DU PROGRAMME DES ETUDES EN GENERAL
Branches obligatoires d'enseignement. — De la langue parlée à l'école. — Dé la langue parlée dans l'enseignement de la morale et de la religion. — Des branches facultatives d'enseignement. — Des ouvrages employés dans les écoles officielles. — État général de l'enseignement en 1863-66.
L'art. 6 de la loi de 1842 prescrit renseignement de la religion et de la morale , de la lecture, de l'écriture , du système légal des poids et des mesures , des éléments du calcul et de la langue française , flamande ou allemande.
La population belge étant divisée, au point de vue de la langue, en wallonne , flamande et allemande, cette dernière prescription donne lieu à des difficultés de nature délicate : la population allemande est peu consi-
dërable et n existe que dans une partie de la province de Luxembourg ; la population flamande forme la partie la plus nombreuse de la nation et se trouve souvent enchevêtrée au milieu des districts wallons. Dans beaucoup de communes , les flamands et les wallons sont juxtaposés.
La langue française est enseignée dans le plus grand nombre des écoles primaires soumises à l'inspection officielle ; mais dans la majorité des établissements situés dans les communes flamandes , la langue employée usuellement dans l'enseignement général de l'école est naturellement la langue flamande. Depuis la révolution de 1830 , dont les essais de néerlandisation du gouvernement du roi Guillaume ont été une des causes , il est né un mouvement littéraire flamand très-remarquable , que la politique dite des nationalités a surexcité d'autant plus que dans les régions officielles l'élément wallon ou de francisation a presque toujours dominé et que les partis politiques ont très-souvent pour limites les lignes ethnographiques du pays : les libéraux l'emportent dans les districts wallons , les conservateurs dans les provinces flamandes. Partout , où il a été possible de donner l'enseignement en français , l'administration officielle l'a permis. Dans les communes où la population est mixte , l'instituteur s'exprime habituellement en français.
Cet état de choses donne lieu à de vives récriminations , de la part des chefs du mouvement flamand. Depuis une douzaine d'années, le gouvernement a fait droit plus d'une fois à leurs réclamations , particulière-
ment sous l'adininistration de MM. de Decker et Vanden Peereboom , nés flamands eux-mêmes. C'est ainsi que des mesures ont été prises en 1861 , pour assurer des moyens d'instruction aux enfants des ouvriers flamands, qui vont s'établir dans les provinces wallonnes. Un arrêté du 12 avril 1864 a prévu l'organisation d'un cours facultatif de langue flamande aux écoles normales établies dans les districts wallons. L'étude du flamand n'y est pas obligatoire ; mais les élèves-instituteurs wallons, en profitant des facilités nouvelles qui leur sont données pour s'instruire, pourront devenir ainsi aptes à enseigner dans les districts flamands. Les élèves-instituteurs flamands sont tenus d'étudier les deux langues.
Depuis 1861 , les instituteurs du quartier allemand sont obligés : P d'enseigner aux enfants , dès leur admission à l'école , le français concurremment avec l'allemand ; 2° de donner en français les leçons de lecture , d écriture et de grammaire française , ainsi que celles d'arithmétique et de géographie, au moins dès la division moyenne. Pour le reste , les instituteurs sont libres d'employer , dans l'école , la langue française ou la langue allemande. En ce qui concerne la morale et la religion , ils doivent se conformer aux prescriptions de l'autorité ecclésiastique (i).
On sait que le clergé enseigne suivant les prescriptions de l'Eglise , qui a toujours respecté avec sollicitude les usages et les langues des divers peuples. Là
(i) Rapport triennal, p. xc.
OÙ la population est mixte, il enseigne et prêche dans les deux langues ; à Bruxelles, où le flamand a presque disparu de l'enseignement public , le clergé enseigne , prêche et entend les confessions, tous les jours, dans les deux langues.
La prescription de l'art. 6 de la loi de 1842 n'est pas limitative. Il est permis d'ajouter d'autres branches d'enseignement au programme. Le tableau suivant prouve que les instituteurs des écoles primaires profitent largement de cette autorisation dans les établissements soumis à l'inspection officielle. Il comprend l'indication du nombre d'écoles dans lesquelles étaient enseignées au 31 décembre 1863 d'autres matières que celles qui sont légalement prescrites. On se rappelle qu'il y avait 4138 écoles soumises à l'inspection. Une langue autre que la langue maternelle
était enseignée dans 1281 écoles
Des notions d'histoire 3220 »
La géographie 3586 »
Le dessin linéaire 1870 »
La tenue des livres . 570 »
Des notions d'arpentage 511 »
» » d'histoire naturelle 612 »
» » d'horticulture et d'arboriculture 402 »
» » de droit constitutionnel 301 »
La musique vocale 1447 »
La gymnastique 21 »
Les travaux de la femme les plus utiles sont enseignés dans la plupart des écoles des filles et dans un certain nombre d'écoles mixtes.
Dans la période triennale finissant au 31 décembre 1863, 458 ouvrages divers ont été employés dans
Is différentes écoles soumises à l'inspection. De ces ouvrages :
7 ont été désignés par les chefs des cultes. 4 » » » le gouvern* d'accord avec les chefs des cultes.
367 » » » » seul.
Ce nombre effroyable de 458 ouvrages existait encore pendant la période de 1863-66.
Les rapports des inspecteurs provinciaux sur l'état de l'enseignement en général pendant la période de 1863-66 manifestent en général la satisfaction que leur inspirent les progrès accomplis; mais les vœux nombreux qu'ils expriment prouvent que cette satisfaction n'est pas encore entière. On remarque avec plaisir que les inspecteurs font tous la guerre à la routine; mais il semble qu'ils accordent trop de prix à l'uniformité, mère de la routine qu'ils combattent. L'uniformité est recueil de toute administration centralisée.