‹ De l'enseignement obligatoire; mémoire présenté à l'EmpereurChapitre 22 sur 43 · CREDERE NON POSSEMUS, NISI RATION ALES ANIMAS HABEREMUS · texte numérisé non relu

CREDERE NON POSSEMUS, NISI RATION ALES ANIMAS HABEREMUS

Propterea monet aposlolus Peirtis, paratos nos esse debere ad responsionera orani poscemi de fide et *pe nostra. Epist. cxx. n. 2, 5,4.

(2) De Online, iib. II. cap. ix.

(3) Oc Ordine, Iib. IL cap. xii.

les charmes (1). Leur utilité, d'ailleurs, est incontestable, à un double point de vue, lorsqu'on ne les sépare pas de l'amour du souverain bien. Ils servent en effet , non-seulement à la connaissance des œuvres de la création et à l'embellissement de la vie , mais encore, par la contemplation rai son née des merveilles de la nature, ils élèvent l'esprit, dit-il, aux choses divines et à l'intelligence de la vérité religieuse : disciplines libérales efferunt intellect um ad divina (2).

Aussi déclare- 1- il , dans les quatre livres de la Doctrine chrétienne (3), que l'étude de la science sacrée ne doit pas être séparée de l'étude de la science profane. Il veut que la Religion s'éclaire et s'embellisse de toutes les connaissances humaines ; que la science des choses d'ici-bas , à

(1) L'amour de la science emporte même le saint docteur dans une exagération qu'il s'est ensuite reprochée , au livre de ses Rétractations. 11 y regrette c d'avoir tant attribué de vertu aux sciences et aui arts , que beaucoup de saints ignorent toutà-fait et dont bien des gens ont la connaissance sans être saints. » (Retract, lib. I. c. 3. n. 2.) Mais nous ferons remarquer qu'il regrette, non de les avoir aimées , louées, cultivées, mais de leur avoir attribué trop de vertu pour nous faire parvenir à la vie heureuse; car, parlant de ceux qui ont la connaissance approfondie des beaux-arts : «Alors, mon cher Licentius, avait-il dit, ils possèdent plus délicieusement ce qu'on appelle la vie heureuse. » Dieu a dû mettre, en effet , la vie heureuse à la portée de tous, de l'ignorant comme du savant, et on n'y arrive que par la grâce de Jésus-Christ.

(2) De Ordine, lib. 11. cap. xvi.

(5) De Doclrina christ iana, libri quatuor ; passim.

son tour, docile aux enseignements de la Religion, s'élève a la contemplation des choses célestes ; J» que ces deux immortelles Sœurs (1) marchent

; ' s'appuyant Tune sur l'autre , celle-ci racontant

; les merveilles de la nature, celle là chantant les

r merveilles du Ciel , ce sanctuaire des choses éter-

nelles, où elle s'offre elle-même à nous mener, i où elle peut seule nous introduire.

Vous trouverez dans ta Cité de Dieu un remarquable chapitre, où Augustin se montre plein d'admiration pour les beautés de la nature et les progrès de l'industrie humaine. Mais c'est surtout dans les livres de l'Ordre, ravissants dialogues entre le maître et les 'disciples, qu'il faut voir la haute estime qu'il faisait de la Science, quand elle demeure soumise à la Foi pour tout ce qui regarde la doctrine révélée et la règle des mœurs. Nous ne pouvons pas tout citer, Mes-

(1) Elles sont sœurs, toutes les deux reines de l'esprit humain, avons-nous dit, ce qui ne détruit pas la supériorité de Tune sur l'autre, conformément à la thèse de S. Thomas , que nous reproduisons à la fin de ce discours, dans l'appendice des notes.

Nous jugeons à propos, afin de compléter la partie doctrinale de ce travail et pour la plus grande utilité de ceux auxquels notre discours s'adresse , de reproduire dans cet appendice les réponses du grand docteur surnommé l'ange de l'école , aux questions suivantes :

Est-il nécessaire d'admettre, indépendamment des sciences philosophiques , une autre science?

La doctrine sacrée est-elle véritablement une science ?

La science sacrée est-elle plus nob'e que les autres sciences?

sieurs, le temps nous obligea être rapide; lisez vous-mêmes ces pages antiques, mais toujours nouvelles , parce qu'elles sont pleines des charmes immortels de la vérité.

Daus un de ces entretiens à la manière de So crate, le fils de Monique, retiré à Cassiacum, près de Milan, venait de raconter à quelques disciples qui l'y avaient suivi , les origines de la parole, des lettres , des nombres , de la dialectique, de la rhétorique , de l'histoire , de la poésie et de la musique. La raison, pénétrant toujours plusavant pour ajouter à ses conquêtes, continue Augustin , s'avança dans le domaine des yeux (c'est ainsi qu'il appelle le monde visible, ce vaste champ de l'observation) : elle en considéra les inépuisables trésors, ajoute-t-il, et parcourant le ciel et la terre, elle sentit que rien ne pouvait lui plaire que la beauté ; que dans la beauté rien ne lui plaisait que les formes ou les figures ; dans les figures, que les proportions; dans les proportions, que les nombres. Et de là Augustin déduit l'origine et l'étude de la géométrie et de l'astronomie (1).

Puis , après cette magnifique généalogie des Sciences , élevant ses disciples à la contemplation de la vérité universelle, d'où découlent toutes les vérités scientifiques , à l'éternel géomètre et au suprême architecte des mondes : Que quelqu'un

(1) De Ordine, lib. il, cap. xv.

vienne, s'écrie-t-il, qui , ne se laissant plus surprendre à ces images sensibles des choses, réduise à une certaine unité simple , véritable et permanente, toutes les connaissances que les sciences et les arts répandent de tous côtés avec tant de variété et d'étendue, c'est celui-là qui mérite avec justice le nom de savant ; et il peut sans témérité se livrer à la recherche des choses divines , non-seulement pour les croire sur la foi de l'autorité infaillible de la Religion , mais poulies contempler, pour en avoir l'intelligence , et s'en nourrir (1).

Celui-là, Messieurs, mérite mieux que le nom desavant, car il est véritablement philosophe. Il possède, par une vue d'ensemble, la connaissance de Dieu et de ses œuvres : n'est-ce pas toute la philosophie?

Mais que pensait Augustin de la philosophie?

Nous croyons et nous enseignons, écrit-il dans le livre de la Vraie Religion, que la philosophie, c'est-à-dire, l'amour de la sagesse, et la Religion de Jésus-Christ sont une seule et même chose (2). Oui, Messieurs, la vraie Religion et la vraie Pbilo-

(1) De Ordine, lib. II, cap. xvi.

(2) Sic eniua crediiur et docetur, quod est humame salmis caput f non aliam esse philosophiam , id est eapienlix studiom, et aliam religionem. Lib. de Vcra relig. cap. V.

Voir la septième note, dans l'appendice.

sophie ne peuvent pas être différentes dans leur résultat, car la vérité est une(l). Mais elles diffèrent dans leur marche et par le procédé qui les conduit à la connaissance delà vérité. Comment procède la philosophie? De quel point fixe et incontestable part-elle? Sur quel principe absolument certain s'appuye-t-elle, pour se livrer à ses investigations?

Un jour, Messieurs, un homme doué d'un puissant génie , illuminé déjà de toutes les lumières du christianisme, voulant tracer aux âmes dévoyées dans les sentiers de Terreur, ou travaillées par le doute, la route de la vérité, feint de se mettre lui-même à sa recherche. Il établit, à cet effet, le dialogue suivant entre lui-même et sa propre raison :

« Le philosophe : Commençons ce grand ou* vrage. — La Raison : Commençons-le. — Le phil. : Croyons que Dieu nous soutiendra. — La Raison : Croyons-le certainement, croyonsle sans aucun doute , si cette croyance est en notre pouvoir. — Le phil. : C'est Dieu lui-même qui est notre pouvoir. — La Rais. : Prie-le donc aussi brièvement et aussi parfaitement que tu le pourras. — Le Phil. : O Dieu, toujours le même, laites que je me connaisse, faites que je vous connaisse; telle est ma prière. — La Rais. : Mais toi,

(1) Soliloq. lib. II, cap. i.

qui veux te connaître, sais-tu que lu «listes? — Le phil. : Je le sais. — La Rais. : D'où le sais-tu? — LephiL : Je l'ignore. — La Rais. : As-tu connaissance de toi-même, comme d'un être simple ou composé? — Le phil. : Je l'ignore.— La Rais. : Sais-tu si tu es mis en mouvement (ou si le principe du mouvement est en toi) ? — Le phil. : Je l'ignore. — La Raison : Sais-tu si tu penses ^ — Le phil. : Je le sais. — La Rais. : H est donc vrai que lu penses ? — Le phil. : Oui , cela est vrai (1). » — La conclusion infaillible est celleci : Donc tu existes (2).

En entendant ce dialogue , Messieurs , vous avez sans doute nommé tout bas Descartes. Vous vous êtes trompés : c'est Augustin qui a trouvé ce procédé pour arriver à la base de la certitude philosophique. C'est à lui , et non à Descartes , qu'appartient cette méthode , admirée par les uns et combattue par les autres , mais que protègent le génie et la gloire de saint Augustin , que recommandent encore à l'admiration tous les philosophes chrétiens du dix-septième siècle: en tant du moins qu'elle n'outrepasse pas les limites qui lui sont assignées par saint Augustin lui-même,

(1) Soliloq. lib. il, cap. i.

(2) S. Àngustin tire ailleurs cette conclusion, et il y revient dans plusieurs de ses ouvrages : « Quid si falleris? — Si eniro bllor, sum. » De Civit. Dei, lib. XI , cap. xxvi et xxvn.— Même raisonnement dans le livre XV* de Trinitate. — Item , contra Ata lemic. — Rurcus, init.libri, De fide, Spe etChariute.

pour la propre sauvegarde de la Science autant que pour la garantie de la Foi (1).

Et maintenant, Messieurs, quelles sont les questions les plus générales que se pose la philosophie» et comment Augustin, par la lumière de la raison , qu'il ne sépare jamais de la foi , les a-t-il résolues ? Le Beau , le Vrai f le Bien : voilà les trois points fondamentaux de la science philosophique , ainsi que Ta fait observer un philosophe célèbre de nos jours (2).

Voulez-vous , sur le Beau , les plus hautes considérations en même temps que les notions les

(4) Ces salutaires limites sont ainsi marquées dans l'ouvrage : De genesi ad literam , imperfect. lib. ; De obseuris natoraHum reniai qu» omnipotente Deo artifice facta sentimns , non nfflrmando , sed quserendo tractandum est , in libris maxime , quos nobis divina commendat auctoritas, in quibus temeritas incertœ dobixqoe opmionis, difficile sacrilegii crimen évitât : ea

TAXEN QUJERBNDI DUBITATIO CATHOUCA FU)Bl HETAS HOU DE- BET EXCEDEES. C'est nne condition essentielle, iinequanon de la légitimité dn dôme méibodique et par conséquent de l'alliance de la science et de la foi. Le Saint Siège ne Ta jamais condamné dans ces limites, et c'est ainsi que nous l'admettons avec S. Augustin, Fénelon et Bossue l.

(2) Nous ne doutons pas que l'esprit supérieur auquel nous faisons ici allusion , après avoir pénétré dans toutes les profondeurs de la science philosophique , ne soit enfin arrivé à la seule conclusion qui satisfasse l'esprit et Je cœur, *t que sur toutes les questions les plus vitales de cette science , c'est-à-dire celles qui intéressent le salut éternel , son dernier mot ne soit celui du grand Augustin : La vraie philosophie n'est point

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