‹ De l'enseignement philosophiqueChapitre 14 sur 18 · BOUCHE EN BOUCHE, ELLE AURÔIT PU ÊTRE AI · texte numérisé non relu

BOUCHE EN BOUCHE, ELLE AURÔIT PU ÊTRE AI

« térée. // falloit donc qu'une institution fût » établie pour conserver la parole écrite, et

(■) La savante écolière dé M. Bautain a omis deux évangélistes :f est-ce par oubli? on à dessein, parceqo'ib étaient apAtres eux-mêmes? nous l'ignorons t mais le maître a trouvé cela bien , et nous «avons rien à dire.

«c'est Vèglist qui en est dépositaire, comme «c'est aussi elle qui l'a reçue, qui la conserve, «et qui l'explique par la bouche de ses ministres, * L'église prend toutes les précautions possibles «pour que cette parole ne soit point altérée. Cegt «pourquoi' elle n'en permet pas facilement la tra- «duction, de peur qu'on n'en altère le sens." Q — Nous protestons qu'à l'exception de l'analyse obligée de l'écriture sainte, nous venons de transcrire fidèlement la Catéchèse intitulée De la doctrine chrétienne , et qu'il n'y est nullement question dé la tradition. L'écriture, voilà l'unique source où le ministre de l'église doit puiser les instructions dont il doit nourrir la foi et la piété des fidèles; et, à moins que chacun n'ait le moyen de consulter à tout instant la chaire apostolique, dépourvu de l'appui du sens commun et de la foi commune de l'église, qu'on prétend réprouvés par l'évangile, quelle ressource reste-t-il au ministre de la parole pour interpréter l'écriture? Nous ne voyons que le sens privé et l'illumination soudaine du Saint-Esprit : or ces àeax moyens, sans règle extérieure appli^ cable à tous les instants, qu'est-ce autre chose que le protestantisme avec l'enthousiasme qu'il engendre ? Cest une grave accusation que nous

(') Instruction du S juillet ifôo.

portons à notre tour contre M. Hautain. Nous voulons l'oblige** à parler une fois clairement, en le réduisant à la nécessité dé se défendre, et nous le1 sommons dé dissiper les inquiétudes et de calmer les alarmes des fidèles et du clergé de son diocèse, au nom desquels nous lui demandons compte de sa foi.

Convenez du moins , M. Bautain , que vous avez la main malheureuse , quand vous signez des actes d'accusation!.... Peut-être réussira-vous mieux en dénonçant notre doctrine comme contraire à la morale chrétienne : c'est ce que nous allons voir.

Nous profiterons de cette occasion pour prouver une fois au moins à l'égard de deux faits qui nous tombent sous la- main , ce que nous avons avancé ci-dessus , que l'on ne peut attaquer ou défendre la doctrine du sens commun que par les mêmes armes dont on se sert contre l'église ou en faveur de l'église. M. Bautain soutient que la raison générale ne peut être prise pour la règle des croyances , parceque l'évangile dit anathème au monde à cause de ses scandales, et parcequ'à la fin des siècles il n'y. aura peutêtre plus de foi suf la terre. Ces. deux objections ont été faites par les. protestants. contre rëglise catholique, et il ne sera pas hors de propos de montrer comment Bossuet y. répondoit de son

tempe. Nous discuterons d'abord la première avec toutes ses instances et les conséquences que notre docteur en déduit

— « Ken loin que l'enseignement évangélique « donne l'assentiment commun pour règle de conduite, il recommande au contraire d'éviter la «voie large où marche le plus grand nombre11 (p. 57).

— Notre adversaire confond évidemment la doctrine commune avec la pratique particulière et ht vie de chaque individu. Sans doute le plus grand nombre marche à la perdition : mais tous y vont-ils par la même voie? et la voie large n'est-elle pas formée d'une multitude de voies particulière* et individuelles ?• Est-ce en suivant renseignement du sens commun ou en s'en écartant que Ton se perd? Quel est l'homme qui ne sache pas qu'il pèche, quand il contrevient à on précepte universellement promulgué? Et, au sein même du paganisme; tous les vices n'étoientils pas réprouvés par la morale universelle et souvent punis par les lois civiles, quoique les exemples licencieux des dieux invitassent leurs adorateurs à les imiter? Il y a voit des cultes souillés par des turpitudes : mais, ce que des personnes d'ailleurs honnêtes se permettoient sans remords pour honorer leuw divinités, n'auroientelles pas rougi de le commettre hors des lieux et

texte que l'on, va trop loin. La sagesse du siècle, c'est encore, dans un sens pins restreint, Tin* crédulité, la haine de la religion, l'orgueil de la raison, qui sont loin d'être le sentiment commun. Enfin la sagesse du siècle, ce sont toutes les passions, les actions mauvaises, le dérèglement des moeurs, choses qui sont toutes condamnées par la morale du sens commun, aussi hautement et aussi fortement qu'elles sont communes et ordinaires parmi les hommes, soit qu'ils se fassent illusion sur leur conduite, soit que,^par respect pour la règle des mœurs , ils résistent encore quelquefois à des inclinations perverses et impérieuses, soit qu'ayant secoué toute espèce de frein, ils étouffent le cri de leur conscience, qui proteste contre leurs désordres.

(') «On tourne en dérision, dit S.' Grégoire «pape, la simplicité du juste. La sagesse de ce «monde consiste à défendre l'accès de son cœur «par des machinations, à déguiser la pensée par «les discours, à faire passer pour vrai ce qui est «faux, à démontrer f^ux ce qui est vrai. Voilà « la prudence que la jeunesse acquiert par l'usage, «que les enfants apprennent à prix d'argent.

(') Deridetur justi simplicitas. Hujus mundi sapieslâ est, cor machioationibus tegere, sensum verbis velare; qa* falsa sont, vera ostendere ; quœ vera sont, fclsa demonstrare. lime nimirùm prudentia usu à juvenilms scitor.

«Ceux qui la possèdent, s'en glorifient et méprissent les antres; ceux qui ne la possèdent pas, «humbles et timides , l'admirent dans les autres, «parcequ'ils aiment aussi cette inique duplicité «qu'on pallie d'un beau nom,. en appelant urbanité la perversité du cœur. Ceux qu'elle subju- «guef ne trouvent point d'honneurs trop relevé» «pour leur ambition, ils mettent leur bonheur «dans une vaine gloire temporelle, ils rendent «avec usure le mal qu'on leur fait; s'ils sont

* assez forts, ils ne cèdent jamais à ceux qui leur

* résistent; au défaut de vertu r dont leur malice ' «les rend incapables, ils se couvrent de dehors «pacifiques et débonnaires.

a Au contraire, la sagesse des justes consiste à «ne rien faire par ostentation ni par hypocrisie, «à découvrir leur pensée dans leurs discours, à «aimer la vérité quelle qu'elle soit, à fuir le men-

bsc à pueris pretio discitur : banc qui sciant , cxteros despiciendo superbiunt ; banc qui nesciunt , snbjectî et timidi in aliis mirantur; quia ab eis haec eadem duplicitatis iniquitas , nomine palliata diligihir , dum mentis per- Tersitas urbanitas vbcatur. Haec sibi obsequentibuà prsecipH hononnn cubnina qucerere , ad'epta temporalis gloriae vanitate gaudere, irrogataab aliis mala multiplicius'reddere; cum vires suppetunt, nullis resistentibué cedere; nim virtutb possibilitas deest , quidquid explere per malitiam non valent, boc in pacificâ bonitate simularc.

At contra, sapientia justorum est, nil per ostensionem fingere, sensum verbis aperire, vera, ut sunt, dilîgere, falsa devitare ; bona gratis exbibere , mala libentiùs tôle-

«songe, à faire do bien arec désintéressement, «à supporter avec joie la méchanceté des autres «plutôt qu'à leur causer, du mal, à ne tirer « aucune vengeance d'une injure, à s'estimer heo- « reux de souffrir un outrage pour la vérité

« Mais cette simplicité des justes est .tin objet de « risée, parcequ'aux jeux des sages de ce monde, « la pureté de l'ame n'est point une vertu, mais «de la niaiserie : car tout ce qui part d'un cœur « innocent , ils ne balancent point à le réputer «folie, et toute* action qui peut soutenir les re- «gards de la vérité, est niaiserie pour une sa* «gesse charnelle Quoi en effet de plus insensé «selon le monde, que de dévoiler son ame dans « ses discours, de ne point recourir à la ruse, de «s'abstenir de manoeuvres hypocrites, de ne pas « rendre outrages pour injures, de prier pour ceux «qui nous maudissent, d'ambitionner la pan-

rare quàm facere; nullam injurias ultionem quaerere, pro veritate contumeliam Incrum putare.

Sed baec justorum simplicitas deridetar : quia ab hajos mondi sapienti|ras puritaiis virhis fatuitas créditer. Orne enim quod innocenter agitur, ab eis procul dubio stoltua puUtnr, et quidqaid in opère veritas approbat, çanuli sapientiœ fatuum sonat. Quid namque stultius videtur mando, quam mentem verbis ostendere, nil callidimachinatione simulare, nullas injuriis contumelias reddere, pro maledicentibjis orare , paupertatem quaerere , posscssa relinqnere , rapienti non resistere , percnlienti alterna maiiUam prsbere? D. Greg., Moral, libr. 10 cap. 16.

tvreté, de renoncer à ce qu'on possède, dé ne « point résister à celui qui noua dépouille, de pré* «senter l'autre joue à celui' qui nous frappe?9

On voit donc que par sagesse le saint docteur n'entend pas un enseignement, mais la triture ordinaire de la vie; d'après quoi, la sagesse du siècle , loin d'être une doctrine proclamée vraie partons les hommes, n'est autre chose que cette rouerie pratique, cet égoïsme dont chacun souffre et se plaint, et contre lequel réclament plus haut que les autres ceux qui l'exercent le plus habituellement et avec le plus d'habileté.

S/ Augustin explique de la même manière ce qu'on doit entendre par le monde. « Le seigneur «Jésus, dit-il, exhorta ses disciples à supporter «les persécutions des impies, qu'il désigna par * la dénomination de monde; et ce fut cependant «au milieu de ce monde qu'il dit avoir choisi «ses disciples eux-mêmes, pour leur apprendre «que c'étoit à la grâce de Dieu qu'ils étoient « redevables de ce qu'ils étoient devenus , tandis t que leurs vices seuls les faisoient ce qu'ils étoient r auparavant * (*)

Ce qui caractérise lé monde, c'est donc le vice

(') Dominos Jésus .. . . exhortâtes est eos ad perferendas perseculiones impiorum , qaos mundi nomme nuncnpavit : ex quo tamen mtmdo etiam ipsos discipulos se elegisse dixit, nt scirent se.Dei gratia esse quod sunt; suis antcm vitiis fuisse quod fuerunt. Div. Aug. Tract, 92 in Joann.

et l'impiété, et, coïnme le ait us peu plus bas S.1 Augustin , l'acharnement contre les saints ; c'est, en un mot, cette résistance perpétuelle du cœur de l'homme au devoir que son intelligence proclame Si ce n'étoit cela, les pères de l'église atiroient-ils si souvent renvoyé les gentils à leurs philosophes et à leurs poètes pour leur montrer que le christianisme n'étoit que la doctrine ancienne. La sagesse du siècle , c'est donc tout ce qui est opposé à la morale universelle du sens commun, et plus particulièrement à la perfection évangélique , et nulle part Jésus-Christ n'a dit que cette sagesse fut le sens commun, la raison générale. La raison générale, comme l'évangile, «affirme que cette sagesse est folie devant «la sagesse éternelle,. comme aussi la sagesse d'en «haut est folie aux yeux du mondé19 (p. 57). Comme l'évangile, elle nous recommande d'éviter la voie large où marche le plus grand nombre , en même temps qu'elle nous rappelle avec Jirémie Ç) au grand chemin , aux voies publiques, o aboutissent les anciens sentier* que nos pères ont fréquentés , et ou aussi on nous commande de les suivre (*). Évitez la voie

(') Jer., VI, 16.

(*) Bossuet , Seconde instruction pastorale sur les promesses de l'église, n.° XLVIII.

large 7 suivez le grand chemin : comment concilier ces deux préceptes, sinon comme Bossuet la lait, en entendant l'un de la conduite pratique, et l'antre de l'enseignement général, de la raison commune? Cherchez la vérité spéculative et dogmatique dans le grand nombre, et la vérité réalisée, la vertu, la sainteté dans le petit troupeau des élus. Combien en effet y a-t-il <fhommes qui, tout en se déchargeant dn joug de l'évangile T qu'ils trouvent trop pesant pour eux, n'avouent néanmoins que c'est la morale la pins parfaite et la plus capable de Eure le bonheur dn genre humain?

Mais la sagesse du siècle seroit encore une doctrine dominante dans une partie dn monde s une époque d'incrédulité, qu'elle ne seroit pas pour cela le sens commun : car le sens commun embrasse tous les temps et tous les lieux.

Ainsi, V indifférence en matière de religion a beau être devenue aujourd'hui (p. 58) presque universelle dans le monde : ï illustre aur tcur de FEssai ne s'est point été à lui-même le moyen de la blâmer et de la combattre : car I indifférence n'est point un enseignement dogmatique, mais un crime contre la raison, une laite contre renseignement; et, fut-il encore professé par Toie d'enseignement comme le devoir 'le l'homme raisonnable, dn moment où M. Bau-

tain prononce ces mots : est devenue, aujourd'hui y il nous livre le secret de sa faiblesse, et «es efforts se brisent impuissants contre le magnifique ouvrage, qui a terrassé l'indifférence» Écoutez néanmoins, le docteur en médecine :

• — a De quel droit sa raison privée s'oppose-t- «elle à la raison générale du siècle? Prçte»d-il « que son sens particulier prévaille contre le sen- « timent du grand nombre? S'il le prétend, que « devient son système? Et s'il ne le prétend pas, «pourquoi a-t-il fait son livre?" (p. 58).

— Pressante logique! argument accablant de personnalité! Quel dommage que tout cela porte sur un feux supposé, sur une notion inexacte du sens commun! Si l'indifférence étoit la plaie générale de nos compatriotes, si la raison générale de nos compatriotes étoit la raison génémle de nos contemporains , si la raison générale de nos contemporains étoit la raison générale de tous les temps et de tous les lieux, M. Bautain auroit raisonné fort juste. En attendant qu'il en soit ainsi, qu'il permette à M. de la Mennais d'appeler son siècle au jugement de tous les siècles, et les indifférents, foible minorité au milieu des nations qui couvrent aujourd'hui la surface de la terre, au tribunal du genre humain tout entier.

* On va voir l'argument du docteur rebondir sur l'église catholique.

« Loin que renseignement évangélique donne «l'autorité de l'église ponr règle de conduite, il «recommande an contraire d'éviter la voie large t on, de notoriété publique, marche le plus grand «nombre des chrétiens, adonné à tontes sortes «de vices. 11 affirme que la sagesse du siècle (et •(/est bien là l'autorité de l'église, puisque c'est «la sagesse de la plupart des chrétiens, et que «malheureusement c'a été trop souvent aussi celle «du corps des pasteurs); il affirme que cette sar gesse est folie devant la sagesse éternelle, comme «aussi la sagesse d'en haut est folie aux yeux du t monde, et le monde c'est le christianisme, c'est tl église d'aujourd'hui, c'est le christianisme, tl église de tous les temps : car beaucoup d'ap- « pelés , mais peu d'élus. Le monde s'est assis sur ries sièges épiscopaux et a trôné dans la chaire «suprême de l'église *

Si M. Bautain craint d'exposer au grand jour de la publicité la doctrine qu'il paroit avoir dans le cœur et qu'il ne professe sans doute que dans le secret- de ses savantes conférences , il cherchera à nous échapper par des faux-fuyants, par des subtilités, peut-être par des distinctions.

Possible qu'il réponde qu'il existe toujours dans l'église une autorité pour proclamer la saine doctrine. — Mais qu'importe ? Si la corruption des moeurs est aussi un enseignement aux yeux

de M. le docteur Bautain, si elle fait loi et autorité, si elle est, en un mot, partie intégrante du corps enseignant, voilà donc les peuples qui se perdent à la suite des pasteurs corrompus; voilà l'église enseignant la corruption par l'autorité de son chef, quand un Alexandre VI occupera la chaire de S/ Pierre. Et comment prendre pour règle de conduite l'autorité des pasteurs, si le plus grand nombre > le pape en tête, marche dans la voie large ? Pour le coup, il n'y a plus d'église , et l'évangile seul devient la règle des mœurs. *

Possible encore que, démentant l'interprétation commune, on prétende que la sagesse du siècle n'est pas la corruption, mais simplement le sens commun, considéré comme tout le monde l'entend, c'est-à-dire les croyances universelles, qui seraient, dit-on, déclarées par Notre Seigneur., contraires à la sagesse divine. — Ce seroit faire injure à la sagesse divine, et soutenir qu'elle n'a pas et ne peut avoir le sens commun , c'est-à-dire que l'évangile est un livre oppose à la raison générale, qui, par conséquent, n'est pas fait pour s'attirer la foi* du genre humain, et l'église une société d'hommes livrés à l'esprit particulier, entre lesquels il est impossible qu'il y ait jamais une croyance commune , puisque , dès l'instant où il s'établirait un dogme commun , ou l'église

marcherait dans la voie large, ou chaque fidèle, pour obéir au précepte du Sauveur, s'empresseroit de repousser ce dogme comme parole pernicieuse. L'évangile ne pourrait donc être luimême la loi -commune des chrétiens, qu'autant qu'U enseignerait des vérités opposées entre elles et prescrirait des devoirs différents , entre lesquels les fidèles devraient si bien se partager, qu'aucun de ces points de croyance ou de pratique ne pût jamais se vanter d'avoir le sens commun. Mais voyez où cela nous mènerait En proscrivant Je sens commuai, l'évangile ne pourrait interdire universellement à tous les hommes de le prendre pour la règle de leur conduite : car ce serait établir une loi* commune, ou rétablir lé sens commun tout en l'abolissant II faudrait donc qu'un certain nombre d'hommes pussent légitimement suivre la raison générale, c'est-à-dire marcher dans la voie large avec le grand nombre.

Non, non, «l'église, dit Bossuet('), enseignç «toujours hautement et visiblement la bonne «doctrine sur la sainteté des mœurs; elle est «envoyée pour cela par ces paroles de la prow messe : Enseignez-leur à garder tout ce que

(!) Seconde instruction pastorale sur les promesses de église, n/> XXX.

je vous ai commandé Ç) f ce qui comprend toute «c sainteté. Elle est toujours assistée pour accom- «plir ce commandement; et ces paroles : Je suis « avec vous (enseignants et baptisants) en sont la « preuve.

« Encore que le bon exemple des pasteurs soit «un excellent véhicule pour insinuer l'évangile, « Dieu n'a pas voulu attacher la marque précise «de la vraie foi à la sainteté de leurs mœurs, « puisqu'on ne la peut connottre, et que tel qui «paroit saint, n'est qu'un hypocrite; et au con- « traire il l'a attachée à la profession de la doc- «trine, qui est publique, certaine, et ne trompe «pas. Je suis, dit-il, avec vous (enseignants); et «encore plus expressément (") : Ils sont assis a sur la chaire . . '. Faites donc ce qu'ils vous «disent, et ne faites pas ce qu'ils font.

«Comment peut-on dire que j'abandonne la « sainteté des mœurs, moi, qui.. . fois voir l'église « enseignant toujours une saine et sainte doctrine, «une doctrine toujours féconde par la parole de «l'évangile, qui ne cessera jamais d'être en sa «bouche; une doctrine par conséquent qui pro- « duit continuellement des saints, et qui renferme « tous les saints dans son unité ? Telle est la doc-

(') Hatth., XXVIII, 3o.

O IM., XXIII, a, 3.

«trine de l'église catholique..*. Vos ministres •veulent-ils dire qu'on peut pipscrire contre la c règle par les mauvais exemples, ou qu'ils l'em- « pèchent de subsister dans toute sa force? Cest «âne erreur manifeste et qui tend à la subversion «totale de l'église Ainsi quelque grande que soit € ou puisse être la corruption qu'on imagine dans «les mœurs, on ne peut pas dire qu'elle prévale, «puisque la règle de la vérité subsistera toujours « en son entier. On verra (') toujours de* scandales «dans le sein même de l'église : mais pour ce «qui est des erreurs et des hérésies, elles en seront

De même, la raisdn générale enseigne toujours hautement et visiblement la bonne doctrine sur la sainteté des moeurs» Telle est son institution, ia mission naturelle, et elle enseigne à tous les individus à garder ce que Dieu a commandé à l'homme; ce qui comprend toute vertu. Elle est toujours infaillible dans l'accomplissement de ce devoir, et la vérité ne peut l'abandonner, sans quoi le genre humain périrait

Encore que le bon exemple des parents, des anciens, et de la plupart des hommes, soit un excellait véhicule pour insinuer aux enfants, aux

(*) Bossurr , Première instruction sur les promesses, ■••VIL

jeunes gens et aux particuliers lia règle de leur conduite, la marque de la vraie foi n'est point attachée à la pureté des moeurs de ceux qui enseignent, mais à la profession de la doctrine, qui est publique, certaine, et ne trompe pas. La vérité est avec le sens commun enseignant Faites donc ce que tous les hommes ensemble vous disent, et ne faites pas ce que chacun fait*

Comment peut-on dire que notre philosophie abandonne l'intégrité des mœurs , elle qui hit voir la raison générale enseignant toujours une saine et sainte doctrine, une doctrine toujours féconde par la parole de vérité, qui ne cessera jamais d'être en sa bouche, une doctrine par conséquent qui produit continuellement dés hommes vertueux, et qui renferme tous les hommes vertueux dans son unité, puisque, hors délie, l'idée delà sagesse et de la vertu ne peut même exister, et qu'on ne peut nommer sagesse et vertu que ce que tous les hommes appellent ainsi ? Telle est la doctrine de la raison générale Qui pourrait prouver qu'aux époques de la plus profonde démoralisation, tous les hommes se soient accordés pour honorer le vice du nom de vertu ? On entend bien dire dans le monde : « Il faut * donner du plaisir : où en seroit^on s'il falloit se contraindre à ce point? bien fou celui qui ne profiterait pas d'une si belle occasion de s'amuser

oo de faire fortune! je n'aspire point à une si hante sagesse, à Ami de vertu; je ne vise point a la perfection.* Biais ces aveux de la foîblewe humaine peuvent- ils être pris pour l'abolition de la loi morale? n'en sont-ils pas an contraire la confirmation ? M» Bantain veut-il dire qn on peut prescrire contre la règle par les mauvais eiemples, on qu'ils l'empêchent de subsister dans tonte sa force? Cest mie erreur manifeste , et qui tend à la subversion totale de la société* Ainsi, quelque grande que soit, on que puisse être, ou qu'on suppose la corruption des mœurs, on ne peut pas dire qu'elle prévale, puisque la règle de la vérité subsiste toujours en son entier. On verra toujours des vices et des crimes parmi ks nommes : mais, pour ce qui est des erreurs universelles, il est impossible qu'il y en ait

— Biais (p. 57), «l'enseignement évangélique «parle de la croix, -scandale aux juifs, folie aux rgentils, La doctrine de la croix étoit donc con* t traire au sens commun, puisqu'elle lui parois- «soit une folie; elle révoltoit la raison du grand t nombre, puisqu'elle lui étoit un scandale!9

— Et n'en est- il pas de même aujourd'hui parmi les chrétiens? Ne sonUU pas la plupart ennemis de la pauvreté, des humiliations, des «ouflranœs, de la mortification, de la croix par conséquent? Combien ne rougissent pas de la

croix de Jésus-Christ ? combien ne la regardent pas comine une folie? pour combien n'est-elle pas un scandale? Et, parmi ceux qui, par état, lont obligés de prêcher et prêchent en effet la pénitence, la vie crucifiée et la mortification de l'homme intérieur et de l'homme extérieur, combien y en a-t-il qui prêchent d'exemple et pratiquent ce qu'ils enseignent? Avouez donc que, si c'est la pratique de la vie qui fait l'autorité, il n'y a pas plus d'autorité dans l'église que dans le genre humain ; ou convenez * que vous êtes d'accord avec les protestants pour ne reconnoitre dans l'église d'autre autorité que l'écriture sainte. Si vous n'osez faine cet aveu, confessez du moins que vous entendez mal lé texte de l'apôtre, qne la conduite journalière n'est point une profession de foi, et que le sens commun n'est point opposé à l'évangile

En effet, par la doctrine de la croix, il faut entendre plusieurs choses : d'abord le christianisme en générai , puis en particulier la reconnoissance d'un dieu pauvre, humble et crucifié, enfin l'amour et la recherche des souffrances et des humiliations.

Le christianisme, pris dans sa généralité, renfermé une partie dogmatique et une partie morale.

Le dogme chrétien n'est autre chose qne le

dogme primitif proclamé dam. tous les temps par le sens commun, et promulgué de nouveau arec les développements que la sagesse éternelle, conversant parmi les hommes, a jugé à propos d'y ajouter. Le premier point de foi qui lui soit propre, c'est l'accomplissement de la promesse qui faisoit depuis tant de siècles l'attente de toutes les nations. Il n'y a rien en cela qui pût répugner à la raison générale. Tout cela étoit parfaitement d'accord avec elle. Ce n'est donc point là ce qui a dû éprouver de l'opposition de. sa part pour Rétablir dans l'univers, d'autant plus que plusieurs systèmes de philosophie, basés sur les traditions orientales et offrant plusieurs points de conformité avec les mystères chrétiens, aroientdû préparer le monde à trouver ceux-ci moins étranges. Ce n'est point d'ailleurs contre le dogme que l'on s'insurge généralement : l'homme est trop croyant de son naturel, et trop vif est le besoin de foi -et de vérité qui stimule sa raison: il n'en coûte rien de croire : on croit facilement les choses les plus absurdes : ce qui rebute, c'est la pratiqua

Pour la morale du christianisme, elle n'est de même que l'ancienne morale universelle, renouvelée par le Christ avec une extension correspondante à celle que le dogme avoit jsuhie. Pins épurée, plus stricte et plus parfaite qu'au-

paravant, réalisée dans la conduite de» chrétiens, elle s'attiroit l'admiration des païens eux-mêiçes. Si quelquefois ceux-ci ont imputé aux disciples de la croix des crimes et des abominations secrètes, l'accusation n'a été générale, ni quant aux accusateurs, ni quant aux accusés. Elle a été démentie par des aveux éclatants des sages du paganisme, et les adorateurs des dieux ont fini par faire une distinction entre les catholiques, auxquels ils accordoient la pureté des moeurs, et les hérétiques, qui se livraient en effet à mille turpitudes dans leurs assemblées. Mais ces imputations mêmes, et les reproches que les chrétiens faisoient à leur tour aux gentils au sujet des désordres de leurs dieux et des actions honteuses par lesquelles ils prétendoient les honorer, sont une preuve que la loi de la morale universelle étoit encore proclamée par la raison générale. Ce n'est donc point encore par sa morale que le christianisme a soulevé tant de haine contre lui: Cette morale, tout inouïe qu'elle étoit dans ce qu'elle a de plus sublime, loin d'être contraire à celle que le sens commun avoit toujours professée, n'en étoit à la rigueur que la conséquence et le complément , divinement révélés pour la première fois au genre humain.

Il est vrai que, par sa nouveauté même, et indépendamment des répugnances de la nature

corrompue pour une doctrine qui apportait de nouvelles entraves aux passions et ne tendoit à rien de moins qu'à écraser 1 orgueil, elle devoit, ce semble, rencontrer une énergique et puissante opposition dans la raison générale, toujours inviolablement attachée à l'antiquité, et par là d'accord pour la première fois avec les penchants déréglés du cœur. Expliquons-nous. Nous disons la raison générale afin de parler comme M. Bautain. Mais la raison généralene peut être resserrée dans les trois siècles qui constituent pour le christianisme son ère de persécution. Admettons toutefois que le sens commun d'alors ait repoussé la morale évangélique : que s'ensuivra-t-il? Qu'il se sera contredit lui-même, aveuglé par la prévention et la passion, et faute d'avoir examiné la conformité de la prédication nouvelle avec la morale universellement reçue. Qu'y avoit-il en effet dans renseignement des apôtres de plus propre à heurter les opinions accréditées? Cétoit l'humilité et le sacrifice 4e soi-même. Or ce sacrifice étoit indiqué par le dogme universel de la nécessité de l'expiation. Pour l'humilité, si elle n'étoit pas formellement reconnue comme une vertu par les anciens, elle l'étoit implicitement, puisqu'ils flétrissoient l'orgueil comme un vice. Le mépris de la douleur n'étoit pas pour eux quelque chose de nouveau : il étoit l'objet

d'an enseignement philosophique dans certaine école, ou il n'avoir, il est vrai, d antre fondement qu'un orgueil déguise sous le sentiment de la dignité humaine. Quoi qu'il en soit, du moment -où la raison générale n'étoit pas d'accord a?ec elle-même, des quelle nioit d'un côté ce qu'elle proclamoit de l'autre, et puisqu'elle n'avoit pas cherché à constater l'identité de la religion non- Telle avec l'ancienne, elle ne pouvoit être admise à convaincre .celle-là d'erreur et de mensonge : car. elle n'étoit pas réellement la raison générale; ou, scelle l'étoit, c'était uniquement pour déposer du fait d'une prédication nouvelle, mais non encore pour prononcer sur son origine, et, par tuite, sur sa vérité ou sa fausseté.

Ce qui devoit répugner le plus à la raison, même à la raison générale, c'étoit l'adoration d'un dieu. crucifié, et pourtant cette opposition violente qui a éclaté contre le christianisme naissant, a été vaincue; sa durée n'est qu'un point dans la longue existence de l'église; le sens commun s'est soumis à la nouveauté; il en a reconnu, d'abord la .promulgation divine, puis le rapport de filiation avec la doctrine antique; il a -cru à l'avènement de ce qu'il avoit long-temps attendu, il a fini par embrasser et adorer la •croix , et depuis quinze siècles la folie de la croix est la sagesse de la plus grande partie ia

hommes qui ont entendu la prédication. Voilà le yrai sens commun.

Pourquoi dire que la croix paroissoit une folie au sens commun? qu'elle étoituu scandale à la raison du grand nombre? Vraiment tous êtes trop modeste, M. l'abbé, et tous tous contentez trop facilement Dites, dites, si tous l'osez, que; dans tous les pays du monde, depuis que douze hommes grossiers sont partis des bords du Gmésareth poJaUer exposera cn>ix à l'adoration de tous les peuples de la terre, cette croix a toujours fait la risée de l'univers et scandalisé la généralité des hommes. Alors seulement il sera vrai que la doctrine de la croix est contraire au sens commun, qu'elle révolte la raison générale. Cest un présent perpétuel et absolu qu'il nous faut ^ et non point un présent relatif et imparlait

Est-il même bien vrai que ce fut le sens commun du temps qui résistât à la prédication de 1 évangile? Persécutée dans l'empire romain, la religion du Christ ne se propageoit-elle pas avec plus de liberté au-delà de l'enceinte marquée par le dieu Terme? et n'étoit-elle pas saluée la bonne nouvelle du salut par des nations encore vierges ou moins dépravées que celles qui croupissoient dans la fange de là civilisation romaine? Et, dans cette dernière société, si décrépite et

si profondément corrompue, la.résistance étortelle universelle? Si elle l'eût été, comment, en si peu de temps, l'empire se fut-il trouvé chrétien? Qu'on le rëconnoisse avec Rousseau : Pendant que les chrétiens couraient au martyre, les peuples couraient au baptême*

D'où venoient donc cet acharnement et cette rage qui ont peuplé le ciel de tant de martyrs? — Doù il venoit?.... de l'esprit propre, et non pas du sens commun. Ici, les peuples défendoient, non pas les croyances et la morale universelles, qui ne couraient aucun danger, mais leurs opinions particulières, le culte de leurs dieux particuliers; là, ceux qui vi voient de l'autel, sentoient leurs intérêts compromis par l'adoration d'un seul Dieu et l'abolition de l'idolâtrie; ailleurs, la jalousie et l'intrigue organisoient d'avance des émeutes dans les villes où les apôtres dévoient prêcher; la politique croyoit voir chanceler l'empire avec ses temples et leurs vains simulacres; toutes les passions se donnoient la main, non pas pour combattre la fausseté du christianisme, dont elles s'inquiétoient fort peu, mais pour contraindre les chrétiens à se conformer aux usages et aux cultes consacrés par les lois, ou, comme on dit aujourd'hui, aux cultes reconnus; un pouvoir incrédule et brutal persécutoit comme de nos jours au nom de la légalité, et les fureurs

populaires n'étoient le plut souvent que cette irritation qui se manifeste au sein même du christianisme; contre la paisible outrecuidance «le ceux qui ne suivent point la fouie dans les Toies de perdition. Ainsi , à la persécution politique, se joignoit cette guerre du monde contre les élus, des pêcheurs contre les saints, décrite' parles écrivains sacres de l'ancien et du nouveau testament , annoncée par notre sauveur Jésus- Christ comme devant être jusqu'à la fin des siècles lepreuve de ses fidèles serviteurs , et signalée par les deux illustres docteurs dont nous avons rapporté précédemment les paroles; et, si les chrétiens n'avoient été les ennemis des dieux, c est-à-dire d'opinions particulières et locales, mortes dans les esprits, et qui n'existaient plus que dans les cérémonies insignifiantes d'un culte qui avoit survécu à ses divinités, d'un culte plus politique que religieux, on leur auroit pardonné leur doctrine, ils auraient pu prêcher librement la croix de Jésus-Christ ou le tonneau de Diogène, et arborer l'infâme et glorieux étendait du salut au latte du panthéon, où il n auroit pas excité plus de trouble et d'animosité, que les boucliers sacrés que Ton conservoit dans le temple de Mars, ni que tant d'autres objets de culte qui, Vétoient naturalisés dans Rome. Ce n'étoit donc point la doctrine que l'on poursuivoit dans les

chrétiens, cetoit le délit politique : tout ee qu'on leur demandoit, c'était un accommodement ayec leur conscience, une capitulation, un juste-milieu , une transaction politique qui leur auroit assuré la liberté de leur culte et la tolérance civile : car les dieux de l'empire n'étoient pas fiers, tous les autres pouvoient s'asseoir à leurs banquets, et Jésus-Christ lui-mçmefut plusieurs fois sur le point d'y être convié par décret impérial : un peu de complaisance de la part de ses disciples lui eut valu cet indigne honneur. Tout ce qu'on exigeoit d'eux, c'étoit donc, comme aujourd'hui encore, une poignée d'encens sur l'autel de César. Eh! que faisoit la doctrine à ces grecs dépravés, à ces romains abâtardis et sans foi, à qui il ne falloit plus que du pain et des spectacles, avec un histrion pour maître?

Cest maintenant au bon sens de nos lecteurs à faire justice de l'objection suivante (p- 57 ), qui n'est qu'une conséquence de celle à laquelle nous venons de répondre.

— « Et ceux qui ont professé la foi chrétienne «en face des nations et qui l'ont scellée de leur « sang, les martyrs qui, si nombreux qu'ils soient, «étoient encore en minorité au milieu de la foule «des païens, ils n'auroient donc été que des «insensés!11 — M. Bautain prend toujours une majorité factice pour la majorité réelle, et l'em-

portement de la passion pour la promulgation d'une doctrine Les juifs aroient peut-être aussi le sens commun quand ils assassinoient leurs prophètes et crucifioient le messie!,... 11 est heureux qu'aucun docteur de la nouvelle école n'ait trouvé cette objection dans les annales de sa nation. Certes il eût pu, arec toute l'arrogance de Go* liath, défier M. de la Mennais d'y répondre

— «Enfin le divin auteur de l'évangile det mande si, dans les derniers temps, il trouvera «encore de la foi sur la terre. Est-ce que, tant «<p'U existera des hommes sur cette terre, le sens t commun peut manquer, la raison générale de» «faillir? Son autorité ne doit-elle pas plutôt t augmenter avec les générations et les siècles ? ffKaura-ft~eUe pas atteint son plus haut point à «la fin des temps? Et cependant, suivant la pa~ trole évangélique, la foi sera alors au plus bas •degré ! La foi catholique n'est donc pas le sens «commun : ou, si elle l'est, il viendra un temps ♦ où la presque totalité des hommes ayant perdu fia foi, il n'y aura plus de sens commun; son «autorité du moins ne sera plus infaillible; il «ne sera plus le sceau de la vérité.9 (P. 57 et 5$).

— «Quelle erreur! s'écrie Bossuet (*), quelle

O Seconde instruction pastorale sur Us promesses ie l'itfse , a.' XXXIV.

«erreur ! Car qui tous a dît qu'il ne parle pas «de cette foi qui transporte les montagnes; de «cette foi dont il est écrit : Ta foi t'a sauvé, «qui se montre par les œuvres; de cette foi qui « rend le cœur pur, et qui justifie le pécheur; de « cette foi , en un mot, qui opère par la charité, « selon qu'il est dit en un autre endroit qui re- « garde comme celui-ci la fin du monde : Parce- «que l'iniquité abonde, la charité sera refroidie « dans la multitude ('). On ne peut nier que ce «ne soit là l'exposition des saints pères, et on n'a «aucune raison à leur opposer.... Prouvez du «moins qu'il y ait tin mot dans l'évangile qui «marque l'extinction de la saine doctrine et la « victoire de Terreur. . . . Mais que deviendra I'or- ' «donnance du grand père de famille qui veut « qu'on laisse croître jusqu'à la moisson Vivrait «avec le bon grain (*)? Remarquez bien, jus- « qu'à la moisson : partout où sera ce bon grain, «partout aussi l'ivraie y sera mêlée, et toujours, «jusqu'à la moisson, que Jésus-Christ explique «lui-même la fin du monde ( ), ils croîtront en- «semble; ou il faut démentir la parabole. Vrai- «ment vous errez grossièrement, et vous nous «faites un tissu de trop de mensonges. Avouez

(0 Afa//A.,XXIV1 12.

O Ibid, XIII, 3o.

(3) Ibid., f*/if., -39.

- donc à la fin que notre doctrine n'a nul em» .«barras.*

Certes, nous sommes heureux que ce soit Férêque de Mëaux qui ait pris soin de nous prémunir si long-temps à l'ayante contre les efforts An puissant lutteur de Strasbourg. Nous le ré» pétons, nous nous estimons heureux que ce mâle génie aussi ait tenté d'échapper par des distinctions logiques aux objections des hérétiques Je son siècle, contre lesquels il défendit la règle fondamentale de la certitude usitée dans l'église catholique C'eut été un malheur jh>ut nousTd'en *tre réduits ici encore à nous retrancher derrière des distinctions. Si nous eussions de nousmême fait une distinction entre le genre humain promulguant la loi morale et le genre humain violant cette même loi, entre la foi en général et la foi qui opère par les œuvres ou la foi qui transporte les montagnes, on n'eut pas manqué <îe nous adresser le reproche éCéquwoquer sur les motsÇ). Mais, à l'abri du nom de Bossue t, nous nous croyons en sûreté : nous sommes sous la même égide qui couvre de son ombre tutéfaire M. Bautain et Bossuet (*). Il est seulement fâcheux que M. Bautain , en nous transformant en

( ) Revue européenne, t 6, p. 161.

') Ibii., t 5, p. 54o-

quasi-hèritiqueSy lasse choiras avec les hommes de notre âge qui ont (*) inflige le même stigmate à l'illustre compatriote de M. Foisset

Cette dernière réponse de Bossuet, appuyée sur l'explication traditionnelle de récriture, ferme la bouche à M. Bautain, s'il est catholique. Qu'il nous soit permis cependant d'y ajouter deux mot* Dans cette objection, comme dans les deux piéc* dentés, M. Bautain prend toujours une majorité partielle ou relative pour la véritable majorité, qui, à la fin des temps, se composera de tous les hommes qui auront eu la foi depuis le commencement du monde; et le témoignage de cette immense majorité subsistera encore vivant au milieu de cette dernière génération, laquelle, tout en lui refusant son adhésion, si l'on vouloit à toute force que l'incrédulité dut être presque universelle, rendra encore témoignage, par son refus même, à l'existence des croyances antiques et à la vérité de la foi de ses innombrables ancêtres. Le docteur ne s'aperçoit pas qu'il se contredit lui-même. Pourquoi veut-il que l'autorité de la raison générale doive croître avec les générations et les siècles? C'est sans doute pareeqoe toutes les générations en sont les parties intégrantes. Elle aura donc réellement atteint son

(') Revue européenne, t. 5, p. 549*

plus haut point à la fin des temps, quoique alors la foi soit au plus bas degré. Est-ce que, selon M. Bautain, toutes les générations qui se seront succédé sur la terre pendant toute la durée de l'humanité, se réduisent au dernier terme qui doit clore cette longue série lors du dernier avènement du fils de l'homme? Sur quoi pense4-il que ce dernier terme doive remporter numériquement sur tous ceux qui l'auront précédé? Ou bien croit-il qu'à la fin des temps, le nombre des hommes qui auront perdu la foi, pourra ait moins balancer le nombre de ceux qui l'auront possédée depuis l'origine du monde. Ces deux assertions, toutes gratuites, demanderaient à être prouvées. La première -est physiquement impossible La seconde n'est pas moins absurde : car elle suppose que le jour où le genre humain aura accompli ses destinées terrestres, il aura cessé de vivre en société pendant une longue suite de siècles, ou que la société, qui, suivant le professeur d'académie (x), ne peut subsister sans lien moral, aura néanmois duré sans lien moral pendant le même espace de temps. Enfin, ce n'est pas précisément la foi qui fait autorité et qui réclame la foi, c'est le témoignage : or, sans croire à une doctrine, on lui rend néanmoins témôi~

C) De l'enseignement, p. 65.

gnage comme à une antique croyance qu'on a reçue de «es pères, et qui avoit soumis à son empire les hommes crédules du temps passé.

Peut-être que, par/iw catholique, M. Bautain entend là. foi infuse. — S'il est ainsi, nous perdons, lui et nous , le tenjps à disputer. Nous devons, nous, garder le silence, puisque nous n'avons jamais prétendu que le sens commun et la foi infuse fussent une même chose, et notre adversaire prouver que , dans la langue catholique, foi catholique et foi infuse sont des expressions tout-à-fait équivalentes.

Enfin, s'il parle, comme Bossue t, de la foi qui transporte les montagnes, qui opère le salut, ou qui agit par la charité, il nous Eut encore une guerre inutile, puisque, si tout cela est une foi catholique, la foi catholique est encore autre chose, et que ce n'est point là ce que nous appelons indifféremment foi catholique ou sens commun de l'église.

M. Bautain est -il toujours aussi satisfait de son expédition contre le sens commun? Nous le reconnoissons , il n'entend pas que la raison individuelle s'ingère de certifier quoi que ce soit dans Tordre de la métaphysique Aussi nous abstenons-nous pour le moment de le pousser trop brusquement au protestantisme , quelque analogues que soient ses arguments à ceux des reli-

gionnaires, parcequlls ne partent pas du même principe avoué. Iï ous nous bornons à constater le parallélisme, parcequil tend à mettre dans un plus grand jour la conformité de notre doctrine arec la doctrine catholique. Pour M. Hautain, ce n'est point an nom de la raison qu'il nous combat, c'est an nom du catholicisme, et il se fende sur la distinction qui sépare les deux autorités. Tant qu'il se tient ferme sur l'autorité 'hrine, il n'y a pas lieu de notre part à rétor- «on, parceque nous ne roulons point encore avoir ou il place l'autorité divine, la raison absolue : malgré les soupçons que nous ayons manifestés précédemment, nous supposons charitablement qu'il la fait résider dans l'infaillibilité de l'église, entendue selon le sens commun, catholique. Mais, pour peu qu'il se déplace, il ùt peut nous porter un coup qui ne tombe en même temps sur l'église, tant la méthode du sens o>mmun et la méthode catholique se tiennent étroitement embrassées ; disons mieux, tant elles mil identiques en qualité de méthodes : car le caractère de l'autorité ne fait rien à la méthode Aussi, comme nous en avons prévenu plus haut, notre adversaire se (ait encore ici l'ennemi de 'église. Il ne peut, sans cesser d'être catholique, aier que l'autorité de l'église, en matière de foi, v>it dans ïunité, l'universalité, la perpétuité de

sa doctrine, c'est-à-dire, dans son sentiment commun , conservé par la tradition et le témoignage : nous ne faisons pas état ici de l'assistance divine, parcequ'elle n'a aucune part à la double objection que nous réfutons : c'est une objection protestante dans toute la force du terme, puisque d'ailleurs elle est tirée de l'évangile; et, pour achever de le prouver, nous allons encore tourner contre l'église la dernière difficulté.

« Enfin le divin auteur de l'évangile demande «si, dans les derniers temps, il trouvera encore «de la foi sur la terre. Est-ce que, tant qu'il «existera des chrétiens sur cette terre, la foi de « l'église peut manquer, et l'église elle-même dé- «faillir? Son autorité ne doit-elle pas plutôt «augmenter avec les générations et les siècles? « Naura-t-elle pas atteint son plus haut point à «la fin des temps? Et cependant, suivant la pa- «role évaftgélique, la foi alors sera au plus bas « degré ! La foi catholique n'est donc pas la foi «de leglist; ou, si elle l'est, l'église ne durera «pas, suivant la promesse, jusqu'à la consomma- «tion des siècles; ou, si elle subsiste jusque là, «il viendra un temps où, la presque totalité des «chrétiens ayant perdu la foi, .l'église ne sera «plus infaillible, elle ne sera plus la colonne de «vérité, elle ne sera plus du moins universelle «ou catholique. *

Nous ne permettrons pas à notre adversaire d'introduire la perpétuité de l'église dans la notion de sa catholicité^ puisqu'il n'a point eu égard à la perpétuité de l'autorité générale. Il en est donc réduit à se débattre 'entre trois sottes de catholicité, dont l'une seroit la catholicité interne de l'église ou son unité, la seconde l'existence d'un très-petit nombre de croyants dans toutes les parties du monde , la troisième un corps enseignant aussi nombreux qu'il Tait jamais été.

Mais la première espèce de catholicité n'est pas une vraie universalité , puisqu'elle pourroit être réduite à vingt personnes unies par la même foi; ce qui ne peut faire autorité. Les deux autres espèces ne sont que des modes particuliers de la première, et n'ont pas un plus grand poids. Conséquemment, l'église, si unie, si compacte, si catholique qu'elle soit en elle-même, dès qu'on la réduit à une minorité presque imperceptible, séparée de tout son passé, ne peut être reconnue pour la règle de la foi et des mœurs. Si donc les objections qu'on nous oppose ont quelque valeur à notre égard , elles donnent aussi un démenti formel à Jésus-Christ, qui a promis à son église une durée égale à celle du temps.

Nous sentons bien tout ce qu'il y a d'absurde

dans les objections telles que nous venons de les

retourner contre l'église : mais l'absurdité, ce n'est pas nous qui l'y ayons introduite, nous l'y . avons trouvée ; et, si les objections jouent sur les mots,, ce doit être pour nous, aussi bien que contre nous.

Nos rétorsions d'ailleurs ne doivent posséder quelque justesse qu'aux yeux des catholiques qui admettent la tradition de l'église. Mais elles ne peuvent avoir pour résultat de démontra* à M. Bautain lui-même le vice de ses objections. Bien au contraire, s'il veut être sincère, il devroit tenir à injure que nous nous fussions proposé un tel but II doit donc se réjouir de ce que, loin d'avoir ébranlé son système par des conséquences qui nous paraissent absurdes et contraires à la foi catholique, nous l'avons en effet fortifié dans son sens. Ainsi ne doutons pas qu'il ne s'empare de nouveau de ces arguments pour nous les renvoyer, ainsi transformés, avec plus de vigueur. — «Eh oui, dira-t-il certainement, c'est là ce qui vous condamne? C'est parceque l'homme est corruptible et corrompu, que je refuse à tout homme le droit d'enseigner avec autorité; c'est parceque, si la foi générale étoit la règle delà foi individuelle, celle-ci manquerait de règle à la fin des temps, que je n'entends pas que l'individu doive former sa foi sur la foi commune. Voilà les raisons pour lesquelles je n'admets

daube règle de la foi et des mœurs que la parole divine déposée dans les sacrées archives de la révélation hébraïque et apostolique. * — Si M. 1 abbé Bautain en Tient là, comme nous ne voulons pas faire plus longtemps à sa franchise l'injure d'en douter, notre argumentation tombe mourante à ses pieds. Hais elle se relevé bien pansante aux yeux des catholiques, corroborée de ce précieux aveu : habemus confitentem reunu Voilà notre doctrine et nos raisonnements confirmés par un exemple fameux, celui de M. l'abbé hautain , qui ne peut faire le procès au sens cotamm, sans le faire à l'église, à la religion catholique et au fils de Dieu* .

Singulier débat que celui qui s'agite entre le fondateur de la nouvelle philosophie et nous! Etrange spectacle que celui que nous donnons au pnbKc, de ces accusations lancées et renvoyées du docteur à nous et de nous an docteur , comme ces légers projectiles qui amusent les loisirs delà jeunesse! Absurdité, folie, hérésie, panthéisme, aucun reproche ne nous a été épargné, aucun n'est resté sans récrimination, pas même celui de nouveauté, dont nous avons à nous justifier en peu de mois pour compléter l'exposition de notre doctrine:

Du moment ou notre méthode est la méthode catholique, il est clair quelle est aussi ancienne

que l'église. Dès qu'elle est la loi de la nature humaine, elle est aussi ancienne que le monde, à moins que l'intelligence de l'homme n'ait changé la loi de son être. Mais, si la règle de l'autorité commune est aussi ancienne que l'homme, estelle quelque chose de nouveau? est-elle une invention de la raison? le produit de la pensée? un jeu comme un autre de l'imagination ? N'estce pas au contraire toute règle opposée à celle-là qui est une innovation? — Fort bien, dira l'auteur du futur Manuel de philosophie, moi aussi, je prends pour règle l'autorité, mais ce n'est pas celle du sens commun.— Mais hors du sens commun, quelle autorité trouvez- vous ? à moins, encore une fois, que vous ne soyez inspiré: car 1 autorité de l'église elle-même est celle du sens commun, et ce n'est point à un autre titre qu'elle se présente à nous , puisque son caractère divin ne nous est notifié d'une manière certaine que par là. Le sens commun d'ailleurs est la loi suprême à laquelle tous les hommes se rangent universellement dans la pratique depuis qu'il y a des hommes, et la bible, toute divine qu'elle est, ne peut se passer de ce préliminaire.

Comme doctrine expresse, notre règle de certitude n'est certes pas nouvelle : le respect pour la tradition, la défense d'innover, l'appel aux croyances communes et à l'antiquité, c'est Ibis-

toire du christianisme : les écrits des pères et des théologiens en sont remplis, tons les actes officiels de l'autorité ecclésiastique, quelle quelle ait été, sont des applications continuelles de ce principe, et les anciens hérétiques eux-mêmes, moins téméraires que certains catholiques de notre temps, n'osoient le contredire.

Mais ce n'est pas seulement comme doctrine théologique , que notre méthode est ancienne , c est encore comme doctrine philosophique : on la trouve exprimée en termes clairs et formels dans les écrits des philosophes de l'antiquité.

Ce n'est point ici le lieu de se pavaner de l'érudition d autrui : chacun a là-dessus des sou* venirs classiques. Mais il faut lire à l'appui de ce que nous Tenons d'avancer, le 3' et le 4' volume de FEssai scr l'indifférence, particulièrement le 28e chapitre de l'ouvrage : on sera étonné de cette masse énorme de témoignages qui concordent avec la doctrine de M. de la Mennais, et de cette nuée d'écrivains anciens et modernes que la philosophie du sens commun compte parmi ses adhérents. Qu'on lise au moins dans les chapitres VIII et IX du Catéchisme du uns commun , le résumé bien succinct des recherches savantes de l'illustre maître. Nous citeron* seulement ici avec M. Rohrbacher quelques noms propres : Platon, Aristote, Épicure, Cicé-

ron, Sénèque, Pline, Quintilien, Heraclite, Tertullien, S/ Thomas, Bossue t, Fénélon et Bergier. A ces autorités imposantes, qui grossissent de leur nombre et de leur valeur le puissant faisceau de preuves sur lequel s'appuie notre philosophie, nous n'hésitons point à joindre le sentiment de toutes les personnes qui l'accusent d'être une doctrine nouvelle : c'est un reproche que nous aimons à nous entendre faire : il prouve ce que nous soutenons, savoir, qu'il n'y a de vrai que ce qui a été cru dans tous les temps; il confirme en un mot la règle du sens commun. — Mais quoi! en nous défendant de professer une nouvelle 'doctrine, voulons-nous donc dépouiller M. de la Mennais de toute sa gloire, et la répartir entre un si grand nombre de devanciers? — A Dieu ne plaise! Une assez belle part restera encore à l'admirable écrivain, si nous le considérons comme le restaurateur d'une méthode qui n'a jamais pu être abolie dans la pratique universelle et vulgaire, mais qui avoit cessé d'être dans nos écoles la régulatrice des études philosophiques. N'est-ce rien que d'avoir donné aux apologistes modernes de la religion le secret de leur impuissance? N'est-ce rien que d'avoir pris en flagrant délit d'athéisme et de scepticisme cette méthode cartésienne, dont le génie prophétique de Bossuet avoit signalé dans le lointain

les funestes ravages? N'est-ce rien que d'avoir averti les instituteurs catholiques, que les torrents d'erreurs qui ont tout submergé de nos jours, christianisme, société, vérité, prenoient leur source au pied même de leurs chaires et entre lés racines de leur enseignement scolastiqne? >T est-ce rien d avoir présenté sous une . forme philosophique une règle qui avoit été constatée et souvent invoquée quand le besoin le réclamoit, mais à laquelle nul philosophe n'avoit peut-être encore songé à consacrer un traité ex prqfesso? > est-ce rien de l'avoir fait sortir de l'essence même des choses? de l'avoir exposée sous toutes ses laces? éclaircie et fortifiée par les preuves les plus convaincantes ? développée avec uùe si haute supériorité de raison? avec un langage si précis et si noble? avec une éloquence si ferme et si entraînante? N'est-ce rien que cette argumentation puissante, originale sans l'ombre de recherche ni d affectation, et pourtant assez incisive pour foire pénétrer la vérité jusqu'au vif, et stimuler jusqu'à l'irritation les hommes entêtés des routines usées et des vieux et stériles systèmes dont on a vainement bercé leur adolescence? N'estce rien enfin que ces discussions vitales , ces disputes chaleureuses, passionnées, ardentes, dont l'apparition de I'Essai a été le prélude? ces divisions dont on lui fait un crime? ces chocs,

ces collisions d'où la vérité devoit jaillir plus éclatante , et qui ont eu du moins l'avantage de réveiller le siècle de sa torpeur? Il a donc su trouver la fibre irritable d'une société en défaillance, celui qui a suscité tout d'un coup un si grand mouvement dans les esprits? Il la donc troublée dans son sommeil, il Ta contrainte à lever la tête et à s'agiter, cette inertie plombée, cette lourde et mate indifférence qui s'étoit appesantie sur le corps social? il l'a forcée à se débattre, cette reine de la mort, au moment où, acharnée sur sa proie, et, d'envahissements en envahissements, poursuivant en silence et sans relâche son travail de destruction, elle menaçoit déjà de gagner le cœur, et de frapper parmi nous toute intelligence humaine d'un engourdissement sans remède? Voila la gloire de M. de la Mennais. Mais M. de la Mennais novateur! . . . Écoutez comme il écarte ce reproche () avec une tranquille et fine ironie :

« Avant nous on ne s'étoit jamais avisé de corn- « parer ses sensations, ses sentiments, ses raison- «nements, aux sensations, aux sentiments, anx '« raisonnements d'autrui; avant nous on nesoup- «çonnoit pas que l'uniformité des jugements « confirment l'exactitude de chacun de ces juge-

(') Défense, p. i55 et i56.

«ments pris à part; avant nous jamais les hommes «ne se consultaient les uns les autres; ayant nous «Us étoient tous surs de la vérité de ce qu'ils «pensoient, lors même que ces pensées auroient «été opposées entre elles; avant nous celui qui «eut nié un fait attesté généralement, un prin- « cipe universellement reçu, auroit été un homme «très-sage; c'est nous qui avons changé tout ucela; c'est nous qui, par une innovation détes- « table, avons inventé la folie. Cela est clair, « distinct , évident; quiconque en doutera, sera a sceptique, ou convaincu du crime énorme de «ne pas se croire infaillible, et de respecter le

«sens commun/

Si M. l'abbé de la Mennais est un novateur, c'est une qualification qu'on ne doit point épargner, même de nos jours, au célèbre Harwey : car c'est lui, çn n^en peut douter, qui a imprimé un mouvement circulatoire au sang, précédemment stagnant dans nos vaisseaux. Galilée, Toricelli, Copernic, sont, comme lui, novateurs à bien plus juste titre que le restaurateur de la philosophie catholique : car, à coup sûr, avant eux, la terre étoit immobile, le soleil et les planètes accomplissoient autour d'elle des révolutions quotidiennes; les graves, en tombant à la surface de la terre, ne suivoient d'autres lois que leur caprice; l'air étoit sans pesanteur, et la

nature avoit pour le vide une aversion bien caractérisée. Dire que ML de la Mennais a imaginé le premier de prendre le sens commun pour la règle de nos jugements et la base de la certitude, n'est-ce pas dire équivalemment, qu'avant Kepler, les rayons vecteurs des planètes ne s'étoient point encore avisés de balayer des aires égales dans des temps égaux? et que c'est uniquement pour complaire à Newton, que les corps astronomiques se sont soumis à l'action de forces centrales?

Trêve donc au reproche de nouveauté! Mais on dira qu'une doctrine qui se réduit à la théorie de la certitude n'est pas une philosophie. — D accord, et on ne l'a jamais présentée comme un cours complet de philosophie, mais seulement comme le premier pas assuré que l'homme puisse faire dans la carrière de la science, et c'est déjà beaucoup d'avoir appris aux philosophes de notre temps à s'avancer sans péril dans une route semée de précipices : les faux pas , les chutes , les catastrophes de ceux qui s'y sont aventurés sur la foi de leur propre génie; les hésitations, les incertitudes, la marche embarrassée, les contremarches, les circuits, les aberrations de ceux qui ont voulu sauver la foi catholique en suivant les traces de ceux qui la perdoient; c'est assez sans doute pour faire apprécier le service que la jné-

thode du sens commun a rendu à la science, et lai mériter la reconnoissance de la philosophie Le temps est mal choisi d'ailleurs pour incomber sur l'école lamenniste et l'accuser de se renfermer dans l'ordre de foi, lorsque déjà, après s'y être profondément enracinée, eUe en est sortie depuis plusieurs années pour entrer dans Tordre de science, et parcourir glorieusement sa seconde phase Mais on avoit aussi une seconde période à commencer : à la rie cachée deroit succéder la rie publique, et il falloit, pour se produire hors de soi , profiter de l'humble obéissance de Vhomme à la parole énergique (*)- La retraite et le silence qu'il s'impose volontairement, n'étoit-ce pas la l'occasion favorable? et ne diroit-on pas que la nouvelle constellation, attendoit, pour se lever, le coucher du soleil?

uno avulso, non déficit al ter Aurais (*).

Laissez-le néanmoins, laissez-le, ce puissant génie accomplir son oeuvre et sa mission, et puis vous direz si sa doctrine est ennemie de la science, destructive de la philosophie, incapable de rien fonder!,... La Revue européenne (?) a eu la cour-

(') De renseignement ' , p. 5g.

(*) Revue europ., t 6, p. m.

O Ibii., \. 2, p.3i.

toisie de reconnottre qu'elle a toujours été se développant et s' élargissant y et plus d'une fois elle lui a rendu la même justice, en s'exprimanl du reste à son égard avec une franchise qui n a rien en soi que d'honorable Si d autre» fois les jugements de ce recueil ont paru contredire ces aveux, si, par une rare exception à Yhabitude qu'il a constamment montrée de mieux s'observer dans ses paroles, il s'est oublié jusqu'à dire que t autorité étoit à nos yeux quelque chose d'exclusif, et que nous refusions de combiner avec elle les divers éléments de l'humanité ('), ces contradictions mêmes nous font sentir davantage le besoin d'une autorité pour maintenir l'unité de sentiments entre des collaborateur! qui concourent à un même but, et surtout de principes invariables tels que -ceux qui composent le fonds commun de vérités de la société humaine. Si vous êtes en possession de ce trésor inestimable, qu'importe quel système vous embrassiez? avec notre doctrine, votre intelligence ne sera jamais privée des vérités nécessaires à l'homme, jamais vous n'aurez la témérité de loucher à ce commun dépôt de l'humanité, vous serez donc toujours en communauté avec la source de

(•) Introduction à la philosophie de l'histoire, par H. Gt*

BET t p. 9a.

vie, et, si tous tous égarez dans vos conceptions, vous conserverez au moins tout ce qui est essentiel à l'intelligence, et vous aurez toujours, comme l'algébriste, un moyen sur de reconnoître votre erreur, soit de vous-même , soit sur les avertissements et la désapprobation du sens commun. Au contraire, si la. raison de vos semblables acclame à vos découvertes, ou si, sans se prendre (1 enthousiasme pour votre génie, elle applaudit du moins an résultat de vos travaux et encourage vos efforts, et si vos conceptions, loin de tomber dans le discrédit, sont portées d'âge en âge aux générations futures sur les ailes d'une faveur toujours croissante; passant dans Tordre de foi, elles recevront ainsi la seule immortalité qu'il soit possible à l'homme de conférer. La philosophie de M. Bautain est-elle destinée à procurer à son auteur un succès aussi flatteur? Cest ce qu'il nous reste à examiner.

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