‹ De l'entendement et de la raisonChapitre 24 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

SjO SECONDE PARTIE.

de la méthode ou de rcuseinble dos procédés que l'esprit humain peut appliquer à la recherche de la véritë , ne peut se dispenser de jeter un coup d'œil sur Tensemble des connaissances acquises jusqu'à lui , afin de s'assurer par la comparaison qu'il fera de plusieurs de celles dans lesquelles il aura pu pénétrer au moins jusqua un certain point, en quoi dif* fèrent, d'une science à l'autre, cette méthode et ces procédés qui sont désignés presque par les mêmes noms pour toutes.

Sans doute il règne un ordre merveilleux dans cet univers dont le spectacle est sans cesse offert à pOB regards; sans doute ces mouvements variés et multipliés à l'infini , qui animent, en quelque sorte , les grands corps que nous voyons de toutes parts emportés dans les espaces célestes , aussi bien que les molécules les plus imperceptibles de la matière, et qui opèrent ainsi autour de nous et en nous-mêmes ces transformations sans cesse renouvelées que subis* sent les êtres , soit inorganiques , soit organisés , sont assigétis à des lois constantes et régulières. Déjà l'homme est parvenu à en connaître quelques-unes aussi importantes par l'étendue de leur influence que par la variété des phénomènes qu'elles lui aident à coordonner, et c'est à peu près en cela que consiste toute sa science. Mais il s'en faut beaucoup que le monde et les êtres qui le composent s'offrent d'abord à notre entendement avec cet ordre et cette régularité qui font naître en nous une si juste admi-

DAtSON.

ration. Au coutraire, les premiers regards que nous jetons sur cet imposant et sublime ouvrage ne nous y font presque apercevoir qu'un chaos et une confusion propres à éblouir nos sens et à confondre notre raison. 11 faut , comme on sait, du temps et de rëtude, une contemplation et une méditation assidues, des observations et des expériences sans cesse répétées, tous les efforts enfin d'un esprit actif et cultivé f toutes les ressources d'une imagination féconde, non moins appliquée à prévoir les cbances d'erreur ou d'illusion, qu'à anticiper, pour ainsi dire, les résultats favorables au progrès de la vérité, à s'exalter et à s'enflammer par la pensée de tout le bien qu elle peut faire aux hommes.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons considérer Tunîversalité des êtres et des cboses comme partagée en deux existences distinctes, l'univers et I homme, ou plutôt l'univers et l'entendement humain , puisqu'en effet chacun de nous ne connaît l'univers qu'autant et de la manière qu'il se réfléchit en quelque sorte dans son entendement. Or, si nous supposons qu'un être organisé connue nous le sommes possédât tout ce que l'espèce humaine peut avoir acquis , en ce moment, de connaissances réelles des êtres et de leurs rapports de tout genre, un tel être pourrait seul nous faire la description , le récit ou l'histoire , telle qu'on peut la connaître actuellement, de ces êtres et de leurs rapports, il pourrait, par excm])lc, exposer ou écrire, 1* l'histoire naturelle du ciel et

des corps célestes, c'est-à-dire ce qu'on sait des

étoiles de différentes grandeurs, des constellations OU groupes artificiels qu'on eu a formés, des nébuleuses , des planètes et de leurs satellites, des comètes, des révolutions de tous ces corps autour du soleil, et des lois auxquelles sont assujétis leurs mouvements, etc. ; a* l'histoire naturelle de la terre et des corps terrestres, comprenant la description ' de la sur&ce et de la structure de notre globe, des substances solides, fluides, aériformes, dont les corps sont composés, des plantes ou des végétaux qui y existent, et de toutes les espèces d'animaux, j compris rhomme. Ce serait sans doute Tencyclo* pédie la plus par&ite et la plus complète des connaissances acquises à l'époque où nous vivons. Au reste ^ il est évidept qu'une telle description aurait été, il y a un siècle, tout autre qu'elle ne serait aujourd'hui ; qu'elle ne pourrait plus être dans cent ans ce qu'elle serait à présent , et que , pour qu'elle eut le plus haut degré d'exactitude et de précision désirable, il fistudrait presque qu'elle fut modifiée de jour en jour.

Mais comment l'esprit humain est-il parvenu à se fidre sur ce vaste ensemble d'existences et de phénomènes si divers les notions qu'il en a aujourd'hui? Gomment est«il devenu capable de se représenter cette multitude infinie d'êtres de tant d'espèces différentes, les rapports encore plus multipliés qu'ils ont entre eux et avec l'ensemble? les modes de for-

mation et de décompositioii des uns y les modes de

génération, d'accroissement, le dépérissement et la mort des autres? Gomment, enfin, l'homme, dont l'existence est si fragile et si fugitive , dont les facultés semblent si limitées, est-il arrivé à connaître et à savoir toutes ces choses avec assez d'exactitude pour pouvoir non-seulement embrasser presque d'une seule vue Fimmense et magnifique tableau que lui présente leur état actuel , mais se faire même quelques notions probables de leur état antérieur, à des épo* ques extrêmement reculées, et prévoir jusqu'à un certain point leur état à venir?

Quelques faits bien communs et bien faciles à constater peuvent nous donner la solution de ces questions, autant du moins qu'il nous est permis d'aspirer à les rendre. L'homme est capable d'observer, de contempler les choses qui sont sous ses yeux, et d'agir d'après les impressions qu'il en reçoit , ou en conséquence des idées qu elles lui suggèrent. H trouve sous un arbre touffu , ou dans le creux d'un rocher, un abri contre la tempête , et bientôt il courbe et attache, il rompt ou coupe les branches de l'arbre, pour s'en faire un abri plus solide et plus sûr ; il rassemble et entasse les unes sur les autres des pierres , des fragments de rocher, dans la même vue. Mille autres besoins qu'il a été conduit à satisfaire, d'abord par des déterminations purement instinctives , deviennent pour lui l'occasion de déterminations réfléchies^ et d'une suite plus on

374 SECONDE PA.RTIE.

moins longue ou régulière d'actious qui lui sont suggérées par cette voie.

Là commencent pour lui ce que plus tard, lorsque se$ connaissances auront acquis plus d étendue , et ses facultés plus de déveIop[)onient , il appellera théorie et application. Car les écrivains qui ont affinné que l'applicatioa ou la pratique des métiers, des arts et des professions diveises , a dû précéder la théorie , ou les sciences purement abstraites sur les* quelles cette pratique se fonde en grande partie, n'ont peut-être pas assez considéré qu il est impossible qu'un homme , quand il n'est pas emporté par quelque accès de passion soudaine et irréfléchie, agisse avant de savoir ce qu'il veut faire, et d'avoir pensé aux moyens de l'exécuter. Ces deux genres de d^erminations se succèdent donc et se perfectionnent sans cesse l'un l'autre. La théorie commence par suggérer quelques vues , quelques intentions à la pratique; celle-ci fournit à son tour de nouvelles vues à la théorie, et l'une et l'autre s'agrandissent ^t s'étendent indéfiniment par les secours mutuels qu'elles se prêtent.

. Observons de plus que, riiomme, isolé et borné à ses moyens individuels , est presque la plus faible des créatures, et la plus incapable do pourvoir a sa conservation f Imstinct qui le porte à s'unir à ses semblables ajoute aux forces et aux moyens de chaque individu pour l'exécuLion de certains tra- Yamc> et pour la satisfaction de certains besoins, la

Digiti2fed by Gopgle

force et l'iultilligeiico de la société presque entière dont il est membre. Enfin, par la mémoire, et surtout par le langage , les ressources et rintelligeiice • de i espèce humaine semblent mises, en quelque sorte, à la disposition de chacun de nous : par là , chaque homme peut, jusqu'à un certain point, s'approprier rintelligeaoe de l'espèce tout entière, accrue , enrichie et perfectionnée par les travaux d'une longue suite de générations. C'est ainsi, en effet, que l'entendement humain, élaboré, sHl le &ut ainsi dire, et modifié par les résultats de tant de recherches, de méditations et de connaissances de tout genre accumulées par les siècles, a pu devenir capable de se représenter la suite et l'enchainement des plieno* mènes de l'univers, leur ordre et leur succession dans le temps et dans l'espace; semblable à une glace fidèle , où la multitude infinie des objets dont se compose le monde extérieur viendrait se peindre avec d'autant plus d'exactitude et de vérité, que la glace elle-même aurait été polie avec plus d'art et de soin.

J'ai donc essayé d'indiquer, dans le tableau suivant, l'ensemble des principaux moyens qui, réunis hypollictiquenient par un seul individu de notre espèce, le mettraient à même de nous faire, ainsi que ' je l'ai dit, l'histoire de l'univers, des objets qui le composent , au moins telle qu'on peut la connaître à l'époque oii nous sommes.

TABLEAU DES PAHTIB

DSS CONNAISSAVCI

Unuiograpliity Aatnwonlt, Géographie , Géologie , Hydrographie ,

Hydrologie , Minéralogie , Météorologie, Botanique , Zoologie , Physique générale, Cbiniie , Ânatomîe , Physiologie ^ aie.

jirtt méeamifuet €t mdiueneb,

Agricnhure , Métallurgie , Conjstraction ( civile, rurale, etc.) , j Fabrication ( des vétemeats , des [ilimwiti » dm mam, etc. ), ,

PREMIERE DIVISI05

POUVAliT SE PAUTÀGEE £2

Sciences Mathématiques oo

ArillHDéliqae, Géométrie » Algèbre, Calcul difTérentiel et intégral, application de l'Algèbre à U Géométrie»

DEUXIEME DIVISIOÎ

COMPAENAKT AU

Arti MMtÊti et Pnfitnom

Médecine , Jurisprudence , Stratégie , Génie ( civil et militaire ) , Artillerie , Navigation , etc.

Nota. On trouvera des développements aussi curieux qn*instructifs sur la plaparl Ides sciences indiquées ici, dans les Rapports publiés en 1810 par les secrétaires des jqnatre académies de l'institut , à l'occasion des prix décennaux que le gouvemement liflapérial avait en le projet de décerner. Le Rapport higUtnfÊg mtt um ff^ptê des < XmmtaaMut d^mi* tyS^^ufm'e» t8o8« par M. CiiTiert ett nà oomge éi '

Page 1