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prend qu'elle peut résister à la loi de sa nature, refuser de croire à l'autorité, et repousser les rentes qu'elle loi propqpe. La nature reprend sautent le dosas, principalement dans les premiers moments de la lutta Mais, à forcé d'efforts, (homme ne finit que trop souvent par remporter on affreux triomphe : il recule jusqu'au doute ■nirenel, il n'en est plus sépare que par un çetd pas : mais il ne sanroit le franchir; il ne peut dater de hn-même : là s'arrête sa criminelle audace Aussi, n'avon*noos attribué la nécessité daoloequ'a la certitude-de ce petit nombre de bits à regard desquels l'homme est dans Kmonksiiirp de douter. Pour les vérités révélées et les Tentes secondes, elles ne sollicitent impérieusomoit l'assentiment de notre esprit, qu'autant que, s'il les repousse, elles le. forcent de titic dans une contradiction perpétuelle avec lui-même, à moins que, pour échapper à cet ttat d'angoisse, il ne tente un suicide intellectuel, et qu'après en avoir reconnu l'impossibilité, il ne revienne k la vérité, dans laquelle seule se trouvent la vie et le repos de l'âme.
On reproche encore à notre école de s être «parée de la foule des théologiens catholiques qui combattaient le protestantisme et l'impiété depuis caiiron deux siècles avec les armes forâtes par Descartes, et d avoir inopinément todrné
ses attaques contre ceux avec qui elle avoit fait cause commune pendant si long-temps.
Il y a dans cette assertion du vrai et du faux L'école cartésienne se consumoit en efforts impuissants contre le protestantisme et l'impiété. Ses meilleurs raisonnements» ses ouvrages les plus forts de logique ,' admirés à juste titre comme des chefs-d'œuvre par les hommes religieux, n'avpient d'autre, résultat que de les confirmer dans leur foi et de leur manifester la magnifique économie de la religion qu'ils professoient La vérité triomphoit, mais au milieu seulement de ceux qui lui étoient restés fidèles; et, pendant ce temps , l'erreur poursuivoit ses conquêtes. D'où venoit l'inutilité de ces grands monument! apologétiques, élevés par la science et l'érudition ? D'une cause unique : ils manquoient de base Ils posoient tous sur la raison individuelle La jeunesse , apprise dans l'école à se fier à ses propres forces intellectuelles ,'ne devoit rien admettre que ce qui lui paroissoit clair, évident et bien démontré. Elle pratiquoit la règle des maîtres ; et , partant tous de l'indépendance de chaque raison , les uns vouloient bien encore trouver évident ce qui sembloit tel à leurs instituteurs; mais les autres, plus hardis, s'élançoient en avant dans mille voies diverses-, toutes plus bizarres lés unes que les autres : c'étoit une ri-
valite d'extravagance qu'on n'avoit jamais vue depuis les sophistes de la Grèce; et, quand leurs guides les poursui voient de leurs arguments, et prétendoient imposer des bornes à des raisons qu'ils avoient eux-mêmes proclamées souveraines, ils se retournoient pour leur jeter à. la face un rire insultant, comme à des vieillards imbéoilles à qui leurs jambes refusoient le service. La guerre contre le protestantisme ne faisoit pas plus de progrès. Les cartésiens, fondant toute leur philosophie sur le principe même du protestantisme, l'infaillibilité du sens privé, soutenoient une lutte malheureuse. Ils vouloient obliger le protestantisme à revenir sur ses pas : c'étoit une inconséquence : c'étoit plutôt à eux à suivre le mouvement dont ils admettaient la cause.
Un. homme d'un esprit supérieur, que l'école du sens commun se fait gloire de reconnottfe pour son chef, voyant le mauvais effet de cette manoeuvre, eut recours à une autre tactique. Il posa un autre principe à la philosophie, une autre base à la raison. Chaque raison ne fut plus à elle-même son fondement : mais chacune dut s'appuyer sur toutes les autres; les forces ne furent plus divisées > elles durent marcher en colonne serrée. Du reste, la jeune école qui s'étoit formée sous l'ascendant du génie et jgrandissoit sous son influence , làissoit le cartésianisme
soi-disant catholique périr de sa belle meurt, sans songera l'attaquer, lorsque celui-ci, s'aperoevant qu'une partie des philosophes catholiques avoit cessé de suivre ses drapeaux, poussa un cri de surprise et de colère à la rue de cette défection, et, renonçant subitement à ses combats infructueux contre les ennemis du catholicisme, s'engagea dans une nouvelle guerre, guerre étrange et déplorable! contre ceux qui se battaient à ses cotés pour la même cause, quoiqu'avsc des armes et d'après des règles difierentes. Le signal de cette lutte entre les enfants d'un même camp, fut le monstrueux reproche' de trahison et d'athéisme, proféré par le parti scolastique contre des frères qui venoient de replacer la raison sur sa base éternelle, et d'adopter un nouveau plan d'opérations, qui n'empêchoit pasles honunade la routine d'étaler comme auparavant, et sans plus de succès, le lourd bagage de leur argumentation. Il y a -donc de l'injustice à incriminer l'école du sens commun d'avoir incombé sur des frères : ce sont eux qui l'ont poussée à une légitime défense, et alors on vit beau jeu. Avec la puissance dont elle dispose, elle eut bientôt réduit le débile cartésianisme aux abois. Elle n'eut point à diviser ses moyens d'attaque. La même méthode étoit également dirigée contre tous ses ennemis* Chacun de ses coups frappoit tout à
Sii
la fois sur le cartésien , sur le prolestant, sur le déiste, sur l'athée, sur toutes les erreurs, parcequ'elle avoit découvert la racine commune de toute erreur, et que c'était là qu'elle dirigeoit ses efforts. Au reste, elle se garda bien d'imiter sa rivale et d'entreprendre de faire rebrousser le torrent : c'eût été peine perdue. Tous ses travaux tendirent au contraire à en précipiter le cours. Qu'un hérétique se présente : elle n'essaie pas de le &ire rentrer dans le sein de l'unité. Et comment s'y prendroit-elle ? pour convaincre qtfelqa'un, il fout une croyance commune. Au lieu donc d'inutiles tentatives pour faire adopter ses principes à l'hérétique, elle se place sur la même pente que lui , et , profitant habilement de sa position sur un plan incliné, elle le pousse au déisme, du déisme à l'athéisme, de l'athéisme au scepticisme universel, et là, ne lui laisse plus d autre abri , d'autre refuge que l'autorité. Quiconque nie l'autorité de l'église, est contraint de nier toute autorité,- et quiconque nie l'autorité, même celle du sens commun, doit douter de tout, puisque, si tous les hommes sont exposés à une erreur commune, chacun est sujet à la partager. Le cartésianisme lui-même , avec sa morgue pédantesque, est obligé de prendre le même chemin. Cette polémique étoit indiquée par l'histoire même du protestantisme , qui a traversé
successivement toutes les erreurs et toutes les négations , depuis qu'il a commencé à protester contre l'autorité du saint siège apostolique GesX là que Descartes, sans s'en douter probablement, a puisé son principe philosophique Cest de là, d'un aveu commun , que sont sorties toutes les impiétés qui ont affligé l'église dans les temps modernes. De toutes les hérésies, celle de Luther est peut-être la seule qui ait suivi la marche progressive, passé par toutes les périodes, et abouti à fe terminaison la plus naturelle de toute maladie de l'esprit humain, à la «dissolution de la société et à la mort de l'intelligence. Aussi, comme un habile médecin qui observe la marche ordinaire d'une maladie et la dirige vers la crise salutaire, M. l'abbé de la Mennais a-t-il senti qu'il falloit ainsi traiter l'erreur, ce chancre de lame , lui faire accomplir toutes ses phases , la conduire au terme où elle doit se juger, et rétablir ensuite , s'il y a lieu , l'équilibre dans les forces vitales.
Le P. Rozaven se plaint que M. de la Mennais et M. Gerbet aient fait faire quelques pas de plus au protestantisme Selon Jui ('), c'est à VEmm sur l'indifférence que la Revue protestante, le Mémoire en «faveur des 'cultes , le Produo
(') Examen**.., p. 34 i et 34»*
teur, le Globe, et c, sont redevables de leurs progrès dans la voie du protestantisme. — Eh ! tant mieux ! c'est une preuve que le remède opère, et que la crise salutaire approche. Le P. Rozaven sait-il quelque secret pour faire marcher l'erreur à reculons : qu'il nous l'apprenne. Mais jusqu'ici les hommes de son école sont restes ébahis de la stérilité de leurs arguments, et ils n'ont su en trouver d'autre explication que la mauvaise foi de leurs adversaires. Aussi, avons-nous lieu de nous étonner que M. Bautain, qui pense comme nous sur leur compte, et qui a expérimenté par lui-même qu'on peut errer avec l'amour de la vérité dans le cœur , se soit associé à leurs calomnies contre une école qui seroit encore respectable, quand elle n'auroit pour elle que cette conviction intime et ardente qui se manifeste dans toutes ses productions avec une énergie si franche et un accent inimitable de bonne foi. Nous arrivons- à l'accusation d'impiété qu'il fait peser sur elle.
VL JLe cens commun accusé de panthéisme.
Selon le P. Rozaven et M. 1 abbé Bautain (p. 51 , 52, 53 et 54), la philosophie du sens commun n'est? autre chose que le panthéisme , parcequ'elle proclame l'infaillibilité de la- raison hu-
maine. — • Je le demande , se seroit-on attendu a cette conséquence? Le catholicisme est donc aussi le panthéisme : car il proclame l'infaillibilité de l'église? M. Bautain est donc panthéiste: car, si nous ne nous trompons , c'est bien l'église dont il entend parler, lorsqu'il réclame (p. 51) une autorité surhumaine qui porte en ellemême le caractère authentique de sa supériorité, et qui, à ce titre, s'impose légitimement à l'homme, comme manifestation de Dieu même.
— C'est bien différent, dira-t-il: les catholiques ne regardent pas l'église comme infaillible par elle-même, mais par l'assistance particulière du Saint-Esprit, que son fondateur lui a promise.
— Et nous, regardons-nous le genre humain comme infaillible par lui-même? Est-ce que nous ne nous fions pas à la sagesse et à la 'providence de Dieu, qui a créé l'homme et posé des lois à sa raison, et qui ne peut permettre que cette raison périsse? Or, la raison de l'homme ne peut être que la raison commune. La même sagesse, qui avoit fait une révélation à l'homme déchu comme a l'homme primitif (p. 53)^ a-t-elle dû permettre que cette révélation se perdit dans le genre humain ? autant eût valu ne rien révéler. Oui, plus l'ame et l'esprit de l'homme ont été pervertis par le vice originel (p. 53), plus la
providence et la sagesse divines ont dû être prodigues de leurs secours. Loin donc que la chute originelle ait dû causer l'extinction des vérités primitives dans le genre humain, elle a dû provoquer au contraire Une plus grande intervention de l'action divine pour les conserver. Aussi, c'est avec une indicible consolation , que le chrétien retrouve les principes de sa foi dans la mémoire de tous les peuples de la terre.
— Mais l'église né s' } identifie pas avec la sagesse éternelle (p. 58), die se contente de répéter les leçons de son divin maître, et elle ne crée point de dogme nouveau.
—Et quand le genre humain a-t»il cherché à confondre sa raison avec la raison suprême (p. 51) ? Ne s'est*il pas fait gloire de répéter les enseignements des ancêtres, dont il rapportait l'origine à Dieu? S'est-il fait dieu pour cela? ou a-t-il divinisé les ancêtres dans la rigueur du mot? Quel dogme a-t-il inventé?. ... Cest une incroyable fascination que celle qui a séduit M. Bàutam! Il s'est imaginé (p. 54) que, dans les principes dé1 la philosophie du sens commun, cétoit la raison du gefcre humain qui faisoit le dogme! tandis que le genre humain , selon cette doctrine, ne fait que le transmettre des pères aux enfants ; et , pour appuyer l'inculpation odieuse qu'il dirige contre cette même doctrine,
il fait, quoi qu'il en dise (p- 53) 9 un étonnant et inconcevable abus de quelques textes de Hissai sur l'indifférence en matière de religion.
Groiroit-on qu'il trouve le panthéisme dans les propositions suivantes?
« Qu'est-ce que la raison , si ce n'est la vérité « connue? "Q (p. 53).
«Une science est un ensemble d'idées et de «faits dont on convient "Q (p. 54). '
« La raison privée ne peut avoir que des opinions : les dogmes appartiennent à la société » 0 (p. 54).
Il faut que nous ayons l'esprit bien obtus: car nous n'apercevons pas l'ombre de relation entre la première et l'apothéose de la raison humaine. Nous ne concevons .pas ce que c'est que la raison, prise dans sa plus grande généra» lité, si ce n'est la vérité connue , ou, comme nous lavons dit plus haut, l'expression de li vérité. Que veut-on dire quand on donne raison à 4ine personne, sinon qu'elle a la vérité de son côte? Et, si Ion veut prendre la raison pour la faculté de connottre, pour l'intelligence, «une «intelligence qui ne connoîtroit rien, que seroit- «dle?»(4)
(') Essai sur V indifférence, t. 3. , p- 93. C) Ibidem, p. ai. — (*) /*/</., p. 139. — (<) /*/</.. p. 93*
Quant aux deux autres propositions, on a pri* la peine de nous montrer comment on essaie d'en Étire sortir la monstrueuse erreur qu'on nous impute.
— a Une science' est un ensemble d'idées et *de faits dont on convient. Donc, conclut-on <(/?. 54), ce sont les conventions de la raison «qui font la science et la vérité! "
— Si l'on entend par là que la raison lait arbitrairement la science et la vérité, ce n'est point assez que de nous accuser de panthéisme : car, selon cette explication, la raison humaine seroit placée bien au-dessus de Dieu : mais c'est une sottise que l'on prête le plus gratuitement et le plus injustement du monde à l'auteur de l'E&SAI : car tout l'ensemble du chapitre qui a fourni la phrase incriminée, prouve qu'il n'est là question que de la certitude, sans laquelle il n'y a point de. science véritable, et de la vérité scientifique relativement à l'homme. La phrase signifie simplement qu'il n'y a de certitude scientifique, et, si on le veut, -qu'il n'y a de vérité pour nous dans les sciences, c'est-à-dire, de vérité certainement connue de notre foible raison, que par l'accord des savants; non pas que cet accord fasse la vérité à sa guise, mais pareequ'il la constate et la proclame. Qu'on dise donc ce qu'est une science, considérée sous le
rapport de la certitude, «sinon un ensemble «d'idées et de faits dont on convient? Ge qui a ne porte pas ce caractère, ce qui reste contesté « entre les témoins et les juges, est rangé dès lors «parmi les- opinions incertaines. Àrrive-t-il au «contraire que te partage de sentiments cesse? «que les autorités soient unanimes? la science a, «db ce moment, atteint le plus haut degré de «certitude qu'elle soit susceptible d'acquérir. *0 Si ce n'est pas là un fait patent et qui se représente chaque fois qu'un nouveau cas scientifique est à décider, qu'où ose le démentir. Oii réside donc la certitude scientifique selon M. Hautain? Dans la raison privée ? Alors la méthode antiphlogistique du docteur Broussais et la pratique incendiaire du chirurgien Leroy sont également fondées en raison.
— «La raison privée ne peut avoir que des opinions : les dogmes appartiennent à la société. a Doue, infère-t-on encore (p. 54), c'est la raison «générale qui fait les dogmes, comme la raison «privée fait les opinions "
— Qui^e seroit attendu à une semblable conclusion? La raison privée fait l'opinion, parcequ'elle la conçoit, la produit- Mais la raison générale fait le dogme, non pas en l'inventant,
• 0) Essai sur C indifférence, t. a ,,p. ax,
mais en le constatant, en lui servant de signe et de caractère extérieur. La conclusion que nous attaquons est d'autant plus étrange, que, dans tout le contexte du passage incriminé, on ne lit pas un mot que l'on puisse, même en le torturant, faire -servir à une si impardonnable falsification. Après avoir montré que le sentiment n'est pas un moyen de reeonnoitre la certitude des dogmes et des devoirs, l'illustre écrivain que Ion défigure si indignement, ajoute Ç) : « Il faut « donc nécessairement remonter à la raison pour a trouver la certitude; mais à la raison générale «manifestée par le témoignage, c'est-à-dire, à s une autorité hors de nous. Tçute raison individuelle est faillible, parcequ'elle est finie; elle 0ne peut avoir que des opinions; les dogmes ap- «partiennent à la société : aussi, quand la société «se dissout, à l'instant les opinions succèdent aux « croyances *.,
Si des textes aussi innocents ont servi de prétexte à une aussi grave accusation, on ne s'étonnera pas qu'elle se soit emparée avec avidité d autres passages qui, détachés de leurs antécédents et de leurs conséquents, semblent se prêter à une plus large interprétation.
En voici un, par exemple : «Noble émanation
(') Essai, p. 129.
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veuille bieù déclarer si , dans ce sens , il n'est pas vrai que notre raison soit la raison de Dieu? la raison que Dieu nous a donnée, à laquelle il a trace des règles, et qu'il soutient par sa sagesse, aar sa providence et par sa raison? Qu'on se ouvienne de ee que nous avons établi sur l'inroduction des vérités sociales dans la raison hutaine par une révélation originelle et divine, t sur leur conservation par la voie traditionelle, et qu'on dise si, sous ce rapport encore, otre raison n'est pas la raison même de Dieu? la parole que répète le genre humain à trasrs les siècles ne peut pas être appelée la parole •Dieo? Comment un 'acte d'humilité, par lèse! la raison humaine reconnott la souveraineté î la raison divine, sa source, son fondement et règle, est-il transformé en un acte d'orgueil, ir lequel une raison bornée se déclarerait la râm suprême et infinie? Est-ce que, quand des isciples transmettent à d'autres les enseignelents de leur maître, on ne peut dire que leur sence est la science de leur maître, sans cou- x mdre et identifier la personnalité des disciples tep celle du maître? Il ne sera donc plus permis de dire, sans s'exposer à l'odieux soupçon de lantheisme, que la doctrine des apôtres étoit la loctrine de Jésus-Christ? que la parole de l'église
est la parole de Dieu? et sa raison la raison de
Dieu ? De quelque manière qu'on le dise de l'église sans identifier l'homme avec Dieu» nous le dirons du genre humain; de quelque manière que l'on explique l'inftillibilité de l'église sans cesser d'être catholique , nous l'entendrons de même de l'infaillibilité du genre humain, avec la différence que nous avons établie plus haut entre une autorité' humaine et naturelle et une autorité divinement instituée. Est-ce encore du panthéisme que d'appeler l'évangile la parole de Dieu ? Quoi ! ces empreintes laissées sur le vélin par des caractères d'imprimerie, vous osez dire que c'est la parole de Dieu ! quelle horreur ! quelle abomination I Si les mots Gxés sur ces pages sont la parole de Dieu, le livre qui parle cette parole, est donc Dieu? les feuilles qui le composent, sont Dieu? le lit métallique qu'elles ont pressé de leur double surface, est Dieu? enfin, l'épais et noir liquide dont il étoit enduit» est aussi Dieu?.,..
Il faudrait transcrire les quatre tomes de M. de la Mennais pour montrer que , d'un bout à l'autre, il distingue la raison humaine et la raison divine, et qu'à chaque page, ce n'est pas trop dire , il ramène la première à l'autorité de la seconde comme à son unique et inébranlable fondement : c'est là le but de l'ouvrage, et il faut que l'auteur ait été bien grossièrement mala-
droit, s'il A déifié la raison humaine, lorsqu'il pensoit la réduire à sa dépendance naturelle et légitime envers son auteur. Nous nous contenterons de renvoyer nos lecteurs aux textes que nous avons cités dans ce volume, et mieux encore au livre qui a fourni matière à la sagace critique du P. Rozaven et de M Bautain. On y verra que cette phrase qui excite de si vives réclamations, n'est que l'explication de ce. texte de S/ Paul : «Nous n'avons de vie, de mouvement, d'être encan qu'en Dieu : In ipso enim vivimus, et move- *mur> et sumus" Q (*); on y verra qu'elle n'est que la conséquence et le développement de ces mots (3) : Notre raison ayant été créée de Dieu .• voilà le panthéisme de M. de la Mennais.
Il seroit presque inutile de discuter une dernière proposition inculpée par M. Bautain. Mais, dans une matière aussi grave, nous ne voulons laisser planer aucun doute, quelque téméraire, quelque injuste qu'il soit, sur l'orthodoxie d'une doctrine qui fait la hase de toute notre foi, et sans laquelle nous ne croyons pas la foi possible*
— a Dieu est, dit FEssai (4), pareeque tous les «(hommes attestent qu'il est11. — «Donc,* ré-
(') Act. XVH, a8.
(') Essai, L a , f . 95.
O Mi., p. 94.
(«) Mi., p. 77.
pond (p. 54) M. Bautain, qui saisit cette phrase au bond comme une heureuse fortune, w c'est la «raison qui fait Dieu par son attestation 1*
— • Mais par quelle incompréhensible préoccupation, dirai -je dans quelle intention malveillante, prend-on plaisir à dénaturer ainsi la pensée d'un auteur? Tant que l'homme ne conpoit que l'homme, la plus grande autorite qu'il conçoive est celle du genre humain : c'est par elle qu'il arrive à l'idée de Dieu : c'est ce qui avoit été établi au chapitre précédent par M. de la Mennais. Une fois Dieu connu, il devient la clé de l'univers, la lumière et le 'fondement de notre intelligence, la raison de cette nécessité de croire, qui n'est autre chose que 1 élan naturel qui nous emporte vers lui. C'est ce qui est formellement expliqué en mille endroits du magnifique ouvrage que M. Bautain n'a pas su ou pas voulu comprendre. Û'après cela, devoit-il interpréter de la manière la plus défavorable une phrase équivoque ou manquant de précision grammaticale ? Ce n'est point ainsi que nous en agissons à l'égard de M. Bautain , dont les parole vagues et décousues contrastent d'une manière si tranchante avec l'éloquente précision et l'admirable logique du grand écrivain dont nous osons, foible avocat, prendre la défense. La méprise, si c'en est une, devient plus inexplicable
encore, quand on lit six lignes au-dessus de U proposition prétemjpe criminelle , ces paroles remarquables : «Le premier phénomène de la crie intellectuelle chez tous les* peuples, le plus «général, le plus constant, est la croyance d'un
«Dieu, CAUSE UNIVERSELLE ET DERNIÈRE RAISON de
«tout ce qui est". — Si Dieu est la .cause et la raison dernière de tout ce qui est , ce ri est donc point la raison qui fait Dieu par son attestée don. Il seroit puéril de chercher une contradiction entre deux passages aussi rapprochés : car, du moment où l'un des deux peut laisser du doute sur sa véritable signification, le doute doit être expliqué par l'autre en faveur de l'auteur. Mais 011 n'a pas même la ressource de s'excuser sur une équivoque : l'équivoque étoit levée par les antécédents, le texte incriminé étant visiblement la reprise de ce qui précède : or, la raison générale venoit de reconnoître Dieu pour l'auteur défont; résumant dans la phrase inculpée les développements de cette doctrine, elle s'appuyoit sur cette conclusion pour aller plus loin, et en déduire que Dieu, principe de tout ce qui est, est aussi son principe à elle. Cette phrase est trop manifestement une tournure elliptique et solennelle, avouée par le style oratoire, pour <[u'il ne soit pas impardonnable de s'y être laissé tromper. Dieu est, pareeque tous les hommes
attestent qii'il est; c'est comme si Ton disott : Je crois et j'affirme que Dieufst , et je le crois et t affirme, parceque tous les peuples l'attestent* Nous n'avons pas besoin de replacer ici les citations de M. de la Mennais que nos lecteurs ont vues précédemment, qui, en justifiant notre paraphrase, confondent toute fausse interprétation : nous pourrions les corroborer d'une niasse accablante de textes aussi formels. Toutefois nous ne nous dispenserons pas d'apporter à l'appui de notre commentaire une phrase de M. Laurentie , évidemment calquée sur celle de M.- de la Mennais, et où rien n'est sousentendu : «Dieu est, indépendamment de toute tt raison qui nous fait comprendre la nécessité de «son être; mais nous savons qu'il est, parceque «cla tradition nous le révèle ; et nous le savons « avec certitude , pareequ'il est impossible que « tous les hommes se trompent à la fois dans une « croyance qui leur est commune et qui subsiste « constamment dans tous les temps et dans tous «les lieux, avant tout raisonnement humain et «malgré les variations des opinions des hom~ «mes" ('). «Dieu est*, avoit dit YEssai (a) avec bien plus d'énergie, «parceque tous les peuples
0) Introduction à la philosophie, p. i38. (*) Essai , t. a, p. 77.
«attestent qu'il est; Dieu est', parœqu'il n'est pas «même possible à l'homme de prononcer qu'il «n'est pas, puisqu'on refusant d'y croire sur le .témoignage universel, il perd le droit de rien «affirmer*
Voilà donc les vains appuis de cette accusation si odieuse et si ridicule! cinq propositions nolemment détournées du sens qu'y attache évidemment leur auteur I U est clair comme le jour que trois de ces propositions n'ont aucun rapport avec le panthéisme Et les deux autres, — on a eu beau les pressurer pour en exprimer quelques gouttes de venin : on n'a recueilli que ce qu'on avait distilé soi-même.