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miers sont tantôt agréables et tantôt pénibles, mais le dernier est toujours accompagné d'une vive satisfaction ; et tous ils peuvent donner lieu à un travail de l'esprit, qui , la plupart du temps, est une source de jouissances aussi vives que pures. Platon et Aristote attribuent même à cette cause Torigine et les progrès de là philosophie *•
£nfin , les passions qui naissent des sentiments intellectuels, la curiosité , le désir des connaissances, ou . l'amour de la science, ont souvent, comme on sait , une vivacité et une énergie qui les rend capables de triompher des sentimrats et des passions purement physiques. Qui ne connaît les privations pénibles, les souffirances presque incroyables , qu'ont souvent endurées des hommes avides de s'instruire, les dangers qu'ils ont quelquefois bravés ? Qui ne sait enfîn que la science, comnie la religbn, a eu ses nombreux martyrs ?
Cependant, les jouissances et les passions de cette espèce, considérées en elles-mêmes , et abstraction faite du désir de la célébrité et de la gloire, du principe d'émulation «t de quelques autres sentiments qui s y joignent assez ordinairement, ont pour caractère, comme les plaisirs, et les peines de la classe précédente, de concentrer en lui-même les idées et les affections de 1 individu qui les éprouve. Mais, si
* Voyez les Essais philosophiques d*Adam Smith, tom. î » pajj. i3$ et buivautes de la traduction française.
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ENTENDEMEN T. 5 1
elles fisolent , en quelque sorte , de la «ociëtë et des intérêts de ses semblables , elles ont d'ailleurs une influeuce extrêmement utile sur les destinées de l'humanité , en contribuant à l'avancement des sciences et des arts, à la découverte et à la propagation des plus importantes vérités 9 et au perfectionnement de la raison. H Ikut observer néanmoins que les senti* ments intellectuels ne peuvent avoir cette importance et ces précieux résultats que dans un état de civilisation déjà assez avancée , et dans des sociétés qui ont été , pendant plusieurs siècles , modifiées par les sentiments de la troisième dasse qui nous reste à examiner. Celle-ci, à cause de IHuiluence constante et prédcnninante qu'd^le* exerce* elle-même sur tout rensenible de notre faculté de sentir, demande à être étudiée avec plus d'attention et trai* tée avec plus de détails.
^ 5. Senti meoU moraïuc.
Nous donnons le nom de sentiments moraux à ces affections plus ou moins vives de joie ou de tristesse, de contentement oa de chagrin, que nous éprouvons à l'occasion des rapports de tout genre que nous pouvons avoir avec les autres hommes. Ce sont des sentiments^ puisque ce sont incontestahloment des plaisirs^et des peines; quant à l'épithète par laquelle on les caractérise, elle indique à la lois eurs causes les plus générales, et les effets qui en
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5a * PIl£Bn^.IUI PARTIE.
résultent le plus ordinairement. Car le mot mœurs , d'oïl nous avons fait Fadjectif morale signifie, suivant sa valeur étymologique, Aa^fVztt^e^, c'est-à-dire dispositions, soit naturelles, soit acquises, dont l'effet est de rendre facile et presque involontaire la fréquente répétition de certains actes. Or, les senti» ments moraux sant^ en grande partie, ta cause ou le produit des habitudes On aurait pu leur donner aussi le nom de sentiments sociaux^ comme étant le produit de la nature sociale de Thomme, ou peutêtre même la constituant tout entière'.
Quoi qu'il en soit, il est facile de voir que les sentiments de cet ordre doivent se former et se développer en même temps, et, en grande partie, par l'influence des mêmes causes que les associations d'idées dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Cest-à-dîre que tous les systèmes d'idées re-
Cest sous ce point de vue, que le$ G>rccs avaient envisagé ce sujet, comme le remarque Cicéron :« Parce qu'elle « se rapporte aux mœurs ( dit-il ) , que les Grecs nomment « ildor y nous appelons ordinairement cette partie de la «^philosophie Étuée ou Seienee des mœurs ; mais il est m assez convenable de lui donner le nom de morale , el « d'enrichir ainsi la langue latine d'nn terme de pins. » Quia pertinet ad mores , quod uSof ilU vocant , nos eam partem philosophiœ de moribus appelUtre soiemus : sed decet migentem Unguam iatinam nominare moiralem.
( CiGBa. Be Faio,c, f . )
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Ëitives à notre eiListenoe comme membres d'une la« mille , <f une corporation , d'une cité , d'an état , ou même comme hommes, tous ceux qui peuvent se former dans notre esprit-, par TefiFet des. relations plus ou moins habituelles de tout genre que nous pouvons avoir avec nos semblables, étant nécessairement accompagnés de sentiments agréables^ ou peuibles, de diverses espèces et à différents degrés, c'est là précisément ce qui compose la classe entière des sentiments moraux. Ainsi, elle embrasse, comme il est Êiçile de le voir, presque toute l'existence de l'homme.
Car, en^ême temps que nous sommes aflfectës par cette sorte de sentiments, nous ne laissons pas pour cela d'être susceptibles d'éprouver ceux des deux espèces qui viennent d'être décrites; et, ces trois sortes d'impressions étant , au contraire, tou« jours simultanées, quoique nous ne puissions avoir, à chaque instant, conscience, que de celles dont l'action est prédominante, il n'est pas moins facile d'entrevoir dès lors combien les sentiments moraux peuvent être modifiés, dans un grand nombre de ci rconstances , par les sentimeuts soit physiques , soit intellectuels, et combien ils peuvent, à leur tour, modifier ceux-ci. Les sentiments intellectuels , par exemple , doivent évidemment^ l'état de société toute leur importance et leur plu haut degré dTint4^êt, puisque^ c'est surtout dans les pays et chez les
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peuples les pliis avancés dans la civilisation qu on en peut observer tout le développement, tandis qu'Us sont presque nuls chez les peuples sauvages. D'un autre coté 9 ils contribuent, à certains égards, à ren-* fermer les sentiments physiques dans les bornes que leiu: prescrit la raison, et ils leur ôtent cette tendance purement animale, s'il le faut ainsi dire, qui est leur caractère propre , puisque c'est par eux surtout que l'homme se rapproche la plus des Espèces inférieures de la. création.
Nous nous proposons, dans le chapitre suivant , de remonter au principe général qui peut , suivant nous, être considéré comme la cause de èout cet eni>emble de sentiments^ ou comme le fait dominant de Tezisténce de llionime envisagée sous ce rap^ port.