pour ainsi dire, sur celles de la langue latine ; enfin les observations, fournies par le recueil de Vaugelas et par d'autres études analogues, n'ont été ni fondues ni mises en ordre, et sont réunies à la fin du volume, sous le titre, trop bien justifié, de Remarques détachées.

La plupart des auteurs de ces traités, très-animés les uns contre les autres, se querellent pour

quelques règles particulières ou pour de minces questions de rédaction, en reproduisant toujours, dans ses moindres parties, le même inévitable programme. D'autres, moins sages encore, voulant innover à tout prix, se précipitent dans le champ sans limites des fantaisies individuelles et des réformes grotesques, sans qu'il résulte de ces tentatives, je ne dirai pas un bon ouvrage, mais seulement un livre original.

N voyant les mêmes traités réimpriméSj imités, contrefaits avec une persistance si unanime, on serait tenté de penser que la science grammaticale est faite, qu'elle a atteint son but, et qu'elle ne peut aller plus loin.

Qui croirait que, bien au contraire, elle est entrée depuis le commencement de ce siècle dans des voies toutes nouvelles, et qu'elle a proclamé un grand nombre de vérités incontestables dont aucune n'a encore pénétré dans l'enseignement élémentaire ?

Ces belles recherches, qui se continuent chaque jour sous nos yeux sans que nous daignions y accorder une attention suffisante, ont changé le principe fondamental de l'étude de notre langue, ou tout au moins l'ont étendu au point de le transformer.

Vaugelas avait proclamé avec raison que l'usage est « le fondement & la reigle de toute noftre langue! »^ et il avait par cela même établi fort à propos l'examen des faits comme le point de départ de toute étude grammaticale sérieuse ; mais, n'étudiant que l'usage du moment et presque

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