‹ De l'ensemble des moyens de la solution pacifisteChapitre 5 sur 9 · DE L ENSEMHLE DES MOYENS · texte numérisé non relu

DE L ENSEMHLE DES MOYENS

sortir de l'école ou du collège. Nous passons sous silence les cours d'aduUes et autres moyens similaires qui prolongent quelque temps l'inslruclion première et peuvent confirmer ce qui est acquis. Il est une autre éducation qui dure toute la vie et que maintenant chaque homme, même du peuple, reçoit, pour ainsi dire, chaque jour ; c'est celle qui est donnée par la lecture, laquelle est devenue un véritable besoin moderne. Le journaliste, par exemple, est un insiiluteur continu, pas toujours très instruit, mais toujours actif, entreprenant, souvent enthousiaste, et rapproché de son Iccleur au degré convenable, c'est-à-dire un peii supérieur. Tout le monde lit un journal, surtout son journal, c'est-à-dire celui dont les idées sont conformes à la gêné-' ralité des nôtres. Celle conformité constatée, le lecteur se livre pieds et poings liés à son journaliste, adopte toutes ses théories, croit aux fails, tels qu'on les lui présente, se laisse entièrement conduire. Cela n'est pas surprenant ; l'habitude opère une véritable suggestion inconsciente. La nourriture intellectuelle est attendue tous les jours avec impatience, absorbée avec plaisir, lentement digérée, la mentalité s'en sature, il n'y a plus de place pour d'autres influences. Celh^ inlluence n'est pas seulement individuelle, elle devient familiale^ le journal domestique est entre les mains de tous, chacun vient y piiiser ce qu'il devra penser pendant vingt-quatre heures.

lié bien ! cet instrument précieux de la presse quotidienne agit involontairement contre l'idée pacifiste. Ce n'est pas que la plupart des journaux soient favorables à la guerre en elle-même, mais ils suggestionnent dans le sens du chauvinisme et du militarisme. Ils sont pleins de la relation des faits de ce genre, et lors qu'ils les racontent, ils ne montrent jamais les revers de cette médaille. Dans une bataille, par exemple, il y a eu tant d'hommes tués et tant de blessés et c'est tout. Une ville a été assiégée, elle est prise, on a bombardé et c'est tout. Aucun détail, et cependant, c'est le détail seul qui donne la véritable physionomie. Tel général s'est couvert de gloire, on ne dit pas à quel prix. Tout ce qui peut créer terreur ou compassion est écarté. D'autres fois le journal est indilférent, mais il raconte toutes les pompes militaires, il se couvre de panaches. L'esprit du lecteur ne voit que ce qu'on lui montre. Il faudrait donc lui montrer toute autre chose, c'est-à-dire la vérité. Nous avons dit déjà quelle est cette vérité. Ce serait la plus haute mission de la presse de la révéler enfin, de prendre partout et à chaque instant le parti de la paix, mais bien plus encore, car les s-î^ntinionts sont plus puissants que la raison mémo, do raconter et de décrire, non seulement les faits de la guerre r)Our en faire comprendre la cruauté et l'injustice, niais les faits de courage pivil, de sauvetage, pour les faire ad-

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mirer au-dessus dos autres. La presse doit être antimilitariste, antichauvine, sans cesser de rendre hommage au courage individuel de celui qui meurt et qui souffre pour son pays. Ce que l'école a commencé, c'est surtout la presse qui peut le continuer.

C'est elle qui a sur Tadulte l'influence la plus grande. Cependant il est un autre genre de lecture qui exerce aussi une action profonde, parce qu'elle est très répandue et qu'elle convient singuliiTcnient aux besoins rudimentaires de l'esprit, c'est celle du roman. Cette lecture est aussi prescjue quolidiennc. D'antre part, elle agit tout particulièrement sur l'esprit des femmes. Le besoin d'œuvres ■ de pure imagination, d'illusions magiques qui font oublier la vie vécue est d'une intensité incroyable. L'enfant est avide de contes, de fables, les peuples naissants, de poèmes héroïques, tout le monde, de romans. Ils causent une impression vive et prolongée. Cependant, pendant longtemps au moins, ils n'ont pas visé à un but. ni au triomphe d'une idée. Leur action était inconsciente. Cependant elle s'exerçait et malheureusement dans un sens contraire à l'idée pacifiste. L'Iliade, les poèmes du ^lovcn Age ne sont remplis (juc de faits d'armes. Les romans proprement dits ont commencé par ceux de cape et d'épée ; lorsque le roman était liisloriquc. il le fallait bien, puisqu'on ne trouvait que cela dans l'histoire. Il ne s'oc-

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cupaîl que des monarques, de la vîe du ^rand monde, des prouesses d'antan. Aujourd'hui le roman historique esL passé de modo, mais celui qui l'a remplacé était surtout mondain : s'il no narrait pas de guerre, it était rempli de combats singuliers qui venaient presque toujours dénouer l'hitriguc. Le duel y remplaçait la guerre, il y était parliculiÈremcnl en honneur ; le roman ne pouvait pas plus s'en passer que de l'adultÈre. Celait toujours la force mise en honneur. Maïs le roman tout à fait contemporain a évolué. Il est devenu trÈs souvent le roman à thèse, le roman écrit pour faire triompher une idée, surtout une idée sociale; l'école réaliste est en ce sens et plusieurs autres. Victor Hugo a réhahihté. autant qu'ils pouvaient l'être, plusieurs des damnés de la vie, et après lui, l'œuvre a continué.

C'est cet instrument précieux iju'il Faudrait employer au proCt de l'idée pacitiste. [tien de plus Facile, et il est incroyable que la pensée n'en soit pas venueaux romanciers plus souvent. Ils décriraient les batailles, les sii-ges, les invasions, non point exclusivement sous leur aspect brillanl, mais aussi sous leur côté le plus sombre, non point en général, mais d'une manière concrète, en j mêlant leurs personnages, ce qui ferait leur supériorité sur tous les autres protagonistes delà paix. Au lieu de vanter sans cesse la combativité, d'exalter l'orgueil, même légitime, ils élève-

raient bien au-dessus la pitié. Ils n'auraient d'ailleurs qu'à puiser dans Thistoire, cette mamelle intarissable. Les peintres de bataille ont bien opéré ainsi ; ce qui rend leur œuvre saisissante, c'est qu'ils n'ont rien voilé ; les blessés sont Là pantelants, ayant quitté toute pose théâtrale, on les sent souffrir, on les voit mourir. Le romancier a 'h même puissance, il nous a assez saturé de prostitution et d'adultère; qu'il se retrempe à la source vive de la pitié sainte ; qu'il évoque dans ce but le champ de bataille et qu'il en ramène la paix.

A son tour et aussitôt après le roman, c'est l'œuvre théâtrale qui émeut le plus communément les esprits. Elle n'agit pas quotidiennement comme la presse, pas aussi fréquemment que le roman, l'habitant de la campagne y échappe, mais cependant c'est une très grande force, d'autant plus qu'ici on voit de ses propres yeux ; on a dit que voir, c'est savoir, c'est plus que savoir ; car c'est savoir non abstraitement, mais d'une façon sensible. Aussi le drame et la comédie, plus encore que le roman, ont-ils été des plaidoiries éloquentes en faveur de telle ou telle thèse sociale, depuis le Faust de Goethe, jusqu'à Marion Delorme de Victor Hugo, la Dame aux Camélias et Le fils naturel de Dumas, sans compter les contemporains; ils ont fait triompher dans le cours du siècle dernier des théories nouvelles contre lesquelles l'opinion publique se

lebclJait et que le talent des auteurs fit accepter. 11 en serait de même si le théâtre entreprenait de faire pénétrer partout l'idée pacifiste, d'accord avec le roman, il pourrait accomplir cette merveille et retourner l'opinion, comme il Ta fait pour de moins importantes et de plus obscures questions.

A son tour l'éloquence a prise sur tous les esprits et surtout sur ceux des masses. Si elle se mettait de la croisade, elle assurerait le succès. Cette idée d'ailleurs n'est pas neuve, et pour ce motif nous insistons moins. Les conférences organisées dans ce but sont fréquentes. Le sujet est facile et prête à l'inspiration. Mais on s'y perd trop dans les généralités et les raisonnements, ce n'est pas ce qui touche l'âme populaire ; il lui faut des représentations plus concrètes. Ce n'est pas lorsqu'on s'adresse à elle qu'on doit s'efforcer de trouver les voies et moyens ; cela s'adresse plutôt aux dirigeants. Ce qu'il faut ici, c'est émouvoir, montrer ce que la guerre a de cruel, d'inique et de ruineux pour tous (on dit que la guerre Uusso-Japonaise coûte aux Russes seuls beaucoup de millions par jour), expliquer comment c'est la classe populaire qui en supporte le plus les maux, c'est alors que la chair a canon sera vraiment émue ; elle sera plus sensible aux soulTrances d'elle-même qu'à celles de toute la nation. C'est ainsi que le chauvinisme disparaîtra, ce n'est pas par une froide et

DE L E:*SEMBLE des HOTErtS

pluii ou moins savante argumentation. Lu parole

a un grand attrait, c'est la masitjui' de lu pensée, de m^m

que le théâtre en est la pe'mtare.

Enfin dans !e même ordre d'idées, reste l'hisloire. No^ avons vu combien elle a été défigurée, faussée et toui eiclusivcment vers la gloire militaire, le danger qui i résulte, et comment elle pourrait être retournée ■ paix; il faut qu'elle dise enfin les véritif s cachées, et q livre par excellence, la Bible du pacifisme, ne serait q l'histoire rectifiée. C'est elle qui parlerait le plus éloc ment. Mais parmi les travailleurs on a peu le temps h lire l'histoire, c'est une occupation trop sérieuse pour] délassement, les mojens précédents seront plus elîîcao) C'est à l'âge do l'éducation que l'histoire rendue à l'eiaq titude produirait les plus puissants eUets.

Telle serait la préparation de l'adulte après celle i l'éliive, elle se ferait par le journal, le roman, le tfaéi la parole et la lecture de l'histoire.

3° L'action du monde Cl de la mode.

Ce n'est pas seulement la presse et le roman i s'adressent dirocfemetit à l'opinion pu!]lique pour ] former et la dominer. II est une autre puissance mysl rieuse qui exerce sans contrainte un empire st

bien supérieur i celui de tous les Codes. Celte | n'a qu'un mol à dire pour faire fléchir loules les volontés; elle peut même se taire et seulement regarder, sourire, cela suffit. Cependant elle es l très futile, rarement juste, extrêmement capricieuse, mais on ne lui reproche jamais ses défauts. Tout le monde l'a reconnue h ce portrait, c'est la mode, autrefoia l'étiquette des cours, aujourd'hui la simple mode du monde. Dès qu'un vêtement, un ornement, une œuvre d'art, ou une idde peut en faire la conquête, il est sûr de triomplier ; il est vrai que celle conquête est difficile, mais d'une personne aussi capricieuse on peut tout espérer.

C'est cette mode qu'il faudrait conquérir h la cause de la paiï. La mode lui est précisément contraire, jusqu'à présent, elle reste l'avorahlc à l'esprit guerrier, comme h toutes les idées aristocratiques. Elle n'est pas encore tournée vers la science ou ne l'est qu'un peu ; elle ne l'est pas non plus vers les actions d'tiumhle héroïsme ou de simple sauvetage. Mais elle est ondoyante et variée et il est possible de rendre de bon ton les idées pacifiques ; dès lora on deviendra pacifiste par snohismc, mais qu'importe, pourvu que le résultat soit obtenu I

11 serait trop long d'eiposer ici les divers moyens qu'on pourrait employer pour faire cette conquête de la moJc, noua parlerons bieiilùl du réminisnu-, et cocumc

3o DE l'ensemble des moyens

la femme est la reine de la mode, il suffirait de la convertir à cette noble cause ; nous verrons combien cela serait facile. D'ailleurs, la mode n'a-t-elle pas puissamment servi à des améliorations sociales utiles ? En tout temps divers sports ont été en usage en Angleterre, gymnastique comprise, et ont puissamment favorisé la santé et là force de la race. En France, au contraire, la mode y était contraire, mais à partir de 1870 elle opéra un revirement complet.

Ce qui maintient surtout la guerre à la mode, c'est le militarisme. Toutes les familles dirigeantes comptent parmi leurs membres beaucoup d'officiers dans rarmoe ou dans la flotte, qui pour certaines raisons ne pourraient ou ne voudraient remplir d'autres fonctions. D'aucuns ne craignent pas de dire qu'il faut la guerre et une armée pour qu'il puisse y avoir des ofliciers. On sent rx)mbicn cette idée est absurde, mais elle prévaut. Avant de faire la guerre à la guerre, il faut faire la guerre au militarisme. On y parviendra en mettant à la mode l'antipode de la guerre, la science. On ne peut détruire une idole sans la remplacer par une autre, ici Técliange est avantageux. Le militarisme d'ailleurs est ébranlé par l'obligation du service pour tous, l'armée^ n'étant plus fermée, mais ouverte, ne se sépare plus de la nation que par une limite imprécise.

DE LA SOLUtIoN PACIFISTE 3l

4° La suppression du duel.

])eux instilulions sont parallèles exaclemcnl et de même nature : la guerre et le duel, l'une entre nations, l'autre entre individus ; elles jouent le même rôle. Audessus des dilTcrents peuples, lorsqu'un litige surgit, il n'existe pas de supérieur commun qui puisse le juger ; réduits à eux-mêmes, ils ne peuvent obtenir de solution que par la force ; autrefois il en était de même de province à province, de château à château, d'où les guerres privées ; enfin, entre individus, lorsqu'un crime avait été commis, la société ne se chargeait pas de faire indemniser ni de venger la victime, c'était celle-ci qui le faisait ellemême par la vendetta. Plus tard, la vendetta disparaît, mais la société n'intervient qu'indirectement pour surveiller la lutte loyale ; les deux parties se font une guerre individuelle qui est le duel. Aujourd'hui, il est vrai, la société se charge de rétablir l'ordre et légalement le duel est interdit, puisque le tribunal supérieur existe, mais en fait il continue de subsister, il semble seul topique pour certaines natures d'oflcnse, il est aristocratique, l'opinion le favorise, le législateur n'ose le punir que dans certains pays, le juge presque nulle part. C'est une institution latérale de l'individualisme. 11 est de droit commun entre les membres de l'aristocratie du sang, les militaires, les

L EKSBMBLE DES

di^pulés, les joun aïs il se répand le la société, qui

l'ordonner dans ui

lalistcs, c'est là Kin domaine spécial ailleurs. Ce qui est fort ciii'ieu) le prohibe pour la forme, va j I cas : le militaire offensé, qui ne v^

pas se battre en duel, est puni par l'autorité de peines ciplinaires. C'est alors le duel reposant sur la guernj comme ailleurs la guerre corps à corps repose sur le duf 11 est impossible de concorder plus exactement que | le font CCS deux institutions, mais leurs cfTels externesd réciproques sont encore plus remarquai) les. Le duel est S guerre en réduction, il est, comme l'autre, précédé d'u déclaration et soumis à certaines règles ; il est comme^ guerre, tantôt au premier sang, tantôt à mort. Souv^ c'est une futile question de vanité qui cause l'un et l'aatl Les duellistes se réconcilient après la lutte, comme \ combattants signent des traités de paix. On ne doit dtq pas s'étonner si le duel conserve la guerre, et la guerr duel, la combativité reçoit satisfaction dans les deux c Tant que la guerre subsistera, il sera très difficile d'abc le duel et réciproquement, parce que les deux dérivent d même principe. Le duel est l'image de la guerre, 1 plus encore que la chasse. C'est ainsi qu'on se fait la D pour pouvoir ensuite accomplir les grands carnages. Qw pitié pourra-t-on avoir pour des masses d'ennemts i njmcs combattus par des armes anonymes aussi, ;

a pas pour

lin Hilversairp connu, c

r..i,(|uo

loi

est bretteur et que l'autre émolion, et duquel on joue 1 cas le plus honomblc ?

L'abolition du duel dont i ici les moyens serait donc ui utiles de l'abolition de la gui copique, elle dispraUrait a< cette suggestion perpétuelle point d'honneur (\u\ est le vi

pays on u aboli le duel, en Anglelerre par eïemple, par des peines proprement dilea, qui causent plutôt recrudescence, mais par d'énormes dommages-intérÉts contre le duel, et aussi, ce qui est plus efficace, contre les injures qui en sont l'occasion, le même système réussirait partout .

e le soit pas, sans la moindre la vie contre la sienne dans If

nous n'avons pas k indiquer n des préliminaires les plus

erre ; c'est la guerre microsvan t l'autre et empêcherait 'atténuerait le faux Dans certains

• L'idée (k nm-mkbitiié de la vw hm

La guerre, le duel ont engendrô le mépris de la vie buniaine, de la n6tre propre, ce qui est plus lionorable, mais davantage, de la \ic d'autrui. Autrefois ce mépris était encore plus grand, aussi la guerre sévissail dans toute sa verdeur. Tant qu'il subsistera et ne sera pas remplacé par le

principe contraire de rinviolabilité de la vie humaine, Teflet sera pernicieux et la réprobalion des actes de violence ne sera pas énergique. Au!5si a-t-on cherché à proclamer ce principe, nul n'aurait le droit d'enlever la vie à un autre homme pour quelque motif que ce soit. A ce titre, le suicide serait prohibé, de même la peine de mort en matière criminelle. Les punitions corporelles portant atteinte a l'intégrité corporelle devraient elles-mêmes être supprimées. Quelques-unes de ces conséquences sont discutables et la question de l'abolition de la peine de mort est délicate. Mais cette horreur suggérée des lésions infligées a autrui et cette négation du droit de disposer de la vie des autres est en principe très salutaire ; une propagande dans ce sens serait fort utile.

Il faudrait surtout réprouver énergiquement et punir tous les actes de cruauté, même ceux exercés sur les animaux, parce qu'ils ont pour effet de fermer le cœur a la pitié. Il faudrait surtout empêcher les rixes brutales qui sont les duels du peuple et réprimer par des peines sévères tous les actes de violence. Il faut que la paix soit descendue dans les esprits et dans la vie quotidienne pour qu'elle l'emporte ensuite jusque sur les champs de bataille.

6° L'encouragement aux actes de courage pacifique,

L'objcclion, suivant nous, la plus sérieuse que font les partisans de la guerre et du militarisme qui en dérive, c'est qu'elle est un eécole du courage, cet élément moral si précieux qu'on ne saurait Tacheter trop cher. On peut répondre, il est vrai, que ce courage n'est pas pur, qu'il est môle à beaucoup de cruauté, et tellement, que son mérite ainsi neutralisé disparaît sans doute ; mais l'idée de courage a une telle élévation et une telle force qu'elle recouvre même tout ce qu'il y a de honteux au-dessous. Le courage est nécessaire pour la vie de chacun et pour celle d'une nation ; sans lui, les autres vertus n'ont pas l'appui nécessaire, et d'ailleurs rien ne saurait remplacer son honneur et son éclat; la lâcheté met l'homme au-dessous de lui-même, plus que tout autre vice, et répugne davantage, même aux moins dilliciles.

Cela est vrai ; aussi pour éviter ce reproche, il faut trouver au courage une place autre que celle de la guerre, plus haute et meilleure ; dés que ce départ sera accompli, la guerre, privée de tout ce qui la rehausse, périra misérablement.

Quels sont cette place et cet emploi du courage ? 11 n'est pas difficile de l'imaginer.

Un soldat, après s'être héroïquement battu, reçoit la

croix il'lionncnr, ce (jiii csl rarp, on une dislinclion il fcrieure, mais qu'il pslimc au plus liaul point ; un oUïcirt dans les mênips circonsUnccs. reçoit cptle croix. Us l'od méritée et on ne pciiL (ju'y applaudir, car ils ont lut§ pour la di-fense du pays qui implique celle de Ions 1 leurs. Cependanl. l'ofllcipr reçoit aussi la même croix » avoir exposé sa vie, pendant les travaux de la paix, i pour son activité professionnelle, soit pour la rcule ai nelé. On peut a'élonncr cette fois, car le courage milita n'est plus eu jeu et on ne récompense plus ici que I sèdfnlaire.

Voici, au contraire, un pompier qui s'cxi>ose k la f ou siiliit des iilessures douloureuses cl perpétuelles ] avoir cmporié un liomine dans un incendie, voici u rin qui sauve de nombreux naufragés, voici un m qui prodigue ses soins dans une épidémie qui va l'atte lui'mème, voici un savant, victime de ta science. lÂx) dlionncur vient tomber quelquefois sur leur poitx mais comme par accident ; ils n'ont normalement, leSn I, qu'une simple médaille, parce qu'U J s de la guerre, on dirait que la paix a elTacé 1i

tniers du n s'agit plu!

Cette c

inlradiclion est éloquente, on prodigue l'élM les récompenses au courage lorsqu'il tue, surtout fa s'agit non de celui qui lue individuellement, mais ébsM

Dont

DE I^ SOLtlTIOK PACIFISTE

itinsc eL savamment, on les donne Iri'a pan

au courage qa'i sauve.

l'est pas le courngc en lui-mèinc que l'oi

B, mais l'aelioii de tuer.

«qu'il faut changer. Retenon a le courage, c'est l^uslicc, mais retenons surlaut le courage qui sauve.

a plus équilaltlc et plus utile. En mênae temps se f trouvera réfutée la grande objection. Que vient-on parler F de la conservation de la guerre pour conserver le courage, L«n présence de telles pratiques? Ce nVst plus l'héroïsme L^u'on préconise, c'est presque la boucherie.

Bien plus ; comme tous les instincts, les plus nobles ■! compris, le courage lui-nièmo est un besoin qui veut flre lalisfait ; cette salisfaction est individuellement et socialc- |> icent utile. Si on lui retire les moyens vulgaires et impurs, il sera exalté vers les plus élevés et les plus purs. Il était entache d'égoismc, car quoi de plus égoïste que de tuer les autres, alin de s'avantager soi-mâmo et surtout du faire de cc meurtre une habitude, une profession, un moyen d'avancer dans sa carrière, d'amasser l'orgueil, de j meurtre d'autrui lui est refusé, se convertira eu instru- ; si une vie est sacrifiée

déprimer la pitié?

îl ne disparaîtra pas pour ceh ment d'altruisme par le sauve par l'homme courageux, ce i

ra la sienne propre, pour utrc. Quelle dilTérence ! Le

DE L E^rSEMCLB DES MOTERS

com-iigc ne scro pas détruit, il sera plus liotiorf, it sera 4 cxailù. L'anomalie singulière que nous avons signalûe dia^V paraîtra, celui qui se dévoue verra rcHuer vers lui toute les distinctions cncourn^'cantes qui n'éLfiiunt nccordjjj qu'à celui qui, en se ilévonant peut-être, d^vounit àivt luiuent et surtout autrui. L'allruisme, la verla dea V triomphera.

7" L' iiiterventioi'i fémiii'mle.

Les sexes se distinguent par des qualités morales et 91 ciales dirTérentcs, qui résultent indirectement des difffe-J renccs physiques. Parmi les vertus fondauicntalej riiomme possède surtout le courage ; la femme, la pi|$ cela lient à la force de l'un, à la faiblesse de l'ai L'homme lient h honneur de garder son autonomie, a aulorilé, son point d'honneur, il est volontiers stoîqt céder lui semble une lichelé. Le caractère contraire I partient à la femme; une certaine flexibilité lui convia elle se plaît à une commode dépendance; c'est dîretjçt'v Bal plus naturellement pacifique et que la combatïig n'appartient proprement qu'à l'homme.

La femme serait donc, déjà à ce point de vue, ■ portant mohile de la paix, mais elle l'est encore i. i d'autres litres. C'est elle qui est le point fixe do la Fiû

DE LA. SOLUTION PACIFISTE Sg

riiommc s'en va, prolétaire, à son travail, savant, à son idée, et ne rentre que par intervalle à son foyer. La femme s*y tient avec ses enfants. Là, elle se concentre clans l'affection, et tandis que l'amour n*est qu'un épisode dans la vie de riiomme, il est tout pour elle, de même que Taffection maternelle. Elle veut plus que tous conserver les siens ; or, la guerre les lui arrache, les uns comme les autres ; après le tour du mari, celui des lils, la mort peut les cueillir tous. Elle restera seule. Si la paix ne dépendait que d'elle, cette paix serait toujours conservée. Les pacifistes n'auraient pas besoin de chercher d'autres auxiliaires ; elle suffirait.

De par leur nature, de par leur situation sociale, les femmes sont donc des pacifistes et des meilleures. Cependant elles ont été jusqu'à ce jour sans influence dans ce sens. Quel est le mot de cette énigme ?

11 en existe plusieurs explications. Tout d'abord, si la femme est un être faible et doux par nature et par conséquent singulièrement pacifiste, si elle a en sa possession des moyens tout-puissants d'agir sur la volonté de rhomme, plus personnels que les meilleures raisons, elle a aussi un caractère léger, se fixant difficilement à une idée pour la faire triompher, à moins qu'on n'ait attiré son attention d'une manière brillante et sensible, par exemple, en mettant cette idée à la mode, ce réactif est nécessaire

l\0 DE l'ensemble DES M0YE?ÎS

pour faire apparaître ses excellentes cjualités. C'est précisément le monde, la mode, la toilette, le luxe, qui détournent actuellement cette attention. Une propagande dirigée vers elle est donc nécessaire, elle la retirera de ses prooccupations exclusives artificielles pour la ramener à ses préoccupations naturelles, celle de la famille et celle de la paix qui en est une conséquence.

Lorsque cet effet sera bien atteint, la femme empl )iera sans doute son influence à persuader de la nécessite de Tabolition de la guerre. Celte influence pourrait être très grande, car elle se ferait à chaque instant sentir, cependant il ne faut pas se faire illusion sur ce point. L*homme écoutera avec complaisance, il sera ému de l'inquiétude que les dangers de la guerre encourus par lui inspirent, le fils remerciera tendrement sa mère, mais ce sera tout, la femme dans une position socialement inférieure, avec son éducation moindre, ne pourra sérieusement agir. Elle ne saura qu'aflaiblir un peu le courage de l'homme, et ce n'est pas ce résultat que nous cherchons. Ce dernier perdrait même son prestige auprès d'elle s'il lui cédait, surtout en pareil cas, car elle admire les vertus viriles. D'ailleurs, ellc^n'a vraiment pas voix au chapitre, et au sortir de chez lui, le mari dans les assemblées délibérantes se hâtera de voter la guerre.

Quelques-uns font cependant grand cas de rinflucnce

nE L\ SOLUTION PACIFISTE /| I

fominino, si elle était mise à profit. La femme ne se contenterait pas de prêcher la paix chez elle, elle le ferait au dehors, dans des réunions, des sot*iétés, des livres ; mais on ne s'aperçoit pas que dans 1 Vlat actuel tout cela est en dehors de sa sphère. Le monde seul lui resie, mais là toute propagande s'éteint ou se convertit en havarda^e élégant. Ce n*est que dans le féminisme proprement dit (jue la femme acquerrait assez d'autorité pour faire prévaloir ridée pacifiste. On sait en (juoi consiste celle doctrine et nous n'avons pas à l'exposer ici. Dans certains pays, la femme a été investie du pouvoir lé^^^islatiC, en Nouvelle, Zélrinde par exemple, son intervention a été tri*s utile, elle a voté des lois qui onl fait disparaître en j)aiiie l'alcoolisme. Même en ne poussant pas le réniinisme jus(jue-là, eu accordant aux femmes seidemcnt le sulfra^n». polilirpie, ou le suIVraure administratif, ou le suHrai^e scolaire et de bienfaisance, on lui donnerait une force sociale suffisante pour agir. Elle exercerait dès lors sa propagande dans des sociétés, des réunions, des votes parlementaires, avec efficacité. Dans quel sens agirait-elle ? Là-dessus, aucun doute, conformément à sa nature, dans le sens pacifiste. Nous avons dans une étude s])éciale analysé cette hypothèse. La femme est mère, fille, épouse, elle ne pourrait dérider la guerre qu'en cas de nécessité ahsohie, et elle prendrait toutes les mesures pour prévenir cette nécessité. Bien plus,

;|2 DE L E^SEMI1LE DES WOïESS

et c'est lu le poini essenlicl, elle aurait tontes les îniltaîF C'est ce que riinmme ne veut pis faire par une Tiiiisso ^ lioDle; comme c'est lui qui doit se balli'c. il ci'aiat certain soup^'on de liflieté ; la l'emme, ne se ballant p ne peut craindre un pareil soupçon, elle agirait donc pla». libi-cment. et ainsi avec plus do succï-s.

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C'est ineonlestablenient dans les nionareliies pliitiit qii ■• dans les riîpubliques que la guerre élvangi're s'alliiine L plus rncilomont ; l'histoire entière en fait foi. Il j en plusieurs raisons. La prineipale est la uilessc foudrojanKi dont est capable la volonté d'un seul, elle cmpûclie lou^ réflexion ; comme par un mouvement ri^floxe, le Icn^ toire de l'ennemi est envahi soudainement et lorsqu'c^:^

éprouve i

remords ou i

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ai nie, l'irrévocable i—

La vanité pei puissance, elle ne souiïre assemblée ou d'un peuple ( dignité soit lésée. Enfin c( souffrira dircclement le plu

larqi.c

mcune alteiiitc; celle d'u ' it moins viie, il faul que n'est pas le monarque i ( des maux de la guerre ; sim

doule ils l'atteindront à la Un, mais il.s ( a cliacun de ses sujets, nt il espire, si b

nV,l i:.^=o»j

a mort, pouvoir s'en rclircr sauf; le pays paiera les frais. Joignez à cela qu'il est souvent utile dans une royauté ou un empire de faire diversion à des ennemis intérieurs menaçants, et le danger spécial de la guerre dans un gouvernement absolu apparaîtra dans toute sa gravilé.

Si le Gouvernement est républicain ou constitutionnel, le péril sera beaucoup moindre. Pourquoi ? Parce que la rapidité de la décision sera toujours ralentie. Le coup de foudre se trouvera évité. Sans doute, il y a des assemblées cbauvines. mais déjà elles ne sont plus capricieuses. D'ailleurs, les Chambres sont doubles, leur accord sera exigé. Gela est si exact, qu'un Gouvernement parlementaire belliqueux cherche à entamer la situation sans que le Parlement soit averti ; celui-ci se trouve ainsi entraîné, mais cela est anormal. Cependant le Parlement peut déclarer la guerre trop vite, il se laisse influencer par le souci de sa popularité. En général, sans doute, chaque membre a sa famille, et celle-ci se trouve exposée au péril, mais ce n'est pas luimême, et l'égoïsme a des replis si profonds !

Supposons maintenant que, pour déclarer une guerre. ni la volonté du souverain, ni la volonté du Parlement ne sufGscnt, qu'il faille de plus l'assentiment de la majorité de tous les citoyens ensemble consultés. Sans doute le chauvinisme peut encore prévaloir et on en a vu chez nous des exemples à diverses époques ; même non consultée, la

î nES MOÏESB

foulo se ruait à la guerre. Cependant, précisément était consultée dircclemcnt, elle réflécliirait davanla; D'ailleurs, elle ne répondraiL point par ai-damaLions, par un vote calme et secret. Dans ces conditions, elle serai peu belliqueuse, chacun sentirait que sa propre vie est i jeu, ou celle de ses parents, on colle de ses enfants l'ardeur serait singulièrement refroidie. D'uucuns pens raient davantage aui nouveaux impôts, aux indemnités guerre qui suivent la défailc. Les prolétaires jusqu'ici chauvins, estimeraient que la gloire est, d'autres, les blessures, les maladies, la faim, surtout pou

Ainsi, à mesure que la proclamation de la guerre est • mise à la décision d'une assemblée plus large, les diai do la paix augmentent.

Le référendum «crait donc favorable à noire cause pai liste. Mais est-il juste et utile par ailleurs >

Unegrande défiiveur entoure chez nous le réfère a di en raison de certains faits politiques et historiques de sa rente avec le plébiscite ; il faut cependant bien distinj l'un de l'autre. D'ailleurs, il ne s'agit pas de modifier ]' semble de la constitution, mais de l'améliorer sur quelqi points essentiels. L'exemple des Etats-Unis et de la S) est favorable. Dans le premier de ces pajs, le referci n'eïiste que sporadiquement, mais en Suisse, il fonctii

DE LA SOLUTION PACIFISTK /lO

comme un rouage linbitucl sans le inoindn» incoiivc'nicnl. Partout enfin il est cerlaines questions de la plus haute importance dont il n*est pas naturel que le peuple délègue la solution avec celle de toutes les autres ; de leur nombre est celle de la paix et de la guerre. Que le peuple ne gouverne pas directement, qu'il ne légilùre pas, ne juge pas, n'administre pas lui-même sur son forum, cela se conçoit en raison de l'incompétence des j>ersonnes et de la complexité des faits, mais doit-il se livrer pieds et poings liés pour toujours à d'autres hommes chargés de décider pour lui, quand il s'agit de sa vie même? C'est plus que douteux ; le référendum s'impose alors.

Si on est convaincu, on doit l'employer .comme instrument de paix et il deviendra Tun des plus puissants. Avant toute déclaration de guerre la nation sera consultée. Cela est possible en tous pays, morne en ceux où règne un gouvernement absolu. Cet absolutisme qui écarte les parlements n'exclut pas ce qu'on appelait autrefois les Etats-Généraux, ou l'appel à la nation dans ses individualités. De même, la monarchie constitutionnelle qui s'accommode des Parlements peut aussi bien s'accommoder de temps à autre de ces assemblées primaires. Retarder la guerre par tous les moyens réussit souvent h l'empccher, et ici il y aurait plus qu un retard, il y aurait presque toujours un refus énergique et unanime.

9° Les Sociétés de la Paix.

L*instilulion et les réunions fréquentes des sociétés de la Paix seraient enfin très utiles, d'autant plus qu'elles sont nécessaires pour coordonner les propagandes. 11 est bon aussi que ces sociétés soient unies entre elles par un lien international. Mais nous n'insistons pas sur ce point parce que cette idée est en pleine exécution. Les sociétés de la Paix sont nombreuses et le deviendront de jour en jour davantage. Elles couvriront le monde d'un vaste réseau. On sait tout ce que les sociétés ont produit dans le monde économique, et les associations, quoique beaucoup moins, dans le monde moral. Ce sera dans le monde social qu'elles opéreront ici, avec leur force ordinaire.

Telles sont les préparations à l'intérieur qui, surtout réunies, contribueront puissamment au triomphe de l'idée pacifiste ; nous allons maintenant décrire les préparations possibles à l'extérieur, lesquelles s'approchent davantage du but.

I 11 s'agiL mainleiiani de rechcrrlier comment pourrait

Véparcr le ri'gne de la poiï, non plus cliaquc nation chez

mais chacune dans ses rclalions avec l'aulro. Jusqu'ici

tftit posailile qu'un peuple seul ou quelques-uns cm~

lovassent les prépara lion s pactGsles, [midis que d'autres,

, contraire, renforce raient l'osprit lielliqueux ; il en

^altérait pour les premiers un extrême danger, Il faut

kmç se préparer en même temps à l'extérieur, afin dVn-

Eatnçr tous les pays dans le mâme mouveiuent. On doit

«essayer ensemble toutes les institutions que nous

s indiquer, car auconc ne sufllt à elle seule, et elles

nvboreiit les unes les autres.

.re pr'''ambulË étudions ces préparations situées, js l'avons remarqué, plus p^^s du but que les

IIK 1. ESSËMIILE L

" Le rrippnilii'iiienl îles hslili

il aucun t'gord, i

peuples sauvages qu'a' sonl pas éloignés de

Ce qui fait qu'un i'lran;,'iT est pour nous un bnrbar^ un ennemi que nous ne nous faisons aucun scrupule < tuer en temps de guerre, c'est l'hétérogénéité qui eiiste oQlr nous, il n'est pas un de nos semblables. Cela est tel leraenj vrai que, si dans certains cas riictérogéncité augracntëfl l'aversion devient plus forte, nous ne sommes plus tenuaJ '1 anima fiU que nous opérons. C'eiQ I battons tout autrement i

!S civilisés, et si ces sauvages a seulement par leur structui meulale, mais aussi par l'aspect phvsiquc. notamment p la couleur de leur peau, nous pouvons exercer sur e blâme les pires cruautés, nous les considérons o certains animau\ immondes. Au contraire, si le combattu est de mi^me race, nous adoucissons la C'est donc, plus que tout autre motif, l'hétérogénéiliS q cause les haines etimiques, cet obstacle le plus être au maintien de la paîx.

Si l'on pouvait subslilaer r homogénéité à l'bélérogénéilé,i un grand pas serait fait, mais directement cela est dilB les races entre peuples même voisins ne se méIan){C guère. On peut davantage se connaître, cela e

nous en verrons lout h l'heure les movens, mais cela ne suffit pas.

Ce[)en(lant, ce qu'on peut obtenir seulement indirectement dans le domaine des personnes, il est permis de le créer directement dans le domaine des institutions.

Ici encore, d'ailleurs, riiétérogénéité est toujours extrême. En voici des preuves.

Je passe la frontière ; tout de suite, grand embarras pour moi, lequel me rend dès l'abord antipathique le sol où je me suis fourvoyé. Personne ne répond à mes questions ; je ne comprends rien de ce qui se dit autour de moi. Partout se parle une langue inconnue. C'est sans doute ma faute. Pourquoi n*ai-je pas appris l'anglais avant de passer le détroit, ou l'allemand avant la frontière ? J'ai appris l'un et l'autre, pendant plusieurs années, y consacrant de-ci de-là quelques heures. Mais,... je ne comprends toujours rien ; ce n'est plus le livre accoutumé. Me voici en détresse. Je regarde anxieusement tous les visages, je m'irrite contre les passants. Cependant, il me faut faire quelques emplettes nécessaires, je montre de l'argent français, on me le refuse, je dois me rendre chez un changeur, je me laisse faire, je paie désormais sans compter, sans savoir, et il faut que le marchand soit bien honnête pour ne pas en profiter. Cette situation économique m"elTare d'autant plus que je me souviens avec quelle rage

i L ENSEMBLE DES MOYENS

j'ai <'t(' IbiiillL' en douane comme un malfaiteur. Décidémcn[ je suis dans un pajs maudit. Je m'y résigne- Il fau bien terminer les affaires jioui' lesquelles je suis venu.i Ellr-s sont ditTicilea. tellement i^u'il va falloir procéder en I justiee. Je m'adresse a un avocat, je lui expose mon i Il est détestable et je suis certain de perdre ; d'abord il 1 faudra subir des procédures inlenninaliles devant des jurî'» dictions compliquées. Puis, je ne saurni» rien obtenir ; mon j procès eût été e^eçUent dans mon pays, mais ici la décide tout le contraire (nous pourrions en ibnrnii nombreux exemples). Je ne le savais pas, il faudra i

quitte pour un peu agréable vojagi I mais je garderai en niop çcpoi une aversion singulière pour un tel peuple.

C'est qu'en effet, il j a là itna triple héléraginéiU i forme trois barrières trè» élevées entre le» nation», cellei dos poids et mesures, celle des lois, cdie don laitgiteigj nous les ranjfeonspar progression. Il (audrail les détmir ce qui n'est pas facile.

Commençons par les monnaies, poids et mesures, Autf fois il existait la même complexité pour tes tarifs poitftiiit3 Le port des lettres et menus objets coûtait un prix di(Kiln rcnt dans les dilTérents pays, on tenait compte aussi dflB.rl distances. Maintenant tout eit devenu uniforme et le pro* A dtiit n'en est quo plui avantageux pour Ici titulaires de a

retourner, j' Je

monopole; copiriJanl le lin i( encore, ce qui est une Hi ■s poids et mesures dilTereii

klals se sont fédéraliséa, âa

il'Ui

pQSle inlernaLlnnal ii'e\i$ln rogèno. Mais les mornolcs, jur les premîÈrcs, quelques lallne, par exemple,

is les autres n'ont pas suivi. Le change vient encore coiiifcliquer cette situation. Il en riisultc un grand embarras ioar les relations commerciales. Il serait facile d'arriver h me entente sur ce point, en ajani des monnaies au moins ï'uOB'^'B'Bur nominale semblable. Pour les poids et mesures, l'uniformisa lion n'eiiste nulle part, elle pourrait Élro iblie et des liubitudes routinières s'y opposent seules. pnc des barrières les plus gi>naQtes qui existent entre les lotions serait ainsi dclruitc.

Une autre bien autrement élevée est celle qui résulte

âla dillcrencc des lois. Autrefois en France, au civil,

■que province avait sa coutume distincte qui dilTérait

S autres sur tin 1res ^^and nombre de points, et nnëmc

e commune à commune il existait des modiricaliona de

Hitumes sur les points secondaires ; enfm le nord se

irait eutièrement du midi, le droit romain de celui-ci

Ùt une antithèse complète aux coutumes du nord ;dans

KfI voyage, suivant une phrase célèbre, on changeait plus

javentdelégislation que de chevaux, aussi l'unité, lacohé-

n du pajs étaient-elles 1res faibles. 11 semblait cependant

mpouiblc d'unifier la législation, et lorsqu'on lo proposait,

des résislanccs formidables surgissaient. Cependant Tunification est vcnac, on en a senti tous les bienfaits, si bien (jue plus tard l'Italie nous a imités, et tout récemment rAllemagnc. Ce qui est vrai à l'intérieur l'est aussi à l'extérieur. Si, en voyageant en Allemagne ou en Angleterre, nous y trouvions les mêmes lois que chez nous, nous y serions à l'aise, les habitants de ces pays auraient une hétérogénéité de moins, ils nous seraient mécaniquement plus sympalhiqucs. Mais on reproduit l'éternelle objection : ce qui convient à un pays ne convient pas à un autre, à cause de leur hétérogénéité. On tourne ainsi dans un cercle vicieux : l'hétérogénéité empêche d'unifier les législations et le manque d'unification crée ou conserve rhétérogénéité. D'ailleurs, cette impossibilité n'existe pas, la difficulté n'est réelle qu'en partie. Si les lois politiques et administratives répondent au besoin propre d'un pays, il n'en est pas de même des grands Godes civil, pénal, commercial, de procédure, l'unification en est déjà commencée. Le Gode de commerce allemand est adopté en Autriche-Hongrie et en Suéde, a peu près identique. La Belgique, la Pologne. Genève, autrefois la Sardaigne ontz en grande partie le Code civil français.

Mais la barrière la plus haute est celle du langage c'est elle qui fait que l'étranger est un barbare dan le sons étymologique du mot. Beaucoup de peuple

appellent leurs voisins : les mucls ; on ne peul s'cnlcnclrc sans s'être compris. L'obstacle est plus élevé et plus profond que les montagnes, les fleuves ou la mer elle-mùme. Pour le détruire, il faudrait que chaque peuple connut la langue de tous les autres, ce qui est impossible ; il faudrait, au moins, qu'il connut les langues de tous ses voisins, ce qui est impossible aussi ; enfin il pourrait apprendre une ou deu\ langues des plus répandues, par exemple, le Français apprendrait l'anglais d'abord, puis l'allemand ou l'espagnol. Mais ce moyen, théoriquement satisfaisant, ne l'est guère en pralique. D'ailleurs, on ne détruirait ainsi que l'hétérogénéité entre deux peuples ou trois, tout au plus, en la laissant subsister avec les autres. Puis, c'est au collège ou à l'école qu'on aura appris ces langues avec le livre et connue si c'étaient des langues mortes et lorsqu'il s'agira de les parler, on éprouvera une incapacité absolue. On aura dépensé en vain un temps si précieux ailleurs ; cependant Teflort n'aura pas été inutile, car s'il ne permet pas de converser couramment, il aura du moins, rapproché les esprits, en accoutumant cliaque peuple aux œuvres de littérature et de science, aux idées, aux sentiments d'un autre peuple, on aura voyagé en pensée, ce qui est souvent le plus intéressant des voyages, on ne croira plus détenir en soi toute l'intelligence liumaine et on ne pourra plus désormais tuer avec plaisir

DK L ElfSEUBLZ DES UOTEHS

ceux avrc lesquels on aura idéalement converse. Lo Ircatl gi'and nonihi'c de langues à apprendre pourâlre en con^^ munication avec chaque peuple étranger a fait depiuM Inn^cinpîi songer a l'adoption d'une langue unique intei^ nationale se cumulant avec lu langue maternelle i diacun, bien des conditions sont exigi^ea, la simplicité, '. facilité, une prononciation possible à tous, mais surto la précaution de ne pas IVoisser l'amour- propre d'une g tïon quelconque en adoptant une langue qui l'cssembld celle de son voisin ou de son advcrsttire. l'our satisfA^ à cette dernière condition il n'existe que deux lnoyeI^

-ple.o

[le d'aucune des nutîoH pi'océdiin!, au contraifl

epn ployer une langue qi une langue morte par e:

par syncrétisme, faire langue internationale diverses langues, on a] facile, un nombre égal linguistiques.

Nous n'avons pas à cxan lions nombreuses de langu faites. Notons seulement ei siècles, le lalin a tenu plu rôle. Ce qu'il importe de principe ; une tangue internationale est indispensable détruire les dislances ethniques, le plus grand ohll

m nombre a peu près

ira, au moins, ce qui serait \

des racines des diverses famiï

xamincr ici en détail les prou s internationales qui ont { passant que pendant de loiu ou moins beureust^ment i letenii', c'est la néecasité f

la paix disparaîtrait si l'on pouvait s'entendre d'un bouta ranln* de la terre, co serait le téléphone moral sans lecpiel les nations resteront toujours étran/j'ères les unes aux autres et hostiles.

a* Le rapprochement des personnes.

Ce rapprochement viendra compléter celui des institutions. Il constitue ce cpie nous appellerons rinlercthnisme.

Quoi d*étonnant a cette répulsion réciproque des inlérc^ts. des caractères, des races entre deux nations, si cellesci n'ont jamais entre elles que des relations en bloc, si les individus n'ont entre eux que des rapports commerciaux qui n'aflcctent qu'une seule classe et qui ne sont pas relatifs h tout le commerce, mais seulement au commerce international ^ Cet état ne sera pas modifié, tant qu'on n^ctablira pas d'un groupe d'individus d'une nation à des groupes similaires d'une autre nation des rencontres fréquentes, soit matérielles et de présence, soit intellectuelles malgré l'absence.

Dans le cours de l'histoire, il y a eu des tentatives dans cette direction. C'est ainsi que le catholicisme, dont le sens étymologique concorde avec celui d'internationalisme, avait établi un lien religieux constant entre les différents peuples de la même confession et surtout entre les dilTé-

5 G DE l'ensemble des moyens

rcnls clergés. C*cst ainsi qu'à une époque rapprochée, mais dans un autre but, Karl Marx avait créé l'internationale des travailleurs. Toutes ces tentatives avaient le tort de ne pas viser directement h ravènement de la paix et en efTet ne Tout pas procuré. Dans rinteretlmismo, il s'agirait, au contraire, de la paix envisagée comme but, ce serait tout un organisme à créer.

Cet organisme a déjà une amorce importante. Il s'agit des conférences inlerparlementaires inaugurées depuis quelques années. Les législateurs des divers pays se mettent en contact, ont même des Congrès. Ils se connaissent, discutent les intérêts, s'exercent à former un parlement unique ou plutôt à le devenir. C'est une institution des plus utiles. 11 lui manque le caractère ofiiciel qui tôt ou tard lui viendra. Nous n'insistons pas, puisque l'œuvre est en bon train.

Mais cela ne suffit pas. Il faut que des relations cordiales s'établissent entre d'autres individualités de chaque nation, et pour obtenir cette cordialité, il faut commencer par le point le plus sensible : l'intérêt commun. Or, cet intérêt se manifeste surtout par la communauté des professions. Aujourd'hui c'est entre les savants qu'il n'y a pas de frontières, ils correspondent ensemble, sont généralement dénués de chauvinisme et ont l'esprit trop élevé pour les rancunes mesquines. On pourrait rendre ce mouvement

plus intense. Mais il devrait se propager au-dessous. Il serait très juste que les ouvriers de tel métier se reunissent en relations constantes d'un pays à l'autre pour débattre leurs intérêts communs ; ils ne seraient plus ennemis les uns des autres et le chauvinisme avec ses dangers disparaîtrait vite des masses populaires. Les fonctionnaires aussi qui ont un caractère si semblable en tous pays se joindraient vite par leurs affinités, ils pourraient créer entre eux des sociétés d'assistance, se réunir en congrès; il se formerait ainsi entre eux un courant hostile à la guerre. Il en serait de même pour les différentes branches de commerce où l'union serait encore plus facile. Enfin les intellectuels, les artistes, les littérateurs formeraient cuire eux de vastes sociétés internationales, alimentées moralement par des voyages, pécuniairement par une solidarité. L'interethnisme, nous n'avons pas ici l'espace nécessaire pour nous étendre davantage, serait un des plus précieux instruments du triomphe de la paix.

3*^ V admission des étrangers.

il est incroyable, à quel point pendant longtemps et

encore à une époque approchée, l'étranger établi chez un

peuple voisin, en pleine paix, a été traité avec délaveur,

^c cjui n'a pas peu contribué à causer des haines interna-

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