‹ De l'enseignement primaire en BelgiqueChapitre 22 sur 59 · Carlsbourg (diocèse de Namur · texte numérisé non relu

Carlsbourg (diocèse de Namur

En 1866, 230 élèves diplômés sont sortis de ces 14 établissements normaux : 83 des écoles normales de l'Etat ; 50 des sections normales de l'Etat , et 97 des écoles normales agréées. Ces résultats ne sont pas très-satisfaisants ; car ils sont loin d'être en rapport avec les besoins de l'enseignement primaire et avec le nombre des établissements normaux existants. L esprit de parti s'est emparé de ce prétexte pour provoquer

la présentation de la loi du 29 mai 1866 : « Deux nouvelles écoles normales d'instituteurs , ainsi que deux écoles normales d'institutrices seront immédiatement établies aux frais de l'Etat, et placées sous le régime de la loi du 23 septembre 1842. Il en sera établi une de chaque catégorie dans les provinces flamandes et une dans les provinces wallonnes. » Le but de cette loi , pour la majorité de ceux qui l'ont approuvée, a été de créer une concurrence aux écoles normales agréées. En effet , les élèves étant déjà trop rares pour les quatorze établissements normaux d'instituteurs existants et pour les seize écoles normales agréées d'institutrices , on ne comprend pas comment les chefs des deux nouvelles écoles d'instituteurs et deux nouvelles écoles d'institutrices s'y prendront pour augmenter le nombre des candidats instituteurs. « Les services que rendent les écoles normales agréées, dit le dernier rapport triennal , sont incontestables , mais , émanant de l'initiative particulière , elles peuvent disparaître par la même volonté qui les a créées et , par conséquent , ne présentent pas les garanties de stabilité désirables. Quoi qu'il en soit , les établissements normaux existants ne suffisent plus à fournir le nombre d'instituteurs nécessaires , en présence du développement de plus en plus rapide que prend chaque jour l'enseignement primaire. C'est en vue de pourvoir à cette insuffisance , que les Chambres ont adopté la loi du 29 mai 1866. » Ces motifs ne sont pas très-concluants. Ils ne contiennent pas même mention des deux nouvelles écoles d'institutrices. Je ne voudrais pas toutefois condamner

160 CHAPITRE ni.

d'une manière absolue les intentions des auteurs de la loi nouvelle , (^ui pourra rendre peut-être des services, ne fut-ce qu'en stimulant le zèle des professeurs et des élèves dans les écoles normales agréées.

Jusqu'ici les quatre écoles décrétées n'ont pas encore été organisées. Une école d'instituteurs sera établie à Mons ; une école d'institutrices, à Liège.

La création des cours normaux ou sections normales a rencontré dans l'origine une opposition assez vive , surtout de la part de l'autorité religieuse. « On n'a voulu des cours normaux , disait le cardinal Sterckx , ni en France , ni en Allemagne : les auteurs les plus distingués qui ont écrit sur l'éducation des élèves-instituteurs sont unanimement d'avis , qu'ils doivent être formés pendant plusieurs années , dans des internats, et que ces établissements , pour atteindre leur but ,ne peuvent pas contenir un trop grand nombre d'élèves. . L'Episcopat belge a partagé cette manière de voir, et il a cru pouvoir l'exprimer franchement au Gouvernement dans l'intérêt de la jeunesse , à qui il importe , au plus haut point , d'avoir des maiti'es dont l'éducation ne laisse rien à désirer , surtout sous le rapport religieux et moral (i). »

Il a été fait droit partiellement à ces observations ; car aujourd'hui les sections nor^nales de l'Etat sont soumises comme les écoles normales de l'État à un régime d'internat complet.

(i) Lettre au Journal de Bruxelles y du 2 janvier 1848. Voy. Recueil de intces officielles, p. 118.

Un arrêté du 15 décembre 1860 a appliqué aux écoles nor7nales privées agréées les dispositions réglementaires en vigueur dans les établissements normaux de l'Etat : toutes ont accepté ces règlements , sinon elles auraient perdu les avantages de l'agréation. Le principal de ces avantages est, que, les élèves diplômés dans les écoles libres agréées sont aptes à devenir instituteurs dans les écoles communales. Le gouvernement a eu, sans doute, de bonnes raisons pour rendre uniforme la réglementation de toutes les écoles normales ; cependant , on peut se demander si cette uniformité , qui étouffe l'indépendance des méthodes , est favorable aux progrès de l'enseignement pédagogique.

A chaque école normale est annexée une école d'application, où l'on apprend aux élèves instituteurs à mettre en pratique les théories pédagogiques et méthodologiques qui leur sont enseignées.

Le plan des études , décrété le 30 septembre 1854 , modifié par l'arrêté du V février 1861 et augmenté pour les écoles normales des localités wallonnes d'un cours facultatif de langue flamande par l'arrêté du 12 avril 1864 , est très-compliqué. Dans une des sessions de la commission centrale de l'enseignement primaire , l'inspecteur ecclésiastique du Hainaut s'est plaint , non sans raison , de la sévérité du programme , tout en rendant hommage à l'indulgence du jury. « Dernière- « ment , dit-il , je faisais partie du jury à Mons. Un « médecin de la ville à qui j'exposais ce que nous « faisions , que nos examens duraient cinq jours et « portaient sur vingt matières, me répondit en' ces

« termes : Êtes-vous des bourreaux (i) ? » Le ministre de l'intérieur, qui présidait, s'est borné à faire remarquer que le programme a déjà été simplifié. Le dernier rapport triennal annonce qu'une plus grande simplification encore est l'objet d'une nouvelle étude approfondie (2).

Dans les régions officielles on n'est pas satisfait entièrement des résultats obtenus dans les écoles normales de l'Etat , et on travaille sincèrement et activement à leur perfectionnement. L'instruction littéraire des élèves-instituteurs des diverses écoles normales laisse à désirer. Un inspecteur provincial, dans son rapport annuel de 1866, a émis sur ce sujet plusieurs réflexions très-justes , que le gouvernement, dans le dernier exposé triennal (3) , recommande avec raison à l'attention des directeurs et des directrices de ces établissements. Il en résulte que la plaie des écoles normales est comme en Chine, le cahier. Les aspirants instituteurs ( comme les étudiants en droit ) passent leurs plus fécondes années « à apprendre par « cœur les traités et les cahiers renfermant les nom- « breuses matières » sur lesquelles roulent les examens. Ils étudient la lettre de la science et en négligent forcément l'esprit. Multa sed non 7nuUiim semble être la devise de ces programmes surchargés. On effleure tout. On n'approfondit rien. Tont enseignement trop

(i) Septième Rapport triennal, p. xx.

(2) Huitième Rapport triennal, p. xxxiii.

(3) Id., p. LXVIII.

bureaucratisé conduit au système du mandarinat chinois , ' dont le résultat est : beaucoup d'orgueil scientifique et peu de science. Dans un pareil système, le diplôme de parchemin est une peau d'âne symbolique.

Le goût littéraire , difficile à former chez des jeunes gens soumis à la gymnastique intellectuelle du cahier , ne peut naître et se développer que dans de libres conférences , dont on exclut le fantôme de l'examen didactique. Ne serait-il pas même préférable, d'une manière générale , de juger du mérite , des aptitudes et de l'application d'un candidat instituteur , d'après les épreuves répétées qu'il soutiendrait ainsi pendant plusieurs années dans les conférences pédagogiques à instiluer au sein même des écoles normales? Les examens de passage et de sortie ne devraient être , en quelque sorte , que de simples vérifications. Certes , on ne peut négliger le rôle de la mémoire dans l'enseignement primaire , mais il importe de ne pas lui donner le premier rang dans les préoccupations de l'élève instituteur. Pour éviter un écueil , si funeste aux bonnes études , il faut empêcher que l'esprit des jeunes gens soit obsédé par la pensée constante d'un brillant examen de fin d'année, à passer sur des branches scientifiques tellement nombreuses qu'il lui a été moralement impossible de les étudier avec jugement et fruit. Les épreuves à subir par les instituteurs devraient, en un mot, tenir plus de l'ancienne thèse que de Y examen universitaire actuel.

Il n'est pas nécessaire que le maître d'école soit un « savant. » Il est beaucoup plus utile à la société , aux enfants et à lui-même qu'il soit simplement un bon

164 CHAPITRE ni.

pédagogue , qu'il possède lart de conduire , d'instruire et d'élever des enfants ; et cet art là , il ne l'acquerra , ni par des exercices de mémoire , ni par ce qu'on appelle de brillants examens devant un jury de professeurs. Pour devenir instituteur, il faut beaucoup de dévouement - et peu d'ambition : l'école normale doit être une sorte de noviciat. Le dernier exposé triennal prouve que le gouvernement favorise de tout son pouvoir le maintien d'une discipline sévère et que l'amélioration du plan d'étude est l'objet de ses soins assidus. « Après le prêtre , dit cet exposé , personne plus « que l'instituteur n'a besoin d'être maintenu dans une « discipline honnête , afin qu'il ne se laisse pas égarer ; « qu'il ne se trompe pas sur sa mission et qu'il reste ce « qu'il doit être seulement, a dit un grand homme d'état, « c'est-à-dire, l'instituteur des enfants (i). »

Par une heureuse innovation on a introduit dans les écoles officielles un cours pratique d'horticulture et d'arboriculture et un cours élémentaire de droit constitutionnel belge : les instituteurs sont chargés d'exposer les principes généraux de ces deux sciences d'autant plus utiles qu'on les maintiendra sur le terrain de la pratique et du bon sens populaires. Quant au droit constitutionnel , la commission centrale de l'enseignement primaire a sagement déclaré, dans sa session de 1862 , « qu'il n'est pas nécessaire qu'un pareil ensei- « gnement fasse l'objet d'un cours spécial ; on peut « donner aux enfants des notions constitutionnelles, à

(i) Huitième Exposé, p. lxxiii.

« l'aide de bons livres de lecture , traitant , entre « autres , des droits et des devoirs du citoyen. » Encore faudra-t-il que l'instituteur ne dépasse pas le but qui lui est ainsi indiqué. Le ciel nous préserve en effet, dans les écoles primaires, de Selon, de Lycurgue, de Sieyès et de faiseurs de théories agricoles. Le gouvernement a recommandé aux communes de fournir aux instituteurs des jardins, où ils doivent mettre en pratique leurs connaissances horticoles. En 1863 , l'inspecteur provincial de Namur signalait onze instituteurs, qui avaient donné leurs jardins en location {Rapport triennal, p. liv) : c'est une preuve, qu'il ne faut pas trop se payer de vaines théories en matière d'enseignement. S'il est bon de charger les instituteurs de contribuer , dans leur sphère modeste et restreinte, aux progrès de l'agriculture, mère nourricière des peuples , il ne faut pas dépasser le but rationnel de cette excellente intention. De simples conseils agricoles et des explications concrètes sur le mécanisme des lois constitutionnelles. du pays, pour les faire comprendre et aimer, conformément aux recommandations faites par le gouvernement et les évêques en 1843 (i) , suffisent pour élever des citoyens utiles. L'école primaire est le temple de l'enfance , et l'instituteur remplit un sacerdoce ; l'abstraction spéculative qui peut conduire aux révolutions morales ou politiques , la controverse qui a pour écueil le scepticisme, la théorie qui ne féconde que dans les œuvres de l'âge mûr, tout ce qui tend en un mot à irri-

(i) Voy. plus haut.

ter, à diviser ou à ébranler , doit être banni de l'enceinte de cette maison que nos ancêtres bâtissaient à côté de l'église. Le but de l'école n'est pas de fabriquer des Pic de la Mirandole, mais d'élever des enfants qui deviendront des hommes. Il importe moins de leur apprendre très-mal beaucoup de sciences, que de leur enseigner la science humaine , c'est-à-dire , l'art de vivre et de mourir , sous la garde de Dieu et pour sa gloire. Mission auguste, qui de tout temps , chez les peuples chrétiens, a fait de l'instituteur le coopérateur des parents et du prêtre. Dans les civilisations païennes où l'homme était considéré comme la propriété de l'Etat, l'enfant n'était pas élevé pour lui -même , avec le respect profond auquel a droit la personnalité humaine : il était dressé pour la chose publique {respublica) et à son profit exclusif. L'Etat n'était pas un moyen pour l'éducation du genre humain , mais son but unique. Grâce au christianisme , la dignité humaine a été restaurée dans le monde. Sans nous déconseiller l'éducation physique des écoles antiques, il nous a imposé le devoir de développer notre esprit et il nous a fait une loi de l'éducation de notre âme. C'est l'âme que l'instituteur doit aider à prendre son essor vers ses immortelles destinées.

Il règne aujourd'hui, en Belgique et ailleurs, une tendance à transformer l'école primaire en un établissement initiateur universel , dont le programme condensa' comprend toutes les sciences humaines et dont la mission est d'enseigner tout, tout, absolument tout, excepté ce qu'on appelait autrefois les sciences divines. L'instituteur sera chargé d'enseigner le droit constitutionnel,

^" rhygiène, l'histoire politique, la zoologie ; il était jardi- ^ nier hier ; aujoard'hui il est trésorier de caisse d'épargne ; ^B demain, on en fera un administrateur de société coopérative. Cette tendance qu'on remarque surtout chez les adversaires du christianisme, et pour cause, est dangereuse , parce qu'elle compromettrait , si elle devait se généraliser , le développement si consolant de l'instruction primaire. Certes , aucune connaissance n'est inutile et il importe d'apprendre à des enfants, qui, à partir de l'âge de douze à quinze ans, ne fréquenteront plus aucune école , autant de choses qu'il est moralement raisonnable et physiquement possible de leur en apprendre ; à une condition toutefois, c'est que le but principal de l'enseignement primaire sera non seulement de faire des citoyens instruits , mais de bons citoyens. Or, le moyen le plus simple pour atteindre ce but, c'est d'en faire de bons chrétiens. Que l'instituteur fasse la guerre aux préjugés antisociaux, qu'il perfectionne sans cesse les méthodes, qu'il orne l'esprit de ses jeunes auditeurs du plus grand nombre possible de connaissances techniques , qu'il les prépare à devenir des ouvriers habiles et intelligents et des citoyens éclairés, qu'il leur recommande d'être propres , rangés et économes , qu'il leur apprenne comment l'association multiplie la puissance de l'individu, il n'y a pas un homme de bon sens qui s'y opposera ; mais , au nom de ce même bon sens, reconnaissons que le ciment de tout ce bel édifice, c'est l'éducation morale, et que pour un enfant il n'y a pas d'éducation morale sans religion positive. Le cours de morale et de religion est donc le plus important de

l'école normale. On préserverait souvent l'adolescence des premières atteintes de l'esprit de révolte religieuse par le remède homœopathique de l'apologie scientifique.

Certes , je ne propose pas de donner dans les écoles primaires des leçons de controverse religieuse ou un cours de théologie naturelle. Mon observation concerne surtout les instituteurs qu'il importe de garantir contre les séductions de ceux qui affectent de les considérer comme les sauveurs du genre humain par la science pure. Cette garantie qu'on trouve dans la pratique quotidienne d'une vie rangée, laborieuse et pieuse , a une plus haute valeur encore, surtout dans l'enseignement, quand elle est fortifiée par le fides quœrens intellectiim.

Quand au pourquoi naïf des enfants on peut répondre par les réponses admirables du catéchisme et les conclusions les plus évidentes des sciences humaines ; quand l'instituteur est assez instruit , pour unir dans ses exposés l'autorité de la foi aux présomptions de la science , l'esprit de l'enfant conserve les traces -indélébiles de ces leçons premières de la vie. L'homme cherche toujours à échapper aux étreintes de la règle : retenu dans l'enfance par la douce. violence des habitudes , des exemples et des préceptes de la famille , il croit souvent s'affranchir plus tard, à l'âge des passions , en se persuadant que la science ne fait que tolérer la foi. En l'habituant , déjà dans son enfance, à ne pas chercher de faux-fuyant dans une prétendue science, on lui barre d'avance le chemin du doute et de la chute., autant qu'il est possible de le barrer à la liberté humaine. Quand un enfant a été

instruit avec soin des vérités de la religion et élevé dans leur pratique quotidienne et qu'on lui explique pourquoi les hommes de science ont tant de respect pour la foi de sa mère , il reviendra toujours dans la grande voie , dans laquelle il a été élevé. Ainsi par exemple : Voltaire et ses amis se sont beaucoup moqués de Moïse, parce que ce grand patriarche, le père de l'histoire , raconte que Dieu créa le soleil après la lumière; quelques explications faciles à mettre à la portée des enfants ont compromis pour toujours l'autorité de ces illustres incroyants. Incrédules les plus crédules, s'écriait Pascal le géomètre : ils ne croient pas les miracles de Moïse , mais ils croient ceux de Titus et de Vespasien. Que d'adorateurs de Titus et de Vespasien on peut dévoiler aux âmes sincères , comme le sont toutes les jeunes âmes.

Pour améliorer les études pédagogiques , on a agite la question de savoir si la durée du temps à passer aux écoles normales par les élèves ne devrait pas être augmentée. Le gouvernement semble incliner vers une réforme de ce genre. Il faut l'en féliciter. La plupart des élèves instituteurs sont en effet bien jeunes , quand ils quittent l'école normale. Ils ne font pas de stage , comme les notaires , les avoués, les vicaires , etc. Avec leur diplôme ils peuvent se faire nommer d'emblée instituteur , voire même instituteur en chef. Il est rare qu'ils débutent dans la carrière comme sous-instituteurs (i). La durée des études péda-

(i) Voir sur ce sujet l'extrait d'un rapport d'un inspecteur provincial. Huitième Ex'posé triemial, p. nv.

gogiques étant de trois ans et les élèves pouvant être admis à l'école normale après avoir terminé leurs études à lecole primaire , à l'âge de quinze ans , on peut devenir instituteur à l'âge de dix-huit ans. En augmentant d'une année la durée des études pédagogiques , on ne parviendrait pas à corriger le manque de cette maturité qu'on aime à rencontrer chez un instituteur; mais au moins pourrait-on nourrir l'espoir de perfectionner sensiblement les études normales.

Le tableau suivant donnera une idée d'ensemble de la situation des quatorze établissements, normaux du pays en 1866.

Etablissements.

Examens d'admission

Présentés.

Admis.

Examens

Elè^

es qui

son

d'entrée

partis en 1865-66.

Ecoles normales

de 1863 à 1866.

•il

fi.

Présen-

Admis-

tations.

sions.

Noi desdi de] i'orig établis j usqu' inclusi

2 Ecoles normales de l'Etat U) . .

5 Sections normales de l'Etat . .

7 Ecoles normales agréées

14 Etablissements normaux . . . ,

(i) Le dernier rapport triennal (8^) donne, je ne sais pourquoi chiffres de 1866-67 pour les deux écoles normales de l'Etat, tani qu'il ne donne que ceux de 1865-66 pour les autres établissements. J'ai rétabli l'ancien ordre de calcul d'après le 7® rapport , commençant à 1863 pour finir à 1866.

(2) J'ai pris le tiers du chiffre total de la période triennale. Jlapport ne donne pas le détail des élèves par année,

Le nombre des élèves a notablement augmenté (de 250) depuis 1863 , puisqu'il était alors de 420 dans les écoles de l'État et ses sections normales et de 390 dans les écoles agréées. Pendant la dernière période triennale le jury d'admission a dû rejeter 41.16 % des aspirants qui se sont présentés. Cependant il ne se montre pas très-sévère , puisqu'on se croit obligé, dans les deux écoles normales de l'Etat, « pour pourvoir aux places vacantes, de proposer un certain nombre de jeunes gens qui n'ont point atteint le minimum des points auquel l'admission devrait toujours être subordonnée (i). )) Il est probable qu'il en est de même dans les Sections Normales et les écoles agréées , obligées de soutenir la concurrence redoutable que leur font les écoles officielles. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir, qu'en 1866 , 8.96 7o des élèves inscrits ont dû doubler une année , 2.45 7o ont été renvoyés pour incapacité radicale et 1.32 7o pour inconduite grave. Parmi ceux qui ont volontairement quitté l'établissement (2.73 7o) , il est probable qu'il s'en trouvait un certain nombre d'incapables. Les examens de passage et de sortie ont été médiocres , s'il faut en juger d'après le nombre de points obtenus par les candidats.

Alarmé par ces résultats qui ne sont pas proportionnés aux efforts considérables auxquels se livre le gouvernement, en faveur de l'enseignement pédagogique, l'inspecteur des écoles normales se demande « si les (( écoles communales ont déjà donné tout ce dont elles

(i) Rapport de l'inspection, Huitième Exposé, p. lxxxiv,

« sont capables et si elles ne commencent pas à décli- « ner. Après avoir montré beaucoup de zèle pour « justifier la nécessité d'améliorer leur position , les « instituteurs , en général , commenceraient-ils à se ({ relâcher maintenant que le but est atteint ou près de « l'être ? »

Comme la majeure partie des élèves-instituteurs vient des écoles primaires rurales , Tinspecteur général des écoles normales n'est pas éloigné d'attribuer la cause de la faiblesse des aspirants à l'imperfection de l'instruction primaire, imperfection dont les instituteurs seraient évidemment responsables. Pour moi , il nest pas douteux qu'un grand nombre d'instituteurs ont commencé à se relâcher de 'leur ancien zèle. Je dirai plus loin quelle est la cause morale de ce relâchement.

En résumé , les causes de l'infériorité relative des études normales en Belgique peuvent être classées la manière suivante :

1 . Le désir excessif de voir augmenter le chiffre de population des écoles normales a engagé le jury d' mission à admettre trop facilement les aspirants ;

2. Le noviciat des élèves-instituteurs est trop court et les aspirants sont trop jeunes ; ^^j

3. Le programme . des études est surchargé , l^P' cours sont trop formels , le mode d'examen est défe^ tueux ;

4. Les aspirants , venant des écoles primaires , soi mal préparés pour aborder les études normales ;

Page 1