partie de la constitutioD de l'entendement humain
11 existe donc en nous naturellement une facuUé
* Émils fOude l'Éducation , par J.-J. JELousseau, Uv. l\,
I 3a PREMlèRE. PARTIE.
de perception morale, qui nous fait reconnaître et apprécier les qualités bonnes ou mauvaises des actions (les autres hommes ou de nos propres actions y quand le bonheur ou le malheur d'un ou de plusieurs individus y sont intéresses; au moyen de laquelle nous jugeons du mérite ou du démérite des agents, nous les regardons comme dignes de peine ou de récompense , suivant que leur conduite nous paraît un objet légitime d'approbation ou d'improbation. Cette perception .est reffet des sentiments de plaisir ou de peine, tantôt remarqués, tantôt inaperçu», qui résultent en nous de ces actions mêmes, et qui l'introduisent, en quelque manière, dans no^ tre entendement, conune les sensations proprement dites y font naître ta perception des dbjets extérieurset de leurs qualités.
Je dis que le sentiment , dans lé cas de la perception morale, passe la plupart du temps inaperçu, quoique réellement senti, précisément comme la sensation, dans le cas de. la perception externe; et l'on s'en convaincra facilement pour peu que 1 on veuille se rendre attotitif à quelques uns des faits que Texpérience commune de la vie nous a rendu» plus familiers.
£n effet, toutes les fois que nous avons occasion de voir des actions ou d'entendre des discours qui nous semblent contraires aux convenances , ou de nature à offenser gravement quelquun, nous na-
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vons guère conscience que du bUme que méritent ces discours et ces actions ou ceux qui s'en rendent coupables. Mais si nous réfléchissons que nous aurions mieux aimé n'en être pas témoins , nous reconnaîtrons nécessairement que c'est parce qu'elles nous ont affectés d'un sentiment pénible; car préférer ou aimer mieux ne peut se concevoir indépendamment de tout sentiment, et il y aurait contradiclion manifeste, c'est-à-dire absurdité, à supposer que la préférence pût exister à l'occasion de ce qui serait complètement indifférent*
Remarquons encore ce qui se passe entre des personnes qui discutent quelque question, même de peu d'importance, sur laquelle elles ont des opinions différentes. Pour peu que la discussion se prolonge, nous les verrons successivement y mettre plus de chaleur. Si nous observons les inflexions variées de la voix, les expressions diverses des traits de la physionomie , les gestes animés qui accompagnent les discours de chaque interlocuteur, n'y reconnaîtronsnous pas, soit l'impatience de n'être pas compris, soit une sorte de défiance de la sincérité de celui avec qui l'oa dispute? tantôt ce ton de supériorité qui caractérise un orgueil content de soi, tantôt celui de l'ironie, qui cherche à triompher d'un adversaire en l'humiliant ? d'autres fois une sorte de lenteur ou d'embarras produit par la force d'une objection inattendue ? eniin mille autres indices mani-
l34 Pfi£MlàRS PAHTIf.
featei de sentimcoU dÎTerg qui se «uccèdent avec une prodigieuse rapidité? Or, ces sentiments, quoiqu'ils ne soîeot pas dislioctement remarqués par chacun de ceux qui les éprouvent, sont néanmoins autant ito petites peines ou de petits plaisirs qui se joignent à chaque mitant aux îdëes que fait naître de part et d'autre le cours de la couvergation.
Qu'estHce enfin que ces Notions profondes que nous éprouvons, ces larmes soudaines qui sVchap* pent quelquefois de nos yeux., lorsque nous sommes tânoins d'une action héroïque ou magnanime , ou seulement lorsque nous en entendons le récit? Si les nentiments que nous éprouvons dans ce cas ne sont pas encore ce que nous remarquons le plus expressément , au moin^ se manifestent-ils avec assez d'é* yidence pour ne nous laisser aucun doute sur le rple qu ils jouent dans cette espèce de phénomènes.
La i^uAilté de perception morale est donc aussi «ssentidleinent différente de la lacultéde perception lexterne que les sentiments morau?^ sont différents non seulement des sensations proprement dites, mais même des sentiments qui se mêlent à ces sensations ; ^t c'était une raison suffisante pour que je me crusse autorisé à la désigner par le nom particulier que je lui donne ici.
^ 6. Poorqaoî les expresiions de sens mond , oa ùutinei moral, panÎMent moins convenaliles.
Un philosophe anglais, fort distingué par Téten-
BshmirDEMBirT. 1 35
due de ses lumières, par la sagacité de son esprit, plus'estimë encore par les qualités de Pâme , qui re* haussaient Téclat de ses talents , le docteur Hutcheson, avait été frappé de la nécessité de rapporter à un principe commun, dans ceux qui composent notre nature morale et'intellectuelle, cette classe si étendue et si importante à la fois de phénomènes observés, constatés et décrits sans cesse avec tant de charme et d'éloquence par les plus illustres écrivains de l'antiquité, aussi bien que par ceux des temps modernes. Hutcheson appelle en consÀjuence sem moral le principe dont nous parions; mais cette dénomination ne fut pas généralement adoptée, on plutôt fut réprouvée par beaucoup de philosophes contemporains du professeur d'Edimbourg ; car elle suppose gratuitement et sans preuve Fexislence d*oi^ ganes appropriés plus particulièrement à la fonction de recevoir les impressions morales, et ce fut une des premières objections qui s'élevèrent contre la doctrine du sens moral^
Il faut pourtant remarquer, pour être juste envers l'auteur de cette doctrine, qu'il ne supposait pas cpi'il existât dans la constitution physique de l'homme rien de semblable à un organe ou à un sens interne, destiné à transmettre à l'âme les idées du beau ou de la vertu. Il assigne même au sens moral une autorité suprême ; il l'appelle le principe intérieur qai^ nous dirige, et qui est destiné « à exercer Pempire
j36 PREMIÈRE PA^RTiE.
« sur toutes nos autres facultés. » Il dit expressément et que le désir de Texcellence morale est la suprême « détermination ou affection de nos âmes , différente a de toutes nos affections bienveillantes. »
Cependant son langage avait non seulement Tincpnvénient de faire supposer, dans Torganisation physique ou dans la constitution morale de Thomme , un principe particulier qui ne s'y trouve pas, ou au moins dont on ne peut , par aucun moyen , constater Texistence. Il avait encore le tort, non moins grave , d'omettre une partie essentielle de ce qui s'y trouve , je veux dire le caractère particulier de généralité, de constance et de vérité, en quelque sorte nécessaire, que la raison donne aux déterminations de la sensibilité , dans ce genre , en même temps qu'elle les épure, les agrandit et les fortifie. Sans doute le philosophe écossais n'avait pu méconnaître ce caractère assurément très remarquable des sentiments moraux, ou plutôt des perceptions qu'ils font naître, et des notions auxquelles ces perceptions donnent naissance à leur tour; tous les esprits capables de réflexion en ont été frappés dans tous les temps, et les paroles de Ilutcheson, que je viens de citer, prouvent qu'il avait observé lui-même avec soin la nature et l'effet des sentiments moraux.
Au reste, il est certain que si les efforts de Hutcheson, pour perfectionner la science , ne furent pas couronnés par le succès , si sa théorie du sens moral
EKTENDKMEJM T. I
n'offrait pas le moyen d^expliquer les phénomènes,
c'est-Ji-dirc d'en tracer avec exactitude et fidélité la marche et Tenchainement, du moins elle faisait sentir l'utilité et la convenance d'envisager sous ce point de vue particulier cette partie de notie sensibilité, et par là elle remédiait, à quelques égards, aux vices du système d'Épicure et de toutes les théories qui s'en étaient plus ou moins rapprochées.
Maintenant, substituer, comme je le fais ici, l'expression faculté de perception morale à celle de sens moral ^est'Ce réellement faire une chose utile, et qui puisse répandre plus de véritable lumière sur la théorie dontuous nous occupons? On devine facilement que j'ai dû le penser, puisque j'ai cru pouvoir proposer cette manière d'envisager la question.Yoici quels sont les motifs qui m'y ont décidé :
i** Le mot faculté n'a pas, comme le mol sens ^ l'inconvénient de &ire supposer l'existence de quelque organe, ou système d'organes, approprié spécialement à la classe de phénomènes que nous considérons. 11 n'est que le signe purement arbitraire, ou d'institution, par lequel nous indiquons, comme on sait, un certaine classe de faits, en même temps que la capacit(* ou le pouvoir qui est en nous d'éprouver les faits de cette espèce et d'en avoir conscience, de manière à les distinguer de ceux qui eu diffèrent.
^* I<i'expression faculté de perception indique ua
i38 PREMIÈRE PARTIE.
pouvoir qui se rapporte à des faits qui ne sont pas
«impies ou primitifs, mais composés ou dérivés, et en efiet ceux que nous considérons ici sont toujours accompagnés d'intuitions de rapport, qui supposent un certain développement de toutes les facultés pri^ initives et secondaires, que nous avons reconnues dans l'analyse que nous avons faite de l'entendement; qui supposent de plus T^ploi convenable et régulier de Tensemble de ces facultés ou de la raison.
3*" £nfin Xe^pesAon/aculté de perception mO" rale^ indique Fespèce particulière de faits de notre «ensibilite qui sont l'objet de la perception, dans la cfuestion qui nous occupe , et par conséquent détermine, ce me semble, d'une manière plus précise. Tétendue et les limites du sujet de notre étude.
Toutefois nous savons d'avance que cette étendue et ces limites sont , sous un certain rapport , purement fictives, et pour ainsi dire hypothétiques, parce que nous sommes convaincus par tout .ce que nou^ avons observé dans les précédentes recherches que nous avons faites sur les diverses parties de notre constitution intellectuelle, que tout y présente un sujet un et indivisible; puisque le moi^ dans toute la variété des phénomènes successifs qu'il présente à notre observation , ne cesse pas de conserver sa simplicité et §pn identité. »
% 7. Analyse «la phénomène de la percéption morale.
Le motif déterminant de toute action moralement
Digiiizea by LiOOgle
ENTiiiDEMEirr. 1 39
boDue ou mauvaise 9 n'est jamais et ne peut jamais èire que le sentiment d'un plus grand bien ou d'un moindre mai, ou, si Ton veut, d'un plus grand plaisir ou d'une moindre'peine morale pour nous^mêmes^. Ce sentiment au reste, n'est, à proprement parler « ui intéresse, ni désintéressé: il est ce quil peut et doit être dans la circonstance donnée ; et, qud qu*il soit, il ne dépend pas de celui qui Téprou ve , d'en éprouver un autre dans ce moment-là. Mais si les sentiments morau^ ne sont eux-mêmes ni intéressés, ni désintéressés, les actions qui en sont la suite, et la conduite moràle qu'ils déterminent , peuvent évidemment avoir un résultat avantageux ou nuisible , soit à nous-mêmes, soit à d'autres. Or, c'est de cette action et de cette conduite que l'on peut dire avec raison qu'elles sont intéressées ou désintéressées.
Mais, comme je l'ai &it observer précédemment ( § 5 ), le sentiment que fait naître en nous le tpeetacle ou la pensée de toute actioa de ce genre, introduit immédiatement dans notre esprit la perception
* C*est la pensée de saint Augustin 9 cite par llalebranebe (Voy. les Éelairentements tnr le premier livre de la
cherche de la Férité) : Quod inagis nos delectat^ secundùm id opère murnecesse esL he même Père de l'Église dit aussi que« le plaisir est eaume nn poids qui entraîne l'âme, et m qui en règle les mouvements. » Delectatio quippe est quasi pondus anîmse. Deleeituio ergù ordinal anîmam.
(Augustin, De Musicâ^ \. VI, c. XI.)
ll\0 PREMIÈRE PARTIE.
lie sa qualité bonne ou mauvaise, et le jugement du mérite ou du démérite de l'agent. Or, cette circonstance nous fait juger, à son tour, le sentiment qui a déterminé l'action comme bon ou mauvais à éprouver.
Il y a donc ici deux sortes de sentiments qu'il est important de bien distinguer : les uns qui déterminent l'action, et que l'on désigne ordinairement par les mêmes noms qu'elle, aussi bien que les personnes ou les caractères auxquels elle est imputable. Ainsi des sentiments généreux , justes , vertueux, ou, au contraire^ des sentiments vils, injustes, criminels, donnent lieu à des actions et appartiennent à des personnes à qui nous appliquons précisément ces mêmes noms. I^es sentiments de l'autre espèce sont ceux qui nous donnent la perception de la . qualité des actions, et du mérite ou du démérite des agents; et ces sentiments, comme on l'a vu dans le chapitre précédent, sont exprimés, suivant les circonstances , par les mots estime, respect, admiration, aversion , mépris , indignation, etc. En un mot, toute action qui nous semble moralement bonne ou mauvaise, est le produit de sentiments bons ou mauvais, et aj> partient à des caractères que nous appelons pareillement bons ou mauvais. Mais les sentiments que nous éprouvons , dans l'un ou dans l'autre cas, quoique étant de même nature , et j)ouvant avoir , sous ce rapport, les mêmes noms (puisqu'ils sont agréables ou
ENTENDEMENT. l/^t
pénibles ),ae sont pourtant pas de même espèce. Car l'estîixie ou Fadmiration que m'inspirent des actes de générosité ou de vertu sublime, ne sont assurément point en moi des sentiments généreux ou sublimes; ils nesontqué les signes sensibles qui servent à introduire dans mon esprit la perception de ces qualités des actions, et le jugement du mérite de ceux qui les ont faites-
Toutefois ces deux sortes de sentiments sont nécessairement variables dans leurs degrés d'intensité ou d énergie, non seulement chez les divers individus qui ont occasion de les éprouver, mais dans le incme indivitlu, en différents temps et dans des circonstances diverses. Quy a-t-il donc d'immuable, d'invariable , d'absolu dans cet ordre de phénomènes* et de considérations? il y a la notion et la conception de l'esprit représentée par le terme général qui est le signe de tous les faits d'un même genre et de totites les nuances diverses d'une même sorte de sentiments. Mais, si les mots courage^ justice, vertu, etc., ne peuvent on effet jamais s'appliquer à aucune action qui ne- serait pas ou qu'on ne croirait pas courageuse, juste, vertueuse, etc., les sentiments propre» à déterminer de pareilles actions, quoiqu'ils soient également d'une même nature pour chaque espèce d'actions, peuvent, connne je l'ai dit, varier prodigieusement dans leurs degrés d'énergie. D'ailleurs n'estil pas évident que ces notions eUes^*mémes, ou plutôt
f4a PREMIERE PABTIE.
les mots qui les expriment, ne seraient que de vains sons, qu*ua bruit confus et inutile, si, outre les notions purement abstraites dont ils sont les signes, ils ne réveillaient pas dans Tame de celui qui sait les entendre, les deux sortes de sentiments dont j'ai parlé , c est-à-dire ceux qui sout de nature à déterminer les actions, et ceux que ces actions doivent inspirer à tout témoin équitable et non prévenu? On ne sait que trop qu'il y a, en efTet, des hommes dont ces mots frappent inutilement les oreilles; qu il y en a qui les prononcent saas y attacher aucun sens , et uniquement : parce qu'ils connaissent TefFet qu'ils peuvent produire sur les autres; qu'il y en a enfin chez qui ces mots produisent, dans certaines circonstances, des effets tout eon'traii^s à ceux qu'ils sont naturellement destinés à produire.
Concluons. donc de tout ced, que chacun des termes généraux le plus communément usités dans les considérations morales a une valeur qu'on peut appeler absolue , en ce sens qu'il exprime une notion ou une conception intellectuelle également généralcy et par conséquent invariable et immual^le de sa nature. Biais il a en même temps une valeur /vlative^ comme exprimant, dans chaque cas particu- . lier et pour diaque individu , deux sortes de senti-v ments , dont les degrés et les nuances peuvent être singulièrement variables , quoique la, manière dont il affecte notre sensibilité soit à-»peu»près oonitaote ,
ENT£MD£M£iMÏ. 1^5
déterminée, et analogues-sous ce rapport, à celle dont
ce même terme général affecte notre entendement, favoue au moins cpi'il m'est impossible 4e compren* dre autrement comment les mots Nen et mal^ vertu et vice , et tous les autres termes généraux que Ton emploie dan% les sujets de morale, pourraient avoir un sens, et produire sur Tesprit de celui qui les entend, ou qui les prononce , TefFet qu'ils y produisent cnrdinairement.
^ 8. Notion attachée au mot Conscience , dans les sujets de
morale.
Que ce soit une personne qui agisse, et tme autre qui apprécie la qualité de Faction et le mérite ou le démérite de l'agent , ou que l'action soit faite et appréciée par la même personne, le phénomène est absolumrat le même, et ses conséquences, du moins par rapport à la théorie, ne sont nullement diffé-* rentes. Car la sympathie nous rend capables d'être afFectés pour les autres, par les mêmes causes et à peu près de la même manière que nous le serions pour nous-mêmes. Or, c'est en cela que consiste précisément ce qu on appelle conscience dans les sujets de morale, puisque ce mot signifie, Êiculté de savoir en soi-même, ou connaissance intime, non seulement des sentiments et des motifs qui nous font agir, mais aussi des effets ou des résultats que peut avoir notre action. Nous nous condamnons
l44 PREMIÈRE PARTIJ!:.
noa^^mémes , sî elle est nuisible à quelqu'un ^ pui^
que nous sentons immédiatement que celui à qui el)e porte préjudice, et mém^ tous ceux qui n'y auront aucun intérêt, en seront certainement affligés ou indignés. £n un mot , il y a dans tout individu qui se trouve en pareil cas, comme deux personnes distinctes : Tune à qui Faction peut légitimement être imputée , qui en a sciemment pris sur soi la responsabilité ; l'autre qui , s'afïranchissant jusqu'à un certain point de cette responsabilité, et se mettant en quelque sorte à la place de tous ceux à qui elle ne peut jamais être imputée, en porte un jugement impartial et irrévocable.
C'est là le phénomène fondamental et caractéristique de la constitution morale de l'homme, à l'observation duquel il lui a toujours été impossible de se refuser : cet homme double (homù duplex) qui a quelquefois paru aux philosophes un mystère si singulier et si incompréhensible.
Sans doute nous ne l'expliquerons jamais dans le sens faux et obscur que l'on. donne communément au mot expliquer; mais il nous est facile de le comprendre, si ce mot ne signifie pas autre chose que démêler ou reconnaître Tordre et l'^chaînement des faits qui en amènent ou en produisent constamment un autre. Or, la sympatliie, la mémoire, ou l'association des idées, et le langage, jouent ici un rôle tellement remarquable et tellement nécessaire,
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qu'il est impossible de ne pas les regarder comme les causes et les conditions indispensables du phénomène dont nous parlons, ainsi qu'on le reconnaîtra par ce qui nous reste à dire sur le même sujet.
Kemaïquous cependant lanalogie qu il y a entre la conscience et l'honneur, puisque Ton entend, comme nous l'avons vu, par ce mot, la portion d'estime et déconsidération que chacun croit mériter. L'honneur est donc, en quelque manière, une partie de la conscience. Voilà pourquoi un iiomme sans conscience 9 c'est*à»dire, qui ne sait pas* consulter ce guide intérieur et obéir à sa voix, est aussi un homme sans honneur. Voilà pourquoi nous avons essentiellement besoin, pour être heureux, d'être d'accord, ou, comme on dit vulgairement, d'être bien avec nous-mêmes, ou avec notre conscience. Car toutes les fois que nos vœux , nos désirs et surtout notre conduite , sont en opposition avec la raison , le sentiment de l'honneur se révolte en nous , et la crainte d'être jugés par les autres hommes comme noas nous jugeons nous-mêmes, devient un continuel et insupportable tourment. Ainsi, il ne peut y avoir de sécurité ou de paix intérieure et d'honneur véritable que pour l'homme dont la conduite est approuvée par sa conscience. N'oublions pas pourtant une condition, sans laquelle les actions les plus conformes à ce principe peuvent être répréhensibles , ou même tout-à-fait criminelles. Car