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QUE PRÉSENTE, POUR LA SCIENCE

LA NÉCESSITÉ DES EXAMENS AVRIL l855

Il s'est manifesté, au sein de nos Chambres législatives , pendant la session actuelle , une tendance à i^estreindre l'intervention de l'Etat , notamment en ce qui concerne l'instruction publique. Cette tendance s'est particulièrement révélée dans les discussions auxquelles l'enseignement agricole a donné lieu , et nous croyons qu'elle a aussi beaucoup contribué à l'abrogation de l'art. 37 de la loi du 15 juillet 1849 , qui rendait obligatoire, pour les aspirants aux grades de candidat en philosophie et en sciences, le diplôme d'élève universitaire. Enfin, elle nous paraît ne pas être restée sans influence sur l'opinion des personnes qui, de prime abord, ont accueilli avec faveur le système des jurys d'examen dont le but est d'enlever au Gouvernement la

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collation des grades scientifiques et de ne lui réserver que les épreuves i^ratiques oxjl professiomielles.

Cependant, si le désir de diminuer l'action de l'État en fait d'enseignement explique , jusqu'à un certain point, l'empressement qu'on a mis à abroger l'art. 37 , dont nous venons de parler, il ne suffit pas pour justifier l'atteinte portée à l'ensemble de la loi par la suppression d'un article dont les dispositions se lient étroitement à d'autres articles. Il faut donc nécessairement admettre qu'un motif plus puissant a déterminé la législature à s'écarter de la manière ordinaire de procéder dans la révision des lois. Ce motif n'est autre , pensons-nous, de l'aveu même des partisans de l'examen d'élève universitaire, que l'organisation défectueuse de cet examen et l'insuffisance des résultats qu'il a produits jusqu'à ce jour.

On dira peut-être qu'en corrigeant les défauts que cette organisation présente, on obtiendrait des résultats plus satisfaisants et que , par conséquent, au lieu de supprimer l'art. 37, il eût été plus convenable d'appeler l'attention du Gouvernement sur la nécessité de modifier l'examen d'élève universitaire.

Nous n'hésitons pas à répondre que, malgré la meilleure organisation possible , il resterait encore , sur ce point, un grief sérieux à redresser, le même précisément qu'on ne cesse de faire valoir en général contre tout examen scientifique ou universitaire, et qui semble avoir fourni l'un des principaux arguments invoqués en faveur de la création d'un jury professionnel. Les épreuves, dit-on, auxquelles sont assujettis ceux qui aspirent, à un grade académique quelconque , affaiblissent ou détruisent même ce qu'on appelle Vesprit

scientifique. Elles transforment l'amour de la science en un froid calcul qui ne recherche que les moyens de satisfaire aux exigences présumées des examinateurs. En un mot, elles obligent les jeunes gens à substituer d'arides exercices de mémoire au travail si fécond et si nécessaire de l'intelligence.

Ce langage peut paraître exagéré ; cependant, au fond, il signale la difïiculté réelle qui est inhérente à tout système d'examen, même le mieux conçu , et qui , on le sait, a résisté aux efforts tentés jusqu'ici pour la résoudre complètement.

Cette difficulté serait-elle donc insurmontable ? Oui , nous le croyons sincèrement, si l'on persiste à n'en demander la solution qu'à la loi. Tout ce que peut faire le législateur, c'est de déterminer avec sagesse le nombre et le choix, c'est-à-dire la quantité et la qualité des matières qui doivent être l'objet des examens et de l'enseignement. Il lui est impossible de formuler d'une manière précise une théorie traçant la marche à suivre par les professeurs , les élèves et les examinateurs , pour que l'esprit scientifique se développe en présence de la nécessité des examens. Il pourrait, tout au plus , indiquer les bases de cette théorie , poser quelques principes, prescrire certaines règles, mais il serait , du reste, obligé de s'en rapporter, pour l'exécution , aux lumières et à la bonne volonté des personnes appelées à y concourir.

Nous sommes donc convaincu que la solution de la difficulté que nous avons mentionnée dépend surtout de l'harmonie à établir entre l'enseignement, l'étude et l'examen. Et puisqu'il est reconnu que les mesures législatives ne peuvent seules produire un pareil résul-

tat, il est indispensable que ceux dont le devoir est d'enseigner ou d'étudier ou d'examiner suppléent par leur concours éclairé à l'insuffisance des prescriptions de la loi.

Pour nous, nous ne voulons, en ce moment, que présenter quelques remarques sur la manière d'étudier , afin que les jeunes gens entrevoient comment il leur est possible, sans se détourner de la route qui conduit au vrai savoir, de se préparer convenablement aux examens , particulièrement à l'examen de candidat en philosophie et lettres qui précède l'étude du droit.

Avant tout, il importe que ces élèves se forment une idée exacte de l'enseignement qui leur est donné et qu'ils en saisissent bien le véritable caractère. Or , un peu de réflexion suffit pour leur faire reconnaître que cet enseignement doit, sans nul doute, être considéré dans son ensemble comme préparatoire, en ce sens qu'il n'est pas en rapport direct et immédiat avec l'exercice d'une profession libérale. Toutefois, s'il sert spécialement d'introduction à la science du droit , on peut dire qu'en même temps il rehausse et complète l'enseignement qui a précédé et qu'il agrandit le cercle des connaissances propres à former l'homme , à orner l'esprit, à l'éclairer et à en développer de plus en plus toutes les facultés.

Cette manière d'envisager le premier degré de l'instruction universitaire peut devenir un puissant moyen de combattre une erreur fatale pour la science, erreur qui consiste à attacher uniquement de l'importance aux matières qui se rapportent immédiatement à la profession à laquelle on se destine. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer des jeunes gens qui ne voient dans les

études littéraires , historiques et philosophiques , auxquelles ils sont astreints avant de se livrer à leur étude de prédilection, qu'une violence faite à leurs goûts, un obstacle entravant leurs desseins. Dès lors , ne s'occupant de ces matières que parce qu'elles sont l'objet d'un examen auquel il n'est pas en leur pouvoir de se soustraire , ils regardent le succès dans cette épreuve comme l'unique but de leurs efforts. Au lieu de travailler sérieusement à l'acquisition de la science , au lieu de donner tous leurs soins à leur perfectionnement moral et intellectuel, ils ne songent qu'aux moyens de transiger avec le devoir le plus impérieux , ils marchandent , pour ainsi dire , avec la science, et s'ils tentent de sortir triomphants de la lutte qu'ils ont à soutenir , c'est en empruntant , en grande partie , à la mémoire les armes qu'ils auraient dû surtout demander à l'intelligence. Il est aisé de concevoir que les dispositions de ces jeunes gens seraient bien différentes et qu'elles produiraient de tout autres résultats, s'ils comprenaient et s'ils ne perdaient pas de vue le véritable but assigné à leurs premières études académiques.

Cependant, alors même qu'ayant compris la nature et la portée de l'enseignement qu'ils reçoivent , ils se détermineraient à se livrer avec ardeur à l'étude et à s'occuper avec zèle de leur tâche scientifique , ils auraient encore un écueil à éviter. Si , en effet , leur application n'est pas réglée avec soin, s'ils négligent de suivre une méthode raisonnée, ils s'exposent à .ne recueillir pour fruit de leurs efforts que des connaissances incohérentes et incomplètes et à ne donner , en définitive, à leurs facultés intellectuelles qu'un faible développement. Il est donc d'une extrême importance

qu'ils sachent comment il convient de diriger leur attention pour parvenir sûrement à la science et pour être en même temps capables de fournir la preuve qu'ils la possèdent réellement.

Nous ne pourrions ici que reproduire les idées que nous avons eu plus d'une fois l'occasion d'émettre à ce sujet. Nous nous bornerons à les résumer .et à dire en général que, pour acquérir une science, il faut 1 étudier dans son ensemble et en vue de l'ensemble, en distinguer nettement les parties constitutives et saisir l'enchaînement qui les lie les unes aux autres de manière à former un tout, discerner les faits principaux et subordonner à ceux-ci les^aits secondaires, se familiariser avec les principes et s'aider sans cesse de son jugement pour les apercevoir dans leurs conséquences et dans leurs diverses applications. Ce peu de mots ne fait que retracer , si nous ne nous trompons , la route qu'ont suivie, les uns sciemment, les autres sans s'en rendre compte à eux-mêmes peut-être, tous ceux qui ont obtenu des succès dans leurs études et qui ont acquis une instruction solide.

Après cela, aurions-nous tort d'espérer que si tous les professeurs, si les examinateurs surtout prenaient sérieusement en considération le procédé que nous recommandons avec tant d'instances aux élèves , le grief qu'on ne cesse d'articuler contre les examens perdrait beaucoup de sa valeur ? Nous ne nous permettrons pas d'insister sur ce point, en entrant dans les détails. Ce que nous pourrions dire à cet égard ne serait, d'ailleurs , que le développement d'une pensée , assez claire par elle-même, que nous avons exprimée dans une autre séance de la classe. Pour s assurer, disions-

nous, de la capacité cVun élève dirigé dans ses études de la manière que nous avons indiquée, il imjiorte moins d'examiner combien il sait que de contrôler comment il sait \ Qui ne conviendra que l'adoption d'une pareille mesure dans les examens aurait pour etï'et particulier de laisser plus de liberté , plus d'indépendance à l'enseignement et à l'étude et , par conséquent, de favoriser les progrès de la science ^

' Voii' ci-dessus p. 213.

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