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pitié , lorsque nous conférons le beau nom de science à des abstractions, à des conceptions humaines. Ainsi nous ne pouvons pousser plus loin la dispute ayec vous.
U faut cependant éclairer le public, qui croit aux idées généralement reçues, à ses propres notions, à la légitimité de la pensée, et lui faire voir qu'il y a autre chose qu'une abstraction dans le témoignage du genre humain recueilli par la raison individuelle , et que le jugement privé , l'abstraction , ne sont pas toujours sans portée extérieure.
Le sens commun, considéré comme un objet d'investigation, est placé absolument dans les mêmea conditions qu'une partie de nos sciences : comme elles, il est, au moins pour le philosophe, le résultat de la pensée et de l'abstraction, c'està-dire, que, pour l'obtenir, il faut recueillir les faits particuliers et en former un lait général; comme elle, il a une réalité objective dans les faits particuliers d'où il est abstrait Tout ce que l'on peut dire sous ce rapport contre le sens commun, on peut donc le dire contre les sciences-' donc, si l'on nie l'objectivité du sens commun, il faut nier aussi celle des sciences; même quand on n'auroit point égard à ceci, qu'elles ne tirent que du sens commun la certitude de leurs principes, et la sanction de leurs déductions. Quoi!
tous les hommes font des abstractions, tous les hommes pensent, et toute pensée, toute abstraction seroit une inanité! Si nous pouvons penser et abstraire, c'est que nous en avons la faculté : nous aurions donc une faculté inutile? à moins quelle ne nous ait été donnée uniquement pour charmer l'éternel désœuvrement de notre esprit !
En quoi consiste bien positivement l'objection de AL Bautain? Nie-t-il en général l'objectivité de l'abstraction? la nie-t-il simplement parceque l'abstraction et la pensée se forment dans un esprit individuel? ou uniquement comme incompatible avec notre règle de certitude?
Qu'est-ce que la figure circulaire en général ? ce sont apparemment les corps délimités d'une manière plutôt que d'une autre. Qu'est-ce que le sens commun ? ce sont toutes les raisons pensant ou croyant une même chose. N'y a-t-il rien la d'objectif? et les modes, pour exister dans la substance, ont-ils mie existence moins réelle que la substance elle-même ?
Pour quiconque admet une distinction entre
Dieu et l'univers , et attribue l'existence du
monde à une action créatrice et divine , tout ce
qui existe hors de la divinité ne peut être que
la manifestation et la réalisation extérieure des
idées éternelles de l'être créateur. Toute la créa^
ûon peut donc être considérée, pour parler mé-
taphoriquement, comme un épanchement, une effusion de l'intelligence suprême , et tout être créé a son type, sa forme primitive, son exprès* sion générale en Dieu., Tout être a donc deux sortes d'existence : une existence intellectuelle et une existence réelle. L'existence intellectuelle d'un être est. dans l'intelligence divine, et peut être dans l'intelligence humaine. Celle-ci est donc comme un petit monde qui' répète Dieu et l'œuvre de Dieu, le monde extérieur, de même que l'univers répète l'intelligence divine ; et, à son tour, l'intelligence humaine, image de celle de Dieu, se répète extérieurement dans son langage et dans ses oeuvres. Le témoignage et les actes de Homme, par conséquent tous les produits de ses arts, sont ainsi l'expression de sou intelligence; celle-ci est l'expression de la réalité extérieure, qui est elle-même l'expression finie de l'intelligence infinie.
Nous (levons concevoir l'intelligence divine comme une grande et immense idée qui comprend tout dans sa généralité, et où se détachent les idées générales de tous les êtres contingents possibles. Ces idées générales renferment en ellesnlémes les idées spécifiques, qui ont aussi leur généralité ; en sorte que toute idée divine est comme le moule sur lequel peuvent être informées une infinité de créatures semblables et dis-
tinctes. En se réalisant ou en se produisant hors de l'intelligence divine , ces idées générales se sont donc d'abord spécialisées, puis individualisées dans les êtres divers qu'il a plu à la sagesse suprême d'appeler ou plutôt d'envoyer à l'existence.
Mais les premiers êtres sortis des mains du créateur ont été chargés par lui de transmettre à d'autres êtres l'existence qu'ils avoient reçue, et ceux-ci de la faire passer de même par voie de propagation à leurs descendants. Par là, les idées générales sont allées toujours se distinguant et s individualisant davantage, c'est-à-dire passant dans un plus* grand nombre d'individus , et la vie, comme un rayon divin , n'a cessé de se dédoubler en quelque sorte , de se ramifier et subdiviser, à différentes distances, comme elle fait encore, en une infinité de rayons secondaires, pour se communiquer aux nouveaux êtres qui surgissent de leurs prédécesseurs. Mais cette divergence de la vie et de l'idée générale et divine est une simple distinction, qui n'empêche pas la vie d'entrer tout entière- en chaque être dans son indivisible simplicité, ni l'idée générale de se réaliser complètement en chaque individu dans sa parfaite unité.
Lors donc que nous acquérons par nos moyens personnels l'idée d'un être quelconque, cette idée
est réellement une idée générale, quoicp Individualisée et combinée avec ce qu'il y a de particulier et d'individuel dans les qualités et manières d'être distinctives ,. limitatives ou négatives des individus. L'opération que nous nommons abstraction, et qui a pour but de généraliser nos idées, consiste à en écarter ce qu'elles ont d'individuel et de négatif, afin de conserver seulement ce qu'elles renferment dé général et de positif, ce qui seul appartient à l'essence de l'idée, et d'assimiler de plus en plus notre intelligence à l'intelligence de Dieu.
Ainsi, Dieu est le centre d'unité de. toutes les idées. Ces idées s'irradient de son sein par une diffusion continuelle et qui se réitère de génération en génération. Elles ont donc en Dieu leur point de convergence, d'où l'œil divin peut les suivre toutes jusqu'au dernier terme de leur expansion progressive. Mais de notre côté, elles sont toutes divergentes ; placés que nous sommes chacun à l'extrémité actuellement réalisée d'une de ces irradiations, le lieu de toutes leurs extrémité? actuelles , la surface qu'elles déterminent, qu'on peut se représenter comme la base d'un cône, et mieux encore comme une enveloppe sphérique qui va se dilatant sans cesse, nous présente un immense développement , tout hérissé, si on peut le dire, de rayons divins qui tendent à
une dispelrsion toujours croissante Nôtre tâche, dans le travail formateur des sciences, est de
rapprocher quelques-unes de ces lignes divergentes, de les réunir dans notre main, comme fait le tisserand des fils dont il doit ourdir sa chaîne; de remonter, à l'aide de ces ramifications, jusqu'aux embranchements partiels et secondaires ; par le secours des rameaux spécifiques aux branches génériques ; enfin , le long des membres plus volumineux de l'arbre généalogique des êtres , au tronc primitif, à la souche centrale qui renferme tout dans son unité.
On pourra nous objecter que l'homme ne peut parvenir, ou du moins qu'il n'est point encore parvenu à ce centre d'unité. — - Nous en convenons, au moins sous un rapport : car toute intelligence qui possède Dieu ou qui a l'idée de l'être, est dès lors placée au centré absolu, mais sans qu'il s'ensuive qu'elle puisse y .voir d'un coup d'œil tout ce qui y est renfermé. Loin de là, comme, par l'abstraction , elle dégage le général de ses combinaisons avec l'individuel, de même die analyse, et individualise l'être, et parcourt séparément chacun des rayons dans lesquels elle le décompose. Mais, une fois les différentes ramifications établies en communication par le centre et par les filets qu'elles s'envoient mutuellement, la raison se hâte d'y rattacher tous les faits nou-
veaux qu'elle rencontre, et s'efforce de les apercevoir, de les concentrer dans l'unité. Cest comme tendant à ramener toutes ses connoissances à leur centre primitif^ que l'homme approche toujours de plus en plus de l'unité; et, quoiqu'il ne soit peut-être pas destiné à l'atteindre jamais, il progresse toujours vers die, fusant sans cesse de nouvelles abstractions, généralisant de plus en plus ses idées, et embitessant de son regard un plus v^ste horizon à mesure qu'il s'élève à des étages supérieurs de l'édifice philosophique. Impatient d'atteindre d'une manière plus expéditive que le procédé commun, des points de vue plus étendus, le génie suit rapidement de l'œil les rayons conducteurs ; par la force de son intuition , il porte son regard bien au-dessus des nœuds où convergent des irradiations partielles ; il le fixe sur les idées les plus sommaires et les plus fécondes qu'il peut découvrir dans les hauteurs de l'intelligence, il mesure avec un jugement ferme la distance dont il en est séparé, et franchit d'un vol hardi toutes ces régions intermédiaires où les esprits vulgaires sont obligés de stationner plus ou moins long-temps. Mais , comme nous en avons déjà Eût la remarque, nos idées, pour être ainsi abstraites et généralisées, n'en sont pas moins* générales en elles-mêmes, et n'en ont pas moins, outre l'objectivité individuelle dont nous
avons parlé plus haut, une véritable objectivité générale cachée sous celle-là , puisque chaque être individuel réalise une des idées générales éternellement conçues dans l'intelligence divine Notre travail d'abstraction et de généralisation ne produit donc pas un résultat purement subjectif, une simple et pure abstraction qui n aurait d'existence que dans l'esprit humain : mais il fait participer, l'esprit humain à la raison de Dieu. SU en étoit autrement, ce seroit un penchant trompeur, que celui qui nous poste à. ramener toutes nos connoissances .et toutes nos sciences à l'unité.
D'un autre côté, l'ordre intellectuel étant dans tous ses points la fidèle représentation d'un ordre plus relevé, Dieu, en faisant l'éducation du preqiier homme, lui a donné toutes les connoissances métaphysiques indispensables à l'humanité : ces connoissances étoient bien des idées générales a priori. Cest Dieu nécessairement qui a instruit l'homme de tout ce qu'il étoit nécessaire qu'il sut pour conserver sa vie physique : il lui a donc parlé des objets de la nature inférieure; ce qu'il n'a pu faire sans déposer dans l'esprit humain un certain nombre de notions physiques générales. « Chez tous les peuples, l'ori- «gine des arts, des sciences, de la législation, de «la civilisation, remonte à la divinité, et sup-
«pose son intervention par la parole *(*). Cest Adam qui a nommé les animaux , et les noms qu'il leur a donnés, exprimoient, suivant l'interprétation fournie par Eusebe, les propriétés des êtres auxquels il les avoit.imposés : il avoit donc les idées générales de ces propriétés.
D'après l'ordre établi de Dieu, la vie intellectuelle se transmet comme la vie physique par voie de propagation : cette génération spirituelle, ajBixt commencé par des idées générales, perpétue donc aussi des idées générales. On objecterait en vain que les méthodes scientifiques élémentaires, surtout celles qui s'adressent à l'enfance, procèdent par induction , et concluent du particulier au général : l'induction n'est qu'apparente, et les raisonnements qui semblent généraliser, sont en réalité des raisonnements généraux et indépendants de la valeur particulière des faits particuliers auxquels ils sont appliqués. Ordinairement on choisit un fait particulier pour formule : en grammaire, ce sera, par exemple, Liber Pétri; en géométrie, une figure consacrée par l'usage; en arithmétique, tel ou tel nombre; en histoire naturelle, un sujet quelconque : mais la démonstration est générale. Le fait particulier
(') De l'enseignement de la philosophie en France au dix-neuvième siècle , p. 64.
est l'expression première qui sert de passage et comme de support à l'expression générale; c'est Je langage naturel de l'imagination, servant d'introduction à la langue intellectuelle, et par là même il renferme l'idée générale.
Je suis loin de prétendre que nous n'avons point d'idées . généralisées. Dieu sans doute n'a pas donné à l'homme les idées les plus générales, puisque nous généralisons encore. : il a voulu que la raison humaine, dans ses opérations, pût procéder par induction aussi bien que par déduction. Mais je dis que ce besoin de généraliser et de remonter à l'unité primitive, besoin qui se fait sentir à tous les hommes à différents degrés, et qui se manifeste par la marche de toutes les sciences et dans toutes les philosophies, étant une loi de la nature, ne peut nous induire en erreur en peuplant notre intelligence d'existences chimériques ; d'où je conclus que nos idées généralisées pe sont pas , toutes au moins , des êtres sans réalité extérieure, et qu'on peut bien reconnoitre que quelques-unes s'élèvent au rang et à la dignité d'idées générales.
Leur généralité ne dépend pas du nombre des laits particuliers observés : autrement, il feudroit les observer tous , et jamais l'idée générale ne serait formée t mais toute idée qui résulte d'une addition , n'est qu'une idée généralisée , qui n'a
de réalité, au moins certaine et connue, que dam les faits additionnés f et qui varie arec ces faits eux-mêmes. L'idée vraiment générale est éternelle; elle s'applique à une multitude innombrable de faits particuliers existants ou possibles, que nous ne connoissons pas et que nous n'avons pas besoin de connoître individuellement, mais qui entrent avec elle et en elle dans notre intelligence, et elle se produit par voie de généralisation ou d'abstraction dans l'esprit de l'homme, * dès l'instant où il a pu discerner dans les faits, une propriété, une qualité d'avec une autre, et ce qui est vraiment général et constitutif, de ce qui ne l'est pas ; et, une fois que l'idée générale a été distinguée , tous les hommes la reconnoissent, aussitôt qu'elle leur est montrée. Mais ici nous attend la seconde difficulté, qui perce au travers de nos paroles , depuis que nous avons entamé la solution de la première.
— La figure circulaire, dira-t-on, existe, il est vrai, dans tous les corps ronds ; mais elle y est combinée à des rayons différents et à d'autres éléments géométriques, même avec des données qui ne sont pas géométriques , telles que les couleurs et autres propriétés physiques , dont l'ensemble constitue l'individualité. De même, les propriétés constitutives et génériques d'une classe d'êtres, coexistent dans chacun avec des carac-
tères spécifiques et des qualités purement individuelles. Partout, l'essentiel est uni à l'accidentel ; et, si les idées primitives existent dans tous le» esprits, c'est dans un état de mélange et de combinaison avec des idées et des conceptions toutes particulières, avec des notions simplement généralisées et de pures abstractions. La séparation de ces deux classes de faits, ne pouvant s'opérer que par la raison privée, est sans objectivité; son résultat est tout subjectif^
— Cette proposition présente plusieurs sens qu'il faut distinguer soigneusement
On vient de voir, et l'objection suppose avoué , <pe l'idée générale a une véritable objectivité extérieure, et une véritable objectivité intellectuelle : c'est donc seulement son discernement dans l'esprit qui manque d'objectivité , soit qu'il ne puisse s'opérer , soit qu'il ne le puisse avec certitude.
Remarquons d'abord que M. Bautain , dans quelque position qu'il se place* se trouve, comme nous , obligé de (aire des distinctions et de séparer le particulier du général : or, il ne peut opérer cette séparation que par sa pensée , par ia raison privée : donc , si son esprit propre n'est point infaillible, et que nous ne puissions obtenir par notre procédé que des résultats subjectifs, nous avons à lui opposer la même difficulté qu'il
nous oppose. Seulement nous ne voyons point qu'il puisse la résoudre autrement qu'en recourant à une révélation spéciale,, tandis que la solution ne peut être la cause d'aucun embarras dans nos principes.
En effet, premièrement, puisque tout lé monde parle d'idées générales , il faut bien que tout le monde les admette comme distinctes ; nous* les voyons en effet pratiquement admises comme distinctes par tous les hommes, même par ceux qui n'ont pas la notion d'idée générale. Il faut donc qu'en effet elles soient distinctes, ou la loi de la nature seroit une contradiction. En second lieu, il faut que cette distinction soit certaine, puisque tout le monde la fait avec assurance, et qu'il n'y auroit plus de certitude au monde, si l'on devoit dotiter là où personne ne doute.
On a droit de nous interrompre ici et de nous interpeller en ces termes : « M. Bautain reproche à là raison générale son origine, qu'elle doit à l'abstraction, et l'accuse de n'être en conséquence que quelque chose d'individuel , et vous partez de cette abstraction même, pour lui prouver qu'une abstraction peut avoir une valeur extérieure et objective! "
— Il est vrai , dans toutes nos discussions, nous supposons toujours que le sens commun est le critérium de la vérité, et que chaque homme
peut discerner le sens commun. Mais, dans quelque système que Ton discute, chacun présuppose tAu jours son critérium et le discernement certain de son critérium. Cest ce qui fait qu'on ne peut jamais s'entendre, quand on part de deux critérium différente : car il est impossible de remonter plus haut que le critérium : ce serait envain que Ion chercherait au-delà un point de départ commun. « Il faut bien,. dit M. Bautain (x), commencer .par admettre quelque chose, à quelque école «qu'on appartienne, et il n'y aura jamais d'ex- «plication philosophique possible, sans une don- «née quelconque posée en commençant, mais «qui doit être justifiée ensuite par l'explication
«même9.
Est-ce en tant qu'elle est le résultat de la pensée, que l'abstraction manque d'objectivité? — M. Bautain nie donc l'objectivité de la pensée en général? et sur quoi peut* il fonder une telle négation ?
— Prétend-il avec Kant (*) que, toute notre manière de connoitre dépendant des formes de nos facultés, des conditions de notre organisation, des lois de notre esprit , tout cela, étant purement subjectif, ne peut jamais nous transr
(") De renseignement de la philosophie en France , p. 87. O IM., p. 26.
porter au-delà des bornes de notre subjectivité, ni nous autoriser à affirmer la vérité extérieure? — Ce principe, foudroyant pour 1 eafle écossaise , pareeque , selon la remarque de M. Bautain ('), elle prétend tout tirer de. la conscience individuelle , et repousse comme préjugé tout ce qui viendroit à l'homme d'ailleurs que de lui-même , est impuissant contre . nous, qui ne cherchons point en nous la vérité métaphysique , qui plaçons même hors de nous la règle de nos jugements et de toutes nos pensées. Et, si, en cela même, M. Bautain nous appliquoit le théorème de Kant, nous pourrions tout aussi légitimement le rétorquer contre lui : car, de quelque manière qu'il prétendit parvenir à la connoissance de ce qui est extérieur à sa conscience, nous aurions le droit de lui dire que sa connoissance , dépendant des conditions subjectives de son esprit, ne peut jamais avoir qu'une valeur relative à sa subjectivité, quand Dieu même lui parlèrent Dans tous les systèmes, ie grand mystère à expliquer sera toujours la relation du subjectif à l'objectif.
Est-ce à cause de la iaillibilité dû sujet pensant, que la pensée manque d'objectivité?— • Si nul résultat de la pensée humaine n'avoit de valeur
(') De l'enseignement philosophique , p. 26.
objective, l'homme devrait s arrêter à la contemplation des vérités universelles , briser son levier scientifique, et se tenir dans une complète immobilité, dans une inaction absohie et contraire à sa nature, qui est une incessante et énergique activité; ou du moins il devrait renfermer en lui-même toutes ses conceptions , et les regarder, avec une insouciante légèreté ou une stupidç indifférence, passer dans le miroir de sa pensée, comme /les vapeurs produites par je ne sais quelle ébullition infructueuse ou maladive de son cerveau; comme des ombres fantastiques, d'incompréhensibles hallucinations qui naissent, voltigent un instant et s'évanouissent dans^Éuesprit. Quoi donc! M. Bautain vit-il sans penslr? Mais, s'il pense, s'il compare, s'il juge, croit-il à l'objectivité de sa pensée, de ses comparaisons, de ses jugements? S'il n'y croit pas, qu'est-ce donc, selon lui, que son système de philosophie? Si c'est une conception de son esprit, il n'a qu'une valeur individuelle et subjective. S'il a une valeur objective, d'où la tient-il ? Vous verrez que la petite brochure que nous traitons avec si peu de respect, est l'œuvre de Dieu, le produit dupe révélation, le fruit d'une extase!
Nous avons, nous, dans la raison commune, la règle de nos pensées et de nos abstractions, d'où il suit que, «s'il suffit, pour être assuré du
«vice d'une théorie, qu'elle renverse une seule «partie de la raison commune, il ne suffit pas « qu'elle l'explique pour qu'on soit autorisé à la « tenir pour bonne; car elle pourroit bien ne et pas s accorder avec d'autres points également « certains. De là cette maxime d'une extrême « importance pour les progrès du véritable esprit «philosophique, savoir : qu'il faut se défier de «toute explication partielle; que le degré de «confiance qu'une théorie mérite, est toujours «proportionné au nombre plus ou moins grand « des vérités ou des phénomènes dont elle rend «raison; et qu'ainsi Ton doit tendre incessam- « men* Jy^hercher des explications de plus en « plus gérorales. " Q
• Si l'on nous demande après cela quel est le caractère de la généralité, entendue de l'idée, nous répondrons que c'est l'universalité, évaluée par rapport aux sujets où se trouve l'idée : tout ce que le sens commun déclarera idée générale, sera réputé idée générale. Si donc l'individu se trompe en généralisant ou en prenant pour général ce qui ne l'est pas , son opération sera réformée* et son jugement redressé par le sens commun.
Si, comme le prétend M. l'abbé Bautain, la
(') Sommaire , avril 1839, p. 6 et 7.
raison générale est le produit de l'esprit propre > die est, ou du moins elle peut être perçue différemment par tous les hommes; elle est ce que chaque homme s'imagine qu'elle est; en appeler au sens commun , c'est invoquer son propre témoignage à soi; et, comme il est incontestable que tons les hommes font à tous les instants cet acte d appel, c'est l'esprit propre, l'esprit d'indépendance, qui renouvelle continuellement sa protestation de soumission ou au moins de conformité; toute la vie n'est donc qu'une vaine représentation théâtrale, une ignoble farce, un grand acte d'hypocrisie, ou une illusion perpétuelle; et si chacun , tout en pensant se régler syr le sens commun, ne suit en effet que son esprit propre, il faut que tous les hommes soient naturellement toujours d'accord entre eux; par conséquent, que M. Bautain s'entende parfaitement avec nous, et qu'il n'ait jamais rien écrit contre aucun système de philosophie; ou il faut qu'on ne puisse savoir s'il est possible que les hommes s accordent entre eux sur quelque point; si tous , par exemple, reoonnoissent l'existence du soleil. Mais vous verrez que, dans le cours d'une aussi longue discussion, nous n'aurons rien fait contre Ml Bautain, et que sa pensée nous restera encore à deviner! O le plaisant philosophe, qui cache
avec tant de soin à ses lecteurs ce qu'il' veut ou
paroit Touloir leur apprendre ! Vraie tactique de sophiste, indigne de M. Bautain, qui n'en est pas réduit à se ménager des subterfuges ! Il paroit et disparott comme l'arabe du désert, posant ça et là, tantôt une majeure, tantôt une mineure, points isolés qui par eux-mêmes ne déterminent aucune ligne, sans s'embarrasser aucunement de prendre des conclusions, nous laissant à suppléer la prémisse qui manque à ses raisonnements, et nous abandonnant, sans guide et sans chemin tracé, dans le vaste champ des hypothèses, où il nous faut faire mille marches inutiles, hasarder mille et mille pas perdus, et nous mettre à sa poursuite dans toutes les directions, présumant, sans certitude, que Tune «au moins sera peut-être celle dans laquelle remporte loin de nous l'impétuosité de son capricieux génie. Cette fois, du moins, l'aurons-nous rencontré ? aurons-nous été assez heureux pour saisir le vrai sens de ses paroles ? et faut-il tous
faire part de notre découverte? Si elle n'est
pas sans fondement , à quel démon fascina leur avons -nous donc été livré? que) désir insensé nous poussoit à creuser avec une infatigable ardeur les trois lignes de M. Bautain, pour en extraire, comme un précieux métal, une pensée aussi solide que profondément enfouie ? Quel misérable résultat d'un si pénible labeur ! et
comment oser le produire au grand jour sans le présenter sons la forme dubitative?. ... M. Bau* tain se seroit-il figuré, que l'expression raison générale, avoit une signification analogue à celle que Ton pourrait attacher, par exemple, à ces trois locutions : cœur général , tête générale , estomac général?! — D'honneur, la chose est possible! c'est une trouvaille du P. Rozaven. Mais quoi ! M. Bautain ne peut-il quelquefois penser par lui-même (•)? faut-il qu'il ne se montre que
(*) Hous ne savons trop 1 qnoi se rédiriroit la brochure de M. Bantain , si chacun des philosophes qu'il a mis i contribution, venait à revendiquer ce qui hii appartient. La peinture vraie qu'il fait de l'état présent de la société, est visiblement une pâle imitation du tableau plein de vie qu'en a tracé M. de la Mennais dans son ouvrage intitulé : De la religion dans ses rapports avec V ordre politique et cmL Son antipathie pour la raison individuelle est un abns de la doctrine d'autorité ou peut-être une réminiscence de Técole normale. Ses attaques contre la scolastiqoe ne sont qu'une ombre bien affaiblie de cette guerre gigantesque dont l'école du sens commun presse le cartesianisme depuis nombre d'années. Son aversion pour h raison générale lui vient pourtant de cette dernière source. Ses arguments contre elle , il les doit au P. Rozaven. Nous ne connoissons pas assez la philosophie allemande pour tenir note de tons les emprunts qu'il lui a faits. Mais nous savons du moins qu'elle Ta précédé dans la nouvelle voie qu'A prétend ouvrir, et nous aimons à croire qu'en cela de ne s'est pas séparée comme lui du sens comrnjm. Ainsi , aujourd'hui comme autrefois , M. Bautain pense et repense ce que £ autres ont pensé avant lui; il redit à sa
paré d'ajustements d'emprunt? Qu'avoit-il besoin d'ambitionner la robe éclatante du cygne, lui que la nature avoit orné du superbe plumage du plus vaniteux des oiseaux? et par quel incroyable mauvais goût, à tant de richesses naturelles et étrangères, va-Ml associer la sombre et ridicule dépouille de son grossier rival , de ce stupide gallinacée dont llnde a peuplé nos bassescours?.... S'emparer même des plus mesquines,
manière ce qu'ils ont dit (')} 3 n'a point perdu les tudes éclectiques , il est encore le disciple de M. Cousin, Qu'il le soit donc ouvertement : il est des larcins qu'il est plus honorable d'avouer que de déguiser. Ce n'est point un mal de puiser dans tous les systèmes , quand on s'attache au lien commun qui les unit secrètement, au fonds de vérité qu'ils renferment tous. Mais il ne faut point assassiner ceux que l'on dépouille : il est plus adroit de se faire honneur de leurs livrées; ou il faut les tuer si bien, qu'ils n'aient plus rien à dire. Et puis , quand on n'a pas en partage le génie créateur , qu'on ait au moins l'esprit ordonnateur, et qu on n'imite pas l'artiste d'Horace : Huî mono capitu M. Bautain, nous le reconnoissons sincèrement , est un éçudit en métaphysique , et il est doué d'une haute portée intellectuelle : mais il manque de logique. Nous le croyons volontiers un des hommes d'Europe les plus capables de nous donner une philosophie catholique 0) , mais quand il aura mis de l'ordre dans ses idées , classé convenablement ses vastes connoissances , senti b nécessité d'une règle pour les jugements humains, et surtout quand il aura le sens commun.
(') Bévue européenne, t. 5, p. 636.
(*) Ibid. , p. 635.
des plus niaises objections du P. Rozaven !,.., Étoit-il donc nécessaire d'épuiser entièrement cette cure? et ne pouToit-on nous faire grâce de la lie ? M. Bautain a trop d'humilité : qu'il prenne un peu plus de confiance dans la pensée, ou qu'il choississe mieux ses autorités. Mais il a rejeté l'autorité légitime, sous prétexte qu'elle est le fruit d'une pensée individuelle , et il prend les ordres d'une autorité usurpatrice, d'une autorité individuelle, d'une pensée particulière; qui, selon lui, est impuissante à raffermir la raison incertaine! Il serait par trop étrange aussi; qu'après nous avoir proposé (p. 48), pour nous tranquilliser dans nos doutes, certaines lois qui président à la pensée, le philosophe Vint nier gravement que la pensée put avoir aucune force objective.
— Eh non, dira-t-il peut-être ! c'est vous qui ne voulez trouver aucune certitude dans la penr see individuelle; et je ne fais que vous acculer à vos propres maximes.
— S'il est ainsi, que noçs ayons avancé que nulle pensée individuelle n'est certaine par ellemême, et que ce soit un crime en philosophie; que JVL Bautain veuille bien faire la coulpe avec nous ! Na-k-il pas écrit (p. 62) : « Les trouvera- « t-on, la Science et la sagesse, dans les prétendus « oracles du sens commun , que chaque prêtre
k dé ce diea inconnu expliqua à son gré; dans le «témoignage infaillible de la raison générale* « dont chaque .raison privée se fait t'interprète? p? If a-t-il pas dit aussi fortement que nous anathême a la raison individuelle? .* .. Et, dans cette circonstance, ce n'est point pour relever en nous une contradiction qu'il s'exprime de la sorte : le morceau d'où oette phrase est tirée,' est un résumé destiné tout entier à combattre par des raisons propres à M. Bautain les systèmes' qu'il a précédemment réfutés en détail. Ainsi, c'est parceque le sens commun ne peut exister que comme le produit subjectif de chaque raison privée, ou parcequ'il est le fruit d'une pensée humaine, que M. Bautain n'ira pas lui demander la science et la sagesse ; n'est-ce pas nier la puissance objectire de la raison privée en fait d'études naturelles, après avoir nié celle de la raison générale, et pour justifier cette première négation ?
Un intervalle immense nous sépare donc de M. Bautain quand nous contestons, lui et nous, la certitude objective à la raison, individuelle Il ne prononce contre elle l'arrêt de proscription que pour atteindre par elle la raison générale, pour anéantir toute possibilité de constater le sens commun, que nous, au contraire, nous assignons pour base et pour règle à l'activité privée la déclarant capable de connoître avec certitude
ce critérium, et lui défendant d'acquiescer à ses propres conceptions , autrement que comme à des résultats purement subjectifs tant qu'ils n'ont pas subi l'épreuve de la critique et de la vérification: commune. M« Bautain détruit donc toute science et toute raison, tandis que nous, en nous ancrant dans les croyances communes, loin de proscrire les conceptions individuelles, nous les encourageons au contraire de tout notre pouvoir : seulement, nous voulons qu'elles se mettent d'accord avec le sens commun, et qu'elles s'efforcent de devenir à leur tour vérités de sens commun; en aorte que la pensée ne doit, selon nous, se généraliser qu'en s universalisant Ainsi, nous donnons une règle à la pensée, et notre adversaire détruit à la fois la pensée avec sa règle. U aime mieux annuler la pensée que de la soumettre à la loi Selon nous, nulle pensée n'est objective par elie-àiême; selon lui, nulle pensée n est objective.
— Mais que faisons-nous? si le sens commun lui-même est le produit de l'esprit propre, le résultat d'une pensée. individuelle, notre argumentation n'est' qu'un misérable sophisme, un cercle vicieux : il faudrait que cette pensée se garantît elle-même. — Cela peut être : mais, en* core une Ibis, de l'aveu de M. Bautain, c'est une chose inévitable dans tous les systèmes :f^Ê tous
H* faut commencer par admettre quelque chose qui soit à soi-même sa garantie. Celui qui refîne d'en passer par cette. nécessité, n'a plus d'autre refuge que le pyrrhonisme, au bord duquel toute raison frémit d'horreur et recule épouvantée. Aussi sommes-nous* forcés d'admettre une certaine infaillibilité dans la raison individuelle pour la perception du sens jcommun.
Biais est-il bien vrai, commele prétend notre adversaire, que la raison générale soit le résultat de la pensée et d'un travail d'abstraction? Nous le répétons, cela peut être ainsi, en tant qu'on l'obtient par une opération philosophique à l'égard de tel ou tel point contesté. Cela est vrai de la théorie du sens commun, qui est aussi une production philosophique, la conception du premier homme qui en a dressé le» formules. Mais dans la réalité pratique, c'est une simple perception qui arrive à lli6mme sans aucun travail de sa part, comme celle de tous les objets physiques; c'est la manifestation et la perception de tous les témoignages particuliers, dont l'accord sollicite et détermine naturellement notre assentiment Si l'homme, suivant M. BautainQ, peut acquérir une connoissance certaine du nombre
et de l'étendue, qui sont bien des idées générales,
(0 Attr européenne , t. 5, p. 638.
et. que beaucoup de personnes regardent comme de pures abstractions, pourquoi ne pourrok4J connoître aussi certainement le témoignage de se* semblables?
La règle de chercher la certitude dans le consentement commun .est un fait, un fait d'observation, un fait pratique, et de pratique universelle : c'est ainsi que nous l'avons établie» et pas un de nos adversaires ne s'est avisé de,la considérer sous ce point de vue. Ils ont accumulé contre elle raisonnements sur raisonnements, tandis qu'il falloit, pour nous combattre avec avantage, démentir le fait que nous avançons et nous en montrer la fausseté, et c'est à quoi personne, que nous nous rappellions, n'a songé jusqu'à présent Nous indiquons à l'ennemi le vrai point de l'attaque : si notre système est aussi foible qu'on le présente, ce doit être là l'endroit vulnérable : qu'on ose une fois essayer de l'entamer. — Fort bien! dira-t-on : mais vous avez manifesté hautement l'intention de ne point vous rendre si l'on vous attaquoit sur le fiait. « Il fau- «droit, avez-yous dit, que ce fût le sens commua «qui vous attestât sa faillibilité. " — Oui, ainsi disons-nous encore. Ce que nous vous demandons, ce n'est point de nous citer un fait sur lequel le sens commun se soit trompé, mais d oser démentir que tous les' hommes suivent naturel-
lement la règle du sens commun, et attachent naturellement là certitude au 'commun consentement C'est sur ce fait que nous basons l'infaillibilité du sens commun , c'est ce fait qu'il faut renverser pour détrôner la raison générale. Tant qu'on n'y sera point parvenu, nous n'accueillerons jamais l'autre façon d'argumenter.
> Pour démontrer que, loin d'être impossible et purement subjective, la formation du sens commun dans notre esprit, soit comme perception, soit comme conception, renferme au contraire tous lés gagea de sécurité que l'on peut exiger, noua alloua la présenter sous une image sensible qui en fait presque une opération mécanique.
Qu'on se figure toutes les intelligences humaines comme autant de points lumineux disposés de manière à former les sommets d'un polyèdre! convexe. De chacun de ces points jaillit .une gerbe conique de lumière, qui se partage en autant de rayons qu'il y a d'autres points pour les percevoir. Le point de départ de ces rayons, 4e sommet du cène, point central de chaque intelligence* devient à son tour le point de convergence des rayons perçus par chacune et dardés par toutes les autres. Entre cbaque'foyer et chacun des autres foyers, il existe donc un rayon de communication par -où la lumière va sans cesse de l'un à l'autre., comme l'image que deux
glace» situées en face l'une de i'aptve se renvoient à l'infini De cette manière, chaque mielligmw perçoit la raison de chacune des autres, et l'abstrait pourson propre compté, et le sens commun, la raison générale, acquiert ainsi dans chaque intelligence une existence subjective par rapport à l'intelligence où elle s'est abstraite, mais objective par rapport atix autres intelligences. Car chaque intelligence perçoit l'abstraction qui lui est reflétée par toutes les; autres, et se confirme par là dans la sienne, en. même temps qu'elle concourt à confirmer les autres dans les leurs. Avant cette seconde perception, l'abstraction, comme nous l'avons dit, par le fait de sa formation dans les intelligences, a voit déjà acquis une certaine objectivité concrète : elle y étoit l'expression individualisée, concentrée, et en quelque sorte matérialisée de toutes les raisons particulières. Elle a donc» comme toute abstraction, une véritable objectivité concrète dans les faits individuels, et une autre objectivité aussi réelle, anai individuelle» je dirais presque aussi substantielle comme abstraction, et cette dernière objectivité peut se renouveler et se renforcer à l'infini (').
(•) On peut se représenter cette rayonnante réciproque par les diagonales d'an polygone plan convexe. Chaque wmmet envoie une diagonale à chacun des autres som-
. — - On dira que, dans1 le champ de l'imagination, les choses s'arrangent toujours pour le
mets et en reçoit une de lui , et celle-ci t bien entendu, se confond avec la première. Chacun des sommets est ainsi le point de départ et l'aboutissant d'une même diagonale , le point de convergence et de divergence d'un faisceau de diagonales , ainsi qu'on peut le voir dans l'octogone UKLMNRS. Le sommet R reçoit de plus les irra-
diations des sommets de l'hexagone RQEFGS et du pentagone M OPQR , et , par eux , celles de tous les autres polygones avec lesquels ils communiquent. Le sommet S reçoit de même les irradiations des sommets du même hexagone RQEFGS et du quadrilatère GHIS, et, par eux, celles de tous les polygones avec lesquels 3s communiquent Le point K reçoit même immédiatement l'irradiation d'un sommet de polygone assez éloigné, et il pourroit communiquer de même directement avec un point beaucoup plus reculé , comme il arrive dans la société à certains individus , qui entretiennent des relations à de très-grandes distances. Ces trois sommets transmettent ensuite , avec leur propre ' lumière , les il
mieux; mais qu'en realité; les esprits né sont pas tous placés aux «sommets .d'une même surface polyèdre convexe; qbej loin de là, chaque raison n'est en communication directe qu'arec un nombre limité d autres intelligences.
— Nous allons faire entrer cette condition dans notre comparaison;
Supposé que chaque tàce de la surface convexe qui nous occupe, soit en même temps une face d'un autre polyèdre : chaque sommet de notre premier polyèdre appartiendra par là à plusieurs autres polyèdres , recevra les irradia, tions de tous leurs. sommets; lesquelles renfermeront en elles-mêmes celles de tous les autres polyèdres avec lesquels ces sommets .seront en communication de la même manière , et les rayonnera à son tour aux autres points radieux avec lesquels il communique directement , et ; par leur intermédiaire, à tous les Sommets des autres polyèdres qui sont en rappiort avec ceux»
qu'As ont reçues; ils les transmettent, disons-nous, à tous les sommets de l'octogone IJKLMNRS , et , par eux , à
tous les antres polygones avec lesquels ils sont en relation. Ainsi , le point R est le centre commun où viennent aboutir tons les rayons partis des points E, F , G , S ; I , J , K, L, JL, N, O, P, Q, et d'où partent de semblables rayons pour ces mêmes points, et le point S est le centre de communication des points E , F, G, H, I, J , K , L, M,N,R,Q.
ci De cette façon, chaque sommet, en recevant ki irradiations des sommets voisins, ne peut manquer de recevoir celles de tous les sommets que ' l'on pourra supposer. Cest ainsi que chaque raison particulière se trouve au centre d'une petite association dé raisons dont chacune est elle-même le centre d'une association semblable; en sorte que le genre humain tout entier peut être considéré comxhe un vaste système de groupes partiels qui s'entrelacent et s'engrènent, et par le moyen desquels la raison commune s'étend de proche en proche et s'irradie dans toutes les direction! On sent bien que nous ne parlons ici que de ce qui fiait le fond de la raison humaine , de tout ce qui lui est essentiel , de ces vérités sans lesquelles nulle relation ne pourroit s'établir entie les hommes. Pour ce qui est local , particulier, transitoire, cela n'a pas une force d'expansion suffisante poUr pousser des ondulations d'un boni du monde à l'autre.
La conséquence de<ce qui précède, c'est d'abord que chaque raison, sans sortir du cercle de ses relations habituelles , non seulement connott les autres raisons particulières et fait le sens commun pour son propre usage, mais trouve même le sens commun ' tout formé dans les raisons qu'elle connott; c'est en second lieu qu'à l'égard des vérités premières et fondamentales, chaque
raison particulière le trouve, non seulement tout Sonné dans toutes les raisons qu'elle peut con- Doitre, mais résumé et concentré tout entier dans le sens commun des raisons placées dans a sphère d'activité, comme elle saisit l'idée générale dans le nombre asste restreint des faits particuliers dont die est entourée.
Quant an discernement des choses locales et particulières, il est toujours facile à opérer, au moins, dans les points importants : car il n'y a p» de nation, p» de peupkde, qui ne soit assez bien au courant des usages particuliers, des croyances locales jdes tribus limitrophes, et qui ne puisse ainsi les comparer avec ses propres coutumes et-ses opinions propres, et juger, par le désaccord qui règne en certains points, qu'ils n'appartiennent pas à la foi du genre humain. Et il n'est pas nécessaire, pour que cette règle soit applicable, qu'elle ait été philosophiquement formulée, ou qu'elle soit devenue l'objet d'un enseignement explicite : la nature apprend suffisamment aux hommes à s'en servir, et la pratique universelle, qui est aussi une espèce d'enseignement mécanique, vaut toujours mieux qu'une théorie savante qui restèrent sans application. Les théories d'ailleurs ne peuvent jamais être que le fruit de l'observation sur la marche naturelle des choses : c'est une remarque que
l'on; ne devroit pas perdre de vue dam un siècle où la science a renoncé aux hypothèses pour s'appuyer sur les faits.
Le sens commun, envisagé, soit comme simple perception, soit comme produit de la pensée, soit comme théorie, n'est point une pure abstraction , mais la réalisation d'une idée générale primitive et divine. Car, si on le considère dans son existence constitutive, chacun des dogmes qu'il renferme répond à une idée éternelle; et, si on le considère comme une conception spéculative, il répond à quelque chose d'objectif, à une partie essentielle de la nature humaine, et conséquemxnent encore à une idée éternellement préexiltante. En effet, il est dans la constitution de la raison de l'homme de réfléchir l'intelligence divine et de décréter la vérité, si on pouvoit le dire,- comme il est dans la constitution de sa rétine de réfléchir les images des objets sensibles, et dans celle des organes sécréteurs de séparer, de distraire, $ abstraire les sucs qu'ils élaborent, du torrent de la circulation.
Nous ne connoissons pas, dans l'état actuel de Fhumanité, d'autre moyen d'acquérir les vérités dû monde surnaturel, que la tradition et le sens commun. Ainsi, c'est toujours l'homme qui parle à l'homme (p. 62), même quand il répète les enseignements de Dieu : tel est l'ordre que Dieu
a établi pour la conservation et la transmission des vérités morales et sociales. Mais tout ce que, l'homme enseigné est variât le y incertain, transitoire comme lui, dit (/>. 62.) la brochure que nous réfutons. «Croire! Mais à quoi? Ce n'est «point à la parole de l'homme, puisque toqt ce «qui est humain est contestable, variable, inc certain. Il nous faut quelque chose de nécesusaire, d'universel, d'absolu; il nous faut de «l'éternel, c'est-à-dire des principes qui ne flé- « dussent point, des vérités premières qui ne pasasent point* Qui nous les donnera, si la nature «ne peut les fournir, si l'intelligence humaine *ne peut lés produire? Celui-là seul qui est audessus de la nature et de l'humanité, parcequ'ii «les a feites. » (p. 83 et 64).
— Nous entendons : il ne s'agit plus entre nous de fiiire un choix entre l'homme individuel et le sens commun : c'est l'homme tout entier et sous tous ses rapports que M. Bautain proscrit Nous comprenons la portée de ces mots : Point d'homme entre elle et moi! nous ^entrevoyons la pensée de notre auteur. Ministre de la religion» °iTgane et interprète de la parole divinejJWlédiateur entre Dieu et l'homme, il réclame pour luimême un privilège qu'il ne pourrait faire passer <kns le droit commun, sans renoncer à son auguste ministère : il veut recevoir directement
l'influence de la vérité, la voir sopt s*J6rm$ propre (p. 32) et en quelque forte fin* à face, voir Dieu, en un mot Et malheureusement! ai Dieu se montrait à M. Bautain , il y auroit encore rhufoanité de M. Bautain entre Diea et lui 1.... à quoi nous n'apercevons qu'un seul remède : ce seroit que M. Bautain se fit Dieu.... Exemple sensible des bizarres oscillations de l'esprit humain 1 Quand le second volume dç FEssài sur l'indifférence parut il y a douze ans, on l'accusa d'anéantir la raison privée, et Fauteur eut à se défendre sérieusement d'avoir enseigné que nous percevions la lumière autrement que par nos jeux, et la vérité autrement que par notre raison. Aujourd'hui, au contraire, la philosophie du sens commun se trouve dans le cas de soutenir les droits de la raison individuelle contre les opinions qu'on s'obstinoit alors à lui imputer malgré ses dénégations. Le tort qu'on lui supposoit autrefois , étoit de s'être cernée dans l'alternative, ou de nier l'union de la raisofi individuelle avec la vérité, et pat conséquent l'existence de la raison individuelle, ou d'élever, •conWairement à son principe fondamental, cette raison au-dessus de la raison commune, en 1m réservant le discernement de cette dernière. A présent, c'est tout l'opposé : on ne veut plus ri<0> d'humain dans l'acte de la cognition, et vo»
Met voir que ce ne sera plus rhomnfce qui <ym~ ooltra certainement en Dieu ou par le secourt de Dieu, mais Dieu qui connoitre certainement dans l'homme et à la place de l'homme. Si oe aest pas là déifier la raison humaine, je ne sais comment cela* doit s'appeler i car, sans une telle déification, Dieu lui-même, parlant à l'homme^ ne sauroit lui donner une certitude rationnelle* absolue et a priori que c'est lui qui lui parle : tout ce qu'il peut faire, c'est de l'imprégner dç cette certitude, sans qu'il soit possible à l'homme de s'en défendre; k moins de la divinisation de notre raison , ce sera toujours une raisofi humaine qui connoitra en nous. (')
Que si Ion admet que la connoissanoe n'en est pas moins certaine quand elle résulte immédia-
tement du témoignage de Dieu , on conviendra donc que, par elle-même, la raison humaine peut connoitre certainement un témoignage, et dés lors die peut connoitre certainement un téwoujnafie humain.
Si l'on dit que c'est Dieu qui forme en nous b certitude de son témoignage en- même temps fie la certitude de la vérité qu'il témoigne, on
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(M) Comme nous, avons souvent occasion de combattre fa erreurs qui nous ont été à tort imputées , il ne faut pas s'étonner de nous voir tourner contre faos adversaires 4* armes 4» oat été fFabord dirigées, eratoe noos. .
si Ton prétend que la certitude de la chose , témoignée peut s'infirmer en passant par un témoignage humain quelconque, universel ou particulier, même connu certainement, alors il . faut renoncer à toute espèce de certitude, à moins que chaque raison > ne soit divinement illuminée : car la lumière naturelle de la raison, quoique divine dans son auteur/ ne suffit pas ici. Alors aussi il faut admettre les extravagances de tous les enthousiastes, de tous les asiatiques qui Se sont prétendus inspirés; alors toutes les religions, toutes les opinions, tous. les systèmes sont vrais. On n'aura pas l'impudeur de borner l'inspiration à un petit nombre d'élus auxquels tous les autres hommes - seraient obligés de se soumettre : car ce serait toujours interposer de l'humain entre Dieu et la masse du 'genre humain. Essaiera-ton de dresser des règles d'après lesquelles chaque homme puisse s'élever jusqu'à Dieu ou le faire descendre en lui-même, et devenir ainsi l'objet d'une révélation immédiate? Prescrira-ton, .par exemple, de porter les cheveux fendus sur le milieu du crâne et de marcher la tête découverte, afin que rien n'empêche le rayon illuminateur de pénétrer par le sinciput? Mais où est la certitude de ces règles? pourquoi ne seraient-elles, ni connues, ni pratiquées hors de l'école de Strasbourg? pourquoi n'ont-elles été
révélées qu'à un /petit nombre ; de ! privilégiés ? quelle certitude ont-ils d'une réyélation;,qui a précédé les règles de la révélation ? pourquoi n'en avons-nous pas, nous autres, la science infuse, ou ne les suivons-nous pas. par un pur instinct de la nature? > enfin, comment distinguer la lumière supérieure de la lumière purement naturelle? Voilà des questions que nous, prenons la liberté de proposer à M. Bautain.
En attendant sa; réponse, soit qu'il, se fasse dieu, ou simplement voyant,' prophète, [illuminé, nous avons pour le moment à nous laver de. quatre imputations graves dont il nous .macule. Il nous accuse devant l'église de ne pas reconnoître en elle seule l'infaillibilité. Il nous accuse devant Dieu de nous faire dieu. Et n'étoit y* d*n>« ~ cogita, maton. , me vientoi. advis qu'il ne seroit mie fasché de nous veoir ardre en ce monde comme hérétiques, et eii l'autre comme ustupateurs de la divinité. Il nous accuse devant la philosophie de plusieurs crimes capitaux que nous spécifierons quand il en sera temps. Il nous accuse "enfin devant le catholicisme de détruire sa doctrine et sa morale» -
UL Le sens commun accusé d'hérésie»
Intenter, une accusation d'hérésie au seus^com- Jnunest une chose si étrange,' que M. Bautain
n'a osé le feire en termes etprèr. Il a senti que, l'hérétique étant l'homme <|ui fait nn choht ou qui préfère son jugement propre a celui de l'église et en général à celui de l'autorité, rien n'est plus incompatible que l'hérésie et le sens commun. Mais, pour nous avoir épargné la flétrissure d'une qualification aussi absurde qu'injurieuse et imméritée, il n'en dirige-pas moins contre la pureté de notre doctrine des soupçons odieux, que nous nous croyons en droit et dans l'obligation de repousser.
Cette imputation injuste est entremêlée (p. 5o et 51) d'une chicane maladroite sur la foi. A vrai dire , nous ne savons pas trop ce que M. Hautain nous reproche sur cet article : il nous a setnblé que ses idées à ce sujet n'avoient pas même dans son esprit toute la netteté qu'on est en droit d'exiger d'un homme comme M. Bautain. Voia le passage : d'autres pourront avoir plus de perspicacité que nous : « La foi vient de Dieu et ne « se rapporte qu'à Dieu : elle est divine dans son «principe comme dans son objet Si donc vous «voulez que j'aie foi, présentez-moi une autorité « qui ne soit celle, ni d'un homme, ni d'un grand « nombre d'hommes, ni de tous les hommes : car m ce ne serait jamais que de l'humain ; mais une « autorité surhumaine qui porte en elle-même le «caractère authentique de sa supériorité, et qui*
fi»
•a ce titre , s'impose légitimement à l'homme ,comm£ manifestation de Dieu même ".
Nous savons O que nos distinctions trouveront peu de faveur auprès des écrivains de foi et de talent qui ont l'entreprise Ç) de la réputation européenne de M. Bautain, lesquels, jugeant^) peut-être avec M. Lerminier l'école mennaitienne , comme ils disent, anésfetie, ou du moins frappée d'impuissance (4) , après avoir témoigné (?) la plus grande satisfaction de pouvoir démontrer que son orthodoxie est intacte du côté de Y encyclique de Grégoire XVI , poussent de tous leurs efforts le professeur de Strasbourg à la tête du mouvejnent' catholique (uno avulso non déficit alterft), et se hâtent peut-être on peu trop de personnifier en lui cette noble cause 9 tout en reconnoissant Ç) que, moins que jamais y de nos jours , les principes s'inféodent à des hommes- Les distinctions néanmoins sont utiles pour éviter la confusion; elles sont nécessaires surtout quand on se défend contre un
(') Bévue européenne , t. 6, p. 161.
0) Revue européenne, t. 5 , p. 58 , 635 et 670 , et t. 6, p. 34 et 149,.-. 170.
O IHd., t.6,p. 33. „
(4) Revue des deux mondes , t, 7, 8e lettre à un Berlinois. (s) Revue européenne, t. 5, p. 3£o. O Ibid., t.6,p. 22.
(0 Uid.
agresseur qui prend pour auxiliaires, comme les dieux de l'Iliade, tes ténèbres et l'obscurité.
Nous distinguerons donc, avec tous les théologiens, autant du moins que nous, pouvons le savoir sans être nous-même théologien, une foi humaine et une foi divine. Dans nos principes, c'est ta première qui conduit, au moins logiquement, à la seconde : aussi commençons-nous toujours par celle-là. Nous concevons cependant que M. Bautain arrive à l'autre de prime abord, s'il est assez heureux pour puiser la vérité immédiatement dans lé sein de Dieu. Nous distinguerons encore une foi philosophique et une foi théologique : la première renferme une partie de la seconde, et la seconde une partie.de la première, et, dans ce qu'elles ont de commun, elles sont envisagées sous deux points de vue différents , parcequ'elles ont un but différent Si ce sont ces distinctions que notre auteur nous conteste, il a tort : car elles existent : nous ne croyons pas à une autorité humaine comme nous croyons à la parole divine : c'est pour nous affaire de sens intime, et M. Bautain n'a pas le droit de s'introduire dans nos consciences. S'il nie seulement la propriété du nom dejbi appliqué à ce que nous appelons foi humaine ou à ice que nous nommons foi philosophique, c'est une logomachie. Il devoit d'ailleurs s'expliquer
dairemeut, et dire en termes, formels, que cç tjue noua appelons foi dans notre philosophie, ne devroit point être ainsi homme. Après cela, s'il avoit quelque chose à ajouter contre notrç foi philosophique , il pouvoit, sans déroger eç sans se compromettre, user d'une condescen7 dance à laquelle les plus grands génies n'ont jaT mais fait difficulté de se prêter, et adopte? momentanément notre emploi du. mot ,/bi pour discuter avec .nous plus à l'aise. Quant à nous, nous l'avons trouvé , cet emploi, dans la langue du sens commun , qu'après tout M. Bautàin ne peut rejeter sans s'isoler complètement de la société humaine. S'il a voulu dire simplement que nul témoignage humain ne peut être en aucun sens le motif de la foi pareeque nul n'est infaillible, ce n'est qu'une négation des principes que nous croyons avoir solidement établis, et une nouvelle répétition d'une objection à la* quelle nous avons déjà répondu. Enfin, s'il a cru que notre foi en la raison générale étoit dans tous les cas une foi théologique et divine, ou que nous adhérions au témoignage du genre humain de la même manière que nous acceptons celui de 1 église, il se seroit épargné ce mal-entendu en lisant ce qui a été écrit pour le prévenir.
Ne diroit-on pas que M. de la Mennais avoit en vue M. Bautain en traçant ces lignes: «11
«est tfisé d'entendre, d'après ce court exposé,
* pourquoi et en quel sens nous disons qu'on n'est « certain que par la foi ; ceux qui croient ou fei- « gnent de croire que nous prenons ici ce mot « dans son acception purement théologique, nous
* prêtent très-gratuitement une absurdité de leur «invention, Dans le sens le plus général, la foi «consiste, non pas à concevoir une chose, mais « à la croire d'après le témoignage d'une raison « supérieure. * Q? «La foi, redit M. GerbètQ* « prise dans sonaacception philosophique la plus «générale, consiste à adhérer au témoignage « d'une raison supérieure ... et je vous prie de «ne pas oublier que, dans tout le cours de cette « discussion, je prends cette expression, non dans m le sens purement théologique , mais dans le sens « général que je viens de déterminer. "
La se sont arrêtés les maîtres : ils dévoient se renfermer dans la question philosophique Aujourd'hui M. Bautain cherche à les attirer sur un autre terrain. Nous, qui ne sommes qu'un disciple obscur, cheminant gur les confins de la philosophie et de la théologie, curieux de découvrir enfin , avec notre raison novice, les sutures qui unissent ces deux moitiés de l'intelligence
(') Sommaire, p. 363.
f ) Conférences , p. 60.
humaine, naos ayons osé jeter un regard indis* cret du c6té d'où la provocation est venue. Le défi d'ailleurs nous a iflftté, et, dans notre impatience d'écolier, nouveau Manhus, nous acceptons le cartel du géant, prêt à subir, pour notre imprudence, le jugement et la condamnation de nos pètes, quand même nous sortirions de la joute avec honneur. Si nous succombons, la cause du sens commun ne sera pas compromise, puisque ce n'est ici qu'un combat singulier; et, si cet engagement d'homme à homme déterminoit un mouvement dansjes gros bataillons, nom nous féliciterions encore d'avoir entamé une lutte dont la solution définitive doit toujours être la manifestation de la vérité. Voici donc comment, dans nos idées particulières, nous concevons l'autorité et la fol
Quoique le nom d'autorité ne convienne à la rigueur qu'à un témoignage infaillible, nous appelons en général autorité, en matière de croyance*, le témoignage d'une raison supérieure manifesté à une raison inférieure Toute raison qui fait autorité pour une autre est réputée infaillible par cette autre. On distinguera bien dans ce que nous avons à dire, quand nous parlerons d'une autorité factice ou d'une autorité réelle
Nous appelons en particulier autorité hu-
moine I un témoignage humain infaillible ou réputé tel. Nous ne pouvons, refcser d'admettre l'existence d'une autorité humaine réellement infaillible, ~sans renoncer à la raison : car, sans infaillibilité , point de .certitude ; et sans certitude, point de raison. Parcequ'il n'y a point, pour toute espèce de vérité ni dans toute situation humaine, un témoignage divin .pour appuyer notre raison faillible, il faut bien qu'elle soit étayée d'une autorité humaine. Cette autorite ne pouvant être, ni une raison individuelle, ni une oligarchie de raisons humaines, parceque toute raison humaine privée est. incapable de donner la certitude, il faut de toute nécessité que l'autorité humaine proprement dite, réside dans la raison commune de, l'humanité.
Nous appelons autorité divine un témoignage divin, il est inutile d'ajouter infaillible. A la rigueur, l'autorité divine, c'est, le témoignage immédiat de Dieu. .Mais, dans l'ordre de .choses où «nous vivons, Dieu ne se révélant pas directement à chaque homme en particulier, il ne peut <y avoir d'autorité divine qui ne contienne quelque. chose d'humain, et M. l'abbé Bautain, en excluant du motif de la foi tout ce qui est humain, nous semble détruire implicitement la foi en l'église, qui est une société entre des hommes. L'autorité divine, telle, qu'elle existe. pour nous,
ne peut donc être que' le témoignage médiat de Dieu, c'est-à-dire un témoignage, humain à certain* égards.
De même, il ne peut -y avoir d'autorité bi*maine qui ne renferme quelque chose de divine car Dieu est toujours le fondateur et le fondement de là raison humaine. Un témoignage humain qui n'auroit aucune racine en Bieuv ill en pouvoit exister un pareil, qu'il fût in&fr. liUe ou non> n'en seroit pas moins une autorité pour l'individu qui n'en connoitroit pas d'antre, s'il se présentait à lui avec ujl certain caractère de permanence et de généralité. Un témoignage humain ayant Dieu pour, auteur, seroit encore infaillible en lui-même, quoique n'étant point connu comme teL Mais, une sembla Me ^autorité étant impossible, je n'est point la ce que nous entendons par autorité humaine.
L'autorité humaine, .telle que Tarons définie* peut déposer de deux sortes de faits : d'abord des^ faits humains, et en général des faits naturels ; puis de faits divins et surnaturels, s'il lui en a été révélé» Puisqu'elle est infaillible, on doit l'en: croire quand eHe se dit dépositaire d'une rttrékrtiôn-
L'autorité xlivine ne dépose que des faits surnaturels et-divins. Ce qui la distingue de l'am- Untéirate^iusenceue^i quolceUe-ci lieisd^tanoi-
gnâgè de. frits ^semblables, c'est un mandat ai h0e7uaùd délégation particulière, un gage spécial d'infaillibilité, une promesse que Dieu lui a dite de «on assistance, en lui confiant la garde et la manifestation dé la vérité révélée. L'autorité divine, kiftji conçue et définie, n'appartient qu'à l'église catholique^ apostolique et romaine : nuUe autre société ne l'a jamais réclamée, qu'en se donnant pour l'église catholique et apostolique, et jamais le genre humain ne s'est porté comme nanti d'une semblable autorité. Indépendamment de cette .différence entre l'autorité de L'église et celle du genre humain en matière de révélation nous reoonnoiasons de.jdus dans l'église une oi<ganisatlon particulière, et d'institution divine, qui la constitue en enseignement officiel et ta tribunal permanent; et l'emnloi spécial de eo* server, de maintenir et de perpétuer une second* révélation plus développée que la première, et tondant au perfectionnement de l'humanité. L'institution et la constitution divines de l'église e* font une société divine,' et divinisent son témoignage, le préservant de toute impureté, de tout sdliage, de toute doctrine étrangère; en sorte que, croire à la parole de l'église , c'est comme croire en Dieu; recevoir de l'église le témoignage divin, c'est comme, le recevoir de Dieu même • Une autorité, quelle qu'elle amt> dbhriae ou
humaine, dès qu'elle se manifeste à nous, nom est connue naturellement, c'est-à-dire par nous* mêmes, comme tout objet qui agit immédiate? ment sur notre individualité. Dieu lui-même nous parlerait, que ce seroit encore naturelle*» ment, ou par nos moyens humains, que nous entendrions sa parole. La révélation , divine en elle-même et dans son principe, est donc 1 objet d'une connoissance naturelle pour l'esprit qui la perçoit; elle est le lien du naturel et du surna? tord, de l'humain et du surhumain.
Quand une fois l'autorité nous est manifestée^ nom nous soumettons à elle par une inclination de notre nature, et par le sentiment de notre foiblesse et de notre ignorance. Dans le principe même, avant que nous puissions avoir ce sentit ment, nous ne pouvons pas plus nous défendre de cette soumission, par laquelle notre intelligence passe du néant a l'existence, que nous ne pouvons nous opposer à la formation et au développement de notre corps. •
Nous ne cohnoissons pas d'abord l'autorité proprement dite, l'autorité absolue, mais une autorité particulière qui parle en son nom, et qui va toujours croissant Cette autorité nous transmet la. vérité universelle, à laquelle elle participe; et, avec cette vérité, assez souvent des conceptions fausse*. Mais, à mesure que nom
avançons dans la vie; et que l'autorité, croissant à nos yeux, nous confirme dans la possession de la vérité, ces conceptions se détachent de notre esprit, comme les concrétions impures qui tombent avec l'âge du cuir chevelu de l'enfant. En général, dans tout le cours de notre existence, nous adhérons à la pins grande autorité.
L'autorité divine se manifeste en premier lien comme autorité, c'est-à-dire, que nous la conifoisson* d'abord comme telle, et qu'après seulement, nous discernons son authenticité divine. Lors même qu'elle se produit tout d'un coup à nous avec son titre divin, nous distinguons encore une priorité logique dans la manifestation de son caractère général d'autorité : c'est* ce qui nous frappe d'abord en elle et détermine naturellement notre adhésion, et c'est quand elle a reçu, à ce tkre notre hommage et notre acte de soumission, qu'elle se fait recônnoitre comme autorité surhumaine. Il ne peut même pas en être autrement : car, pour croire à une autorité divine comme autorité divine, il faut que nous ayons fait le discernement de deux autorité»; ce qui suppose que nous avons commencé par croire à l'autorité qui nous l'a fait faire, sans nous in* quiéter de quelle nature elle étoit
Nous appelons foi , l'adhésion d'une raison quelconque à l'autorité, ou à une raison supé~
rieure. C'est là la notion la pins générale de la foi; c'est ainsi qu'on l'envisage en philosophie: elle n'est pour nous que le moyen de certitude.
La foi a un double moteur ou principe : Un principe extérieur dans le témoignage ou dans I autorité qui la réclame, et un principe intérieur dans la cause efficiente du mouvement qui nous incline vers ce témoignage. Le principe extérieur est double : prochain ou .immédiat , ou bien éloigné ou médiat. Le premier nous conduit au second; mais le second est la raison, le fondement et l'appui du premier.
On appelle objet, objet matériel de la foi, la chose témoignée par l'autorité. L'autorité est ellemême le premier ohjet, l'objet formel de la foi.
Principe extérieur ou motif ou base ou fondement, principe intérieur ou principe proprement dit , objet; voilà trois éléments dont chacun, par sa diversité, diversifie la foi, et la fait considérer, tantôt comme naturelle et tantôt comme surnaturelle, tantôt comme humaine et tantôt coihme surhumaine ou comme divine.'
La foi est naturelle, soit dans son objet, soit dans son principe extérieur, soit dans son principe intérieur.
La foi est humaine, tait dans son objet, soit dans son principe extérieur, soit dans son principe intérieur.
Ht
L'objet "de la for naturelle' renfermé celui de la foi humaine, et le mobile» soit extérieur, mit intérieur, de ces deux sortes dç foi, est identiquement le même; de sorte qu'on peut prendre indifféremment l'une pour l'autre.
L'objet de la foi humaine ou naturelle est quelque chose de naturel ou d'humain ; son principe extérieur est un témoignage humain; son principe latent, l'instinct de la nature.
La foi est surnaturelle, ou surhumaine, ou divine, soit dans son objet, soit dans son principe extérieur, soit dan» son principe intérieur. Ces trois éléments étant respectivement les mêmes pour ces trois sortes de foi , ces trois sortes de foi n'en font réellement qu'une.
L'objet de cette foi , ce sont toutes les vérités révélées; l'agent extérieur qui la provoqué, c'est une autorité divine, soit Dieu, soit l'église; enfin son .principe secret, c'est un secours particulier de la grâce, sous l'influence duquel elle naît, se développe et se soutient dans chaque individu où elle se trouve.
. On sent qu'un même acte de foi pourrait être en même temps naturel et surnaturel par la combinaison des deux espèce? d'éléments. Mais on epfcnd proprement par foi humaine, celle dans laquelle n'entrent que des éléments humains, et
ut
par foi divine , la foi qui est divine dans ses trois éléments constitutifs.
Ainsi les conditions essentielles à la foi divine, telle que les théologiens la requièrent pour, le saint éternel, sont : un témoignage divin pour principe patent, Dieu et les choses surnaturelles pour objet, l'impulsion de la grâce pour inoteur interne. Il n'est donc pas nécessaire, pour que la foi soit surnaturelle, que le témoignage divin nous soit immédiatement proposé par une auto* rite divine : mais il peut y avoir une autorité humaine entre l'autorité divine et le sujet de la foi. Croire de cette façon, ce n'en est pas moins mire avec certitude à un objet surnaturel manifeste par un témoignage surnaturel, quoique par l'entremise d'une autorité naturelle.
Deux autorités ou deux témoignages, comme Jeux forces d'attraction , nous demandent notre foi : le genre humain pour les choses naturelles et pour la révélation primitive, l'église catho* Kque pour toute espèce de révélation. L'église* autorité divine, est l'objet d'une foi divine: mais le genre humain, autorité humaine, n'est f objet que d'une foi humaine. Cependant, croire en Dieu et aux vérités révélées sur le <émoi* piage du genre humain, c'est, avec le secourt de la grâce, une foi divine, puisque son objet *t divin, et que l'autorité qui Fa tftttnifctté au
genre humain, est divine : 3 n'y a là d'humain, outre le sujet de la foi, que le moyen ou l'autorité médiate infaillible qui lui transmet prochai* riement la révélation.
•« Faire un acte de foi au genre humain par rapport aux vérités naturelles, c'est reconnoitre une atftorité purement humaine et naturelle, dans le sens que nous avons expliqué ci-dessus, et protester que l'on est prêt à renoncer à toute évidence, à tout -sentiment, à toute conviction personnelle, si impérieusement que commande cette conviction, ce sentiment, cette évidence, sr cela se trouve en opposition avec la croyance commune du genre humain. Cet acte de foi etf parement humain, dans son objet, commë^dans son principe extérieur, qui est un témoignage humain infaillible, comme dans son principe latent, qui est l'impulsion de la nature.
Taire un acte de foi par rapport aux vérités surnaturelles révélées par l'intermédiaire de la tradition universelle du genre humain, c'est accepter la révélation divine sur un témoignage infaillible, mais naturellement infaillible, et assisté seulement de cette espèce de secours pan lequel la providence générale gouverne l'univerq Cet acte de foi, divin dans son objet, Test ausq dans son principe patent, qui est le témoignage de Dieu', manifesté par le témoignage humati
du genre humain; et il ne peut être entièrement divin, ni utile dans Tordre du salut éternel, aux hommes auxquels l'autorité de l'église ne s'est point manifestée, qu'il ne soit aussi divin dans wn principe secret, qui ne peut être que le mouvement de la grâce.
- Faire un acte de foi en l'église, c'est accepter la ^relation divine sur un témoignage divine ment organisé pour l'infaillibilité, sur la parole d'une société gouvernée invisiblement par une assistance toute particulière de la grâce. Cet' acte de foi, divin dans son objet, l'est aussi dans son principe patent, qui est le témoignage de Dieu; manifesté par une société bien certainement sur* humaine et divine, quoique composée de sujets humains; il renferme implicitement l'acte de foi à l'infaillibilité divine de l'église, et il ne peut être totalement divin , ni utile dans l'ordre du salut éternel , qu'il ne soit encore divin dans son principe secret, qui est, comme au cas pr& cèdent, la sollicitation intérieure d'une grâce surnaturelle.
Le premier moteur interne de ces deux actes de foi divine, est toujours cet instinct qui nous
porte à nous soumettre à l'autorité : la grâce ne détruit pas ce penchant naturel, elle le perfectionne, elle le surnaturalise; ou, comme on l'a dit plusieurs fois, la nature est un tronc sauvage
dans lequel s'implante la grâce, comme la greffe précieuse qui seule porte de» fruits pour l'éternité. Ainsi la grâce ne pourroit agir si la nature ne préexistait ('), au moins comme son support et l'objet de son action; de même que la nature, sans la grâce, ne pourroit. rien produire dam Tordre du salut Mais cette préexistence de droit de la ftatui* ne détruit pas la coexistence de fait du double mobile intérieur de la foi, ni la simultanéité 'de *a double, action sur le sujet de la foi dans la production du premier acte de foi On peut donc dire qu'il n'y a point d'acte de foi divin qui ne soit d'abord humain, au moins rationnellement et en principe, et que la loi divine commence toujours par une foi humaine, au moins dans une de ses conditions.
L'acte de foi, considéré théologiquement, n'est pris que selon sa relation à la vie éternelle : c'est tfoctc un acte de foi puremeht divin sous tous lès «rapports. La philosophie n'a point à s en occuper : l'acte de foi ne tombe sous sa compétence, qu'en tant qu'il est l'acte générateur de la certitude; et, sous ce point de vue, il est simplement, ainsi qu'on l'a vu précédemment, l'ad* hésion d'une raison faillible à une raison supérieure. .
(') Gratta prœsupponit naturam, dit S.* Thomas <f Aquin, cité par le R. F. Rozavea.
un
Cette adhésion, tout le monde l'appelle de la foi : oc n est |»rat toujours, à la vérité, la foi divine requise pour la justification : mais c'est la foi priseJans sûl généralité, et abstraction laite de toute liaisofe avec l'ordre théologique; c'est la foi prise pour une production de la liberté humarne.
La différence entre la foi philosophique et Ut Soi tbiologique étant bien comprise, de quelle foi M. Rantam entendait parler quand il non dit que la foi vient de Dieu et ne se rapporte qu'à Dieu? quelle est divine dans son- principe comme dans son objet? — - Evidemment., ce n'est pas de la foi humaine, quoiqu'au fond, celle-ci ait quelque .chose de divin dans son, 'principe créateur on dans son origine : c'est donc de la foi diriae; c'est même de cette foi divine et surnaturelle qui justifie l'homme et le rend digne de la vie éternelle; et nous traitons, nous, de* la foi ea général, en tant qu'elle dépend de l'homme A le rend raisonnable, sans nous inquiéter si de est divine ou non* quoique cependant nous en cherchions en Dieu le fondement Mais n un»— porte, suivons M. Bantain dans tous ses écarts:
U parie de foi divine?. :. . que la- fondes vérités Bétaphyriques soît dxtine. —Mais -prend-il cette foi divine iAfcl«Aiilwrii«riiftiii? ;oat ^diéolomdne^ ment? . Si c'est théologiquement; .comme 1W
sinne k sens naturel de ses paroles, elle ntetpas de notre compétence^ et, en incombant sur nous pour ne pas l'avoir constituée selon là règle théologique, M- Bautain frappe à côté da but» S'il veut la considérer philosophiquement, selon nous elle vient de Dieu et ne se rapporte qu'à Dieu; elle est divine dans son principe externe comme dans son objet y puisqu'elle croit à la. parole de Dieu, et à, tout ce que cette parole lui propose de croire : que nous veut de plu» M. Bautain? — Qu'elle soit encore divine dans son. principe interne? —Mais ce serait la foi iheologique, dont nous n avons, pas lieu de nous occuper- La question philosophique de la certitude, la .seule dont il s'agisse, ne connoit que l'agent, provocateur de la foi divine; elle igjiore son agent excitateur. . . Que nous veut donc M. . Bautain? — Ce qu'il veut?. .' il veut que nous écartions l'intermédiaire du genre humain, et que nous réservions notre foi pour une autorité surhumaine qui porte en elle-même le caractère authentique de sa tupi* rioritél... Ce sont donc des titres authentiqua qu'il fout à. M. Bautain. — Mais, de grace, M- Bautain, vous faut-il impérieusement une autorite authentiquement divine pour voradenner la certitude des laits de la natiure? Pensez-vous qu'il exista sur terra une semhlahle autorité dans cet ordre de choses? Exigeries-vous que Dieu de»-
tendit du ciel pour tous continuer dan* la counoissance des phénomènes naturels?
Je parle ici de Tordre physique, pareeque notre principe de certitude fondé sur la foi et attaqué par le docteur en médecine, est te même pour toute espèce dé rentes. Mais/ dans quelque ordre de connoissances qu'il en appelle à une autorité munie de titres authentiqués, nous lui dirons r« A quel signe reconnoîtrez-vous l'authenticité de ces titres? Faudra-t-il que Dieu vous les garantisse, à tous personnellement? nous voilà revenus à l'illuminisme. Est-ce votre raison privée qui en fera la critique et le discernement? cette vérification sera sans certitude. Toutes les raisons connottront - elles naturellement ce critérium? en ce cas là, nommez-le, ce critérium, que nous voyions si, en effet, c'est à celui-là que tous les hommes accourent depuis le commencement du monde? Est-ce l'église? est-ce l'évangile? est-ce la bible? est-ce la synagogue? est-ce la chaire de. &' Pierre? Mais tout cela n'a pas toujours existé, n'a pas toujours été connu dans tout l'uni vert, n'est pas proclamé par tous les hommes comme la base prochaine de la certitude, et la* règle infaillible des jugements humains. 'Le critérium <fe la vérité n'a donc pas toujours eiisté? il n'est donc pas universel? la majeure partie «du genre humain est donc condamnée au doute absolu
oh à uhe erreur inévitable? Et comment se lalw il qu'elle subsiste? qu'elle parle? qu'elle agisse? qu'elle croie? c'est qu'elle reconnoît donc un çutre critérium? Mais le Vrai critérium ne secoit* il pas» par là même qu'il. doit être critérium, celui .que tous les hommes suivent dans la pratique? «c'estrè-dire , celui que le sens commun proclame et. auquel il se soumet? en un mot, ne seroit-il pas, par sa notion même, le sens commun?"
Dites-moi , vous tous qui avez l'indulgence de me lire, concevez-vous rien au rôle que je joue? L'ouvrage de M. Bautain n'est-il pas une véritable énigme dont on ne trouve le mot que par des tâtonnements,, sans jamais pouvoir s'assurer qu'on l'a découvert?* Ne vous .sembleroit-il pas que le philosophe de. l'AJsace travaille à se faire .la réputation de docteur irréfutable, tant sa pensée, soigneusement et artificieusement enveloppée dans des demi-mots vagues et à signification large et élastique, résiste à l'analyse et se prête à toute espèce d'interprétation? Vous demanderai peutêtre -s'il y a réellement quelque chose de caché sous ce parlage? et si sérieusement M. Bautain a une doctrine? — Cette question est prématurée : attende* l'exposé sommaire du système. Nous sommas du moins revenus aux temps des mystères de Gérés et de l'école pythagoricienne, et
un litre "ne divulgue pa» top jours, Oomme vou* voyez, le secret de $on auteur.
— a Non, répondra quelque fervente initiée, mcoura$e(intelligo quid loquar) par un sourire approbateur de ^htérophapte qui l'a façonnée à parler dans rien dire? non, la foi n'est rien de ce que vous avez exprimé Vous la place* dans la raison, et elle fait son séjour dans le coeur; . tous confondez la foi avec la croyaace. «La croyance n'est qu'une simple adhésion die la « raison, qui consent à admettre telle vérité plutôt «qu'une autre par des motifs hiimàjns* comme, g par exemple, 1«$ faits de l'histoire, que x*OW « croyons quand ils noua paraissent clairs , et que m nous jugeons ies pertpnnes qui nous les t^pporctent, digaes de confiance : ce n'est pas ià de «la foi, ce n'e$t qu'une croyance raisonnaMei La « foi est une adhésion du coeur à la parole dç «Dieu sans aucuft .motif humain : car dès lors «elle cesseront d'être foi et deviendront croyance. «Ainsi la foi edt toujours divine dans son prin- «cipe; et, comme nous l'avons appris dans notre «catéchisme, elle est un don de Dieu purement « gratuit, et que l'homme ne peut point se donner; « elle est une inspiration d'en haut , une attrao « tiomlivine. Mais, pour que cette attraction se «fasse, il faut être en rapport avec le.cieL II est -vrai quelle peut aussi se faire subitement; ainsi
« que nous le voyons par La conversion de S/ Paul, « que la parole divine à touché au moment même «où il la persécutoit Ainsi la foi est un don « céleste. Pour l'obtenir, la conserver et la fortifier, «il faut la demander, la solliciter par la prière, «puis faire un fréquent usage des sacrements, « qui en sont l'aliment Ne croyons pas que ce « soit une affaire de raison : ce n'est que quand « les vérités nous toucheront plus vivement , que «nous pourrons acquérir cette foi vive, cette « conviction pleine et parfaite qui ne vient que « du cœur. Ainsi, par exemple^nd on a appris «1er catéchisme, on croit avoir de la foi; et, si, « par hasard* on est avec des personnes dont la «foi est vacillante, et qui dans leurs conversa- «tions manifestent des doutes, ces doutes nous «donnent de l'incertitude; ce qui prouve bien « que notre foi n'a point de racines profondes. . .. « Nous voyons par les paroles de Jésus-Christ que «l'on n'acquiert la foi* que par des moyens sur- «natunds, par une révélation du père céleste: «car cette adhésion suppose une révélation mys- « térieuse. ('). . . . Les dogmes sont tellement supé- «rieurs à notre raison, que nous ne pouvons les «comprendre : il suffit de les bien sentir (*)...
0 Instruction du 7 juillet i83i.
') Instruction du 4. novembre i83o.
«Quand la foi est fondée sur le sentiment, notre «maison est bâtie sur le roc. . . Mais, si notre foi «n'a point de fondement solide, et qu'elle ne soit «que dans l'imagination, nous avons aujourd'hui «des raisons pour croire, et demain pour ne «point croire C'est sur le cœur, c'est sur le «sentiment de l'ame, que notre foi doit être «fondée pour être ferme et durable * (*). . ... La foi est une grâce à laquelle nous devons correspondre Q. «La correspondance à la foi suppose « le désir de connoltre la vérité : la vérité ne peut «parvenir à nôtre cœur qu'autant que nous la ■désirons. Or, quel est l'homme qui ne recherche «point la vérité? Mais d'où vient que tous les «koupnes ne correspondent pas à la grâce qui les «prévient? et pourquoi ceux mêmes qui avoient t commencé à la goûter la rejètent-ils ensuite? «Cest un mystère de la miséricorde divine, queK «notre foihle raison ne peut pénétrer.9 (*) * . . ■. — Eh bien! en est-on plus avancé? et la foi selon la nouvelle école est- elle devenue plus claire pour nos lecteurs? Y a-t~il moyen de distînguer deux idées au milieu de cette confusion, où ce qui semble surnager, c'est la grâce de la
C) Instruction du n novembre i83o.
C) /*** O Ibid.
lot, cft la foi du cœur, la seule que l'on paroisse admettre? Est-ce là de la philosophie, de la pré-» cistonthéologiquë, ou le verbiage amphigouri que dé ces petits perroquets à visage de jeunes filles, que Pon* élève feu pensionnat de Louvain? Nous ne nions pas certes que la foi doive pénétrer dans le cœur, que même notre goût ou ftotre engouement pour une certaine doctrine nous ineline à la trouver vraie. Mais la foi proprement 'dite est dans l'assentiment de l'esprit, et non point dans l'entraînement du cœur, qui ne peut rien garantir, et qui se passionne pour Terreur aussi bien et souvent plus encore que pour là vérité. Placer la source de la foi dans le cœur, c'est la mettre dans le siège de la dépravation : car c'est du coeur, et non de la tête, que sort l'immoralité, quoi qu'en dise l'aigle de Féoôle normale.
On nous opposera la foi infuse, qui précède dans les enfants la réception du témoignage. Mais, dans aucun cas, nous ne pouvons admettre avec le P. Rozaven * que cette foi soit une con-' noissance. La foi infuse est quelque chose de mystérieux, et nous n'avons point ouï dire que l'église Tait jamais définie. Tout ce que nous en savons de certain, c'est qu'elle a besoin d'un témoignage extérieur qui révèle à l'adulte les vérités qu'il doit croire, et qu'il croit déjà virtuel-
lement et habituellement par ceàe foi surnaturelle. $erions-nôu* téméraire de la regarde* arec Bergier comme une prédisposition <Jui , secondant et surnaturalisant l'instinct de là nature, incline l'esprit et le cœur à adhérer à ta parole divine aussitôt qu'elle sera annoncée par 1 autorité? Si c'est là proprement et uniquetnent ce que M. Bautain entend' par la foi, certes nous en marcherons, nous, plus à Taise : mais il perd bien son temps à combattre notre doctrine sur la certitude, qui laisse tout-à-fait en dehors d'elle la foi infuse. S'il réduit la foi divine à la foi in* Aise, qu a-t-il besoin d'une autorité surhumaine extérieure qui porte en ellermême le caractère authentique de sa supériorité? Et, s'il prétend qu'il y a dans la foi quelque' chose qui dépend * de l'homme et ne peut avoir qu'un motif externe, pourquoi ne veut-il pas que ce quelque chose soit de la foi pour nous comme pour lui ?
On ne peut admettre au surplus une telle con± fusion des questions philosophiques et théologiques. Il étoit permis jusqu'à un certain point au P. Rozaven de toucher au dogme de la foi infuse, parceque l'ouvrage auquel il répondoit; est autant et plus théologique que philosophique. Mais M. Bautain combat un système de philosophie, et là il n'est pas question des conditions qui constituent la foi surnaturelle, mais des rap-
ports de la foi naturelle avec la certitude ds ooimoi^ances humaines. Si la théologie monte avec M* Bûulain dans la chaire académique, nous sommes suffisamment justifié de chercher sa philosophie dans ses catéchèses (")• Essayons donc d'en tirer quelque parti.
• Trois choses nous paraissent porter le nom dejbi daps les cathéchèses t 1° un secret attrait par lequel Dieu sollicite puissamment nos coeurs à adhérer à sa parole, 2° l'adhésion de nos coeurs à l'oracle- divin, 3° la conviction engendrée par cette adhésion. Cependant ce nom de foi semble réservé plus particulièrement à l'adhésion du cœur et à la conviction qui en résulte. D'après cela , toici quelle serait la théorie de la foi.
Une révélation intérieure nous en feroit connoltre l'objet On ne rejeté pas la révélation extérieure. Mais il paraît qu'elle doit toujours être aocompagtaée de l'intérieure, tandis que celle-ci semble pouvoir se passer de celle-là La grâce de la foi, qui est un certain attrait intérieur, solliciterait l'adhésion de notre cœur à la parole divine. Cette grâce, principe de la foi, tantôt Dieu nous la donnerait de son propre
(•) Elles ont été prononcées publiquement ; et , depa» que cet ouvrage est sous preste ', la providence en a fait tomber entre nos mains quelques exemplaires revêtus de l'approbation de l'orateur.
mouvement, tantôt il laccorderoit à nos prières. Nous serions libres de céder ou" de résister k 1 attraction diririe. Par notre correspondance à cette action surnaturelle, nous adhérerions de cœur à la révélation. Enfin, cette adhésion déterminant une conviction correspondante * la foi serait ainsi consommée. Nid motif humain ne doit entrer dans l'adhésion du cœur à l'objet de la loi Par quel motif doit-elle se déterminer? cela n'est pas dit formellement : mais nous pou-* vons présumer que c'est par l'attraction divine ou par la révélation intérieure. Il est vrai gue la brochure, suppléant à l'omission des catéchèses, réclame (p. 51) une autorité surhumaine qui porte en elle-même le caractère authentique de sa supériorité : nous supposons qu'il est là question d'une autorité extérieure : mais tout cela n'est pas clair.
Cqmme c'est le motif de la foi, ou son principe eu tant qu'elle dépend de la liberté humaine, qui seul peut lui donner la certitude, il faut bien que Ton déclare quel est ce motif Qu'est-ce donc qui fait la certitude des dogmes acceptés par la foi, telle qu'elle vient d'être exposée ? où qu'estce qui rend cette foi raisonnable?. Est-ce son principe surnaturel? son motif intérieur? ou son motif extérieur?
Si c'est son principe surnaturel, c'esU-dtre la
graçequi attiré le cœur, il faut, ou qu'on poisse discerner cet attrait divin et toujours droit et bon, d'une inclination purement naturelle ou perverse, ou qu'il soit raisonnable de céder à toute attraction. Dans le premier cas, le discernement de la sollicitation feroit discerner l'objet de la foi, qui en est le. terme. Dans le second, tout ce vers quoi se meut notre adhésion, doit être une vérité certaine. La première hypothèse e*ige que l'on prescrive des moyens certains pour discerner l'esprit de Dieu d'avec l'imagination et tout autre entraînement naturel. La seconde justifie toutes les abominations auxquelles le fanatisme a poussé les anabaptistes, les quakers»
, # etc. Elle légitime tout, rend tout raisonnable,
frappe tout du sceau de la vérité et de la certi-
j tude. Elle nous oblige à nous soumettre aux en-
seignements de tous les enthousiastes, à embrasser les opinions les plus contradictoires, et. nous autorise à y joindre nos propres rêveries et toutes • les folies qui pourront passer dans nos têtes; ou bien à confesser que la vérité est quelque chose de différent pour tous les hommes. Il en est de même si la foi a sa certitude dans la révélation intime, et en général dans toute opération surnaturelle intérieure. Mais, si elle la tire de la révélation extérieure , nous revenons à la discussion des titres authentiques de l'autorité qui
propose le dogme, et nous courons grand risque de foire de la foi une aflaire de raison ou une simple croyance. Et, quand la révélation «terieure Tiendra à manquer, où sera le priùcipe de certitude? Qu'est-ce donc après tout qui certifie l'objet de la foi? Est-ce la science? Mais d où la science elle-même tire-t-elle- sa certitude ? La science d'ailleurs est une œuvre humaine, et rien d'humain , dans la philosophie que nous combattons, ne peut avoir d'influence sur la foi. Et déjà demandera -t- on comment M. Bautain t'y prendra pour conduire les hommes à la foi par la science? Est-ce que la science a la vertu de provoquer l'action attractive de la grâce? et la foi infuse est-elle 1 apanage obligé et exclusif du savant? '
De plus, on ne voit pas la nécessité dedeux rérélalions. Si la révélation extérieure <J^fe la certitude, à quoi sert une révélation intérieure simultanée? Si c'est celle-ci qui est le motif de ia foi, quel est l'usage ou la fonction de l'autre? Enfin, si toutes deux sont également certaines, d y en a toujours'une d'inutile.
Outre cela , comment distinguer la foi de la «impie croyance? Je puis bien , moi, dans la doctrine d'autorité, dire à Dieu : <c Je crois tout «que m'enseigne l'église, parceque vous le lui a*ez révélé w. Cette parole eât un acte de foi, un
acte de foi divin dans son motif et dans s< objet, divin autant qu'il dépend de moi de rendre divin : le Teste est l'effet de la grâce. Ct un acte de foi raisonnable, puisque, avec c sans la grâce, je crois à l'église par le pencha] naturel qui me porte à croire à l'autorité, et qw c'est la coopération à ce penchant qui seule m rend raisonnable. Mais, en déniant le nom et J caractère de la foi à toute croyance qui ries pas l'effet de l'inspiration céleste, comment peut on faire un acte de foi , sans savoir certainemenl si l'on a été mu à croire par l'attraction surnaturelle, ou sans sentir avec certitude la sollicitation de la grâce , et sans distinguer aussi sûrement la parole intérieure? Dites-nous donc, adeptes qui , pour sentir Dieu , paraissez à la veille de renouveler les convulsions du cimetière S*' ^P^d» ** T1* en êtes déjà aux suffocations sibylliques, dites-nous à quel caractère vous discernez la grâce? à quelle marque on reconnofcj si l'on est digne d'amour ou de haine?
Cest le secret de la loge, n'est-il pas vrai?<*| il ne se divulgue point aux externes. Mais rom venir la sunamite au secours du prophète : va nous donner une solution telle quelle <fe difficulté, et nous indiquer ( l ) quelques règW
(') Instruction du 7 fuillet i83i.
pour nous aider à faire oe discernement, sans toutefois nous apprendre sur quoi repose leur certitude : car, dans l'école bautaniste, ce dont on j'inquiète le moins, c'est la certitude.
1. Le prefiiiei* caractère de la Traie foi est* le sentiment de l'attraction divine, tel qu'on Tépntave en certains moments solennels, comme au jour de la première communion. Cest un bonheur intime qui se fait sentir, et qui naît du calme d'une bonne conscience. — Les théologiens apprécieront la valeur de cette règle. Pour distinguer .la foi, il faut sentir l'attrait de la grâce Biais à quel signe reconnoît-on cet attrait , c'est toujours le mot incommunicable aux profanes. . .
2. Un antre signe de la vraie foi, est qu'elle \ se rapporte à Dieu, qu'elle est divine dans son principe et dans son objet; c'est-à-dire, que le second signe de la vraie foi, c'est qu'elle soit la
▼raie foi.
3. «Elle est en outre universelle, c'est-à-dire t qu'elle s'applique à toutes les vérités de la religion. * — Apparemment qu'il y a des vérités de la religion qui ne pourraient être l'objet de ce qui s'appelle simple croyance dans la nouvelle école ou partout ailleurs, ou de ce que nous en* tendons par la foi. La règle d'ailleurs est excellente dans un système théologico-philosophique
qui ne pose aucuù critérium pour faite discerner
les Vérités dé la religion!
' 4. « Ensuite elle produit une conviction idle-
«ment forte, quelle fait dire à celui qui en ut pénétré : m Je crois, et je suis aussi sûr que de mon existence». » — C'est probablement ce
qu'un fervent disciple de Mahomet n'a jamais
pu dire du Koran.
5. a Outre que la vraie foi est vivante, elk «doit aussi être agissante, et c'est là le principal : car la foi sans les œuvres est une foi «morte.» — Ainsi, un descendant d'Abraham qui lacérerait la' sainte hostie dans la sincérité de son cœur, donnerait par là des preuves d'une vraie foi : car il agirait conformément à%sa conviction. Sans une règle de certitude qui fesse discerner à coup sur le vrai d'avec le faux, le bien d'avec le mal, toute croyance qui se manifestera par les oeuvres, sera la vraie foi.
6. «Là où existe la véritable foi, il y a plus «de penchant pour les choses célestes, .et même, « lorsqu'on se laisse entraîner par les choses do «monde, on sent comme un mal du pays après « le ciel. Mais à quoi reconnoitrons-nous que «nous avons plus de penchant pour les choses «du ciel? Au goût que nous trouvons à la tt prière, à l'accomplissement des oommande- « ments , mais surtout à la prière. » — Nul doute
que ce ne soient là des effets de la foi. Mais en lonUce des effets nécessaires et des signes oertains ? A-ton perdu la foi quand on éprouve du dégoût pour la prière? Combien de saints anroient manqué de foi! Une conviction différente de la foi tel Je qu'on l'entend ici, ne pourroit-elle inspirer du goût pour la prière? Enfin ce goût ne peut-il s'allier dan* un dévot musulman avec la religion de «m prophète?
l«Le dernier signe de la vraie foi est quand <on est prêt à donner sa vie pour la confirmer •à la défendre. ? — Ce dernier caractère pourrait paroitre aussi douteux que le précédent, et par les mêmes raisons , si nou$ n'avions un mot tranchant qui coupe toutes les difficultés :
* L'homme qui a la foi véritable, communique tarée Dieu : c'est là ce qui lui donne cette force « qui fait qu'il est tellement touché et convaincu, i qu'il donneroit sa vie en témoignage de sa foi;
«CE QUI ne SE FAIT JAMAIS POUR DES OPINIONS -Ht*- «KiffiES".
Veuton voir maintenant comment M. Uabbé Bautain nous convainc d'irrévérence et d'insou- *i*ion à l'égard de l'église?
— «Jusqu'à présent dit-il {p. 49), ceux qui «se font gloire d'être chrétiens étoient persuadés >
* qu'anciennement Dieu a voit parlé aux hommes *par ses prophètes. * — - Et voilà précisément ce
que nous disons. Parceque nous sommes chrétiens, nous savons mieux que personne la théorie de la tradition. Nj>us savons que Dieu a parié aux patriarches, et .que sa parole a passé de ces anciens hommes à toutes les nations dont ils ont été la souche. Et voila ce qui nous explique comment des croyances qui , n'en déplaise à Voltaire, n'ont pu naître spontanément dans l'esprit de l'homme, se retrouvent les mêmes dans tout le. genre humain, malgré les erreurs particulières i les doctrines passagères et incohérentes, les combinaisons diyerses, dont la pensée individuelle et l'imagination dé l'homme les ont entremêlées.
— w Ils onjt cru, " ajoute-t-il (ibidem) , ces vrais «chrétiens, qu'ils ne dévoient recevoir comme «.parole authentiquaient divine , que celle qui « leur étoit proposée par l'autorité instituée divi- « nement à pet effet "— - A ce titre, que M. Bautain ait à nous reconnoitre pour de vrais chrétiens! c'est là aussi notre foi. Mais nous croyons de plus, qu'en dehors de la société divinement et authentiquement instituée et organisée pour nous enseigner la parole divine, il existe une autre autorité, qui n'a reçu aucune forme particulière d'organisation, autorité purement humaine en ce sens, et renfermée dans la famille. Nous croyons que, par cette autorité, témoin et dépositaire de
la première révélation , autorité qui s'est fondue en partie dans celle de l'église, et qui jamais n'a pu la contredire, ou plutôt qui est l'église elle* même, mais non encore revêtue de la robe de l'épouse, de sa forme authentique, la parole de Dieu s'est transmise, des pères du genre humain, aux diverses lignées qui leur doivent leur origine. — «Ils ont réservé, poursuit M. Bdutain (z£.), ils «ont réservé leur foi pour la parole de la vie éter- «nelle, ainsi proclamée dépuis dix-huit siècles.11 — Et nous aussi, nous réservons notre foi divine, théologiquement définie, pour ce corps qui possède une autorité divine dans l'ordre de la foi et dans la direction des intelligences et des volontés. Cest de toute notre intelligence et de tout notre amour, que nous sommes attachés à la sainte et divine église de Jésus-Christ Foi humaine, foi divine, foi de l'esprit, foi du cœur, tout ce qu'il y a de foi en nous, nous enchaîne à elle.- Mais notre foi à l'église n'empêche pas la foi humaine par laquelle nous adhérons à l'autorité purement humaine du genre humain, telle que nous l'avons définie plus haut Par cette foi, nous recevons comme parole divine et connue naturellement comme telle , celle qui nous est proposée par l'autorité générale , à qui Dieu en a confié le àipétj qui la proclame jainsi peut-être depuis plus de soixante siècles, et dont l'égfisë elle-
même, prise numériquement et .par des privilèges dont elle est divipement revêtue, n'est jusqu'à présent qu'une foible portion, quoiqu'elle tende, par sa nature et par son institution, à absorber le genre humain tout entier. . — - Mais quoi ? dit M. Bautain (ib.) , « l'église ne « seroi t-elle plus dépositaire des oracles divins et «seule infaillible*? — Dépositaire des oracles divins? Si. Seule dépositaire de toutes les rérélatipns? Ouï encore. Seule de la révélation primitive? Non. Seule divinement infaillible? Oui. Humainement? Non. — « Le genre humain tout «entier seroit-il investi de là même puissance? « atiroit-il les mêmes droits à notre foi ? M (Ib.) -r- De la même puissance? Non : l'église a des pou* voirs tout particuliers qu'elle tient de son adorable fondateur, et que n'a pas le genre humain. Les mêmes droits a notre foi? Non : car nous Élisons un acte de foi théologique à la constitution divine et à l'infaillibilité de l'église, tandis que notre foi à l'infaillibilité du genre humain est une foi tout humaine, par laquelle nous passons pour arriver à la foi divine en la parole de Dieu révélée à l'humanité.
La question est, ce me semble, bien éclaircie maintenant. Nous reconnoissons dans l'église une autorité qui lui est propre, et que nulle autre autorité n'égale sur la terre, mais qui ne nous
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est connue d'abord que comme autorité d'une nature semblable à celle do genre humain, dort elle fait partie, et qu'elle représente auprès de nom.
Noua- sommes, je crois, snffisammenfcdefciidui. Il est temps de reprendre l'offensive
Cette partie de l'autorité qui débrâde l'église, nous est inutile, à nous, qui avons sucé la foi chrétienne avec le lait de nos mères. Mais B£ Bautam veut-il que cette sainte société qui sfest emparée de nous au moment de notre naissance, soit seule infaillible? Nous lui demanderons alors, comment les hommes placés aujourd'hui en dehors de son influence, peuvent apprendre avec certitude les vérités indispensables an maintien de Tordre social et nécessaires pour le salut éternel? Nous lui demanderons comment ces mêmes vérités pouvoient parvenir certainement et infailliblement, avant l'établissement de l'église chrétienne, à la connoissance de l'immense majorité des hommes qui ne descendoient point de Jacob et que Dieu n'enseignoit pas lui-même par une révélation continue? — «Le monde ancien, « dit-il C), a été civilisé par la tradition hébraï- * que * — Mais cette tradition , d où le genre humain la tiroit-â? La nation juive la luicommu- ^ ,. ^ *
(') Be renseignement, p. 69.
niquoit-elle par des irradiations successives, aux diverses périodes de son existence? ou bien descendoi t-elle à tous les peuples de la même origine d'où la race privilégiée la tiroit elle-même ?. Dans l'un et 1 autre cas, qu'est-ce qui en garantissent à chaque individu la certitude? Que M. Bautain réponde. . . ; et, quand il aura répondu, nous lui demanderons comment il conçoit de fait et de science certaine l'infaillibilité divine et spéciale de l'église? après cela, comment il la connoit philosophiquement avec certitude? si c'est sans motif et par enthousiasme qu'il croit en elle? enfit* si la foi. doit être ou peut être raisonnable? En attendant ses réponses, nous allons montrer que.ces questions, qui seront peut-être assez embarrassantes pour lui, sont faciles à résoudre dans la doctrine du sens commun.
L'enfant qui a le bonheur de naître au sein de l'église catholique, apprend, à la connoître, comme il apprend à connottre Dieu. Les vérités du christianisme lui sont d'abord enseignées par s* nourrice : il ne peut se défendre de donner sa foi à la parole de sa nourrice. Devenu pins grand, lorsqu'il commence à sortir de sa famille, les paroles et l'exemple des autres hommes avec lesquels il entre en rapport , le confirment dans sa foi. Il entend fréquemment, surtout de nos jours, des dénégations : mais il faut que les pas-
sions aient déjà parle à son cœur, pour que sa toi en soit ébranlée : l'autorité fait toujours impression sur son ame, et ceux qui nient on qui doutent ne font point autorité : car ils n'affirment rien, ils n'enseignent rien; ils vident la raison et la raison ne demande qu'à se remplir. Pour peu que l'esprit de notre jeune homme ait été cultivé, on lui aura fait sentir que ces dénégations mêmes prouvent la foi qu'il a reçue: car on ne prend la peine der nier que ce qui est généralement admis, et ce n'est que quand on a cru le christianisme éteint en France/qu'on l'a livré an mépris comme quelque chose d'ignoble qu'on ne poovoit combattre ni nommer sans s'avilir. Antre- argument qui n'est pas hors de la portée dune raison naissante un peu soignée t c'est que le dogme chrétien n'auroit point d'expression dans la langue, s'il n'a voit, comme le langage, une origine divine. Mais nous nous écartons de notre objet Revenions au jeune homme dont l'éducation n'a pas reçu les développement» que comporte cet examen, ou plutôt, sans nous inquiéter des moyens de repousser le doute et l'incrédulité, occupons-nous uniquement du jeune chrétien qui acquiert la foi en l'église
Sa famille, la plus grande autorité qu'il connoiase, et qui, en redite, résume en die la foi de FégUse et du genre humain, qui lui a été
révélée tout entière^ {'amène aux leçonspubliques d'un maître chargé par Jésw-Ghrist d'instruire la jeunesse. Le voilà donc introduit dans l'assemblée des fidèles. Là, il est témoin d'un sacri. fice qui inspire à/toute l'assistance une vénération profonde, il entend un orateur dont la voix est recueille comme l'oracle de la vérité par un nombreux auditoire. Hors de son lieu natal» même culte, même enseignement, même respect, même docilité. Voilà donc une autorité imposante qui Faffermit dans sa foi au dogme chrétien, et déjà il peut connoître l'église comme infaillible : c'est maintenant pour lui l'autorité la plus grande, c'est le sens commun. Il suit avec assiduité les instructions des pasteurs. Il apprend qu'en dehors de cette société dont il fait partie, existent d'autres hommes qui se disent chrétiens, et qui pourtant nient une partie des croyances qu'on lui enseigne. Mais on lui dit que ces hommes ne sont pas tous d'accord sur les* points à rejeter, et que ce qui est admis par le pins grand nombre des confessions, est conforme à la foi catholique; que, malgré la multiplicité des sectes dissidentes, il n'y a pas un de nos articles de foi qui n'ait parmi elles le sens commun) qu'ainsi, cette uniformité de croyance, d'où résulte un témoignage- général, quoiqu'il faille en retrancher, tantôt une secte, tantôt une autre,
juivant le. point de croyance dont* il s agira, cootfinne l'autorité de l'église catholique, en même temps que les divisions et les subdivisions à l'infini sur les croyances à l'égard desquelles les sectes différent de nous, affbihlissent le témoignage de chacune, font mieux sentir la nécessité d'une aiir torité, et relèvent celle de l'église catholique*, qui seule admet la. vérité pleine et entière; en sorte qu'il ne se trouve pas un article de foi parmi les sectaires, qui ne fasse partie de l'eutseignement catholique On lui indique dans lTnsr toire les époques où les hérésies ont commencé à se séparer de la foi commune. On lui apprend qu'en dehors du christianisme, il y a des infidèles qui sont à l'égard du christianisme ce que les sectes dissidentes sont à l'égard du catholir cisme, avec cette différence (que nous ne vouT Ions pas trop généraliser), que l'infidèle croit trop , et l'hérétique pas assez : l'erreur du premier est, si on peut le dire, une erreur positive au moins à l'égard des dogmes primitifs; l'antre s égare par voie de négation, relativement à la révélation chrétienne. On enseigne au disciple de l église que le christianisme contient ce en quoi tous les infidèles s'accordent, et que les points sur lesquels les diverses sectes ou nations en di& fcrent, sont précisément ceux sur lesquels elles différent entre elles. On lui montre l'église comme
héritière de tous les dogmes ahciens professés par le genre humain depuis le commencement <lu monde, et l'origine assez précise des erreurs qui les ont défigurés. Le christianisme lui apparaît ainsi au milieu du genre humain, comme le catholicisme au sein du christianisme. Le .christianisme en général est le représentant de la raison commune du genre, humain , que l'église seule concentre tout entière en elle dans . une inaltérable pureté. « Le christianisme, lui dit-on «dans un langage approprié à sa capacité, est «le résumé de toutes les traditions religieuses te de l'humanité ; le catholicisme est le foyer du «christianisme, Rome est le centre de ce foyer. «Supposez que des députés de tous les peuples « même sauvages, de toutes les sectes chrétiennes «même les plus dégradées, se réunissent à Rome «pour y former à leur tour un concile Us y « retrouveraient , les uns toutes les traditions «antiques disséminées sur le globe, les antres « toutes les traditions chrétiennes. Les points sur «lesquels ils seraient en dissidence avec la trait dition catholique, seraient encore ceux-là seu- «lement sur lesquels ils différent entre eux*('). On ajoute qu'entre toutes les masses d'hommes
(0 Introduction à la philosophie de l'histoire , par M. Gerbet, p. 116 et 117.
groupées autour d'un même corps de doctrine, il n'y en a point de plus nombreuse que la société des catholiques; que c'est la seule qui soit compacte et homogène depuis dix-huit siècles,, la seule, qui coigipte une aussi longue suite d'années dexisteaoe. Les juifs seuls pourraient avec jine apparence de raison nous, le, disputer en, antiquité. Mais , tout ce que croient les juifs, nous le crçyons; notre .tradition, est la leur. Un seul fait les sépare d'arec nous, et ce fait a été décidé en notre faveur pa? le genre hiçnain. Sur ce fait;, ils se sont éq^rtés de la tradition de leurs pères; ce qui rompt la perpétuité de leur croyance, et nous substitue à .leur place comme les vrais successeurs, de leurs ancêtres».
Tous les enfants ne reçoivent pas tous les dérdoppemaa^Ve nçus venons déposer. Mais, quel que soit le degré d'instruction religieuse auquel parvienne le jeupe catholique, il n'a aucxme raison pour douter des faits qu'on lui. expose : cest l'autorité qui lui parle, et il est un être croyant Plus tard, quelque .accroissement que prenne son. intelligence, ses progrès, loin de faire chanceler sa foi, lui fourniront (Uns l'histoire et dans la connoissance de l'état actuel du genre humain, la preuve du simple enseignement de son coré, qui se trouvera ainsi fortifié d'un nombre toujours grossissant de témoignages; de maniqre
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qu'à toutes les époques de sa vie, sa foi sera fondée sur la plus grande autorité qui- se sera manifestée à lui.
Jusque là, l'église n'est pour le chrétien qu'une autorité humaine , ou plutôt elle est pour lui l'autorité. Elle ne diffère pas du sens commun : car, quoiqu'elle lui ait fait connoitre Dieu et Jésus-Christ, il ne s'est point rendu compte delà nature de l'autorité qui a reçu sa foi. Il croit à l'église, comme il croiroit à une autre autorité qui lui transmettrait, par tin organe faillible, l'erreur avec la vérité : c'est donc d'une foi humaine qu'il adhère à l'autorité de l'église.
Mais, quand l'église vient à lui dire : «J'ai reçu une institution divine et des garanties d'infaillibilité " , il croit humainemenVà cette parole de l'église , et dès lors sa foi humaine , avec le secours intérieur et surnaturel de la grâce , se transforme en une foi divine. Mais il 'faut que ce soit l'église reconnue comme absolument infaillible, qui se fasse connoitre. .comme divinement revêtue de l'infaillibilité. L'église, en un mot, n'est d'abord que le sens commun, et c'est en cette qualité qu'elle reçoit nos premiers hommages.
— On me dira que c'est uîr roman que je viens de faire : car, du moment où Dieu et Jésus- Christ ont été nommés à l'enfant , qui a déjà
reçu datas le baptême là foi surnaturelle habituelle, 900 acte de foi est un acte de foi divine, quoiqu'il ne soit pas en état de faire ce discernement
— Je le sais : en effet, cet intervalle que j'ai suppose entre la connoissance de l'église comme autorité , et la connoissance de l'église comme autorité divine, n'est qu'une fiction à l'aide de laquelle., séparant ce qui est inséparable, puisque l'église se manifeste tout d'un coup à ses enfants avec la plénitude de son autorité-, j'ai voulu montrer d'une manière plus sensible comment le penchant naturel qui sollicité notre foi à l'autorité, secondé et surnaturalisé par la grâce, nous détermine à confesser l'autorité divine de l'église C'est donc parceque l'église s'est présentée à nous *toc les caractères de l'autorité ou du sens commun, qu'elle à reçu notre foi. En un mot, l'enfaut dont la miséricorde divine a suspendu le berceau à la colonne impérissable de vérité, fait on acte de foi divine» un acte de christianisme, lès le premier instant où sa soumission naturelle i l'autorité lui fait faire l'acte de foi humaine ]ui seul peut le rendre raisonnable.
A considérer la foi en général , et abstraction kite de la distinction entrent divine et foi Aunoifte , nous ne croyons d'abord a l'église que "r la parole de l'église, et non pas, comme lé
voudroit le P. Rozaven (*), sur la parole de Jésus- Christ : car lions croyons au contraire à la parole
(*) Le P. Rozaven dit quelque part qu'il croit à l'église sur la parole de Jésus-Christ Le P. Rozaven ne vent pas être cartésien. Si ce. titre lui répugne , refuseroîMl celai de rationaliste? Les propositions suivantes prouveront s'il le mérite. Pour apprécier toute la valeur de ses paroles, il ne fauj: pas perdre de vue un seul instant qu'il rejeté de la manière la plus absolue l'autorité de la raison commune. „ ' .
«Il faut, non pas croire les vérités révélées parceqnc «réglUe l'ordonne , mais croire l'autorité de l'église par- «ceque cette autorité est un des dogmes révélés» G». 78 ^79); ce qui suppose , comme le révérend père [avoue explicitement fen plusieurs* endroits de son ouvrage, qne l'on peut, sans le secours de l'église, acquérir uneeonnoissance certaine et une^.foi divine des dogmes de la loi nouvelle , ou que la certitude et la foi divine reposent sur des raisonnements individuels.
.. Mais, comme le bon père , tout en mettant sa confiance dans la logique, ne se. pique, pas d'être très-conséquent, il' ajoute tout de Suite après (/?. 79) : «La croyance de «l'église est le premier acte de foi que, le Saint-Esprit «mette dans le cœur d'un chrétien , et l'église ente de «foi divine .nous conduit à la croyance des dogmes pris «en détail , non comme motif de notre croyance , mais «comme un guidé et une autorité que Dieu nous a donnes> Le Saint-Esprit , comme ,on voit , ; n'est ni cartésien , ni rationaliste, de l'aveu du P. Rozaven j qui n'en revient pas moins à sa première méthode.
«La révélation est un fait; elle peut, par conséquent «et soit. être prouvée comme les autre* faits, et. nom «pouvons en acquérir la certitude de la même manière «Si le témoignage 'des hommes est le moyen qui donne «cette certitude à ceux qui n'ont pas été témoins du fait
àe Jésus-Christ sur la parole de l'église, comme noua croyons à la révélation primitive sur le témoignage du genre humain,* parceque, de même que la révélation originelle ne nous est connue que par la tradition .universelle v de même la parole de Jésus-Christ ne nous est connue et interprétée, que par Féglise, et que> sans L'explication de l'église, elle pourrait signifier tout autre chose que œ qu'elle signifie pour les catholiques. «Je « ne croirois pas l'évangile, dit S.1 Augustin, si je «n'étois touché ,de l'autorité de l'église cathojit «que'Q. Aussi est-il impossible de ccmvaineflP les . protestants par la parole évangélique sur l'institution de f église. Avec la meilleure foi du monde, il est permis à qui que ce soit de ne pas voir que l'infaillibilité de l'église est la conséquence .nécessaire des parojes du Sauveur qui, suivant l'interprétation catholique, contiennent la promesse et la garantie de ce privilège. Et cette, sainte. obscurité des divines écritures est
«la raison n'admet pas ce témoignage aveuglément; telle "examine la nature et la force des témoignages, et elle ne «croit que lorsqu'elle est convaincue qu'elle doit croire » (p. i55); d'où il suit qu'une raison qui ne peut* se convaincre par les motifs de crédibilité qu op lui proposev pent se dispenser de croire.
{l)Cont. Ep.fundam. Manich., n.° 6, t. 8t col. i5£; Bossubt / Conféra avec M. Claude , ŒUVRES COM- PLÈTES > édfc précit, t. 3i, p; 3biV '
une des consonnances les plus parfaites de lad- 1 minable harmonie qui règne dans toutes les œuvres de Dieu. Puisqu'il y a dans l'essence de l'homme un principe de socialité,1 il ëtoit de la j suprême sagesse de frapper l'individu d'une impuissance radicale, de le réduire à prendre racine dans la société, à j puiser la rie et la tère qui seule peut l'entretenir, et de placer en conséquence dans la société (or l'église est destinée à devenir toute la société) le principe de tonte tfplissance humaine, même individuelle, W L'église ne soumet jamais son autorité aux raisonnements et à la discussion de ses «riante, comme die le derroit si là foi & l'église de? oit dépendre d'un examen rationnel préalable des . motifs de crédibilité. Elle ne leur dit pas :« Pour « vous prouver mon infaillibilité , voici les pa- « rôles que Jésus-Christ m'àdressoit en la per- « sonne des apôtres11. Si l'église provoquoit ainsi la discussion des fondements de son autorité par lès fidèles, le plus petit d'entre, eux sentirait bien vite s'éveiller sa faculté raisonneuse, et lui répondrait, comme, dans notre bas âge, nous répondions souvent intérieurement à une semblable preuve : «La première chose à savoir, oe serait que Jésus-Christ a parlé ; la seconde, qu'il faut croire tout ce qu'il a dit ; la troisième , qu'il a
réellement prononcé les paroles, que vous vene;
de me citer ; la quatrième, que c'est à vous iju'il partait dans la personne des apôtres : comment puis-je, avoir la certitude de toutes ces choses? Vous prétendez que ces paroles sont une promesse d'infaillibilité : rien n'est moins clair que cette -explication.» Tel n'est pas -le procédé de l'église. Elle commence par se poser infaillible j et, si elle rapporte le texte évangélique qui renferme la promesse de son privilège, ce n'est point pour nous démontrer ce privilège, mais pour nous en faire voir l'origine et le fondement, nous en donner l'explication, et transformer notre foi hmoaine en foi divine, en tant que la foi divine dépend de nous, en d'autres termes, donner un motif ou un fondement divin à l'acte que la loi infuse et divine que nous avons reçue dans le baptême, nous* sollicite à produire (*)* de concert avec l'inclination de la nature:
0) Parceque nous voulons qu'une foi naturelle soit notre premier pas vers la foi surnaturelle , le P. Rozaven nous accuse (p. 3og et ailleurs) de donner un fondement humain à la foi divine. Et lui-même avoue quelque part qu'il faut croire humainement l'existence 4e la révélation. U veut même, comme on l'a vu ci-dessus, que Ton en acquière la certitude par la méthode rationnelle. Et cependant, jouant sur les mots, il prétend doatfér un fondement divin» à la foi. — L'examen , dit-il (p. 81 et passim), n'a pour objet que les préliminaires de la foi , tels que l'existence de pieu et de la révélation. — A merveilles ! mais ce n'est aussi que pour établir ces préliminaires , que
'M. Bautàin n'assignant aucun motif ou aucun fondement à l'acte de foi, puisque les seuls éléments qu'H y signale sont le principe et l'objet,
nous recourons à l'autorité générale. Si , malgré le fondement humain sur lequel vous les faites poser , votre foi divine n'en1 a pas moins pour vrai fondement la parole de ' Dieu, pourquoi voulez-vous que la nôtre ait un fondement humain ?
Le P. Rozaven croit déjà nous tenir dans une ratière en nous demandant {p. 369 et 370) : «S'il se trouvoit quel- «qu'un qui soutint que le principe de la certitude de notre «foi ?e réside ni dans le jugement de la raison individuelle «ni dans l'autorité générale, ou le consentement commun, «que lui'répondriez-vous?» — Eh! nion R. P. , je demanderais à ce quelqu'un où il place ce fondement ou ce motif de la foi. — Nous répondra-t-il que c'est en Dieu?— Sur ce point, nous sommes d'accord. Mais votre quelqu'un confond le motif éloigné avec le motif prochain de la foi. Dieu est le principe éloigné de la certitude : fondement a priori en lui-même , il ne l'est qu'a posteriori pour nous. Nous avons donc besoin d'un motif plus rapproché de nous, d'un motif préliminaire qui nous conduise à Dieu et à la révélation. Ce motif prochain , c'est pour vous la raison individuelle, pour nous la raison commune j voyesvous un milieu oà votre quelqu'un puisse le placer? Vous commencez par la raison, nous commençons par la foi; et, de même que nous croyons humainement l'existence de Dieu et la révélation primitive sur le témoignage du genre humain , et que Dieu devient le fondement de notre foi dès l'instant oà il nous est connu, de même nous croyons humainement l'existence et la parole de Jésus-Christ sur le témoignage de l'église > et notre seigneur Jésus-Christ devient le fondement de notre foi dès l'instant où il nous est connu.
nom-' ne -"Concevons pas sur quoi le fidèle peut, selon lui , se déterminer à croire à l'église.
Nous nous rappelons: très- bien qu'il donne pour fondement à lacté de foi une autorité surhumaine qui porte en elle* même le caractère authentique de sa supériorité.' «Ce qui nous «garantit d'abord*, est- il dit dans* une catéchèse (z) dont nous possédons une copie certifiée très-fidèle par M. Bautain, «ce qui nous garantit «la divinité des mystères, est la foi et l'autorité «de l'église. Elle les a toujours admis -et crus «avec conviction à travers les siècles, et son en- «geignement n'a jamais varié, puisque sa foi est «fondée sur la parole.de Jésus-Christ, qui. est «immuable. Nous voyons donc qu'elle vient de «Dieu : car il n'y a que ce qui émane de lui qui «soit permanent : tout ce 'qui vient de l'homme «change et passe comme lui.... L'église donne ses «lois.... comme elle les a reçues, sans les discu- «ter. Aussi, quand il s'élève des hérésies, quand «(des hommes veulent interpréter par leur esprit «propre le sens des paroles divines, qui ne peu- «vent l'être que par celui qui les a données; (pour les repousser, elle remonte simplement à « la tradition, ouvre les annales où sont contenus des dogmes, et dit : «Voilà ce qu'ont dit lés
(;) Instruction du i5 juillet i83o.
(«apôtres, ce que l'église a toujours cru, et irons «le croyons. de cette manière )}.w Ainsi, selon M. Bautain, l'église forme ses décisions sur la simple lecture de l'écriture sainte, la seule tradition que notre prédicateur nous paroisse admettre (*), et ces décisions, voilà le fondement de notre foi. Mais, outre que nous ne voyou* pas comment l'acceptation de ces décisions pourrait constituer une foi infuse, à moins qu'on ne regarde l'écriture ou le décret de l'église comme une sorte de sacrement qui la répand dan» nos âmes, il feudroit encore poser un motif raisonnable de troire à l'église , et M. Bautain n'en assigne aucqn, à moins* que, par un cercle vicieux, il ne place ce motif dans la foi infuse.
Sans aucun motif de crédibilité, son chrétien ne peut donc croire qrie par enthousiasme, comme le ministre Claude Tobjectoit à Bossue*.- On voit par là en quoi nous différons du professeur de Strasbourg, et en quoi nous nous écartons de l'école de Descartes. Le premier n'assigne aucun
(a) Si M. Bautain admet une autre tradition que récriture , et s'il ne réduit pas la fonction de l'église k garantir l'intégrité du texte sacré et à l'expliquer indépendamment d'une tradition orale ou écrite .différente de ce texte loimême , qu'il le déclare positivement : il ne sufBroit pas de dire : «On nous a mal compris» : c'est ici l'occasion de s'expliquer. •
motif de crédibilité, l'antre en exige de rationnels, nous, nous en posons an qui, sans être ratiounel, nous semble le seul raisonnable, parcetju'il nous paroit seul fondé sur la naturelles choses. Pour l'infidèle, l'hérétique et l'incrédule, selon les théologiens cartésiens, c'est par leur raison propre qu'ils doivent arriver à la foi ; selon ML Bautain, c'est par la science; ce qui revient aa même, puisqu'il prive la science de l'appui du sens commun. Selon -nous, nulle intelligence ne pouvant exister que par la foi, l'adulte qui n'a pas la foi divine, ne peut en faire l'acquisition, en tant. qu'elle dépend de l'homme, que par une foi préalable, par la foi humaine à la raison commune, dont la simple manifestation est pour tous les hommes, et avant tout examen, ,1e premier motif de croire.
En donnant un motif extérieur à la foi, Tautorité du genre humain pour l'ancienne révélation, et celle de l'église pour la nouvelle, nous évitons l'enthousiasme, auquel M. Bautain ne peut échapper. Car, si l'enthousiasme est contagieux, il ne peut jamais présenter les caractères d'une autorité véritable Cest une exaltation pasaagèrt, un incéftdie de roseaux 0, une épidémie qui n'atteint jamais tout le genre humain.
OTanquam scintillas in arundineto discurrent Sop.} 3.
„ , L'homme cjpi reçoit le joun-hors de la société des fidèle?, n'a pas, comme le, catholique-né, s'il m'est permis de m'exprimera ainsi, l'avantage de ne pouvoir, faire un acte d'homme -raisonnable sans fejre un acte de chrétien. Mais ctest de la même manière, quoiqu'un peu plus tard, qu'il arrive, à l'église. Il découvre d'abord en elle, sous une forme plus dégagée et plus pure, les vérités qu'il tient de la tradition du genre humain. Venant, ensuite à la comparer aux autres sociétés et à l'envisager par. ce qu'elle a de distinctif et de particulier, il reconnaît qu'elle seule enseigne d'autorité , et que, si d'autres s'accordent avec elle à poser le principe d'autorité, elles ont déplacé ce principe en se séparant d'elle. Enfin il voit dans l'église la plus grande masse d'hommes réunis dans une même foi, et sa nature, et le dictamm du sens commun, lui disent que,, où est l'autorité, surtout en matière de religion, là doit être la vérité. En, un mot, c'est toujours l'autorité du genre humain qui conduit à 1 autorité divine de l'église, soit que ces deux autorités s'identifient pour un individu, . soit qu'elles se montrent à lui Time à côté de l'autre, et la première amène encore l'homme instruit à la sedbnde , par une autre voie bien simple.
. Le, genre humain étoit dépositaire du dogme de sa dégradation et dç la foi en un régénérateur
futur. Le genre humain a cesse d'attendre ce rédempteur promis : car lé christianisme et i'islamisme ^pment ensemMe plus de la moitié dû genre humain. Il faut donc que cef sawfcur soit arriva Actuellement, la société la plus nom- 4 breuse et là : plus > ancienne (') entre les sociétés religieuses, reconnoît Jésus43irist?pour le désiré ' des nations : c'est' donc Jésus -Christ qui est ce ' messie si long-temps attendu ; cequ'il a enseigué, est donc parole de vérité; la société qu'il a fondée, en* même temps qu'elle est l'héritière des anciennes traditions, est donc encore gardienne de la vérité, et dépositaire de la- now < velle révélation destinéeà perfectionner le genre* , humam»< * ; *•»
Ici- c'est bien la voie de discussion et de raisonnement1 qqe nous^ proposons.* Mais noua *nedonnons point < pour ^ guide à • l'infidèle sa raison ^ privée; nom voulons que toute discussion; tout'.' âfemen, tout raisonttémtfat , commencé par la foi à la raison générale. D'ailleurs; les données his^ toriques sur lesquelles est fondé notre argument, ;
(a) Le judaïsme, tel qu'il existe depuis qu'il a fait schisme arec la tradition antique , est aussi anrien quele*chri£tianisme, mais infiniment moins nombreux. II peut y avoir une ou deux sociétés dont l'origine soit antérieure à celle in christianisme : mais elles sont loin d'être aussi répaodues.
sont emprunta» f soit à la tradition du genre jbumain, -soit à celle de l'église considérée comme un témoignage Jiulûain, soumis à la q0|ique du sens commun.
. Enfin tputes les preuves par lesquelles on démontre rationnellement la divinité de Jésuf- Ghrist, la vérité de la religion chrétienne et l'infaillibilité de l'église, et ces preuves sont in* nombrables, reposent, comme celles de FSmistenoe de Dieu , sur des principes qui puisent eux* mêmes toute leur foyce dans l^sens commua, et les déductions de ces principes nV>nt à leur tenr de force démonstrative réelle, que paroequ'elks sont conformes à la loi qui régit «communément la raison humaine dans ses opérations, et qu'elles ont été confirmées par le sens Commun, ou que du moins elles ont reçu l'assentiment du plus grand nombre des savants et des hommes de génie versés dans ces matières ; ee qui est aux yeux de tous les hommes une marque suffisante de leur force intrinsèque.
— On va nous dire que nous somme» beor reux d'être venus dix-huit siècles après Jésus- Christ : mais que certainement, dans ses premiers âges , notre sainte "religion n'avoit pas reçu la sanetion du sens commun, puisqu'elle étoit en minorité et persécutée par la majorité.
— Cette objection ne nous déconcertera pas.
Le christianisme réunit dans son étendue et dans » durée la plus grande masse d'hommes, et, à coup sur, il n'auroit pu s'attilrer ainsi 1 adhésion de la majorité de la race humaine, s'il ne s'était présenté à elle avec des notes caractéristiques et irrésistibles de vérité. Ces notes, quelles qu'elles aient été, il n'importe : le genre humain les a reconnues pour celles de la vérité i c'est qu'elles étaient telles en effet : aussi la lutte du christia » nkme naissant contre toutes les résistances qu'il a rencontrées dans le monde païen, n'a point été longue : au bout de trois siècles bu un peu plus* la majorité étoit chrétienne^ et cela n'a pu se Étire, nous le répétons , que parceque le sens commun a reconnu dans la religion du Christ des signes irréfragables de vérité.
Ces signes, nous savons que c'étaient principalement les miraoles , qui attestaient la puissance et la divinité du fondateur dé la Société nouvelle: Or, qu'est-ce qu'un miracle? Cest une dérogation aux lois de la nature. Et comment connoit* sons «nous certainement les lois de la nature? Par le sens commun. Si tous les hommes n'étaient d'accord sur ce point, que lé soleil, suivant la loi de la nature, doit toujours se lever à l'orient et
se coucher à l'occident, comment pourrions-nous avoir la certitude qu'il en sera toujours ainsi ? la marche de l'univers a été constatée par les
hommes ; et, s'il n'avoit été reconnu par toutes les raisons (jue les faits sont, assez nombreux aujourd'hui :pour passer en loi, quelle est la raison* qui oseroit affirmer que demain le soleil ne se dirigera: pas .du nord au midi ? Si c'est le sens commun: .qui détermine ce. qu'on doit regarder: comme loi de la nature, c'est donc lui aussi qui est juge des dérogations, qui peuvent survenir à ces lois : c'est donc lui qui prononce, si4 un fait çst miraculeux, c'est lui qui tire la conséquence du miracle; et, si les miracles ont converti l'univers au christianisme, c'est donc encore le sens commun .qui a jugé de la validité des motifs de crédibilité; et, pour tout dire en un mot, le sens commun, la raison générale, n a pu se décider à embrasser une doctrine,4 que par des motifs puisés dans le sens commun , dans la raison générale. A mesure que les adhésions au christianisme se multiplioient, les preuves extraordinaires de sa vérité deyei^oient moins nécessaires. Enfin elles ont cessé le matin où l'univers s'est. réveillé chrétien (*). La religion du Christ avoit la majorité, tout rentrait dans l'ordre de là nature,
elle n'avoit plus, qu'à se montrer pour conquérir
. {*)- Les miracles qui se sont opérés depuis an sein de ' F église n'ont point eu pour but, au moins en généra!, d'éta|riir Vautorité de l'église : au contraire , c'est cette autorité qui leur donne à eux-mêmes l'authenticité.
les intelligences. Cést ainsi que les communications extérieures du ciel arec la terre avoient cessé dans le genre humain dès que son autorité setoit trouvée suffisamment et définitivement constituée (*). Voila pour le christianisme en général.
Quant à révise catholique, tous ses dogmes' ont le sens commun dans le christianisme; sa' méthode d'autorité est reconnue par l'immense majorité des chrétiens pour la seule chrétienne : mais die seule peut montrer à l'univers une au-1 torité constituée et non interrompue depuis les apôtres ; ajoutez à cela qu'elle est la fraction la plus nombreuse et la plus vivante du christia-; msine : donc, de toutes manières, elle est proclamée la seule véritable église par lé. sens commun' des chrétiens, qui s'appuie lui-même sur* le sens commun de la race humaine. *
Conclusion.- Dans tous les temps, c'est le sen? commun qui a ouvert aux hommes les portes de l'église , c'est l'autorité générale' qui a déclare , notifié, certifié et promulgué l'autorité divine, et
(a) Nous ne parlons pas ici de la synagogue, qui étoit soumise à un régime exceptionnel. Pourries révélations particulières qui ont pu ayoir lieu depuis dans le genre buaiui, elles étaient, comme celles qui arrivent anjourd*hni dans l'église, sûjètes à l'examen et au Jugement de rautorfté.- / " ^
la foi humaine a toujours précédé la foi dans le sens que nous avons exposé ci-dessus. Mais voici un nouvel embarras pour le docteur. Dans Téglise comme en dehors de l'église» l'autorité divine se manifeste d'abord par un organe faillible : c'est ordinairement une simple femme, c'est moins que cela, c'est le plus communément une femme simple, qui jète dans l'àme de l'enfant les . premières semences de sa foi; c'est pendant longtemps un. homme seul, sans autre appui apparent que le silence des hommes instruits par son prédécesseur, qui représente auprès du jeune chrétien la divine autorité de l'église : c'est encore de l'humain, c'est le sens commun d'une seule paroisse, qui s'interpose entre sa raison et la raison absolue, jusqu'à ce qu'il ait acquis assez d'instruction pour s'assurer par lui-même , à force d'études et de travaux, que. la religion qu'on lui enseigne a vraiment une origine surhumaine. Allons, M. Bautaîn! si vous voulez que f aie foi, présentezmoi une autorité qui ne sait celle , ni d'un homme, ni d'une femme, ni d'un grand nombre dhommes , ni de tous les hommes : car ce ne ser roit jamais que de V humain ; mais une autorité surhumaine* qui ne parle pas par une bouche sujète à se tromper ou à me tromper! montrezmoi la raison absolue sous une forme qui lui
mit propre l.... Du haut de la tribune sacrée, tous me parles au nom de l'église de Jésus-Christ : tous- même, pouvez -vous croire à cette
Cette difficulté, insoluble pour M. Bautain, qui aussi bien n'a pas à la résoudre s'il croit <f enthousiasme et que l'esprit divin lui fasse toujours discerner infailliblement le vrai d'avec le faux, ne présente rien de sérieux ou d'embarrauan* pour nous : car, chez nous, la raison individuelle possède, ou peu s'en faut, toutes les vérités universelles. La providence dans Tordre primitif, Jésus-Christ . dans Tordre nouveau de Humanité, a touIu que les vérités nécessaires (tmeat à la portée de tous les hommes, et qu'elles fat1 ut communiquées à tous, même par dp* bouches faillibles. Si ces croyances légitimes ne ont pas exemptes de tout alliage , sous la loi de la pim grande autorité la vérité du moins s aflèr* ■h avec Fâge dans l'intelligence humaine, et se dépouille successivement des erreurs et des opinons incertaines qui ternissoient sa pureté Elle pwrra n'en être jamais entièrement dégagée ; ■ris c'est un inconvénient qui existe dans tous k» systèmes, et que la constitution de l'église catholique, dont renseignement officiel combat b superstition et se renferme dans ce qui est fertam et essentiel à la religion, rend presque
nul aujourd'hui pour les vrais disciples de Jésus- Christ. Si Ton nous oppose que, dans un tel état de choses, la certitude, manquant en partie d'objectivité , ne sauroit rien avoir de subjectif ou doit être purement subjective, suivant que l'individu craindra ou entreprendra' de séparer la pensée de l'homme d'avec renseignement divin, nous répondrons que peu importe cette difficulté : elle n'existe pas pour le commpn des hommes, qui croient sans savoir/ ce que c'est que la certitude, et ne pensent même pas à fitire ce triage/ Quant au philosophe, il a toujours te moyeïx, en matière grave, de discerner ce qui etfr universel de' ce qui est particulier, et de iecofenoltre que l'homme simple peut encore presqute toujours, surtout au sein de l'église, faire ce discernement d'une manière Sure dans les choses importantes, et qu'il le fait réellement, sans se rendre compte de son opération ni de sa certitude.
'■—Dira-ton qu'il y aUroit un moyen de parer au danger d'admettre l'erféur pendant quelque teifaps? que ce serait d'examiner; avant de croire, li l'autorité qui sollicite notre foi, en. est digne?! '— Ce moyen est impraticable, imppssible à l'enfaht qui vient de naître. Un examen, une discussion, suppose une raison déjà formée à quelques égards, et la raison né peut se former qua
par L'acceptation ptffe et simple de l'instruction, à mesure qu'elle se présente. Pour que la raison paisse songer à douter > il faut qu'elle ait été frappée de qqelqiie contradiction; pour qu'elle s'avise dé discuter tes titres d'une autorité, il faut que des autorités opposées se soient offertes à elle. Mais une raison qui éclot ne peut pas plus. se défendre de céder à l'autorité, qu'une, graine enfouie dans le sein de la terre ne peut résister à la loi organique qui préside à son intumescente, à sa germination, à son développement çt à sa végétation.
—Mais, si l'homme, pour devenir raisonnable et chrétien, doit obéir, 'sans examen pônéalabkv aa penchant qui le porte à croire la première autorité qui se manifeste à lui, la plupart de ceux qui naissent dans une fausse église, ne pourront donc jamais arriver à la vérité ni à la foi divine, en tant que celle-ci peut s'acquérir : car l'église à laquelle ils sont tenus d'obéir pour devenir hommes et chrétiens , leur enseigne l'erreur, et l'erreur ne peut être crue de foi divine. Ce doit être même une obligation . pour eux , ions peine de péché, de croire Terreur qui leur ** proposée comme. vérité, et ils .sont condamnés par là à perdre la foi infuse qu'ils ont reçue dans leur baptême, puisque leur premier acte dç foi» les engageant envers une autorité menteuse,
est en soi un aicte de renoncement à la Tenté; un acte d'incrédulité. '
— • Cette objection fut proposée par le ministre Claude à Bossuet comme tendant à favoriser Tindifférentisme en knatière de religion. Loin de Fafibiblir en la présentant ici sous un autre point de vue ,4 nous lui donnons au contraire plus de force. Malgré notre respect pour le grand évéque dé Meaux , et quoi qu'en puisse dire le P. Rozaven , la réponse de l'illustre prélat ne nous a point pleinement satisfait En roici une autre que nous nous hasardons à soumettre à l'examen du sens commun , tout en convenant que nous n'avons pu lui donner - toute la précision que nous aurions désiré, patoeque non* ignorons entièrement comment on forme les chrétiens dans les églises séparées.
Une chose au moins dont nous pouvons nous dire certain , c'est qu'on y inculque k l'enfant quelques-uns des dogmes professés dans tonte l'église catholique. On lui apprend qu'il y a tin Dieu, un Jésus-Christ, un Saint-Esprit, une église universelle', maîtresse de vérité, que chacun doit écouter et suivre. Jusque là la foi est intacte; Bossuet en convient Le baptisé croit à l'église catholique : donc, il croit implicitement à tout ce qu'elle croit et enseigne, et il est prêt à faire un acte de foi particulier sur chacune des vérités
qu'elle pourra proposer à sa croyance. «Mais, dit «BossuetQ, voici où commencent les prévenions humaines, Cest.que ce baptise, séduit par •ses parents et par ses pasteurs, croit que l'église «où il est, est la véritable, et il attribue en particulier à cette fausse église tout ce que Dieu «lui fait croire en général de la vraie. En cet «endroit il commence à croire mal. Ici donc a commence Terreur; ici la foi divine., infuse par « le baptême , commence a périr. " Et c'est ici que nous nous permettons de n'être pas en tout de lavis de Bossuet Nous lui accordons bien que Terreur commence en effet où il le dit Mais que la foi infuse périsse par la , c'est ce qui nous semble trop général et trop sévère, sauf décision contraire de l'église catholique, apostolique et romaine.
D'abord, il est possible que le jeune chrétien deré dans une église héri tique ou schisma tique, n'ait jamais ouï dire qu'il existe différentes églises opposées entre elles, et qu'on *pe lui ait jamais. parlé des pointé qui les divisent Dans ce cas ,. tout ce qu'il croit explicitement , appartient à la. fraie foi ; et , comme il croit formellement à église universelle, il croit implicitement tout ce.
(') Conférence avec M. Claude, sur la matière de f église, Ïuvres £ompl$tes , Gauthier frères , 1828 , tome 3a , M83ct:»84.
qu'elle atteigne. Il Iè croit de foi divine, quoiqqç sur un témoignage intermédiaire purement •humain, Il ne possédera pas toute vérité révélée, mais il sera exempt d'erreur; il ne rejètera aucune partie de la révélation, il pourra ignorer que le Saipt-Esprit procède du Fils aussi bien que du Père. : mais il ne niera pas cette procession; et, dès qu'il ne fait aucun acte d'incrédulité, dès qu'il ne doute d'aucune vérité de la vraie foi, nous ne voyons pas comment il pourroit perdre la foi infuse; — Il croit sur la parole d'une autorité trompeuse? — Non, il croit sur la parole de Dieu, qui lui est manifestée par cette autorité^ : la parole de Dieu est le motif, le fondement, l'objet formel de sa foi Le témoignage qui la lui annonce, quoique menteur en un certain sens, ne l'est point en ceci. Et qu'importe le moyen ? Je suppose qu'après mon baptême, un concours de circonstances extraordinaires m ait tellement isolé de la société des croyants, que je sois parvenu à l'âge où la raison est dans toute sa force, san, jamai, avoir entendu parler de Diea Je rencontre alors un athée qui fait ses efforts pour inendoctriner, et me démontrer la nonexistence d'un être supérieur à la naturesenstble. Je découvre par les discours de cet homine, que le dogme qu'il combat est une croyance accréditée dans la plupart des esprits , et sur ce fou*
dément je me mets à croire en Dieu. • Dua4xon que, dès cet instant même,. par mon premier acte de foi en Dieu, je perds la foi divine que j'avois reçue dans le baptême, parceque je crois suris témoignage d'uh alliée? Il ea est de même de celui qui adhère aux vérités du christianisme sur le témoignage d'une fausse église : ce témoignage n'est que le moyen faillible par lequel la Tenté révélée et l'autorité qui en dépose \ sont manifestées à sa raison.
Nous n'avons fait encore que développer le sentiment de Bossuet : ici seulement va s'établir la divergence — * «Le baptisé, dit-il, croit que sa fausse église est la véritable église". — Mais qu'est-ce que cela signifie? Cela ne veut-il pas dire qu'il croit appartenir, lui, à la véritable église? Et, en effet, ne lui appartient-il pas, sinon par un lien extérieur, au moins par la foi. Son église elle-même, quoique séparée de l'église de Jésus-Christ par des erreurs, retranchée de sa communion extérieure, frappée d'un anathême qui lui intercepte la communication de ses biens spirituels, est encore» en communion avec elle par les vérités qu'elle a conservées. Nous ne nous attendons pas à rencontrer jusqu'ici de la contradiction. Que pourroit-on nous opposer? <-— Qu'en attribuant à une fausse église les caractères de l'église véritable, le chrétien que nous sup-
posons, nie que l'église romaine soit la -seule véritable église?— Il ne le nie pas, il Fignore, il ignore l'existence de cette église, ou au moins il ne sait pas qu'elle n'est point d'accord avec la sienne. — Qu'il croit que la sienne descend de Jésus-Christ en droite ligne? — En cela il n'est point dans l'erreur: tout ce que son. église renferme de vérités, lui vient fen effet de cette source. Pour la mission , elle ne lui vient pas de Jésus-Christ Mais, dans notre hypothèse, qui laisse en dehors de la question tous les points controversés, il ne s'agit pas de distinguer une mission légitime d'une mission illégitime : il suffit que l'église , dont nous parlons puisse montrer que la. succession de ses pasteurs remonte jusqu'aux apôtres par une institution quelconque non interrompue. Du reste, elle est intéressée, comme Bossuet en fait la remarque (') , à ne pas appeler l'attention de ses sectateurs sur la question de la légitimité. — Enfin dirai- 1- on que, quand même le baptisé viendroit à connoltre la véritable église, prévenu pour celle qui auroit élevé son enfance, il lui resteront attaché? — Mais qu'en sait-on? c'est-là une assertion gratuite Et quand il devroit en être ainsi? seroit-ce une raison pour le lui imputer à péché avant que cela
(') Réflexions sur un écrit de M. Claude , ibid.9 p. 335.
ftl? Ge seroit dire quhm homme est coupable de tous les pèches qu'il n'a pas commis parcequil n'a pas été exposé à les Commettre.
Faisons maintenant une autre supposition. Le chrétien baptise dans une église dissidente apprend, soit par sa propre expérience ou par ses factures, soit par l'instruction officielle de ses pusteurs, qu'il existe plusieurs églises qui se con* tttdisent entre elles. Voilà pour lui des 'motifs de douter s'il ettdans la véritable église, ou au moins d'entreprendre Un examen. L'église catholique romaine est tellement répandue dans le- monde, qu'il peut arriver à tous les dissidents de rencon^ trer un disciple dé cette société écuménique qui cherche à leur inspirer des doutes sur leur religion. Ces motifs de douter qui s'offrent au dissident, quelle qu'en soit l'origine, croîtront d'autant plus en puissance à son égard , qu'il restera plus de louche dans soh esprit sur la manière dont k rupture des églises s'est opérée. Il n'y a jflus à reculer ici devant un examen. Mais le chrétien doit-il y procéder par son esprit propre? ~ À Dieu ne plaise! Il doit se diriger, dans une matière aussi importante, par lés lumières du sens commun, qui font connottre à tous les hommes les vérités premières. Ces vérités premières et toutes celles sur lesquelles les diverses églises sont d accord, seront son point de départ et de compa-
soo
rajstm. Il voudra connottre au .juste comment s'est opérée la scission des. églises et ce que l'on croyoit universellement avant la séparation. Il interrogera ses pasteurs, qm balbutieront; il interrogera des catholiques romains; il. lira 11mioire^s'il est en état de le faire» et, avec Ja grâce de Dieu» qui ne manque jamais à ceux qui recherchent la vérité, par amour pour elle, il finir» par* la découvrir. Nous pouvons bien supposer, dans ce, cas comme dans le précédent, qu'on n'a lait faire à notre chrétien aucun acte formel <de schisme, d'hérésie ou d'incrédulité. A cette condition, aura-t-il perdu la foi infuse?— Il a doute' de son église» et peut-être par là a-t-il pondu la foi, puisque son dçvoir étoit de croire à l'autorité qu'il connoissoi}»— Il est vrai qu'il a dpwté, mai* d'une église dont il étoit juste qu'il doutât, et jdqnt il a dû s'apercevoir bientôt lui-méipe qu'il .étoit raisonnable de douter : car toute église qui se sépare du centre d'unité, ne peut conserver en die d'unité, ni conséquemment d'autorité; sa foiblette perce de toutes parts, et le souvenir d'une ancienne union avec une église centrale et universelle pe peut jamais périr dans les e* prits qu'elle a entraînés dans son schisme». Cest dotyc une obligation en conscience pour l'épiant d'obéir à cette autorité tant; qu'il n'en connoit point d'autre. Mais, dès que sa raison développée