EN RÉPONSE A LA QUESTION SUIVANTE
Faire un tracail sur Démébnus de Phalère, considéré comme orateiir, homme d'État, érudit et philosophe.
MAI l 85 1
« La lecture des deux mémoires sur Dëmétrius de Phalère m'a fait peucher pour les conclusions formulées par le premier commissaire, M. Roulez, en ce sens que le premier mémoire devrait être écarté et que le second aurait besoin d'être retouché par l'auteur. Je pourrais donc me borner à adhérer simplement à ces conclusions, en m'appuyant sur le savant rapport de notre honorable confrère. Cependant la classe me permettra de lui soumettre quelques observations critiques, qui concernent plutôt la forme que le fond des mémoires.
Le premier mémoire, qui porte pour devise : Tantus est innatus in 7iohis , etc. , ne peut être regardé que comme le travail d'un jeune homme qui a cru trouver
dans la question posée par l'Académie l'occasion d'essayer ses forces et de s'exercer à la rédaction dont on s'aperçoit aisément qu'il n'a pas l'habitude. Que la matière j soit à peine effleurée, cela n'est pas étonnant, puisque l'auteur n'a pas connu et n'a pas eu à sa disposition les nombreux ouvrages dont il aurait dû nécessairement faire usage pour traiter convenablement la question. Mais ce qui surprend, c'est que dans un travail de si peu d'étendue (31 pages in-8^), l'auteur entre parfois dans des détails étrangers au sujet, sans distinguer quels sont les points qu'il convenait de développer, quels sont ceux sur lesquels il suffisait de passer légèrement. —
Le second mémoire, qui a pour épigraphe : Post a TlieojjJirasto Phalereiis ille Demetrhis, etc., est réellement, j'ai hâte de le dire, plein d'érudition. C'est le fruit d'un long travail et d'activés recherches qui dénotent un auteur versé dans la . connaissance des lettres grecques. Cependant, pour être couronné par l'Académie, ce mémoire devrait subir certaines modifications.
Les défauts que M. Roulez y a signalés, sous le rapport du plan et de l'ensemble , m'ont également frappé. En outre, j'ai remarqué peu de liaison entre la première et la seconde partie de l'introduction. La première est un morceau brillant et d'apparat , dans lequel l'auteur veut montrer d'abord comment les Grecs usant, plus que les autres peuples, de la liberté de penser, et s'appuyant sur la philosophie, en sont venus k formuler des théories gouvernementales, ensuite comment le chef de l'école péripatéticienne a établi une distinction bien tranchée entre la vie pratique et la vie théorétique, et enfin (pielles étaient les idées politiques
à l'époque de Tliëopliraste. Or , ces vues, notamment celles qui se rapportent aux idées politiques d'Aristote et de Théophraste ainsi que de leur époque, devaient, selon moi , précéder immédiatement l'appréciation à faire de Démétrius comme homme d'Etat. Elles auraient ainsi offert un terme de comparaison et auraient pu être mises à profit pour donner un aperçu de 1 état politique d'Athènes , au moment où Démétrius se trouva chargé de l'administration des affaires publiques.
La seconde partie de l'introduction, qui contraste singulièrement avec la première, sous le rapport du style, est consacrée à l'exposition du plan du mémoire. C'est à cet exposé et à l'indication des sources que l'introduction aurait pu être uniquement employée.
Quoi qu'il en soit de la manière dont l'auteur a divisé son travail, il n'eût pas été sans intérêt, cette division étant admise, de trouver, sous forme de résumé, à la un de la première partie, qui traite de la carrière active de Démétrius, une appréciation du caractère de ce personnage considéré comme orateur et comme homme d'Etat. Ensuite, la seconde partie aurait pu contenir, sous une seule rubrique , mais d'après l'ordre des matières, l'indication et le compte rendu des écrits de toute nature qui sont attribués à Démétrius, et se terminer par un chapitre ayant pour objet l'appréciation du mérite de l'écrivain relativement à l'érudition et à la philosophie. L'auteur , au contraire, essaie de grouper dans un chapitre les ouvrages d'érudition et dans un autre les œuvres philosophiques. Le chapitre renfermant la première classe de ces ouvrages s'ouvre par une introduction, dont je n'ai pas compris l'utilité, sur la marche de l'érudition chez les Grecs. En outre ,
paraissant donner un sens restreint au mot érudit qui se rencontre dans les termes de la question proposée, l'auteur s est trouvé embarrassé pour classer certains ouvrages qui se rapportent à l'histoire contemporaine, tels que VHistoi7^e de dix ans et les Invectives contre les Athéniens. Il s'est vu obligé de faire la remarque que ces écrits n'appartiennent proprement pas à 1 érudition, qu'il avait définie une grande variété de co7inaissances qui s'appliquent surtout au passé. Il fait la même observation , lorsqu'il arrive aux œuvres poétiques. Il eût évité cet embarras en suivant, dans la classification des écrits de Démétrius , la marche que j'ai indiquée plus haut. Et s'il n'a pas suivi cette marche, c'est uniquement, si je ne me trompe , parce qu'il a cru, comme M. Roulez l'a fait observer, que le plan de son mémoire était tracé par les termes mêmes de la question, et qu'il a par conséquent pris à tâche de considérer successivement Démétrius comme orateur , comme homme d'État, comme érudit et comme philosophe.
En résumé, et pour conclure, je pense que la classe se montrerait trop sévère en écartant le mémoire n" 2. L'auteur mérite certainement, je ne dirai pas seulement un encouragement, mais une récompense. Si les usages de l'Académie permettaient que le mémoire fût remanié avant d'être livré à l'impression, je n'hésiterais pas à voter la médaille d'or , persuadé que l'auteur saurait mettre à profit la critique que contient le rapport de M. Roulez. Je crois que si l'Académie décernait la médaille d'argent et remettait la question au concours, le mémoire lui reviendrait digne d'être couronné. »
Après avoir entendu les rapports de ses commissaires, et à la suite d'une mûre délibération, la classe
a décerné sa médaille d'or au mémoire portant la devise : Post a Theophrasto , etc. ; les auteurs de ce mémoire sont MM. S.-J. Legrand , candidat en philosophie et lettres à l'université de Liège, et F. Tychon, de Hombourg (Liège), docteur en philosophie.
DE