I. Voyez ci-dessus, page i
DE NOTRE I.ANCUE. ^^
dont il est dérivé, il ne possède de formes particulières que pour les principaux d'entre eux ; il y supplée, pour les autres, à l'aide de locutions dans lesquelles le verbe avoir joue le même rôle que le verbe être à l'égard du passif : j'ai aimé, j'avais aimé, j'aurais aimé, etc.
Les temps qui ont une forme qui leur est propre, comme j'aime, j'aimerai, sont appelés par les grammairiens temps simples ; ceux qui ne peuvent être exprimés qu'à l'aide du verbe avoir, comme j'ai aimé, j'aurai aimé, sont appelés temps composés. Je ne vois aucun inconvénient à adopter ces dénominations, pourvu toutefois qu'il reste bien entendu que ces temps composés ne doivent pas être considérés comme une partie intégrante du verbe, mais seulement comme un ensemble de locutions verbales complémentaires.
Nous devons faire ressortir dans l'étude de la grammaire, et surtout de la grammaire élémentaire, le petit nombre de formes synthétiques particulières à notre langue; quant aux diverses locutions par lesquelles on a remplacé les temps du verbe latin qui n'ont point passé en français, elles ne méritent qu'une mention des plus sommaires.
Après avoir perdu l'habitude de décliner les noms français et de déclarer que de la muse est un génitif et à la muse un datif, on ne peut continuer à affirmer sérieusement que j'ai aimé est une forme active, et j'ai été aimé une forme passive.
Pour le passif nos grammairiens S3 sont montrés accommodants ; ils ont eu la discrétion de n'en
donner qu'un modèle : être aimé, et de ne point nous indiquer ceux des autres conjugaisons : être averti, être reçu, être rendu; ce qui ne serait cependant pas plus absurde que de conjuguer les verbes actifs comme ils le font.
En effet les temps composés n'ont été répétés dans tous les modèles des diverses conjugaisons, bien qu'ils n'offrent jamais ni le plus petit changement ni la moindre irrégularité, que pour conserver intact le paradigme du verbe latin.
Ayons le courage de ne pas nous astreindre éternellement à cette routine, et de faire quelque chose de plus court, de plus clair et de plus scientifique à la fois. Bornons la conjugaison française aux temps simples, les seuls qui la constituent réellement ; donnons ensuite les verbes avoir et être en ayant grand soin d'indiquer que ces deux verbes, se dépouillant de leur sens propre et particulier, qui consiste, pour avoir, à exprimer la possession : vi j'ai une terre, » pour être, à exprimer l'existence : « je pense, donc je suis, » prennent souvent une signification beaucoup plus générale et affaiblie, et qu'employés alors dans les temps composés des autres verbes, ils servent, l'un, avoir, à compléter l'actif :/flî aimé, j'aurai aimé, l'autre, être, à composer le passif tout entier : je suis aimé, etc.
Si l'on veut être un peu plus complet et plus exact dans l'examen des temps composés de la langue française, il faut remarquer qa'avoir et e/renesontpas les seuls auxiliaires qu'elle emploie.
Aller, suivi de
b futur : je vais partir. Il est évident que dans cette phrase aller n'a pas plus sa signification ordinaire qu'jroir et être dans j'ai aimé ou je suis aimé. Enfin, venir de, suivi d'un autre verbe, indique un temps passé qui ne s'est écoulé que depuis peu. Ce sont là des locutions verbales indispensables à signaler et dont l'explication, donnée dans la grammaire de Condillac 1, n'a point passé dans celles qui lui ont succédé.
Un seul motif a fait négliger ces tournures si dignes d'attention : elles ne se trouvent point dans le latin classique, elles ne figurent pas dans sa grammaire.
Il faut employer avec circonspection les expressions, si souvent répétées dans nos grammaires, de temps primitifs, temps dérivés, formation des temps, qui donnent aux enfants des idées fausses.
Un temps n'est pas plus ancien qu'un autre et ne saurait en être ni le patron ni le modèle : ils ont tous été créés à la fois et parallèlement. Les meilleurs et les plus instruits des grammairiens modernes le savent et même le disent ; mais ils n'en continuent pas moins à se servir des termes que nous voudrions voir disparaître.
L'un d'eux, M. Guérard , dont les ouvrages sont fort supérieurs à ceux qui les ont précédés, après avoir employé ces dénominations dans sa Grammaire élémentaire et les avoir répétées dans