ÉLÉMENTS
On est convenu d'appeler ordre de foi la partie de notre raison qui est tout à la fois permanente et libre, et ordre de conception foidre scientifique. Gela posé, ainsi qu'on en â bit plusieurs foi* la remarque dans ce qui prêt «cède, «Tordre de conception est subordonné &
• Tordre de loi, dans lequel se trouve en même .temps et sa base et sa règle II y a sa base, puisque « l'activité de f esprit humain ne trouverait rien rior quoi eile put s'exercer, si l'homme ne corn- «mençoit par admettre de pure foi la vérité des r notions primitives qui constituent Fintelligence.
• L'ordre de conception a sa règle dans Tordre «de foi Lorsqu'un ensemble de conceptions se c trouve en opposition , suf* un point quelconque, «avec Tordre de foi; on est averti qu'il renferme;
• à cet égaard du moins, une erreur. Plus, au con- « traire, il trffrohve én'harmonie avec cet ordre, « plus on a de raisons de crotte que cet ensemble
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'/) Sommaire, p. 365.
, Jusque-là l'individu est juge de la de ses conceptions aVec les vérités de sens commun. Mais, comme il peut encore se tromper dans ce jugement, il fout un tribunal qui prononce avec autorité. «II peut arriver, dit le «Catéchisme précité ('), et il arrive en effet que « les plus grands génies- tirent des mêmes prin- «cipes des conséquences' opposées. Témoin Leib- «nitz, qui écrivoit à Molancy : «Je croyois fer- ««mement, monsieur, que ma dernière lettre ««seroit capable de faire voir à M. Eckardus ««en quoi consiste l'imperfection de la méthode ««dont il s'est servi; mais j'ai appris plusieurs ««choses par cette dispute, entre autres celle-ci ««que je ne croyois pas : c'est qu'il faut un juge ««de controverse en mathématiques aussi bien ««qu'en théologie *. *
Et Bide la Mennais (*) : «On retrouve partout «où l'esprit humain a exercé son activité, des «conceptions, qui d'abord purement individuelles ou incertaines, mais sanctionnées ensuite «par le consentement de la plupart de ceux qui «se sont occupés des mêmes m^tiètes, sont deve- «nues, par ce moyen, participantes» quoique «dans un ordre inférieur, à la certitude ijui
(•) Oupitrt VIL
(•) Sommaire , p. 867^ 318.
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«appartient à Fendre de foi proprement d'histoire des science*, dans ce qu'elle»* offrent «de solide, n'est que cette vérification oMnmune -«des conceptions de chaque savant Les progrès «réels de la science supposent deux choses : precflûèrement, concevoir ce qui n'avoit pas été «conçu, et, de l'aveu universel, ces conceptions «demeurent contestables, tant qu'elles sont para «ment individuelles : secondement, constater la « Write de ces conceptions, et , de l'aveu universel «encore, on ne tient pour constate que ce qui «a reçu le sceau du consentement Ainsi on peut «représenter la marche de la science comme le «mouvement progressif d'un ordre d'idées dou- «teuses à leur naissance, oui tendent à nasse?* en «obtenant l'approbation commune, dans l'ordre «de la certitude, sont reléguées dans l'oubli, «n elles n'ont pu résister à cette épreuve, et, «tant qu'elles ne l'ont pas encore subie, forçaient la partie flottante et variable <Je chaque
On aura trouvé dans les derniers extraits qu'on rient de lire, la justification des quatre dernières propositions de notre résumé sommaire. Voici qui confirme en particulier la neuvième:
«Que si beaucoup d'erreurs , principalement » dans les sciences, ont été reçues pour des vérités, *cest qu'en matière de science, il n'existe que des
nautomta^>pwttçuiière9 presque nulles idatne. «ment à la mime des hommes» Qu'estœ en effet «que qu^ques centaines .de savants «n compa* «raison du genre humain? On cède a leur auç «to^ité^parcequ^l n'y en a pas d'autre; et cette
* autorité se montre souvent faillible, gNuroequ'eile
* n'est qne celle d'un petit nombre d'hommes* «duqt les assertions ne pouvant être suffisamment «vérifiées* ont contre elles la plupart des chances «d'erreur», qui naissent de l'imperfection des sens* «de 1» fmàple$ae<te la raison, des illusions même «de d'évidente. Ainsi les exceptions apparentes ^ce^rn^nt le principe général.
«Observe*, en outre, que la partie la moins invariable eu la plus certaine dé chaque science ♦ «se comprise de notions accessibles à .tous les «hommes, de ce qui a pu être vérifié une infi* « nité de fois, ou de ce qu'attestent les plu* nom* «breux témoignages. L'erreur se trouve toujom* «dans des régions plus hautes, où la foule ne « peut suivre les savants, pour infirmer ou rati* «fier leurs dépositions. " (')
En voilà , j'imagine, assez pour constater et porter jusqu'à l'évidence la conformité des principes développés dans cet ouvrage avec ceux des docteurs du sens commun. Je regrète que mon
(' ) Essai, La, p. *a.
rôle de. cit&teur , se réduisant à celui de contrôleur, et plus encore les bonites de cet écrit, m'aient place dons l'obligation de sacrifier, dans les textes ci-dessus, plusieurs pensées neuves ou ■nhlimg* qui jj trouroient enchâssées.
La philosophie du sens commun doit être maintenant bien entendue Pour peu qu'on ait apporté d'attention à l'enchaînement des principes, il nous semble que le nouvel ordre dans lequel nous les avons exposés, la précaution qute nous avons prise d'écarter une multitude infinie do considérations qui s'entrelacent à la question de la certitude et corroborent la théorie du sens commun, le soin que nous avons mis- à roitoprfc
ce puissant faisceau de preuves, à en disjoinditt» a en éparpiller, pour ainsi dire, les rayons lumineux, afin d'en diriger un seul dans la pupille dé nos lecteurs; enfin les distinctions méthodiques que nous avons établies , ont dû répandre un peu de netteté dans une matière que l'on n'avoit trouvée obscure, quepareequ'on étoit écrasé mUè la masse de lumière qui déborde aveé étlftt déà principaux ouvrages où elle a été traitée : une nourriture trop substantielle ne convient point mx estomacs débiles , et tous les yeux ne sont point doués du privilège de pouvoir contemple* le soleil dans sa splendeur.
Contre cette doctrine , qui n'exclut aucun
^d» procédés philosophiques, mais qui donne à Joutes les conoissances humaines, à toutes ks 4&iences, le seul fondement sur lequel elles puissent s'asseoir arec certitude, 11 Hautain pose une longue suite d'objections que nous allons «discuter l'une après l'autre. Dans le nombre, il en £st quelques-unes qui tiennent immédiate* jpênt au sujet, et que nous avons prévenues en établissant nos principes. Il en est qui prennent leur source dans l'étude superficielle que M. Ban» •tain a faite de la doctrine du sens commun, et nojus ne taxons ainsi M. Bautain de trop de légèreté dans ses jugements, que parcequ'il lions •répugne de croire à la. mauvaise foi, quand die lie nous parott pas* plus claire que le jour. Il en est d'autres enfin, qui ne sont que la répétition des difficultés élevées contra lé sens commun par les philosophes cartésiens, à la suite deaqueb cous avons été surpris de rencontrer notre auteur. On .lit dans plusieurs ouvrages la solution de ces dernières, et nous ne pouvons nous empêcher 4'exprimer ici notre étonnement de ce qu'en les reproduisant, le célèbre professeur de la faculté de Strasbourg ne tienne pas plus de compte de ces réponses que si elles çtoient non avenues. S'il n'en a pas eu connoissanoe, comment s'est* il exposé à écrire sur un sujet qu'il n'avoit pas approfondi? et, s'il a jugé qu'elles manquoient
de solidité, an moins devoit-i] en faire mention, ne fut-ce que pour donner des preuves de son impartialité.^)
(•) Mène avait d'avoir la l'article de M. Foisset sur h brochure qui nous occupe, nous avions fait honneur à M.B»tain de plusieurs des objections qu'il articule contre le sets f4iBmnm 9 et particulièrement de la pi» ph3os*pkiqne, relative i l'objectivité de la raison générale. Mais, m— f nous les avons toutes retrouvées depuis dans le P.Boavea('), peut-être ne reste-t-fl à IL Bantain que h gloire d'avoir altéré très-sensiblement le sens des textes 4eM.de la Memuris*
Le P. Rozaven, puisque nous sommes conduit à parler di P. Désaveu, a fait un gros Hvre contre M. Gerbet, cane nous en faisons nous-méme un assez gros contre b nce brodinre de M. Hautain. Le P. Rozaven manie prignefah anses adroitement la dialectique : on voit qu'il a b triture de récok; il tire encore parfois un assez bon parti d'un texte» Cest dommage qu'il entende mal les «A qu'il réfute : il n'a pas suivi du tout les progrès de Tapit humain , il n'est pas an courant de la nouvelle termaologie qu'ils ont amenée , il ne comprend rien ans ■mules formes sous lesquelles se produit la philosophie, mîourfbui qu'eue a parcouru tant de phases diverses éepv Descartes , et qu'elle a laissé l'école 'bien loin derrière die; et de là les qmiprtupio\t% pins singuliers. Tantôt B se défend d'être cartésien, à l'instant même où il veuf <pe révise lui soit prouvée par la parole évangéBque; ce fn n est qu'une application du principe cartésien. Tantôt*
C) Zuwn d'un ouvrage batoiV : Dm Doct»i*m fuilo- *nu&u son la cuwwpi daks leou* rawo*t* ktwc im*. fo^DaawTS ne LA tuologix. i83j. Strasbourg, chez le libraire
avec autant de vivacité que d'innocence , il soutient conte M. Gerbet le propre sentiment de M. Gerbet. Bon vieillard! à Dieu ne plaise que nous cherchions à le contrister ! Noos ne connoissons que depuis peu sa prétendue réfutation; et, comme si nous avions prévu ses objections, il nous semble que la plupart doivent tomber devant l'exposé que nous avons fait de la doctrine du sens commun, et particulièrement devant les observations qu'il nous reste encore à présenter , ou que du moins désormais elles ne peuvent pins se couvrir des mêmes prétextes. Ce n'est pas que nous prétendions avoir épuisé notre matière , ou dissipé tout doute et toute obscurité. Nous sentons trop bien que notre travail n'est qu'une ébauche partielle d'une entreprise plus considérable, mieux ordonnée et plus élémentaire, dont il seroit peut-être bon qu'une main Habile s'occupât; dont le but devrait -être de montrer par l'observation, que l'hotame est un être destiné par la nature à vivre de foi; et dont le plan devroit consister à le prendre an berceau, i assister à la naissance de ses facultés , à en suivre le développement, à tracer les limites de la foi et de l'évidence , i marquer le premier ^instant et l'origine du doute et de l'erreur , à constater les moyens prophylactiques et thérapeutiques qu'un u&ge universel oppose à ces maladies de l'ame, à foire la part de l'universel et du particulier, à bien caractériser la certitude naturelle et la certitude philosophique , à donner la théorie de Tune et de Tartre, à établir aussi les caractères et la théorie de la science; et à remplir ce cadre de faits bien enchaînés , bien divisés , bien circonscrits , et de définitions exactes et précises de tous tes termes technique*, si connus qu'on pût d'ailleurs les supposer. Il nous semble qu'il faudrait élargir la question , l'étendre même aux cas spéciaux où l'autorité ne se manifeste pas précisément sous la forme du consentement commun , entrer dans des développements relatifs à tous les cas , et faire planer l'autorité au-dessus même dé la raison commune, c'est-à-dire , la prendre dans son sens le plus général , en sorte que le sens commun ne parât
pe comme la forme la plus ordinaire de r autorité. On toîI que le travail que nous proposons ici seroit un traité complet et ab oqo plutôt qu'un ouvrage de polémique : tous les doutes y seraient résolus d'ayance par l'énoncé des propositions établies C'est ce que ne peut faire qu'imparfaitement Fauteur qui combat, qui réfute ou qui se défend : fl est obligé de se tenir dans un point de vue particulier t qm ne bu permet d'exposer à ses lecteurs qu'un profil de la doctrine.