LE PAYSAN
j’ai le dessein, dans cette étude, de conduire le lecteur dans la demeure du paysan, pour l’y prendre dans l'intimité de la famille, et pour avoir son secret et celui des siens, relativement à leur savoir, à leur état moral, à leurs tendances générales et aux ressources matérielles de la maison.
Mais, avant de nous asseoir au foyer du paysan, il est bon que nous soyons édifié, tant sur la manière dont se fait l’apprentissage du travail agricole, que sur l’esprit, le caractère et les préjugés des populations rurales.
■ L’enseignement de la profession d’agriculteur ne se fait pas, assurément, de la meilleure manière; mais, pour qui connaît à peu près l'état de^ choses dans l’agriculture comme dans l'industrie, la condition des apprentis laboureurs
est préférable, à beaucoup d’égards, à celle des apprentis des fabriques.
D’abord, l’apprentissage du travail des champs se fait ordinairement dans la famille même du jeune travailleur ; et cela sufût déjà pour faire comprendre l’immense avantage- qu’a ce dernier sur le jeune travailleur de la fabrique.
Lorsque la famille est trop pauvre, les enfants trop nombreux pour être utilisés tous dans la maison paternelle, et que, par bonheur pour ceuxci, aucune manufacture ne se trouve à proximité, ils sont ordinairement placés, à titre de domestiques, dans des exploitations voisines.
Dans la ferme, le domestique, on le sait, n’est pas moins qu’un ouvrier; les jeunes domestiques, par conséquent, sont des apprentis logés, nourris, entretenus et gagés, plus ou moins, selon leur âge et les services qu’ils sont capables de rendre. Nous avons vu que l’industrie a aussi, en grand nombre, des apprentis nourris, logés et entretenus. Mais entre ces derniers et les jeunes domestiques de ferme, il y a une différence énorme, et toute à l’avantage du petit paysan. Celui-ci est généralement nourri-d’une manière, sinon aussi convenable qu’il le faudrait pour développer toute sa force musculaire, du moins aussi bien que peut l’être la moyenne des habitants de sa contrée. Il est, d’autre part, dans des conditions hygiéniques cent fois supérieures à celles où se trouve l’apprenti de l’industrie ; on abuse moins de ses forces, et il n’est pas, comme l’autre, appliqué sans relâche à une division aussi simplifiée que possible de la profes-
sion qu’il est censé apprendre, et qu’il ignore parfaitement lorsqu’il a fait son temps ; au contraire, le jeune travailleur agricole est initié, aussitôt que possible, à toutes les, variétés du travail, et c’est rarement la faute de ses maîtres, si, parvenu à l’âge viril, il ne sait pas tout ce qu’on sait autour de lui, quanta l’exercice professionnel.
Le côté par lequel les apprentis des villes sont un peu plus favorisés est celui de l’instruction primaire,, qui n’est pas si facilement offerte aux enfants de la campagne, soit parce que l’école fait défaut, soit parce que l’iiabitation est trop loin du centre communal, ou bien encore, ce qui arrive fort souvent, parce que le père ou le maître de l’enfant négligent de l’envoyer à l’école, sous prétexte qu’il est utile à la maison. Mais, dans les villes, si le père est généralement plus soucieux de faire instruire ses enfants, les patrons de la fabrique ne sont pas mieux disposés à cet égard pour leurs apprentis internes que les fermiers pour leurs jeunes domestiques.
Le jeune paysan, attaché à une petite exploitation, court, il est vrai, la chance d’être', sous le rapport professionnel, plongé au plus profond de la routine, exactement comme s’il était chez un fabricant quelconque. Mais les enfants de la famille dans laquelle il est employé sont exposés à la môme chance fâcheuse. Le paysan ne peut montrer que ce qu’il sait, et il ne sait que ce que lui a montré son père, qui, de son grand-père, tenait tout son savoir professionnel.
Le paysan n’est pas moins que l’ouvrier rebelle aux innovations. Il faut qu’elles se fassent bien petites, bien humbles pour pouvoir pénétrer dans son esprit et faire partie de ses habitudes. 11 n’aimerait pas que ses enfants regardassent avec intérêt un instrument nouveau envoyé au village par quelque monsieur de la ville; à plus forte raison, ne souffrirait-il pas que le jeune domestique s’avisât d’en dire le moindre bien. Le chef de la famille ne parle jamais des nouveautés professionnelles aux jeunes gens qu’avec un profond dédain, tant et si bien qu’il fait entrer dans les Jeunes intelligences dominées par lui toutes les préventions de son esprit étroit.
A part cet inconvénient grave, la condition du jeune domestique de la petite exploitation est aussi bonne que celle des enfants de la famille où il est. Le petit paysan, domestique chez un paysan, est presque considéré comme membre de la famille, ainsi qu’il en était autrefois dans l’industrie, quand elle était morcelée, et que le patron n’était que petit fabricant, travaillant de ses mains. Lejeune domestique est, à la tendresse près, réservée aux enfants de la maison, aussi bien traité que ceux-ci pour la nourriture, ainsi que pour le vêtement ; et l’étranger reçu au foyer du paysan aurait peine à reconnaître tout d’abord parmi les jeunes gens quels sont ceux qui ne sont pas de la famille. 11 est, sans doute, des exceptions ; mais le fait que j’énonce n’en est pas moins la règle.
Si le jeune homme est placé dans une grande
exploitation, il ne sera plus de la famille de ses maîtres ; les serviteurs y sont, tenus à distance. Moralement, sa condition sera inférieure ; matériellement , elle sera égale; mais intellectuellement, elle sera supérieure. En tous cas, et à tous égards encore, elle sera bien préférable à celle des apprentis de rindustrie nourris et logés.
Si, dans la grande exploitation, la moralité du jeune domestique est moins abritée que dans la famille du petit ou du moyen cultivateur ; si sa dignité s’amoindrit par l’effet d’une condition un peu plus servile, en compensation, son apprentissage se fera d’une manière bien plus fructueuse que dans la condition précédente.
Les grandes exploitations, en effet, sont généralement dirigées par des hommes éclairés, qui, tenus au courant des procédés nouveaux, sont, dans tous les cas, toujours supérieurs à la masse des petits cultivateurs ; en sorte que les ouvriers agricoles ou domestiques de ferme, employés aux grandes cultures, étant les agents d’une bonne direction, ne peuvent manquer d’être initiés rapidement à l’exercice intelligent de la profession d’agriculteur. Pour si peu donc que le jeune domestique ait le goût du métier, il est à même d’en apprendre les meilleures méthodes connues; il lui est même presque impossible de les ignorer ; car, bien qu’il y ait, dans les gran- •. des fermes, une certaine division du travail, les domestiques mâles, attachés toute l’année à l’exploitation, qui ont la force suffisante, doivent apprendre et savoir faire toutes les va-
riétésdu travail agricole. Le fils du pauvre paysan qui a passé plusieurs années dans la grande ferme, qui y a conduit la charrue et fait les semailles, doit être un travailleur d’élite, et pourrait reporter au milieu des siens les connaissances qu’il a acquises. Venant de lui, les nouveautés seraient plus facilement acceptées que si elles venaient d’un monsieur de la ville, et ce serait assurément l'un des meilleurs et plus sûrs moyens de vaincre l’obstination si profondément routinière du paysan.
Malheureusement, cela ne se fait que dans une faible mesure. Le jeune paysan, qui a quitté la maison paternelle, où la misère sévit avec plus ou moins de rigueur, n’est pas emprassé d’y revenir ; et comme, d’autre part, il ne veut pas rester toute sa vie domestique de ferme, sa pensée, qui s’est d’abord révoltée contre les dures nécessités de la vie dans sa famille, finit par se détourner du travail de la terre ; elle se tourne vers la fabrique, surtout vers la grande ville. C*est là qu’est le bonheur, croit-il ; c’est là qu’on a les beaux habits, les spectacles et toutes les jouissances possibles, dont on est absolument sevré aussi bien dans les grandes fermes que dans les petites chaumières. Et du jour où le jeune paysan est mordu au cœur par ce désir, il est comme l’ouvrier dévoyé dont nous avons longuement parlé : le travail auquel il est soumis n’a plus d’attraits pour lui ; il le fait comme une corvée dont il ne peut se dispenser, et il ne le fait qu’en songeant aux moyens de s’y soustraire. Une fois pris par ce désir, quelqu’intel-
ligento que soit la direction à laquelle le travailleur agricole est soumis, il n’en profitera pas,, ou il en profitera peu ; et, s’il retourne chez son père, il n’y portera guère que son esprit de révolte contre l’existence des champs, et le mal contagieux qui s’est emparé de lui se répandra sur d’autres.
Au reste, qu’il vienne de la grande ou de la petite exploitation, ou qu’il soit resté l’auxiliaire^ de son père, le mal dont il est atteint sévit sur presque toute la jeunesse des campagnes ; mais ce mal est bien plus déplorable quand il s’empare de celte classe particulière qui a pu se former dans les gi'andes exploitations, et qui pourrait fournir à la culture des travailleurs de choix.
En attendant que nous puissions saisir les causes diverses du dégoût des Jeunes paysans pour leur profession, constatons, pour nous résumer sur la question de l’apprentissage, que, si imparfaitement qu’il se fasse dans l’agriculture, il se fait beaucoup moins abusivement que dans l’industrie; et ajoutons que tout paysan assez bien inspiré pour vouloir que son fils soit initid d’une manière intelligente aux meilleures méthodes de culture, n’éprouverait point d’embarras sérieux pour trouver où le placer convenablement et à de bonnes conditions; tandis qu’avec la môme volonté, l’ouvrier serait fort embarrassé de trouver pour son fils, dans les ateliers de l’industrie, des conditions équivalentes. L’avantage, sous le rapport de l’apprentissage et sous plusieurs autres rapports, est donc bien du côté du gaysan.
S’il est une vérité devenue banale, c’est celle qui consiste à dire que, de toutes les professions de la main, il n’en est aucune qui demande, à l)eaucoup près, un aussi grand apport de force intelligente que celle de cultivateur ; aucune qui exige une si haute dose de prévoyance et de connaissances générales; aucune non plus qui, exercée d’une manière normale, puisse être aussi attrayante.
Mais on dit une autre vérité non moins banale en affirmant que, de toutes les classes de travailleurs, s’il n’en est pas qui ait un aussi grand besoin d’instruction que la classe des agriculteurs, il n’en est pas non plus qui en soit plus sevrée.
En fait de connaissances générales, de connaissances extra-professionnelles, il est hors de doute que l’ouvrier des villes est beaucoup moins mal pourvu que le travailleur des campagnes. * Mais dans l’exercice professionnel, il faut reconnaître que le salarié de l’industrie ne dépense pas plus d’intelligence que celui de la ferme, et qu’il en dépense beaucoup moins que l’agriculteur travaillant pour son compte, à titre de métayer, de fermier ou de petit propriétaire. Or, les producteurs de ces trois dernières catégories formant ensemble la grande masse de la population agricole, comme le salarié simple forme la grande masse de la population ouvrière de l’industrie, il en résulte que, comparativement, si le
paysan est au-dessous (Tes nécessités de sa profession, comme c’est de fait incontestable, il fait pourtant, dans l’exercice professionnel, plusei% ploi de son intelligence que l’ouvrier de l’industrie :
Je veux être bien compris, et je reprends la démonstration.
L’ouvrier une fois routiné à son métier n’a plus qu’à se laisser aller au courant des choses ; la besogne du lendemain ne sera guère autre que celle de la veille. 11 quitte l’atelier le soir sans souci de ce qu’il y fera le jour suivant. 11 peut dire que les jours se suivent et se ressemblent. En tous cas, quelque petite variété qu’exige son • travail, l’ouvrier de la fabrique n’a rien à prévoir ; c’est le patron qui prévoit pour lui, comme c’est le directeur de la ferme qui prévoit pour les domestiques et journaliers qu’il emploie. Il en est tout autrement pour l’agriculteur, si humble que soit son exploitation et si dénué qu’il soit d’instruction.
Le plus routinier des paysans, cultivant à sa guise , est tenu à une prévoyance incessante ; elle n’est ordinairement ni suffisamment éclairée ni suffisamment active, nous le savons du reste ; mais, encore une fois, si au-dessous qu’elle soit de ce qu’elle devrait être, elle est cependant, par le fait d’une nécessité absolue, incompararablement au-dessus de celle qui est exigée do l’ouvrier de l’industrie. Maintenant, est-il besoin de longs arguments pour faire admettre que la prévoyance n’est autra chose qu’une tension de l’esprit, un exercice intellectuel d’autant plus
soutenu que la nécessité de prévoir est plus constante ?
, Sous ce rapport, il me paraît donc incontestable que le paysan jcultivant sous sa propre responsabilité, n’importe à quel titre., est supérieur au salarié des villes; mais j’accorde très volontiers que celui-ci a plus d’acquis, et que si on les compare tous les deux en dehors de la pratique professionnelle, l’ouvrier passera certainement pour supérieur au paysan.
Cela dit et répété plus qu’il ne fallait peutêtre, pour faire la juste part de chacun, il nous faut encore revenir sur ce fait que, eu égard >*aux exigences nombreuses de la culture, le petit agriculteur est singulièrement au-dessous des nécessités de sa profession. J’ai déjà dit qu’il était tout aussi routinier que l’ouvrier, et non moins hostile aux inventions, encore qu’il y ait entre l’oiulrier et lui une différence considérable quant aux conséquences des innovations. En effet, dans l’industrie, un procédé nouveau est généralement un procédé abréviateur du travail, et menace les ouvriers de les déplacer, c’est-àdire, dans leur langage, de leur couper les bras. Dans l’agriculture, au contraire, les innovations tendent à peu près toujours à doubler ou tout au moins à augmenter la force des bras du paysan qui travaille pour son compte. Il devrait donc, dans son intérêt immédiat, accepter l’invention abréviative du travail avec plus d’empressement même que n’en met le chef d’industrie ; car il y a entre ce dernier et l’agriculteur, cette différence que le premier, par le fait
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même de l’adoption du nouveau système, jettera des travailleurs sur le pavé ; tandis que le second, c’est-à-dire le cultivateur, ne fera que suppléer aux bras qui lui font défaut. Mais, telle est l’obstination routinière du paysan, qu’il est plus difQcile de lui faire admettre des nouveautés qui lui seraient utiles, que de faire entendre raison aux ouvriers et de les déterminer à subir des machines qui leur nuisent.
En effet, il m’a été donné de voir les ouvriers de l’industrie, à Paris, se ruer sur les machines qui les avaient déplacés, et il semblait que rien au monde ne pourrait dominer leur colère dévastatrice. Cependant elle cédait, cette colère, devant les représentations d’autres ouvriers mieux inspirés ; elle cédait à l’appel au sentiment du respect pour les œuvres du progrès, dût la génération présente en souffrir, sila génération suivante devait en profiter.,..
D’un autre côté, j’ai vu, sur une terre dont le labour d’automne était commencé, une charrue modèle brisée. Le propriétaire de la terre et de la charrue, cultivateur distingué, avait adopté l’instrument nouveau après expérience heureuse, et en recommandait vivement l’emploi aux petits cultivateurs de son voisinage ; mais, conformément à leurs habitudes invétérées, ceux-ci ne firent naturellement nul cas de la charrue nouvelle; ils l’avaient regardée fonctionner avec une sorte de dépit moqueur; et, laissée un soir au sillon inachevé, elle fut trouvée le lendemain matin dans l’état où je l’ai vue, c’est-à-dire tout® brisée....
Ne nous laissons pourtant pas aller, à cause de cela, à un sentiment dédaigne x à l’égard du paysan ; vous et moi, et bien d’autres, placés dans les mêmes conditions, soumis aux mêmes influences, ferions exactement comme ils font.' D’ailleurs, n’a-t-on pas vu dans le monde savant se manifester avec passion les oppositions les plus absurdes à toutes les magnitiques inventions de ce siècle ? Quand on songe comment les découvertes les plus glorieuses ont été accueillies tout d’abord dans les régions savantes, on ne reconnaît plus, en vérité, le droit à personne d’être sévère envers la population laborieuse des campagnes, qui est, entre toutes les classes, la plus déplorablement sevrée des connaissances générales acquises à l’humanité, quand c’est celle-là précisément qui devrait être sous ce rapport, et pour les nécessités impérieuses de son travail, la mieux partagée.
Le paysan croit qu’on lui dore la pilule , lorsque, pour le relever à ses propres yeux, jon lui dit que, de toutes les professions dévolues aux classes laborieuses, la sienne est incontestablement la première, la plus utile et la plus honorable. Il veut bien qu’elle soit la première et la plus utile ; mais il conteste qu’elle soit la plus honorée ; il dit même qu’elle est la moins rémunérée, et que le fniit qui lui reste, à lui travailleur, est loin de valoir la peine qu’il se donne. Il s’imagine, d’ailleurs, qu’à tous égards, on le
considère comme inférieur, et c’est avec un sourire beaucoup plus amer qu’il n’est humble qu’il vous répond : « Nous ne sommes que des paysans, nous autres! » Ce nom de paysan lui est particulièrement désagréable ; il est l’équivalent d’une “épithète humiliante; il signifie, dans sa pensée, quelque chose qui tient de la brute ; et il faut bien reconnaître que la population des villes, surtout la portion la plus ignorante, attache à celte appellation un sens dédaigneux.
C’est à tort, assurément; mais si l’on tient le paysan pour inférieur, il est fort enclin luimême à se le tenir pour dit , non à cause de sa personne, mais à cause de sa condition, et dé là, l’une des causes qui détournent trop souvent son esprit du travail des champs, pour le diriger vers le travail prétendu supérieur et le bien-être supposé des villes.
Il semble, d’un autre côté, qu’il se fasse, dans l’instinct des générations agricoles, une sorte de transmission des impressions pénibles de l’époque où elles étaient soumises au servage, et condamnées au travail de la terre. Cette impression, le temps ne l’a pas encore effacée ; et de là encore une partie du secret qui pousse le paysan vers les villes. Il semble, en vérité, que les jeunes gens qui partent du village conquièrent par là même leur affranchissement, tant ils sont heureux d’abandonner la fourche et la faux, et tant ceux qui restent les regardent partir d’un œil d’envie!...
Ce découragement regrettable du paysan, relativement à sa profession, cette tendance fâ-
cheuse à quitter la charrue pour aller grossir le nombre déjà trop considérable des ouvriers de l’industrie, ou, qui pis est, pour endosser la livrée qui les humilie moins que la blouse, ce découragement, dis-je, et cette tendance n’ont jamais été si sensibles qu’en ce temps-ci, et c’est à bon droit que les esprits sérieux en sont alarmés.
Ceux-ci cherchent, sans le trouver, ou sans pouvoir l’appliquer, le moyen de déterminer, parmi la population agricole, un mouvement opposé ; tout au moins, s’ils ne peuvent rappeler aux champs les déserteurs, voudraient-ils que l’on trouvât moyen d’arrêter la désertion. C’est là un problème dont la solution n’est pas des moins embarrassantes. Comme il n’est pas probable qu’aucune personne sensée pense à recourir aux moyens coercitifs pour fixer le paysan au sol, on ne l’empêchera pas de fuir la terre tant qu’à tort ou à raison il croira trouver à la ville ou dans la fabrique des ressources qui lui fassent la vie plus douce et moins humble.
On demandera peut-être quelle vertu aurait contre cette grande plaie l’extension de l’enseignement parmi les populations agricoles ; et l’on pourra même être tenté de croire que, par le fait d’un certain progrès dans le développement des intelligences, le mal ne ferait que s’accroître au lieu de diminuer. Je réponds que cela pourrait bien arriver. Il est à remarquer, en effet, que dès qu’un fils de paysan a reçu quelque instruction, il prend en mépris la profession de son père, et veut aller dans un milieu où les grandes
facultés qu’il se suppose trouvent un meilleur emploi .
Oui, le remède serait peut-être une aggravation du mal, si l’enseignement ne faisait qu’éveiller les intelligences, abstraction faite de toute application professionnelle. Mais ce n’est pas ainsi qu’il serait raisonnable de l’entendre.
Et, pour traiter, en passant, la question, je dis que si, par un bon et large enseignement professionnel, le métier de laboureur devenait ce qu’il doit être, le plus intellectuel et le plus attrayant des métiers; si la vie spirituelle, vigoureusement provoquée, se développait aux champs, par et pour le travail des champs, le produit s’en ressentirait bientôt ; d’autre part, le capital, qui déserte obstinément la terre en compagnie de l’esprit, lui reviendrait certainement avec l’esprit, et l’existence pourrait bien alors paraître au paysan beaucoup plus douce, et beaucoup moins humble aux champs qu’à la ville....
Cela soit dit sans préjudice des moyens nombreux qui sont du domaine de l’économie politique , sur laquelle je n’ai pas à chevaucher ici.
Je reconnais même qu’Ù est aussi facile de rêver pour les populations agricoles de les faire vivre d’une large existence intellectuelle, qu’il est difficile d’expliquer comment la chose pou»*rait se faire au gré des besoins de ces populations et du désir [des amis du progrès. J’essayerai, pour mon compte, de dire comment je comprends que l’enseignement devrait être fait pour donner à la jeunesse laborieuse des
campagnes la conscience vraie de la supériorité du travail agricole sur tous les autres travaux de main, et, en même temps que cette conscience, la science elle-mêtne qui ennoblirait la profession d’agriculteur. Mais, tout en essayant de montrer le grand bien que produirait un bon enseignement professionnel, je ne me dissimule pas la grandeur des difficultés à vaincre. ...
En attendant, poursuivons notre étude des mœurs et de la condition du paysan ; et, pour le prendre sur le fait, asseyons-nous, personnages invisibles, au foyer domestique.
La famille que nous avons sous les yeux se compose de six personnes ; le père, la mère et quatre grands enfants, dont deux fils et deux filles. Le père paraît toucher à la cinquantaine , et l’on serait tenté de croire sa femme plus âgée, si l’on ne savait qu’à la campagne, la femme, mariée et plusieurs fuis mère, est éreintée de bonne heure par l’excès des travaux à sa charge. Celle-ci, en fait, compte quelques années de moins que son mari.
L’aîné des garçons est un assez fort gaillard, d’environ vingt- deux ans, et l’autre est un adolescent d’une douzaine d’années. Les filles sont entre les deux garçons. L’aînée est une femme de vingt ans bientôt , et sa jeune sœur sera femme sous peu : elle a seize ans.
Comme nous sommes au point de vue du sa-
voir, disons de suite que le chef de la famille sait lire et écrire tout juste ce qu’il faut pour se dispenser, à la rigueur, de recourir aux lumières du voisin ou du maître d’école, lorsqu’il s’agit de souscrire une obligation, ou de comprendre ce que lui veut le papier timbré, qui tombe plus souvent que les alouettes rôties dans sa demeure, comme dans celle de ses pareils. Quant à la mère, elle ne sait lire que dans son livre de messe. Le fils aîné n’est guère plus ferré que le père, et les filles plus que la mère. L’aîné, en effet, premier auxiliaire de la maison, a été, dès son plus jeune âge, utilisé autant que possible et n’a guère fréquenté l’école que pendant ces mois d’hiver où le paysan n’a pas grand’chose à faire. Les filles, non moins utiles à la mère , ont été encore plus empêchées d’aller à l’école, si école il y a eu pour les filles dans la commune.
Quant au jeune garçon , il est le Benjamin de la famille, par conséquent le plus favorisé sous tous les rapports, et notamment sous celui de l’instruction. Bien qu’il ait atteint l’âge où d’ordinaire on suppose que les enfants n’ont plus besoin d’aller à l’école, celui-ci continue d’y aller, et nous saurons plus tard dans quelles vues ambitieuses nos paysans dérogent à l’usage. Si léger donc que soit le bagage intellectuel de la famille, il est cependant d’une manière notable au-dessus de la moyenne, non pas précisément de la contrée, mais comparativement à ce que savent les populations agricoles de toute la France.
Le fait est que, sous le rapport des lumières
et, par conséquent, de la culture, la contrée où nous sommes (dans l’Est) est un peu moins en retard que les autres. La population n’y est pas disséminée dans des hameaux plus ou moins éloignés du centre communal, comme c’est le fait d’une ^ande partie des provinces de l’Ouest, du Midi et de tout le pays montagneux. La population au milieu de laquelle nous sommes est concentrée dans les villages, et il est assez rare de trouver une commune sans école primaire.
J’entends parler de l’école pour les garçons ; pour les filles, elle fait encore assez souvent défaut , mais moins qu’ailleurs. Le paysan a donc ici un. avantage considérable dont sont plus ou moins privés les habitants des contrées où les habitations sont quelquefois tellement éloignées du centre communal, qu’il est impossible d’y envoyer les enfants, en supposant qu’il y ait école à l’ombre du clocher. D’une manière générale, le paysan chez lequel nous sommes est dans une condition au-dessus de celle du métayer ou colon partiaire, et, relativement à la masse des petits cultivateurs, on pourrait presque dire qu’il est au-dessus de la moyenne condition.
Voilà pour l’état intellectuel. Voyons maintenant le côté matériel.
Dans la contrée où nous sommes, la propriété est notablement morcelée, et appartient nominalement, pour une moitié à peu près, à ceux qui la cultivent ; mais si l’on lient compte des obligations hypothécaires dont elle est grevée, et des dettes de toute nature, au lieu de dire du paysan qu’il possède à peu près la moitié de son
instrument de travail, il faudra en rabattre sin« gulièrement.
En faisant donc toutes réserves pour les obligations contractées par notre laboureur, s’il n’est que fermier pour une moitié à peu près des terres qu’il cultive, il dira avec un certain orgueil de l’autre moitié : « Mon bien. » 11 peut dire de même de la maison qu’il habite qu’elle est sienne, et que siens sont aussi et le cheptel et tous les accessoires de l’exploitation.
Il a la passion de tout paysan résigné à demeurer fidèle à la charrue : la passion de posséder. Il voudrait être, à tout prix, propriétaire de la terre qu’il cultive. Ce besoin de posséder, qui stimule l’activité du travailleur agricole, et peut lui assurer aisance et indépendance, est sans aucun doute un sentiment louable^ s’il est contenu dans les limites du possible. Malheureusement, notre homme, comme presque tous ses pareils,^ a passé au delà de ces limites, autant par sa propre inspiration que par l’intluence détestable de certains tentateurs qui vivent des transactions.
Toujours est-il que notre paysan a trop acheté ; qu’il a contracté des obligations extrêmement difficiles, pour ne pas dire impossibles à remplir. En effet, tout ce que peut rendre l’exploitation, et tout ce dont la famille peut se priver, ne suffit pas pour faire face aux nécessités d’une pareille situation , et il ré.sulte de cet empressement déraisonnable à s’agrandir outre possibilité, qu’on s’est jeté dans un cercle extrêmement vicieux. On en est venu au point de reconnaître la néces-
silé'd’économiser même sur l’alimentation de la famille, qui jusque-là avait assez bien pourvu à cette nature de besoins.
Depuis quelque temps déjà, on se serre singulièrement sous ce rapport, et les membres de la famille, incomplètement sustentés, ont nécessairement moins d’ardeur au travail ; plus on avancera dans cette voie fâcheuse, plus la culture sera négligée, plus faible sera le rapport, et plus critique la situation de la famille. Cette situation pénible, qui commence à se dessiner, a encore pour conséquence inévitable de troubler l’harmonie intérieure. Au moment même où nous pénétrons au foyer du paysan, nous sommes témoins d’une crise qui nous révèle le profond malaise de la famille, et les causes du découragement des jeunes gens de la campagne.
C’est un dimanche, et la famille vient de prendre le repas de midi, qui est ordinairement le plus réparateur du jour, et, ce jour-là, le plus succulent de la semaine. Les familles un peu aisées de la conlrée où nous sommes, mieux alimentées que partout ailleurs, mangent assez souvent le dimanche, de la viande de boucherie ; la nôtre a dû y renoncer depuis longtemps, et se contenter d’un peu de lard ; comme aussi la piquette, qui d'abord avait remplacé le vin, est remplacée elle-même par l’eau pure, quand la famille est enfermée, et qu’aucun témoin ne peut voir l’état de gêne de la maison.
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Le repas est fini ; mais le père et le fils aîné sont encore attablés en face l’un de l’autre, le premier dans une altitude pleine de tristesse, et le second dans celle d’un homme pris d’une humeur querelleuse.
Le fils, en effet, venait de renouveler, avec une insistance fort vive, une demande prévue, déjà faite la veille et le matin même, mais inutilement : le jeune homme, sous le coup d’un dépit profond, avec tous les symptômes d’une colère prête à éclater, se buttait en ce moment contre l’impossible, encore qu’en elle-même sa demande fût naturelle et son désir légitime. Sa mère et ses sœurs, sentant venir l’orage, étaient debout derrière le jeune homme, non moins attristées que le chef de famille, et se tenaient prêtes à intervenir entre le père et le fils, et surtout contre celui-ci qui, évidemment, ne se contenait plus.
11 s’agissait,- au fond, d’une misère ; mais celte misère est la goutte d’eau qui fait déborder le vase; elle suffit à révéler une situation matérielle et morale grosse de souffrances et de ruine.
C’était, ce jour-là, fête au bourg voisin. La famille y était invitée 'par une famille de ce bourg, amie de la nôtre. Mais l’état de gêne où l’on se trouvait par suite d’échéances qui n’avaient pu être reculées interdisait d’accepter l’invitation. La mère n’avait pu faire les petites dépenses nécessaires pour que la toilette de ses filles n’accusât pas le malaise qu’on tenait à cacher. Le fils aîné est encore présentable sous le
rapport des vêtements ; mais on ne peut, avec la meilleure envie de lui être agréable, lui donner les qiielques francs dont il faut que son gousset, soit garni pour aller à la fêle.
Les filles savent encore maîtriser leur chagrin, qui ne laisse pas que d’être fort vif; mais le frère aîné n’y tient plus; il quitte la table par un mouvement brusque, pousse violemment du pied le banc sur lequel il était assis, et, s’adressant à son père, qui est resté immobile à sa place : « D&idément, s’écrie-t il, vous nous faites la vie trop dure!... Fallait pas tant vous presser d'acheter du bien, puisque vous ne pouviez pas le payer, à moins de nous réduire à rien, et encore que vous ne pourrez jamais arriver!... Nous vivons maintenant plus mal que tous les autres, et avec ça, faut travailler davantage, à moins de laisser en friche les champs que vous avez achetés. Et encore ça me serait égal de travailler plus et d’être plus mal nourri, si je voyais que ça profitera un jour à la maison..., mais pas du tout! Pour qui, je vous demande, que nous travaillons tant, et que nous nous privons de tout? pour les créanciers, les notaires, les huissiers, et tout le diable et son train! Et puis, au bout de tout ça, quoi? On saisira, on fera vendre ce que nous avons, et voilà où. nous aura menés votre rage d’acheter du bien..... »
Accablé sous le poids de ces reproches violents, mais aussi justes au fond que peu respectueux dans la forme, le père est interdit, toujt autant prêt à fondre en larmes qu’à donner cours, à
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la colère qui lui vient aussi. La mère veut intervenir : '
« Malheureux garçon ! peux-tu bien parler comme ça à ton père, qui se donne tant de mal, qui fait tout ce qu’il peut pour vous tons?... Tu sais bien qu’il ne te refuserait rien s’il pouvait! »
— Je dis pas! reprend le garçon; mais, avec tout ça, nous ne sommes pas moins dans le malheur, et ça me dégoûte, voyez-vous!... Je n’ai plus de cœur à travailler, moi! Déjà, l’année dernière , quand j’ai eu un bon numéro , je voulais remplacer; vous n’avez pas voulu, et j’ai obéi. Je le regrette bien , allez I Nous n’étions pourtant pas si gênés qu’à présent, dans ce temps-là ; mais plus ça va , plus mal ça va, et je vois que ça ne peut pas bien finir ! Je trouve que ce n’est plus tenable dès maintenant : mal nourri, mal habillé, pas un sou dans sa poche pour aller le dimanche avec les autres, et puis surcroît de besogne! 0!i ! je n’en veux plus! je n’en veux plus!...
— Eh bien, mauvais! dit le père, en qui le chagrin finit par dominer visiblement la colère, et qui a peine à ne pas imiter sa femme et ses filles- qui pleurent à chaudes larmes, où veux-tu en venir avec toutes tes menaces?
— Où je veux en venir? Pardine ! à quitter la maison! Je m’en irai dans une ferme donc ! J’y gagnerai quelques sous, et après je filerai à Paris. . .
— Ah! dit le père, c’est toujours là où tu en reviens , depuis que tu as vu ce grand flandrin , ce grand fainéant de Nicolas, avec ses habits ga-
lonnés et ses écus qu’il montre , et qu’il a peutêtre empruntés pour venir faire son embarras icil... Vous êtes tous comme ça, vous autres : vous aimez mieux être domestiques à la ville que de rester, dans votre pays, chez vos parents, à labourer la terre avec eux!...
— Avec ça qu’on y est heureux à labourer la terre! interrompit le lils avec un accent plein d’amertume.
— C’est sûr qu’on n’y est pas si heureux qu’à la ville ! reprit le père avec un soupir plus instinctif que volontaire, et qui semblait abonder dans le sentiment de son fils. Eh bien , puisque c’est comme ça, puisque tu n’aimes pas tes parents, que tu veux les abandonner dans la peine, je ne te retiens pas, va- t’en! va -t’en quand tu voudras ; je me tirerai d’affaire comme je pourrai !
— Voyons, not’ Joseph, dit la mère en l’embrassant, voyons, ne fais pas comme ça de la peine à ton père et à nous tous !... Je sais bien que c’est pas gai pour un jeune homme comme toi d’être privé de tout ; mais prends encore un peu de patience ; attends encore une année, là! et lu t’en iras, si tu le veux absolument... » Puis, l’emmenant dans un coin de la cuisine, elle lui remet furtivement dans la main quelque chose qu’elle vient d’ôter du tour de son cou : a Tu vendras ça à l’horloger du bourg, » lui dit- elle tout bas et précipitamment.
Le fils, confus de l’offrande de sa mère, pressé d’accepter par ses sœurs qui ont tout compris, remet au cou de sa mère la croix d’or qu’elle venait de lui donner , et, passant de la
colère à l’attendrissement, il l’embrasse avec effusion. Après un moment de silence , et lorsqu’il peut dominer son émotion, le jeune homme dit qu’il renonce à ses projets , qu’il demeurera tant qu’il le faudra , et il se fait un semblant de réconciliation, qui ne ramène pas le moins du monde la gaieté dans cet intérieur. Aussitôt que le jeune paysan croit pouvoir quitter la cuisine , il court se cacher sur le foin du grenier pour y pleurer à son aise et réfléchir sur la situation de sa famille, et surtout sur la sienne propre, qui lui paraît en ce moment plus triste qu’auparavant. 11 se prend à envier plus que jamais la condition du jeune paysan qui s’est fait valet, et dont le père parlait tout à l’heure. Les vanteries du larbin sont entrées comme un poison subtil au cœur de notre jeune laboureur, et lui font faire sur sa propre situation des retours d’autant plus tristes. La profession de cultivateur est désormais sans attraits pour lui , la pensée de déserter les champs l’obsède, et nous pouvons compter que, malgré ses promesses de tout à l’heure, il saisira la première occasion pour déserter.
Les autres membres de la famille ne se font pas illusion quant aux promesses du jeune homme ; ils s’attendent à le voir s’en aller un jour ou l’autre, et la mère sent parfaitement elle-même qu’elle est à bout de raisons ; chaque fois qu’elle obtient une promesse plus ou moins
vague , elle n’y fait fond que, pour une saison au plus. Cette menace incessante de perdre les deux bras vigoureux du jeune laboureur devrait peutêtre ramener la pensée de ces paysans sur leur plus jeune fils, et , puisqu'ils lui croient une intelligence au-dessus de l’ordinaire, ils devraient le faire instruire en vue d’en faire un agriculteur habile et capable de relever un jour la maison. Cette pensée , je dois le dire , n’est jamais venue à leur esprit. Le père et la mère ambitionnent pour leur jeune garçon une tout autre existence que celle de cultivateur, et ce n’est certes pas pour si peu qu’on entend lui laisser tout le temps d’aller à l’école, malgré quil ait fait sa première communion, et qu’il en sache , dit-on, presque autant que son maître.
« Puisque not’ petit a tant d’esprit, dit la mère, ça ne serait-il pas dommage qu’il ne soit qu’un paysan comme nous, dis, l’homme?
— AhI oui, que ça serait dommage tout de même î fait l’homme.
— Alors, faut le pousser le plus loin possible : M. le curé le protège, parce qu’il lui sert bien la messe ; il peut le recommander à des personnes puissantes; il a déjà laissé entendre qu’on pourrait l’admettre au séminaire pour rien... Quel bonheur pour lui, et quel honneur pour nous, si ça se pouvait I S’il devenait prêtre, il serait nommé desservant dans une commune de la contrée ; puis il deviendrait curé au canton : alors, il nous prendrait avec lui pour passer nos vieux jours, et nous aurions comme ça du bon pain sur la planche , sans compter la gloire d’a-
voir un fils qu’on,appellerait « Monsieur le curé,i gros comme le brasl... »
C’est surtout la mère qui caresse ce beau rêve. Il est bien entendu qu’il n’est pas question de savoir si le fils montre à un degré quelconque une vocation conforme à l’ambition de ses parents. « Puisque le garçon a de l’esprit, qu’il » pourrait apprendre le latin, qu’il serait à l’abri » de toutes nos tribulations, que la vie lui serait » douce, qu’il serait au-dessus des autres , et » qu’il pourrait nous être utile, est-ce qu’il y a » à s’inquiéter d’autre chose? »
Ainsi raisonne naïvement la mère ; ainsi raisonnent exactement toutes les mères, même celles qui passent pour éclairées, qu’il s’agisse, pour leurs fils, ou du séminaire ou de l’Ecole polytechnique, ou de toute autre voie pour monter au-dessus du commun des mortels.
Le père n'est pas moins ambitieux que sa femme à l’endroit de son jeune fils. Seulement, il est moins porté vers la soutane. Cependant, faute de mieux, il se résignerait à la lui voir endosser. Un gros propriétaire du voisinage avait conseillé à notre paysan de pousser son garçon dans le sens-de l’enseignement nécessaire pour être admis à l’école d’agriculture de Grignon. Ce riche voisin s’était évertué à faire comprendre à notre homme tous les avantages qu’il y aurait pour son fils et pour la bonne culture dans le pays, s’il pouvait entrer à celte école. Il lui garantissait qu’à sa sortie, le jeune homme, s’il ne prenait la direction de la maison paternelle, ne manquerait pas de trouver une bonne position
d’ingénieur agricole dans quelque gi'ande exploitation. Mais ces conseils glissèrent. parfaitement sur l’esprit de notre paysan. « Un ingé- » nieur agricole ! qu’est-ce ça ? Saurait-il mieux » tenir la charrue que nous autres , ou mieux » conduire la herse , ou semer mieux ? Et puis, » en supposant qu’il soit plus savant que nous, » ça ne ferait pas pousser le blé plus vite, et le » garçon ne serait toujours, malgré sa préten- » due science, qu’un paysan comme nogs!... »
Tels sont les raisonnements que se fait à luimême le paysan pour avoir le droit de ne tenir nul compte du bon conseil qu’on lui donne.
Parlez-lui de faire de son fils, quand il sera savant, un homme de bureau, à la bonne heure 1 ou, ce qui serait bien plus conforme à son ambition, parlez-lui des moyens de pousser le garçon jusqu’à pouvoir un jour, au moyen d’un bon mariage , acheter celte charge dont les titulaires sont si redoutables aux petits propriétaires ruraux, la charge d’huissier 1 voilà qui serait beau ! à la bonne heure! Mais faire de son fils un... agronome, comme disent les savants, c’est-àdire encore un homme tenu à la terre, « ah benl j’aimerais autant le garder avec rièoi. Je lui en montrerais assez pour manger son bien... »
Si notre paysan était moins malaisé , son ambition, naturellement, serait plus haute; il rêverait pour son fils le notariat, ou tout au moins la médecine ; car, à ses yeux, le notaire, gagnant plus que le médecin, lui est bien supérieur. C’est donc l’incurable ambition de tout paysan, chef de famille, de rêver pour ses fils.
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pour l’un d’eux au moins, d’en faire un monsieur, un supérieur au paysan, afin de pouvoir dire avec orgueil : « Mon fils le curé, ou mon fils le notaire, ou mon fils l’huissier. » Et pour pouvoir parler ainsi de son fils, qui semble le relever de sa prétendue infériorité, il n’est pas de sacrifices que le paysan ne soit disposé à faire.
Aussitôt donc qu’un garçon laisse croire, à tort ou à raison, qu’il peut faire mieux qu’un cultivateur, ses parents sont pris par la pensée dominante de le faire partir; et le jour où il part, il emporte avec lui l’écu à grand’peine économisé sur le travail de la terre et qui servirait si bien à la féconder. Si encore le jeune homme revenait riche de lumières, pour les répandre autour de lui et relever la profession d'agriculteur ! Mais il n’en est pas ainsi. C’est fort heureux quand il c'nsent à revenir au titre honorable de médecin, et encore ne m’est-il pas démontré que les médecins de campagne ne soient pas nés , pour là plupart, à la ville. C’est un fait incontestable que tout individu qui échappe d’une manière quelconque à une condition qu’il croit inférieure, éprouve une répugnance énorme à revenir dans ce milieu, à moins que ce ne soit pour le dominer. Et pour le paysan particulièrement, s’il est lettré, il voudra bien revenir au titre du monsieur qui dit la messe, ou du monsieur qui fait les contrats, ou du monsieur qui fait les assignations, protêts et saisies, voire même, à la rigueur, du monsieur qui donne ses soins aux malades; mais revenir
coiiiine ingénieur agricole, fi donc ! retourner au travail de la terre !... il aimerait mieux être le dernier des pions du dernier des marchands de soupe!... Et quant au paysan illettré, qui a quitté le pays et qui n’est à la ville qu’un pauvre manouvrier , il ne se montre guère moins dédaigneux du travail des champs.
C'est sous l’influence de cet esprit déplorable que tout ce qui se produit de précieux aux champs, intelligence, force physique, jeunesse, capitaux, tout s’en va successivement à la ville et ne fait presque jamais retour à la terre. On lui prend tout, ou à peu près, et on ne lui rend à peu près rien.
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Par. l’effet de ce vertige qui s’empare des paysans, de ce mirage qui les attire vers la ville, notre famille va perdre trois de ses membres, et le travail des champs sera privé de trois bonnes paires de bras. Nous savons déjà que c’est un parti bien pris de faire du jeune garçon autre chose qu’un cultivateur. Nous n’ignorons pas non plus que l’aîné est profondément découragé, et qu’il ne songe plus qu’au moyen de gagner la somme suffisante à son départ pour Paris. Mais voici que la grande fille est prise du même mal que son frère, non précisément par esprit de révolte contre les difficultés de la vie dans la maison paternelle , mais surtout pour la cause que voici. Elle était recherchée en mariage par le fils* d’un cultivateur un peu moins
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malaisé <^ue le nôtre. Mais comme tout se sait dans un village, quelque soin qu’on mette à dissimuler sa détresse, le prétendant à la main de la jeune fille acquiert la certitude que la dot de celle-ci est plus que compromise, et, en homme positif, il tourne ses vues d’un autre côté. De là, grande mortification pour la jeune fille, comme on le comprend bien : elle porte la peine de la passion de son père à acheter plus qu’il ne peut payer ; et elle veut aller cacher au loin son chagrin et son dépit. Au fond, et bien qu’elle n’ose l’avouer hautement, elle n’est pas sans éprouver aussi cet étonnant dégoût delà vie des champs, qui s’empare de la jeunesse qui y naît, et ce sentiment ajoute une force de plus à son désir bien arrêté de s’en aller. Elle a su, d’ailleurs, gagner sa mère à son projet, et celle-ci a, de son côté, obtenu l’assentiment du père ; tous deux sont amenés à laisser partir leur fille, par cette considération que, d’une part, la seconde fille peut, à la rigueur, suffire avec la mère aux nécessités du ménage, et, d’autre part, que l’aînée, si elle a la chance de trouver à Paris une bonne place, ce qui est présumable, pourra bien, avec l’habileté ordinaire aux servantes, économiser la totalité de ses gages, et l’envoyer à ses parents. Gela leur apparaît comme une compensation parfaüement acceptable, et l’on décide que l’on vendra au prochain marché quelques moutons pour faire les fonds nécessaires au départ de la jeune paysanne.
Elle était partie depuis peu de temps, lorsqu’une nouvelle crise intérieure décida le fils
aîné à partir aussi. Mais comme c’était contre le gré de ses parents, il dut aller s’engager comme journalier dans une ferme des environs pour y gagner l’argent de son voyage et de son établissement dans la capitale.
Après son départ, le père, fort embarrassé de la perte des deux bras les plus vigoureux de la maison, et ne pouvant prendre un domestique de la force de son fils, se contenta d’un jeune garçon d’une quinzaine d’années pour le seconder tant bien que mal dans son dur labeur.
Le cercle dans lequel s’est enserré follement le pauvre cultivateur devient, on le voit, de plus en plus vicieux.
Si pénible que soit devenue sa situation, si grand que soit le tort que lui font les bras absents des deux aînés de ses enfants, il se garde bien de détourner le plus jeune « de ses études. » Gela serait vraiment dommage ! Et puis il est si délicat! On ne démord donc pas des projets qu’on a formés. On s’est même enquis des moyens de faire entrer le garçon au séminaire ; grâce aux démarches actives de monsieur le curé, le jeune garçon y est admis à titre de demi-boursier, et les parents, pour subvenir aux frais nécessités par cette entrée au séminaire, ont dû vendre la meilleure de leurs deux vaches.
Et voilà çomment s’en va tout ce que produit le travail de la terre.
Certes, j’aurais bien mauvaise grâce à dire au fils du paysan : a Fais le métier de ton père, les vaches seront bien gardées; » elles seront fort mal
gardées, si ie travailleur prend en dégoût son métier ; et cette seule considération suffit pour laisser à chaque individu, paysan ou autre, la faculté entière de changer de condition.
Mais ayant fait toutes réserves pour le droit incontestable du paysan de troquer sa condition d’agriculteur contre celle de rouage vivant de l’usine, ou d’homme de peine, ou, ce qui pis est, de valet, toutes ces réserves faites, dis-je, on ne me prouvera pas qu’en lui conseillant de rester à la culture de la terre, qui est un travail autrement noble et intéressant qu’aucun de ceux qui peuvent lui échoir à la ville, je cours le risque de violenter une vocation précieuse.
Quant aux fils de paysans plus ou moins aisés qu’on envoie étudier à la ville, je n’y vois aucun mal, au contraire. L’instruction, en développant leur intelligence, peut donner à la science ou à l’art des sujets distingués; et il ne faudrait pas regretter le capital prélevé sur le produit du travail de la terre qui féconderait le domaine de l’esprit. Mais il faudrait bien que l’esprit n’eût pas un si profond dégoût pour le travail de la terre, et qu’il voulût bien y revenir quelquefois. Or, nous savons combien ces retours sont rares, et à quels titres reviennent, dans les campagnes,, les fils lettrés des paysans.
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Suivons, si vous le voulez bien, ces déserteurs de la campagne, qui vont à la ville chercher condition plus doUce et moins humble.
Il m’a été donné d’en voir beaucoup, et j’en dirais long s’il fallait conter tout ce que Je sais des misères qui attendent à Paris ou dans les centres manufacturiers les échappés du village. Mais je ne veux parler ici que des trois enfants que nous avons vus partir de la maison du paysan.
La fille, arrivée la première, et stylée par une payse, servante à Paris, n’a pas tardé, en se faisant inscrire dans un bureau de placement, à trouver une place de bonne d’enfant, qu’elle quitta bientôt, parce qu’elle y était mal. Elle n’y était pas, en réalité, si mal qu’elle voulait bien le dire. Ses maîtres étaient de braves gens, qui, pour la première fois, prenaient servante. Le chef de famille, ancien paysan lui-même, devenu l’un des plus célèbres écrivains de la démocratie , et voulant être conséquent à ses principes, entendait que la jeune domestique fût traitée comme si elle était de la famille ; qu’elle mangeât comme la famille à la table commune.
Cela ne parut pas d’abord étrange à la jeune fille, attendu que c’était conforme aux coutume.' du pays. Mais lorsqu’elle conta à d’autres bonnes du voisinage comment élle était traitée ; « qu’estce que cette baraque-là? » firent-elles, étonnées au dernier point. « Plus souvent, disait l’ime, que
je voudrais une place comme ça ! — Je vous enverrais joliment promener de pareils maîtres! disait une autre. — Ce qu’ils en font, disait une troisième, c’est pour qu’ils sachent ce que vous mangez, ma pauvre fille! quittez donc ça tout de suite. ))
La jeune paysanne trouva raisonnable tout ce qu’on lui disait; elle quitta cette maison, trop simple pour elle ; et, de place en place, elle a fini par en trouver une dans une famille étrangère, avec laquelle elle est partie au fond de la Russie. C’est, du moins, ce qu’elle a fait écrire à sea parents, en leur envoyant une cinquantaine de francs, la seule part qui leur soit jamais venue de cette totalité des gages qui les avait alléchés. Mais « des payses, » qui se croient bien informées, prétendent que la lille n’a pas quitté Paris; qu’après avoir été, dans une famille, l’objet des attentions tolérées d’un grand garçon qui sortait du collège, elle aurait été renvoyée de cette maison, sous prétexte ou pour le motif sérieux que la jeune servante n’était pas exclusivement l’objet des attentions du fils ; qu’à sa sortie, elle se serait mise en chambre, et y aurait mené cette vie aventureuse et peu édifiante qui est celle de tant d’échappées du village; qu’enfin, de chute en chute, elle serait allée s’engager dans certaines exploitations qu’on ne nomme pas...
Certes, elles ne finissent pas toutes de cette manière ; mais il est acquis que les campagnes fournissent au moins les deux tiers du personnel fort nombreux des entreprises dont j’entends parler...
Son frère est arrivé ensuite. Mais l’ami sur lequel il comptait, le grand Nicolas, voyageait, assis derrière la berline de ses maîtres ; et ce protecteur lui faisant défaut, il fallut, tant il était près de ses pièces , aviser' promptement à gagner sa vie. Des « pays » qu’il avait rencontrés lui conseillèrent d’aller s’embaucher aux carrières de la banlieue de Paris ; ce qu’il fit. Il n’y était pas depuis deux heures, qu’il se prenait à regretter amèrement l’existence qu’il menait au village. Cependant, nécessité, cette grande mère de vertu. Je contraignit à' demeurer dans cet enfer. Au bout de quelques semaines, ayant eu la main prise sous une pierre et tant soit peu endommagée, il fut admis à faire l’écureuil sur la grande roue qui monte les blocs, et qui menace, si la corde casse, d’envoyer à cent mètres de là — ce qui s’e^t vu — les malheureux qui la font tourner par leur propre poids, en même temps que, le cas échéant, le bloc écrase, en retombant, les ouvriers qui, du dessous, tiennent les cordages qui servent à guider la masse montante.
Notre jeune paysan quitta la carrière à pierre pour la carrière à plâtre, et celle-ci pour tourner, pendant douze heures par jour, et pour cinquante sous, la roue d’un découpeur de bois du faubourg Saint-Antoine. Le travail ayant manqué au découpeiir, notre garçon s’informait auprès de cureurs d’égouts des conditions d’admission dans ce corps, lorsqu’un « pays » lui trouva une place d’homme de peine, ou garçon de magasin, si l’on aime mieux, dans un grand dépôt de pa-
piers pour l’impression. — C’est là que je l’ai rencontré, portant du malin au soir des tas de rames des voitures au magasin, et du magasin aux voitures. Il gagnait alors deux francs soixante-quinze centimes, et dépensait vingt fois plus de forces qu’à la ferme ou chez sôn père. . . Comme je savais son histoire et ses illusions, je profitai de l’occasion pour lui faire avouer que la vie parisienne n’est pas si semée de roses qu’on s'e plaît à le croire dans les campagnes. U me citait, il est vrai une foule d’individus qui, domestiques ou gens de peine, avaient fini par se faire une position aisée. Je lui fis observer ciue, pour un qui réussit par des moyens plus ou moins honorables, à so faire une position passable, il y en a cent qui ne peuvent s’élever audessus de la condition où il est lui-même. — De plus, je lui fis voir de près l’état envié des ouvriers de l’industrie; je lui fis comparer les conditions hygiéniques (Je la fabrique avec celles de la ferme, la nourriture de l’ouvrier avec celle du charretier, la ténacité obligée de l’ouvrier au travail, avec le laisser-aller si lent, du travailleur agricole. En un mot, je lui fis voir et comprendre les choses comme elles sont. Si bien qu’il finit par m’avouer que, tous c(jmptes faits, la profession d’agriculteur,' comparée à toutes les autres professions exercées dans les villes, peut bien avoir ses charmes ; et. le jeune paysan, décidé à retourner au village, pour aider son père à se relever, n’.hésitait pins ({ue par la crainte que les camarades du pays ne se moquassent de lui. Bref, je le déterminai ; il
partit, et je crois qt:V'il n’aura plus la tentation de revenir.
Quatre ou cinq années après le départ de Paris du jeune paysan, son jeune frère m’arriva, porteur d’une lettre d’un mien parent, qui connaissait des amis de sa famille, et qui, sur ce qu’on lui avait dit du jeune homme, me le recommandait fort. Celui-ci avait jeté le froc aux orties, ou on l’avait jeté lui-même à la porte du séminaire : c’est ce que je n’ai pu savoir clairement. Il prétendait qu’au moment de recevoir le premier degré d’ordination, il avait reculé, sous l’inspiration d’idées contraires à celles qu’on aime dans le prêtre. Il se vantait. Je voulus savoir quelles étaient ces idées, et je n’obtins au- . cune réponse sérieuse. Le Benjamin, pour être bourré de latin, n’en était pas moins un sot de première qualité, en même temps qu’un sot des plus prétentieux. J’essayai vainement sur lui l’épreuve que j’avais faite avec succès sur son frère aîné. Retourner au village! Mieux aurait valu conseiller à un affranchi de retourner en esclavage ! De tous les individus qui reçoivent avec plus ou moins de fruit l’enseignement secondaire, ceux qui ont le plus horreur du travail manuel sont assurément ceux qui sont nés de travailleurs, et qui, par hasard, sont appelés à prendre part aux trésors du savoir humain. Si faible que puisse être la part qu’ils ont su prendre, elle semble leur donner le droit de se considérer comme affranchis à jamais du travail manuel, et telle est leur répugnance, qu’ils subi-
raient les misères les plus affreuses plutôt que de faire œuvre de leurs mains. 11 semble, en vérité, qu’ils feraient œuvre servile I...
J’envoyai au diable mon défroqué, qui, après maint effort pour avoir « un poste, » a fini par entrer comme pion dans une fort chétive pen sion; souffre-douleur des gamins qu’il conduit au collège, à la promenade, et partout; il gagne tout juste ce qui est nécessaire pour se vêtir de la plus piètre manière... Mais, enfin, il n’est pas rien qu’un ouvrier ou rien qu’un paysan...
En ai-je dit assez pour montrer la nécessité de porter aux champs la lumière, qui, sans retenir au village les vocations étrangères à la culture, feraient comprendre aux paysans que ce n’est pas à la ville ni dans la manufacture qu’ils doivent aller chercher la vie plus douce et moins humble?...