‹ De l'entendement et de la raisonChapitre 22 sur 28 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

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de crainte et dTespëriiiice , ni par conséquent les mots eux-mêmes n auraieat existé , puisque Tespé» rance et la crainte ne nous sont inspirées que par la probabilité plus ou moins grande , d'un bien ou d'un mai à venir, quels que soient les motifs , fondes pu non , sur lesquels nous établissons cette prohabilité.

Une expérienjce journalière nous ayant donc ap» pris que, dans un très grand nombre de circonstances, nous ne devons pas prendre une entière confiance dans nos conceptions ni dans nos perceptioils, il nous a bien fidlu distinguer les, cas oii cette confiance est nécessaire , ou légitime , de ceux où elle ne Test pas. Or, le mot croyance exprime ce qui se passe dans notre esprit , lorsqu'il s'affirme, en quelque sorte , à lui-même qu'une chose est ( ou est vraie ); il exprime la conscience distincte et réfléchie que nous avons de l'entière conformité des actes de notre entendement avec la réalité de leurs objets , au moins telle que peuvent nous la manifester nos facultés de connaître et de savoir.

Nous croyons invinciblement à la réalité de tous les actes de nos fecultés , considérés en eux-mêmes, ou de nos idées , considérées comme idées. Il est clair qu'elles sont toujours entièrement telles . qu'elles doivent être , dans une circonstance donnée , et que la croyance que nous avons de leur réalité , sous ce rapport , est toujours légitime, puisque Texis»

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tence de pareils faits dans uotre cnteudemeiit, et la oonscience que nous en avons , ne sont , dans ce cas, qu*une seule et même chose avec notre croyance. Mais nos souvenirs , nos perceptions , nos intuitions de rapport , nous attestant la réalité d'jszistences ektë» rieures permanentes, ou de successions de faits qui ne sauraient être Tobjet d'une conscience di* recte , la eroyance que nous donnons à ces enstenoes peut souvent n'être pas fondée sur la certitude ou sur révidence. Nous savons même que la mémoire, dont les opérations se mfient k celles de toutes les autres facultés 9 à Texception des sensations immédiates , peut souvent, à cause de son imperfection naturelle , donner Heu à des erreurs plus ou moins graves. Toutefois il est juste de reconnaître que, dans le plus grand nombre des circonstances relatives ans besoins et aux habitudes de la vie, à noâ talents acquis, à notre profession , aux arts et aux sciences qui ont été pour nous Tobjet d'une étude assidue et d'une constante pratique , toutes les opérations dont nous parlons ici sont, en général, exemptes d'erreur, et qu'à cet égard nous croyons incomparablement plus de vérités que de choses fausses.

Connaître, savoir et croire , sont donc, en effet, une seule et même chose. Il nous est impossible de ne pas croire tout ce qui s'offre à notre esprit avee les caractères de la certitude ou de l'évi* dence, qui sont, comme nous l'avons vu, ceux de

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lâ ▼érité même. J'ajoute qu'il nous est également

impossible de croire ce qui n'a pas ces caractèr(\s , de ciouaer notre assentiment à une propositioa qui énonce des choses que nous ne pouvons ni savoir ni comprendre, entre les termes de laquelle notre raison n*aperçoit aucune connexion, aucun rapport qu'il puisse saisir. Celui qui énonce une telle proposition ne sait évidemment pas ce qu'il dit ; et s'il déclare qu'il le croît , il ne sait pas ce qu'il croit , car il ne croit rien , ni ne peut rien croire à Toccasioa d'un assemblage de paroles qui n'offrent aucun sens, a Tout ce quon entend est vrai, dit Bossuet: quand « on se trompe, c'est. qu'on n'entend pas; et le «r feux, qui n'est rien de soi, n'est ni entendu, ni « intelligible. On peut bien ne pas entendre ce qui « est, mais jamais ou ne peut entendre ce qui n'est pas; a le vrai, c'est ce qui est; le faux, c'est ce qui n'est « pas. On croit quelquefois l'entendre, mais, en effet, « on ne l'entend pas, puisqu'il n'est pas. Nul homme * a ne veut se tromper ; et nul homme ne se tromperait, « s'il ne voulait des choses qui font qu'il se trompe, o parce qu'il en veut qui rempticlient de considérer « et de chercher la vérité sérieusement. De cette « sorte, celui qui se trompe , premièrement n'entend « pas sou objet, et secondement ne s entend pas « lui-même, parce qu'il ne veut considérer ni son « objet, ni lui-même, ni la précipitation, ni l'or- « gueily ni l'impatience, ni la paresse, ni les passions

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« et les préventions qui la causent. Ët il demeure « pour certain ( ajoute enfin ce grand ëcnVain ) que «t l'entendement purgë de ces^ vices et viraiment ât- « teutif à son objet, ne se trompera jamais. Car « alors, ou il verra clair, et ce qu'il verra sera « certain ; ou il' ne verra pas clair, et - il tiendra pour tt certain qu'il doit douter, jusqu'à ce que la lumière « paraisse^ »

' Le Û'Reid, et après lui M. D. Stewart, ont cru devoir indiquer comme des phénomènes à part, et, pour ainsi dire, suigeheris, ce que l'un de ces écrivains appelle premiers principes des vérités contingentes et nécessaires, et l'autre lois ou, éléments de la croyance**. Ils entendent par vënV^5j^/iffimè/ieif les propositions d'une évidence immédiate, telles qu'on en trouve dans toutes les sciences, comme nous l'avons dit au commencement de ce chapitre, et dont il est impossible de douter , ni de donner aucune démonstration qui ne fût moins claire que ces propositions mêmes. Us reconnaissent, avec Âristote,

* De la Connaissance de Dieu , etc., chap. I , art. XVI.

** Voyez Reid's Essays , etc., vol. II , Essay VI, chap. 5 , 6, 7^etD. Stswart's Eléments qf the philosophy qf the human nUnd^ vol. II, chap. I, section a. Voyez aussi le Trmté des premières VédUs^ par le P. Buffier ; ouvrage dout ces deux écrivains anglais parlent avec une juste estime , et qui leur a donné occasion de s'occuper expressctnenl de ce • sujet.

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la néomAté dRadmeltre de pareilles vérités, puisque,, caos cela» ii faudrait remonter à riufini, de manière ^'auiniiiedéiiioiwtratioii ne serait possible. Mais^sui» vant eux, ces propositions évidentes par elles-m^es ont pour fondement» dans la nature même de notre «ntendenieiit, une croyance, en quelque sorte primitive ou instinctive, à notre propre existence , à celle des êtres qui nous ressemblent , à notre identité per» flonnelle» à la eertitude dés faits dont nous avons un souvenir distinct, à la stabilité des lois de la nature, ele. C'est peut-être tomber dans rincpnvëntent que Ton a cru éviter, en reconnaissant la nécessité d'ad^ Illettré des vérités évidentes par elles-mêmes , et reproduire , sans utilité, la doctrine des idées in* nées. La croyance à notre propre existence, quon ne doit pas confondre avec la notion du moi , comme semble avoir fiiit M. D. Stewari , résulta évidem* ment de Texercice de notre faculté de perception , conune notre croyance à toutes les autres eusteoces; et l'opinion que nous avons de la stabilité des loi» de la nature , parait être une conséquence naturelle et nécessaire du mode d'exercice de U mémoire que nous avons dqa fidt connaître sons le nom dfasso-. dation des idées.

{ G. Des divers moiles de croyance , exprimés par les mot»

conviction , persuasion ,foL

Quoiqu'on puisse , la plupart du temps , employer les mots évidencCycerlitudey démonstraiion^preuve^

RAisoir. ôog etc., sans leur donner \e sens rigouretix que nous leur avons assigné dans tout ce chapitre, et que cet emploi moins eiaet ne puisse aroir aucun incofiftfi» nient dans le langage ordinaire , nous ayons cru devoir déterminer avec plus de précision leurs acceptions diverses , parce que la nature du sujet que nous traitons semblait l'exiger impérieusement. Nous indiqueroDS donc encore ici y par le même motif, quelques nuances d'expression qin nous caractériser aussi certains faits de Tentendement , qu'il est utile de constater. Ainsi l'on appelle corn» viciion l'effet produit dans notre esprit par ira eo* semble de preuves qui ne laissent place à aucun doute ou qui du moins approdieat le plus de la certitude complète , quoique peut-être celle-ci détermine et obtienne un assentiment plus entier. La conviction est une certitude intime, et en quelque sorte individuelle^ qu'on serait peut-être quelquefois embarrassé de faire passer dans Fesprit des autres, faute de pouvoir l'appuyer de preuves assez Ibrtes ou assez nombreuses. Elle appartient pourtant, en général , plutôt à l'intelligence qu'au sentiment, mais celui-ci semble y entrer au moins pour quelque chose, comme Findiquent certaines façons de parler, lorsqu'on dit, par exemple, d un orateur, d'un prëdicateur,qu'il a l'oir ou Vaccent d'une conviction profonde. Ainsi, comme se rapportant à la vérité ou à la certitude, ce mot a déjà une signification un peu équivoque.

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Mais celle du mot persuasion Test encore bien dayautage, parce que la persuasion dépend , au contraire , beaucoup plus du sentiment <{ue de Tîn-* telligence. Aussi la rhétorique , comme art de persuader, s'occupe-lpelle incomparablement plus du style , des formes oratoires et des séductions de tout genre que Ton peut employer , soit pour.aoïe-' ner un tribunal ou une assemblée à Topiaion qu'on veut lui Élire adopter, soit pour détruire daas Fesprit des auditeurs celle dont, on craint qu'ils ne soient prévenus. Qui ne sait d'ailleurs combien la conviction la plus forte» quand elle n est le produit que d'une suite de propositions abstraites , quelque rigoureux qu'en soit renchaînement , est insuffisante pour déterminer une action ou un sys* tème de conduite ? Trop souvent, pour obtenir ce résultat, qui, est toujours la chose importante pour celui qui parle, il faut ou qu'il fiisse nattre , dans l'ame de ceux à qui il s adresse, des sentiments conformes à leur conviction même, ou qu'il combatte et détruise les sentiments opposés, car ce n'est qu'alors que peut naître la persiiasion.

Enfin, la foi est uniquement fondée sur le sentiment; c'est une confiance absolue dans les paroles ou les opinions des personnes dont on honore, dont ou respecte le caractère et les lumières , et qu'on suppose incapables de se tromper ou d'être trompées dans ce qu'elles croient pouvoir affirmer.

BAisoir. 36 f

Gepèndajit .ce mot s'applique plus spécialement à un système de croyances religieuses ; la fei des Musulmans, par exemple, estrcnsemble des dogmes et des âdts contenus dans le Coran , et que Ton suppose avoir été révélés ou inspirés à Mahomcl par Dieu lui»m£me. En général, toute religion positive s'appuie sur une révélation, c*est*à-dire sur un corps de doctrine et de faits dont pn suppose que le dépôt a été confié, à des époques éloignées , par la Divinité, à quelques individus honorés de sa laveur spéciale, < et par qui il a été transmis aux générations suivantes. Dieu a parlé, disent-ils, et nul' ne peut sans impiété et sans crime refuser de croire à sa parole^ ou à la révélation. Gela èst incontestable. Mais il faut pourtant considérer qu outre la révélation indirecte, qui sert de base à chaque religion , il y a aussi une révélation directe et immédiate de Dieu à chaque individu , par laquelle il Téclaire, au premier moment oti il entre dans la vie , en lui manifestant les merveilles de sa création, en le douant des facultés dont le développement produit en lui les notions premières et universelles qui composent ce qu'on appelle le sens commun ou le bon sens, et cpii par un plus grand degré de culture et de perfectionnement deviennent , sous le nom de raison , la seule lumière qui le puisse conduire dans cette vie. Or, il est impossible que la suprême sagesse se contredise elle-même , ou

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veuille se jouer de notre faiblesse et troubler par des coQtnidiotioiis apparentes cetttf raison qui esl son ouvrage , et dont elle a voulu faire notre plus beau privilège. Il est donc impossible que la révélation indirecte ou religieuse soit eflectivement contrai re à la révélation naturelle que chaque homme reçoit immédiatement de Dieu, dans l'emploi légitime et régulier qu'il peut faire de Tensemble de ses iacnltës, c'est-à-dire, dans l'ez vcice de sa raison*.

Une confiance implicite et aveugle dans les paroles et dans les directions de certains guides spirituels est le caractère spécial des temps d'ignoraaoe et de barbarie 'y elle consiste moins dans des opinions que dans des sentiments que Ton s'attache à exciter et à entret«iir dans le |4ut haut degré de lexaltation. Or« toute croyance qui n'est fondée que sur le sentiment, produit chea ceux en qui elle s'est fortifiée par toutes les habitudes de leur vie, une disposition constante à y sacrifier sans remords, et quelquefois avec joie, tous leurs intérêts et tous les autres sentiments, même les

* Aussi I*ap6tre saint Paul veut-il qiie lé culte des chrétiens soit fondé sur la raison (Ëpist. ad Rom., c. Xll, y. i ): RaUonabiie sU obsequium ve^^nim.cNi le juge, ni le prince y • ni le père, ni Dieu même, si cela était possible, dit « Malebranche , n'a pas le droit de se servir de sa puissance , « pour soumettre les hommes, faits pour la raison, & une •« volonté qui n'y serait pas conforme. • Traité de Morale ( part, li , chap. XI , art. 7 ).

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plus naturels, que cette croyance a fini par étouffer , ou qu'elle a empêchés de mitre et de se développer : c'est ce qu'on appelle Janatisme. Toutes les formes de gouvernement et toutes les sectes re^ ligieuses ont eu de ces fiinatiques s'abandonnant aveuglément aux plus épouvantables excès de la cruauté, ou immolant sans regret leurs plus chères affections au* sentiment qui s'était asservi toutes leurs autres facultés. Quiconque non seulement combat leurs doctrines, maî; ose laisser paraître k plus léger doute, devient aussitôt pour eux l'objet d'une insuriQontable aversion, ou de la haine la plus implacable. Plus d'examen , plus de discussion : la force -seule doit décider des questions qui néan-* moins sont, par leur nature, tout à fait hors de son domaine; il faut que le fiinatique triomphe de son adversaire, en l'égorgeant, ou qu'il tombe sous • ses coups

* « Nul , s'il n'esl très bon eUrc ( théologien ), disait le roi « Louis IX,ne doitdisputer aveo lesîncrédules. Mais X homme « lai ( le laïque), quand il entend médire delaîoîcfirérienne,

« ne doit pas défendre la loi chrétieni.e, sinon do l'cpée , de • quoi il doit donner parmi le ventre dedans , tant comme « eUe r peut entrer, » ( HisvoxaE db SàiKT Louis , par le sire de Joinrille^ p. la > édit. du Louvre, 1761.) Quel siède que celui où un prince, universellement connu pour Tun des plus vertueux, des plus sages et des plus consciencieux , je ne dis pas parmi les monanjncs , nuiis parmi 1rs hommes de son temps, u'hésitait pas à tenir un pareil langage]

Voyez, à la voix de quelques missionnaires fanatiques, les populations entières des différents états de r£urope se précipiter sur TAsie^ massa* crant et dévastant tout sur leur passage , dans l'espérance de gagner le ciel et d'échapper aux peines de l'enfer, se dépouillant de tous leurs biens en fitveur des moines et des églises , et cherchant à réparer leurs pertes par le meurtre et le pillage. Les pontifes romains , qui connaissent la puissance que leur donne cette foi Aveugle et indiscrète, remploieront bientôt pour renverser tous les obstacles que la sagesse ou la rivalité des princes chrétiens opposeront à leur ambition et à leur orgueil. Dès le commencement du f 3^ siècle , ils établissent dans te midi de la France , et successivement dans tous les pays catholiques, de prétendus tribunaux qui ont épouvanté le monde par Taudace et Ténormité de leurs forfaits. Bientôt, entassant sur les bûchers des milliers de victimes de tout rang , de tout sexe , de tout âge, ils choisiront pour ces horribles sacrifices les jours consacrés par les plus augustes solennités de la religion; et ces fêtes de cannibales seront appelées des ACTES DE FOI {ocUones fideiy\ Hélas ! la fatale nuit de la Saint-Barthélemi , l'assassinat de Henri lU , celui de Henri lY , et mille autres attentats non moins déplorables, furent aussi des actes de foi à peu près du nunnc genre.

* En BspagDol auto- de fe.

. Gardons-nous donc d'en croire les écrivains laïques ou ecclésiastiques, dpnt le zèle au moins indiscret nous reproche amèremeut la tendauce qui , grâce au ciel , nous éloigne sans cesse davantage de oes^ fureurs abominables. De cpielques noms spécieux qu'il leur plaise d'eu décorer les causes, quils le^. appellent de nobles, de généreuses ou de saintes 'Croyances, dédaignons les vains anathèmesdesuns, et ne soyons point dupes des déclamations puériles des autres. Que notre religion, toujours conforme aux maxiinos de la pure morale évangélique , soit toujours également éloignée .d'une vile et abjecte superstition et d'un fanatisme sanguinaire. Ces deux fléaux de Thutnaaité out leur source dans deux erreurs opposées: d'un côté, le vulgaire se lait toujours des idées trop basses et trop étroites de la Divinité; de 1 autre, il s'en fait de trop grandes et de trop exagérées de certains hommes. Autant il semble se plaire à rapprocher , pour ainsi dire , Dieu de l'homme , autant est-il enclin à reconnaître dans quelques individus une supériorité immense sur le reste de leurs semblables. Dès lors il embrasse avec ardeur leurs opinions, leurs préjugés, leurs passions: ils deviennent ses dieux; et enivrés, à leur tour, de l'espèce de culte dont ils sont devenus l'objet , leur orgueil n'a plus de bornes, leur domination n'a plus de frein. Ils se disent inspirés , et on les croit si facilement sur parole, qu'ils finis-

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sent par se croire eux-mêmes des êtres supérieurs à l'humanité. Mais c'est précisément alors qu'ils en ont perdu le plus noble et le plus précieux attribut; cest alors que renonçaut eux-mêmes à la raison , et y fiiisant renoncer les autres, ils exercent sur eux la plus funeste influence , et les précipitent dans les plus déplorables ou dans les plus coupables excès.

Reconnaissons donc qu'il ny a pas un homme de bon sens et capable de quelque réflexion « qui puisse s'imposer l'obligation de croire pour le plaisir de croire 9 et uniquement parce quil y a des écri* vains ou des hommes à imagination exaltée qui approuvent ou conseillent cette disposition d'esprit. Il nous est aussi impossible, quand nous y pensons sérieusement, de ne pas croire ce que nous reconnaissons être véritable, que de croiie ce qui nous semble âiux, ou de ne pas suspendre notre assentiment à tout ce qui nous paraît seulement probable. « Mais, dit Montaigne, les uns font accroire aux

antres qu'ils croient ce qu'ils ne croient pas ; les « autres, en plus grand nombre, se le font accroire « à eux-mêmes, ne sachant pas pénétrer ce que « c'est que croire »

* Essiùs de Michel de Montaigne, l. II, c. la.

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