‹ De l'enseignement obligatoire; mémoire présenté à l'EmpereurChapitre 8 sur 43 · L'ETABLISSEMENT D'UNE FÊTE POUR LES ECOLES · texte numérisé non relu

L'ETABLISSEMENT D'UNE FÊTE POUR LES ECOLES

Nous, MARIE DOMINIQUE-AUGUSTE SIBOUB, parla miséricorde divine et la grâce du Saint- Siège apostolique , Archevêque de Paris ;

Au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse , salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus- Christ.

La Religion et la Science, nos très-chers Frères, sont les deux flambeaux qui éclairent le monde , l'un par la lumière surnaturelle dont il illumine l'humanité, pour la faire participer à la vie même de Dieu ; l'autre par la lumière naturelle qui, en formant la raison dans l'homme, rend son esprit capable de connaître et d'admirer les merveilles de la création : et ces deux lumières partent du même foyer, de Dieu , que la sainte Écriture appelle le Père des lumières, duquel descend tout don parfait. Jésus-Christ , le Verbe Dieu , uni avec son Père et le Saint-Esprit, s'appelle lui-même, dans l'Évangile, tout

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à la fois la vérité et la vie , la lumière du monde et le pain des intelligences. Ce grand Dieu , l'Être des êtres , le Dieu trois fois saint , est donc la source infinie de la vie, de l'amour, de la perfection , et aussi la source pure et intarrissable de la vérité, de la lumière, de toute connaissance. H est le Dieu de la Science non moins que le Dieu de la Grâce : Deus Scientiarum Dominus est (1).

Mais si la Religion et la Science ont le même principe, elles ont aussi la même fin , à laquelle elles tendent par des voies diverses, par des moyens différents. Elles sortent de Dieu pour revenir a Dieu , en ramenant l'homme à son Créateur, soit par la distribution et l'usage de ses grâces , soit par la contemplation et le bon emploi de ses œuvres. Rien n'est donc plus naturel et plus utile que l'alliance de ces deux grandes choses , données à l'homme par la munificence divine , pour le diriger sûrement à travers les créatures vers sa fin dernière , et harmoniser d'une manière admirable sa destination temporelle et sa destination céleste.

C'est pourquoi , nos très-chers Frères , c'est un bien grand malheur, le plus grand des malheurs , quand , par une effroyable aberration de

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l'esprit humain , et par les passions et les préjugés qui en sont la suite , la Religion et la Science, au lieu de s'accorder et de se soutenir l'une par l'autre , se divisent et entrent en lutte par leurs doctrines, par leurs enseignements, par leurs •

institutions. Le dix-huitième siècle a été l'instrument le plus actif de cette déplorable discorde , si fatale aux hommes et aux sociétés de nos jours, et dont nous recueillons encore les tristes fruits. Mais, grâce à la divine Providence, qui se manifeste aujourd'hui d'une manière si merveil- «

leuse dans ces tendances générales des esprits que les révolutions semblent avoir inclinés du côté des doctrines religieuses , notre siècle est peut-être destiné à faire cesser cette lutte impie, qui a tourné, pour ainsi dire , la puissance et les œuvres de Dieu contre Dieu même; et nous voyons avec joie reparaître de toutes parts le désir, et l'espérance , et les signes de cette grande réconciliation. Plus que jamais, la Religion honore et recherche la Science , et la Science, de son côté , recherche et honore la Religion. Ces deux filles du Ciel comprennent qu'elles doivent vivre en soeurs , et qu'elles trouveront l'une et l'autre des forces nouvelles et d'admirables avantages dans leur fraternelle union.

Pontife de ce grand diocèse, et ainsi chef de la Religion dans cette ville magnifique, qu'on peut t

regarder à juste titre comme la capitale des

Sciences et des Arts, par le grand nombre de chaires qui répandent la lumière , par la multitude des savants illustres qui euseignent le monde, nous avons toujours eu à cœur de travailler de toutes nos forces, et selon nos moyens, à cet heureux rapprochement, à cette fusion si désirable; et c'est pourquoi, dès le commencement de notre épiscopat, nous avons encouragé et étendu l'école des hautes études, fondée dans l'ancien couvent des Carmes par notre vénérable prédécesseur ; et nous avons voulu que les jeunes lévites, dont la doctrine sacrée est la première étude, poursuivissent aussi les titres glorieux que confèrent les facultés, des lettres et des sciences. Chaque année ils ont conquis des grades dans l'une et l'autre de ces deux facultés. Aujourd'hui, s'il plait à Dieu de continuer à bénir nos projets, cette école va devenir une riche pépinière de professeurs, où nos vénérables collègues dans l'épiscopat , pourront trouver à leur gré des hommes tout à fait capables pour les diverses branches de l'enseignement ecclésiastique. Cette aûnee, nous nous proposons de diriger plusieurs de nos élèves vers les études de Droit. Ils fréquenteront les cours de cette faculté, ils en subiront les épreuves, ils en prendront les grades : ils puiseront ainsi de grands secours , pour la Science sacrée , dans une étude sérieuse de la jurisprudence, qui doit tant elle-même à la théologie et au droit-canon. Quelques élèves qui ont

du goût et une aptitude particulière pour l'érudition et les antiquités, suivront les ooursde l'Ecole V des Chartes , et puiseront dans ce savant enseignement des ressources précieuses qu'ils feront tourner au profit de nos antiquités eoclésias- i tiques. C'est de cette sorte que l'école des Carmes, fondée par la Religion, deviendra de plus en plus un sanctuaire pour la Science.

Plus tard, nous avons établi, dans les mêmes vues, une Société pour l'encouragement de l'enseignement libre. Cette Société, destinée à fonder des écoles chrétiennes partout où l'administration municipale ne pouvait encore en ouvrir, donne en ce moment l'instruction élémentahe à plus de neuf mille enfants, qui s'éclairent en s'améliorant, et qui apprennent ainsi à devenir tout à la fois de bons chrétiens et de bons citoyens.

En 1852, quand la foi et la sagesse de l'Empereur eurent rendu au culte l'église de Sainte- Geneviève, la patrone si vénérée de Paris, nous avons profité de la munificence du gouvernement '

pour faire desservir ce magnifique templepar une v

Communauté de jeunes prêtres, appelés, par le concours, à devenir Chapelains de Sainte-Geneviève, et qui doivent pendant les trois années de leur bénéfice, tout en se formant par l'étude et i

par Fexercice au ministère si difficile de la pré-

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dication, enrichir aussi leur esprit de tous les trésors des sciences et des lettres, que lenr fournissent en si grande abondance les institutions scientifiques, et les cours publics qui - les entourent. Nous avons même le dessein de perfectionner cet institut par de nouvelles mesures qui stimuleront plus vivement le zèle de la science dans le cœur de ces jeunes prêtres, afin qu'ils évangélisent les peuples avec plus d'autorité et de succès.

Cette alliance de la Religion et de la Science nous parait si désirable , nos très-chers Frères , que nous chercherons par tous les moyens qui sont en notre pouvoir à l'effectuer et à la consolider. A cette fin , nous avons résolu d'instituer une solennité que nous appellerons la Fête des Écoles, et qui sera célébrée chaque année, le dimanche qui précède l'Avent, dans l'église de Sainte-Geneviève , sous le patronage d'un saint illustré par la Science.

Nous convierons à cette solennité tous les chefs de l'instruction publique et privée, toutes les notabilités de la science, des lettres et de l'enseignement, les professeurs, les instituteurs, tous les élevés des écoles supérieures et spéciales, et les élèves les plus distingués des lycées et des institutions. Les Beaux-Arts eux-mêmes, la poésie , pourront nous prêter leur concours et

relever F éclat de cette fête. L'immensité du temple nous permettra de réunir beaucoup de monde, et ce nous sera une grande joie que d'être entouré des représentants de la Science à tous les degrés.

Là, après le saint Sacrifice, que nous offrirons spécialement à l'intention de l'union toujours plus intime de la Religion et de la Science , l'un de nos orateurs sacrés prononcera, devant cette assemblée savante, le panégyrique d'un saint célèbre dans l'Église par sa grande science ; et pour que le même sujet ne revienne point tous les ans, nous désignerons le saint qui sera , pour cette année, le patron de la solennité, et dont l'éloge fournira le sujet du discours. Grâce à Dieu , la liste des saints qui ont illustré l'Église et éclairé le monde par leur science est longue, et il nous faudrait bien des années pour répuiser. S. Paul, S. I renée, S. Clément d'Alexandrie , S. Hilaire , S. Athanase , S. Jean Chrysostôme, S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Augustin, S. Anselme, S. Bonaventure, S. Thomas d'Aquin, nous apparaîtront tour à tour, pour nous apprendre , par les lumières de leurs ouvrages et par les parfums de leurs vertus , que la Foi et la Science, loin d'être contraires, s'éclairent, se fortifient l'une par l'autre y et qu'en s'unissant, elles conduisent infailliblement l'homme à sa fin

dernière f c'est-à-dire à la véritable gloire el au vrai bonheur. Celte armée, nous choisissons pour patron de notre fête > saint Augustin dont nous prononcerons nous-mêmc l'éloge.

Nous établissons dans le même but un prix de mille francs, qui sera décerné à l'auteur du meilleur travail sur une question relative aux raports de la Science et de la Foi. Cette question sera indiquée par nous un an à l'avance. Nous admettrons à concourir les écrivains laïques , aussi bien que les ecclésiastiques. Nous espérons que la pensée d'une fondation pour ce prii sera inspirée à quelque âme chrétienne, et qu'ainsi sera assurée et rendue plus digne de son objet une institution de laquelle nous nous promettons des fruits excellents. Voici le sujet que nous indiquons pour cette année :

De l'influence du Christianisme sur le (ùvit public européen. . Montrer comment s9 est modifiée F idée du pouvoir; comment, le droit de la guerre a été entendu; comment les principes chrétiens ont pénétré toutes les institutions sociales , et en particulier les institutions judiciaires.

Les mémoires traitant cetle importante question devront être déposés au Secrétariat de l'Archevêché à la fin de Septembre. Le prix sera dt'-

cerné le jour de la fête des Écoles , après un rapport qui sera lu dans une assemblée d'hommes compétents que nous nous ferons un devoir de réunir à l'Archevêché.

Ecoutez donc notre appel , hommes de la science : nous sommes votre Pasteur, et nous entendons une voix qui s'élève du fond de noire cœur pour vous ! Venez faire hommage de vos lumières au Dieu qui en est la source la plus élevée. La séduction la plus dangereuse pour l'homme qui s'adonne avec ardeur et avec succès aux travaux de l'esprit , c'est d'oublier les relations intimes et nécessaires qui unissent le monde naturel au monde surnaturel; c'est de borner ses méditations aux causes secondes, et de ne s'élever jamais jusqu'au premier principe de qui tout dépend ; c'est de matérialiser la science et de la rendre petite y au lieu de l'agrandir et de la féconder, en la suivant jusqu'au point où elle touche à l'infini. Sachez quelquefois quitter ces objets que vous contemplez et qui vous absorbent peut-être trop. Sans doute , pour les bien connaître, il faut les voir de près et les sonder avec l'application la plus assidue ; mais il y a pourtant à cela un grand péril qu'il faut éviter. Si vos yeux se bornent trop à l'objet particulier qui vous captive , vous parviendrez certainement à le connaître Ires-bien en lui-même , mais vous courrez risque de ne pas le connaître dans ses

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