‹ De l'enseignement primaire en BelgiqueChapitre 23 sur 59 · Beaucoup de ces élèves n'ont pas une véritab] vocation · texte numérisé non relu

Beaucoup de ces élèves n'ont pas une véritab] vocation

In s'est plaint, et souvent non sans raison, de l'antique bedeau se faisant maître d'école pour augmenter ses revenus. Cet abus d'un autre âge a reparu sous une nouvelle forme. La position d'instituteur est devenue pécuniairement enviable ; et il ne faut pas s'étonner de la voir recherchée pour ses avantages matériels par des candidats qui n'ont parfois pour toute vocation que le désir d'avoir une bonne place. « Afin que le personnel enseignant se recrute toujours d'hommes dignes de la confiance et de l'estime des familles , on doit , dit très-bien l'auteur du huitième exposé triennal, se montrer sévère lorsqu'il s'agit de l'admission aux écoles normales , et ne plus accepter que des jeunes gens possédant les qualités morales qui font présumer une vocation réelle pour une profession toute de dévouement. On doit aussi ne plus hésiter à renvoyer des établissements normaux les élèves qui ne montrent pas l'aptitude nécessaire et qui n'y sont venus que dans des vues intéressées , pour obtenir , par exemple , l'exonération du service militaire. »

Dans le tableau suivant , j'ai comparé les prix de la pension (i) payés par les élèves dans les écoles officielles ou dans les écoles privées.

Ce tableau ne comprend pas les dépenses que l'Etat fait pour l'entretien du matériel et du corps professoral des établissements officiels. On calcule que l'instruction pédagogique d'un élève -instituteur des écoles officielles

(i) Moyenne. Le prix est partout de 400, excepté à Huy où il est de 380.

coûte environ 1500 francs, dont 1000 sont supportés par l'Etat, 225 par les provinces et les communes et 275 par l'élève lui-même. — La simple inspection du tableau qui contient à peu près l'ensemble des dépenses de l'enseignement normal privé , prouve qu'un élève-instituteur des écoles agréées coûte beaucoup moins cher.

Prix delà pension

Bourses distribuées en 1865-1866

Sommes

Total des

Provinciales

De l'Etat.

Bourses

charge

et des

parents.

payées par les

parents.

Ecoles normales

de l'Etat ....

Sections norma-

les de l'Etat . .

Ecoles normales

privées agréées.

Les bourses de l'État et des provinces étaient en 1866 assez équitablement réparties entre les écoles officielles et les écoles privées.

L'immense majorité des instituteurs et institutrices du pays ne sont pas diplômés. Au 31 décembre 1866 , 2942 instituteurs et 1019 institutrices seulement , ensemble 3961 , étaient munis du diplôme officieL

(i) Moyenne. A Saint-Trond et à Saint-Roch, on paie 305 ; à Car] bourg , 380 , prix le plus élevé.

(2) Moyenne.

Écoles normales d'institutrices.

Première organisation de ces écoles. — Les écoles agréées. — Les nouvelles écoles normales de l'État. —Tendance des promoteurs de ces établissements. — Organisation des écoles normales actuelles. — Dépenses. — Bourses.

La loi de 1842 , qui s'applique indistinctement aux écoles de garçons et aux écoles de filles, s'occupe néanmoins de préférence des premières. On ne prévoyait pas , il y a vingt-cinq ans , que l'intervention de l'État serait aussi appliquée un jour, d'une manière générale, aux écoles de filles.

La première organisation officielle de l'enseignement pédagogique des élèves-institutrices date de l'arrêté du 2 novembre 1848 , lequel ne prévoyait que des écoles normales privées et agréées. L'art. 2 du règlement organique du 25 octobre 1861 imposait au gouvernement l'obligation de subventionner les écoles privées agréées par lui. Un arrêté du 30 janvier 1864 a modifié cette disposition, de manière à rendre désormais cette subvention facultative. C'est à condition qu'elles ne réclameront pas de subsides , qu'ont été adoptées en dernier lieu les écoles privées pour la formation d'institutrices religieuses établies à Champion (Namur) et à Wavre- Notre-Dame et l'école privée pour la formation d'institutrices laïques annexée par les sœurs de l'Enfant Jésus

à l'orphelinat de Brugelette. Les autres écoles privées adoptées et dirigées par des religieuses sont établies à Nivelles (école des sœurs de l'Enfant Jésus, adoptée en 1849), à Champion (école des sœurs de la Providence, adoptée en 1849) , à Bastogne (école des sœurs de Notre-Dame , adoptée en 1849). Des écoles normales privées agréées ont été créées successivement depuis 1849 à Hérenthals, Bruxelles, Thielt, Gand, Mons , Liège , Visé et Tongres : toutes sont dirigées par des dames laïques. Enfin un arrêté royal du 20 septembre 1855 a annexé une section normale à l'institut royal de Messines destinée depuis Marie- Thérèse à l'éducation des orphelines de militaires. Il existait donc en 1866 quinze écoles normales privées d'institutrices , dont six étaient dirigées par des religieuses. On sait qu'une loi du 29 mai 1866 a ordonné la création de deux écoles normales d'institutrices de l'Etat : elles ne sont pas encore organisées. L'une d'elles sera établie à Liège.

Pendant l'année scolaire 1865-66 (i) les quinze écoles

Population des Ecoles

Elèves qui ont quitté l'établissement.

Nombre

Année scolaire.

des

diplômées

depuis

ôS

l'origine.

normales existantes ne comptaient ensemble quune population de 519 élèves , recrutées avec de grands efforts. On se demande avec quelque raison, si les deux nouvelles écoles officielles sont nécessaires ou même utiles. Le 'but non avoué des promoteurs de la loi du 29 mai 1866 a été de faire concurrence aux écoles normales tenues par des religieuses : or , en 1865-66, la population de ces six écoles n'atteignait que le chiffre de 174 élèves , tandis que les neuf autres écoles , dirigées par des laïques , en comptaient 345. Pour justifier la présentation de la loi de 1866, on a allégué aussi la nécessité, proclamée depuis longtemps par la fraction active du parti libéral, de former des institutrices laïques pour l'enseignement primaire supérieur des filles. Il est douteux que ce résultat puisse être atteint au moyen des deux nouveaux établissements , mieux qu au moyen des anciens , qu'on aurait pu perfectionner. Déjà le septième rapport triennal (1861-1863) ne manifestait pas une grande satisfaction , au sujet de l'enseignement donné dans les écoles normales agréées actuelles. « Les écoles primaires', disent ses rédacteurs, pourront désormais compter sur le recrutement facile d'institutrices capables , au moins sous le rapport de l'instruction , si l'on parvient à renforcer encore , non le programme , mais le personnel enseignant des écoles normales. La plupart des directrices sont très-instruites et se distinguent par une belle éducation. Mais , lorsqu'il s'agit d'aller au fond des graves questions d'enseignement abandonnées à leur initiative et à leur jugement , lorsque le moment arrive de mettre en pratique

les théories qu on a trouvées toutes faites dans des ouvrages à la mode , alors les procédés qu'on emploie à l'école d'application ne se concilient guères avec ces idées pédagogiques exposées dans un langage séduisant. On enseigne moins bien que l'on ne parle. La mémoire fait encore trop les frais de l'instruction reçue. Les institutrices communales pourraient être plus sérieusement formées qu'elles ne le sont , mieux préparées à la mission difficile d'élever les filles en vue de leur destination , de leur rôle prépondérant dans le sanctuaire de la famille. Pour cela un enseignement raisonné logiquement transporté dans le domaine des faits et propre à créer de fortes convictions , serait indispensable (i). »

L'auteur de ces réflexions aurait fait chose utile , s'il avait .donné plus de précision à sa pensée. Qu'estce qu'un enseignement raisonné transporté dans le domaine des faits ? Quels sont ces faits ? et de quelle nature sont ces fortes « convictions » ? Il serait intéressant de le dire au public , car le sujet est grave et mérite une attention vigilante. Certes l'enseignement doit être raisonné : il ne saurait l'être trop ; car les premières leçons ont une grande influence sur le jugement de l'enfant , qui tire toujours impitoyablement les conséquences de ce qu'on lui enseigne. Si l'enseignement est bien coordonné et rationnellement donné , la logique devient pour ainsi dire une habitude d'enfance , que les distractions de la jeunesse

Page 1