DU PERSONNEL ENSEIGNANT
Nombre des instituteurs primaires proprement dits. — Comparaisons et conséquences. — Statistique générale du corps enseignant primaire en Belgique. — Comparaisons et conséquences. —Jugement à porter sur le corps enseignant des écoles privées. — Des écoles officielles. — Causes des reproches qu'on peut faire au corps enseignant primaire actuel.
J'ai extrait de la statistique officielle les éléments du tableau suivant, qui concerne le personnel enseignant dans les écoles primaires proprement dites :
Instituteurs,
Sous-InsUtutenrs, etc.
Caraii^re
des écoles.
Laïques.
Religieux.
Total.
Villes.
Campagnes.
Total.
Villes.
Campagnes.
Total.
Ecoles (Miiniminales . .
Ecoles adoptées ....
Ecol. privées inspectées
Pensionnats privés inspectés
Ecoles libres
Pensionnats libres. . .
Totaux , .
Institutrices, Sous-Inslitutrices, etc.
H Caractère
Laïques.
Religieuses.
Total.
Toul.
H écoles.
VUles.
Campagnes.
Total.
Villes.
Ecoles comniunales . .
Ecoles adoptées ....
Ecol. privées inspectées
Pensionnais privés inspectés
Ecoles libres
Pensionnats libres. .
fô4
Totaux . .
Ces chiffres sont intéressants à examiner, (i) Ils prouvent d'abord que le personnel enseignant na diminué pendant la période 1864-66 que de dix unités dans les écoles privées inspectées. Cette diminution ne provient pas exclusivement de la suppression de neuf de ces écoles ; car la somme des instituteurs et des
(i) Comme terme de comparaison, voici le même tableau réduit pour les années 1861-63 :
Caractère des
Primaire?.
Instituteurs.
Institutrices.
Total.
Laïques.
1 Relig.
Laïques.
Relig.
Ecoles communales
Écoles adoptées ,
Écoles privées inspectées ....
Pensionnats privés inspectés . . .
Écoles libres
Pensionnats libres
Totaux. . .
institutrices a augmenté dans les autres écoles dues à l'initiative privée , bien que le nombre de ces établissements ait diminue dans une proportion assez considérable. L'augmentation totale de 759 a eu lieu de la manière suivante :
Caractère
des
écoles.
Instituteurs.
Institutrices.
Récapitulation.
Laïques.
Re
ig-
Laïques. > Rclig.
Laïques. Relig.
Total.
Écoles comiKunalcs. .
Écoles adoptées . . .
Id. privées insp.ctôes.
Pensionnats privés inspectés
Écoles libics ....
Pensionnais libres . .
De ces 759 nouveaux instituteurs et institutrices , 210 appartiennent à l'enseignement privé et 549 à l'enseignement officiel : plus de 45 ''/o étaient religieux o^ religieuses. %
Une autre remarque importante à faire est celle-ci : plus de la moitié du corps enseignant dans les écoles primaires belges (5294) appartient à l'enseignement privé. Les trois quarts de ce personnel librement réuni (3900) sont des religieux ou des religieuses catholiques. Les instituteurs religieux ne forment toutefois que dixième des instituteurs de tout le pays : ils sont plus nombreux dans les villes que dans les campagnes. Au contraire , plus des deux tiers des religieuses institutrices sont établies dans les communes rurales. L religieuses institutrices forment plus des trois
Iaièmes du corps des institutrices belges. A mesure ke les écoles libres diminuent , les pensionnats prikires , surtout les pensionnats de filles , se fortifient. m là une augmentation assez considérable de maîtres ■de maîtresses dans cette catégorie des institutions ■maires, bai voulu savoir quel était le nombre total des instituteurs et institutrices belges de toutes les catégories. Voici le résultat auquel je suis arrivé :
Éco'es
gardiennes.
Écoles d'adultes.
Écoles d'apprentissage.
Caractère
Institu-
Instilu- i
Institu-
Inslilu -
Institu-
Institu-
des écoles.
teurs.
triées.
teurs.
triées.
teurs.
trices.
as
sL
:o!es communales .
coles privées inspectées el écoles libres.
Totaux. . .
Caractère
des
écoles.
Écoles
du ministère
de la justice.
Ilécapitulalion (sans les écoles primaires).
Instituteurs.
Institutrices.
Total.
Récnpitulalion
(avec les
écoles primaires)
i -i — Si
icoles communales.
Icoles privées inspectées el écoles lilires
Totaux.
Ainsi la vaillante armée qui se consacre à l'éducation populaire s'élève au chiffre respectable de 23 mille personnes. 6271 seulement d'entre elles sont fonctionnaires publics : tous les autres , 16,728 , c'est-à-dire 72.74 ""lo de farmée totale, appartiennent à des établissements dus à l'initiative privée.
Le nombre des instituteurs et institutrices dans les écoles d'adultes , qui était de 10,675 en 1863, est descendu en 1868 à 10,379 (i). Dans les écoles d'ap-
(i) Voici le tableau comparatif de I8G1-63 :
Caractère
Primaires.
Gardiennes.
Adultes.
Institu-
Institu-
Institu-
Institu-
drs écoles.
Instituteurs
et institutrices
teurs.
trices.
teurs.
Irires.
Te
Écoles communales. .
se' M
1 Fcdlei privées inspectées et coles libres.
Tolaux. . .
Caracti're
des
écoles.
Ecoles d'apprentissage.
Du
ministère ia justice.
Ré
capitulât! n.
Instituteurs.
Institutrices.
Instituteurs.
Institutrices.
Ecoles conimcnairs.
Écoles privées inspectées et écoles libres ....
Totaux. . .
prentissage , il y a eu aussi une diminution de 107 membres. Dans les écoles gardiennes au contraire (10) et dans les écoles ressortissant au ministère de la justice (50) , il Y a eu augmentation. Le chiffre total de cette statistique générale n'a augmenté en 1864-66 que de 506.
Le chiffre des instituteurs officiels a augmenté de
893 , tandis que celui des instituteurs et institutrices
des établissements privés a diminué de 387.
Le nombre des instituteurs religieux a augmenté de 41
» » ); institutrices religieuses » » 612
» » » instituteurs laïques a diminué de 36
» » » institutrices laïques » » » 111
21 °/o des membres du corps enseignant (6385) étaient
religieux ou religieuses.
Revenons encore un moment sur le personnel enseignant des écoles primaires proprement dites , qui sont les instruments les plus puissants de l'éducation populaire. On peut se demander si jusqu'ici ce personnel a répondu à toutes les espérances du gouvernement et des personnes zélées qui s'occupent activement de l'instruction publique.
Les instituteurs des écoles privées offrent en général des garanties précieuses d'ordre et de moralité et ils rendent à la nation des services gratuits et immenses, qui ne sont niés que par l'esprit de dénigrement, d'hostilité ou de haine. Il est regrettable seulement que leur méthode pédagogique, leur goût littéraire et leur esprit scientifique ne soient pas toujours à la hauteur de leur incontestable dévouement. Les
écoles privées tiennent trop souvent de l'école gardienne.
A ce point de vue, les membres du corps enseignant officiel sont-ils exempts de critique ? « Nous possédons, dit le huitième rapport triennal , de bons, d'excellents instituteurs. Il en est beaucoup dont on peut être fier, dont les écoles tiennent le premier rang. Malheureusement, il en est encore un certain nombre qui doivent être l'objet d'une surveillance attentive. Les uns manquent des connaissances nécessaires et ne font rien pour les acquérir ; les autres n'ont pas l'esprit de leur état et se laissent facilement entraîner hors de la voie qui leur est tracée par le devoir. Huit instituteurs ( dont cinq appartiennent à l'enseignement public et trois à l'enseignement privé) ont été condamnés (pendant la dernière, période triennale ) pour avoir commis le plus infâme et le plus criminel abus de confiance dont l'homme, chargé de la mission délicate d'instruire l'enfance , puisse se rendre coupable. Ils ont été condamnés pour des attentats à la pudeur sur leurs élèves. Il y a eu en tout 24 suspensions et 17 révocations (i). )) Ailleurs, le même rapport se plaint du manque de goût littéraire chez les instituteurs et institutrices des écoles officielles (2). Ils ne profitent pour ainsi dire pas du bénéfice de l'arrêté du 10 janvier 1862, autorisant la circulation en franchise, par la poste, des livres des bibliothèques cantonales (3).
(1) Huitième o-apimrt, p. lxxiii.
(«) Id.y p. XLVIII.
(3) Id.^ p. LXI.
Pendant la dernière période triennale 1864-66, sur un personnel de 5098 instituteurs et institutrices des écoles communales, il y a eu 1105 démissions (i), plus de 20 7o, chiffre considérable, qui indique une instabilité regrettable dans les vocations. Enfin , les examens d'entrée et de sortie, dans les écoles normales, ne sont pas en général assez satisfaisants.
Ces faits inspirent à l'inspecteur des écoles normales les réflexions suivantes :
« ... Je ne puis repousser la conviction que beau- « coup d'instituteurs se relâchent de leurs devoirs « principaux et ne donnent plus à leurs écoles tous « les soins qu'elles réclament. Aussi bien, à aucune « époque, nous n'avons vu autant d'instituteurs entre- « prendre le rôle d'auteurs, écrire des livrets d'école, « machiner des méthodes, rédiger des articles pour « les journaux pédagogiques. Sans doute , leurs « intentions sont louables et bonnes. Mais la plupart « d'entre eux présument trop de leurs forces, et beauu coup fournissent des productions absurdes , ou « propres à établir la preuve de l'ignorance de ceux « qui les ont écrites. Puis encore, fait plus regret- (( table, il ne manque pas d'instituteurs qui, au lieu « de chercher à se distinguer par l'excellence de leur « enseignement et par la bonne tenue de leurs « écoles, cherchent à s'assurer l'appui plus positif que « procurent à leurs affiliés, le Bond, la Ligue de tensei- « gnement et autres associations semblables. Il me
(i) Huitième rajjjwrt, p. lxxi.
« paraît évident que ces diverses causes doivent agir « dune manière fâcheuse sur le progrès de Tensei- « gnement primaire et contribuer peut-être à le faire « rétrograder. Aussi , plus je réfléchis aux différents (( points que je viens de toucher, moins je m'étonne de « l'affaiblissement graduel des aspirants qui se pré- « sentent à l'examen d'admission dans les écoles nor- (( maies de l'Etat (i). »
Cependant plus de la moitié des membres du personnel enseignant des écoles officielles sont munis d'un diplôme. En effet , sur 10,392 instituteurs ou institutrices, 2924 sont diplômés : dans ce dernier chiffre sont compris 2845 des 5098 instituteurs et institutrices des écoles communales. On sait qu'au 31 décembre 1866 le nombre des normalistes diplômés depuis la création des écoles normales s'élevait à 3961. 1037 de ces sujets, plus du quart, étaient décédés ou avaient renoncé à la carrière de l'enseignement primaire.
Les progrès lents de cet enseignement et une grande partie des défauts du personnel enseignant doivent être attribués à la situation politique de la Belgique. Les écoles primaires et les écoles normales servent trop souvent d'arènes à l'esprit de parti. Une fraction active du parti dit libéral cherche à constituer, à son profit, un rationalisme d'Etat, qu'il veut opposer à l'Eglise catholique ; en d'autres termes, on travaille à la constitution d'une église libérale à confondre avec
(i) Huitième rapport, p. lxxxiv.
l'État et à placer au-dessus de toutes les religions positives et en particulier au-dessus du grand fait historique, qui s'appelle le christianisme. L'humble maître d'école d'autrefois est appelé à jouer un rôle dans cette œuvre de démolition morale, politique et religieuse. C'est lui qui sera l'adversaire né du théologien, tandis que le bourgmestre sera l'antagoniste naturel du curé. Mille voix crient chaque jour aux chefs des écoles primaires qu'ils sont les maîtres de la civilisation et que leur modeste enseignement technique contient les paroles de vie. Aux instituteurs on inspire l'horreur du sacristain et on leur enseigne comment il faut faire pièce au curé, sous prétexte de séparer l'Eglise de l'école. Aux institutrices laïques, qu'on n'est pas parvenu jusqu'ici à brouiller avec l'autorité religieuse, on cherche à prouver que le mariage est un sacrement nécessaire à la pédagogie et que la vocation religieuse est au fond incompatible avec l'enseignement des bonnes méthodes. Ces flagorneries hypocrites doivent évidemment troubler les idées de beaucoup de ces pauvres diables et les porter à l'orgueil, cet ennemi mortel de la science et de l'art d'enseigner. Les fonctions du maître d'école sont complètement dénaturées par les tendances auxquelles je fais allusion. Les Chambres ont accordé au gouvernement pour les besoins de l'enseignement primaire des subsides tellement considérables que la position d'instituteur est devenue plus lucrative que celle de sous-lieutenant d'infanterie ou de vicaire : il est des instituteurs qui sont mieux payés qu'un substitut de procureur du roi ou qu'un secrétaire