S PLUS IMPORTANTES
LUMAUTES.
HEOmE OU SCIENCES,
tVATEB OEDBBS OU CLASSBS:
j III.
Sdenees Pkysieo-MathémaeiçH9s
on
I Mathématiques appliquées .
\ Dynamiqae , Mécanique , Statique y Uydrostatiqae , Uydrodynainùpie , Optique , etc.
iPPUCATlON ou ARTS,
QUATRE 0&0KS8 OU GLA88Bft«
Beaux Arts.
Éloquence , Poésie , Mosiqae , Peintore, Senlptore, Architecto* re p etc*
Sciences Morales et Politiques,
Grammaire , Rhétorique , Philo logie« Critique, Archéokî|ie, Nomis-
matiqae , Chronologie, Histoire
(civile, militaire, ecclésiastique, etc.), Morale , Législation , Économie politique , Idéologie , Philosophie.
ArU Socimx,
Administration , Financet « Commerce f ÉdacetioD f etc.
Tememable , par la justesse et la profoodeor des mes, par félendue et la Tariété des cuanaissances que l'auteur y déploie, et par l'art avec lequel il a su faire sentir partout lien secret qui unit entre elles les sdenccs eu apparence les plus éloignées le» unes des autres.
i^O SECONDE PARTIE.
Ce tableau ue présente sans doute que d'une maaière fort incomplète rimmënsité des faits et des objets qu'embrasse la connaissance humaine ; les divisions et les sous-divisions y sont, jusqu'à un certain .point, arbitraires, comme cela ne saurait manquer d'arriver dans un pareil sujet. Car il n y a presque pas une science ni un art de quelque importance qui ue puisse emprunter ou fournir, directement ou indirectanent, quelque secours et quelque lumière à toutes les autres sciences; à tous les autres arts. Cependant chacune des deux principales divisions s'y trouve sensiblement coordonnée relativement aux trois points de vue principaux sous lesquels Fentendement humain a été envisagé dans la première partie de cet ouvrage. Ainsi les sciences physiques et naturelles appartiennent plus spécialement à la connaissance 4 ou faculté générale de connaître dont nous avons traité d'abord ; les mathématiques sont essentiellement dépendantes de la science proprement dite, ou faculté générale de savoir; les sciences physico-mathématiques ressorteut presque également de ces deux facultés, et enfin les sciences morales et politiques ont des rapports plus spéciaux et plus directs avec la faculté générale de vouloir. Il eu est à peu près de même des quatre espèces d'arts ou de professions comprises dans la seconde division : les deux premières semblent se rapporter plus spépaicmcnt à la connaissance et à la science , et les
deux dernières à la volonté , quoiqu a vrai dire il n'y en ait aucune qui ne dépende essentiellement de CCS trois facultés générales qui sont les parties indivisibles d'un même tout, cest-^à-dire de Tentende» ment. Au reste , il est assez évident que , par cette raison , il est tout à lait impossible d établir dans cette unité, que l'on retrouve sans cesse, des divisions qui ne soient pas purement iiclivcs, et entre lesquelles il puisse exister une entière et complète symétrie.
J 3. a* Conàithm requises pour t^ftf^queraoee succès hsprthcédés de la méthode à la rtcherchede ia vérité.
Mais il ne suffit pas, pour s'appliquer avec quelque chance de succès à la recherche de la vérité, de s'être fait des idées générales de Tensemble des objets que l'esprit humain est appelé à connaître ; il faut encore avoir quelques notions sur les diffé^ rentes causes'des erreurs auxquelles il est naturellement exposé dans cette recherche. Aussi , tous les écrivains qui ont traité de la Logique ^ de lajrt de penser ou de raisonner , n'ont-ils çuère manqué d'entrer dans quelques détails sur ce sujet. C'est ce qu'a fait Aristoie, par exemple, dans son traité de la réfatalion des arguments ou raisonnements sophistiques*» Mais cet écrit, presque uniquemei^t
* De sophisiicis Elenchis.
38o MCONDE PAATI£.
relatif au système de logique du philosophe grec, bien qu'on y trouve quelques observations utiles, nem* brasse pourtant qu'une très petite partie du sujet. C'est Bacon qui, le premier, a commencé à lui donner tout l'intérêt et toute Timportance qu'il doit avoir aux yeux de la raison : cest dans son Instauratio magna ( grande rénovation) et dans son Novum organum % que rillustre chancelier d'Angleterre s'est appliqué à faire une énumération, aussi complète qu'il était possible , des diverses espèces d'erreurs dont on doit chercher à se garantir dans tous les genres d'étude ou de recherches auxquels on s'ap* plique.
Considérant comme autant de fiintomes importuns les illusions qui assiègent incessamment l'esprit humain. Bacon les réduit à quatre espèces, sous le nom ^idoles. Il range dans la première classe les erreurs qui naissent de la nature même de Fentendement humain : dans la seconde celles qui viennent de la nature particulière et individuelle de chacun de nous ; dans la troisième , les erreurs nées de l'emploi des mots, des opinions fausses ou
* On avait donné, dans les écoles, à la collection des traités qui nous restent d'Aristote, sur la logique, le nom ù'organum ( ou instrument ) ; et c'est pour opposer sa propre méthode à celle des scolastiques , que Bacon donna à Touvra^e daus lequel il la décrivait, le titre de novurn organutn ( ou nouvel instrument ).
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AAISOK. 38 1
des préjugés communs à toute une nation ; dans la quatrième enfin, celles qui sont l'effet des opinions fausses adoptées par les différentes sectes ou écoles de philosophie
Locke, après avoir présenté, dans le quatrième livre de son Essai sur l' entendement ^ d'utiles et importantes observations sur les moyens de s'assurer de la vérité et de se garantir de IVrreur, revint plus tard sur le même sujet et en fit un traité exprès, intitulé : de la Conduite de t Entendement On regrette seulement, en lisant cet ouvrage, si rempli de conseils importants et de réflexions judicieuses, que l'auteur n'y ait pas mis plus d'ordre et de méthode. Enfin , c'est encore à cet objet que se rapportent plusieurs des chapitres les plus intéressants de la Logique dite de Port-Royal.
Au reste , les trois points de vue principaux sous lesquels j'ai considéré l'entendement dans les trois sections dont se compose la première partie de ce traité, me semblent pouvoir également bien servir à classer les causes d'erreur qui peuvent s'opposer au succès de nos efforts dans la recherche de la vérité. £n effet, il est évident qu'ils doivent néces-
* C'est ce qu'il appelle , idoia tribus, idola speeus, idota forif idola theairL Voyez sod traité de Dignikoe et ougmentis seientÈamm^ 1. V, ch. IV ; et Nwum Organum , I. I , Aphorism.^ 38-6a.
Voyez le 7" volume des OEuvres philosophique» de Locke, publiées par MM. Didot. Paris, 1825.
38a SECONDE 1>A11TIC.
sairement comprendre 9 non«seulement toutes celles
qu'a signalées Bacon dans la dWîsion ingénieuse qu'il
a proposée, mais que, de plus, ils doivent les montrer
dans leurs véritables rapports soit entr elles, soit
avec toutes les parties de la constitution intdlectuelle
de riiomme.
Ainsi , premièrement , Tétude approfondie des
objets compris dans la première section ( connaissance), peut nous aider à déterminer d'avance avec assez de précision les circonstances oii , non-seulenient nos facultés de perception externe, mais aussi nos déterminations instinctives, les influences réciproques de l'organisation sur les sentiments et sur les idées, ou des idées et des sentiments sur 1 organisation , peuvent donner lieu à des illusions plus ou moins complètes , à des erreurs plus ou moins graves. En second lieu, en réfléchissant sur ce qui a été exposé dans la seconde section ( science ) sur la nature et Tcmploi des signes de toute espèce, et spécialement du langage, on peut se prémunir contre les erreurs fréquentes et souvent si funestes qui naissent de cette source; se garantir des illusions déplorables dont les mots ont été trop long-temps , et sont encore , sinon la cause immédiate , au moins le moyen le plus ordinaire. JE)u£n, Tensemble des sujets traités dans la troisième section ( volonté ), nous ùât A^oir, dans nos sentiments , une autre cause de déterminations, soit intellectuelles, soit actives , qui
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HATSON. 383
est incoDtestablement celle qui a le plus de force et de puissance , et à laquelle nous pouvons ëvidem* ment rapporter les erreurs les plus contagieuses et les plus funestes dont les individus et les peuples aient pu être , dans tous les temps , dupes et victimes.
Plus on aura donc médite et approfondi ces trois ordres de considéi:ations sur l'ensemble de nos facultés, plus on sera capable de prévoir les inconvénients auxquels on peut être exposé dans l'exercice de chacune d'elles , d'apprécier le mode et le degré de l'influence qu'elle peut avoir sur les autres , et de celle qu'elle en peut recevoir à son tour. Ainsi la mémoire, comme Ta fort hum reineirqué M. de ïracy, intervenant dans les actes de toutes nos fecultés, peut rendre leurs résultats inexacts, dans tous les cas oîi elle-même n'est pas exacte et sûre. Mais le sentiment, qui se mêle aussi à tous les faits de notre esprit, n'est pas une cause d'erreurs moins active et moins étendue. U faut donc s'attacher, non pas à l'exclure entièrement de nos opérations intellectuelles , ce qui serait tout à fait impossible , mais à faire prédominer dans toutes nos habitudes celui qui peut le plus nous soutenir et nous guider dans nos travaux , en même temps qu'il est le plus propre à nous garantir des fâcheuses influences de tout autre sentiment. Je veux parler de l'amour constant et exclusif de la vérité, qui rallie et rattache , en quelque sorte, à lui , toutes les afiéctions sympathiques de l'ordre le plus élevé ,
et qui inspire les actions et les dispositions les plus désintéressées.
Ainsi c'est par un examen exact et scrupuleux de la conscience philosophique, s'il le ùluI ainsi dire , , que l'on peut s'assurer de réunir toutes les conditions qu'exige f emploi légitime et régulier de nos facultés, ou leur application à la recherche de la vérité ; et la conscience morale , tout importante et indispen* sable qu'elle soit , n'est cependant cpi'iine partie de cette conscience philosophique dont nous parlons.
,S 4> procédés de la Méthode.
Quel que soit le sujet, l'objet ou le système d'objets que Ton entreprend- de connaître , ou de faire connaître à d'autres , on est naturellement conduit à employer une suite de moyens ou de procédés , qui, bien qu'ils varient à certains égards, suivant la différence des objets auxquels ils s'appliquent , ont néanmoins un fonds de ressemblance et presque d'identité qui les a fait désigner , dans tous les cas, par les mêmes noms. Il est impossible, par exemple, qu'on ne donne pas à l'objet qu'on veut connaître une attention plus particulière et plus suivie qu'à aucun autre ; que l'on n'y remarque pas parties , des qualités, des propriétés diverses , l'on désignera par des mots déjà connus et employés pour cela, ou que l'on imaginera ^ au besoin ^
flAisoir. 585 datts cette vue. Ces mots , que l'oa se rappellera chaque fois qu on voudra se rendre compte de ce qu on sait sur cet objet , ou le communiquer aux autres 9 seront un moyen de le recomposer, en quelque manière, d*autant de parties, de qualités, etc., qu on y eu avait remarqué d'abord , et dans lesquelles on l'avait décomposé. On pourra même , à mesure qu'on aura occasion de recoin uicucer ces deux sortes d'opérations inverses, reconnaître, dans l'objet proposé des parties, des détails, des rapports qu'on n avait pas observés jusque-là, et les désigner par de nouveaux noms, jusqu'à ce que cet objet soit , ou semble être parfaitement connu.
Par ces deux moyens , auxquels on a donné les noms analyse (ou décomposition), et de synthèse ( ou composition ), on parviendra sans doute à distinguer l'objet proposé , de tous ceux qui ne seraient pas au moins de la même espèce que lui. Mais si l'on veut connaître, autant que cela est possible, sa nature intime , ses divers modes d'existence , ses rapports avec un nombre plus ou moins grand d'autres objets, sur lesquels il peut agir, ou qui peuvent agir sur lui , les modifications qu'il peut leur donner ou recevoir d'eux , il est clair qu'il faut recourir à des moyens d'analyse plus compliqués ou plus puissants que ceux que peut fournir la simple observation des phénomènes spontanés que présente l'objet que l'on veut connaître. Il faut le . II. a5
386 SECOKJ>£ PARTIE.
placer à dessein dans des circonstances où les rap*
ports et les modifications que l'on cherche à connaître pourront se manifester; il faut multiplier et varier ces circonstances , de toutes les manières et par tous les moyens qui seront au pouvoir de Tobservateur. Or, c'est ce nouveau mode d'analyse et d'observation, auquel on donne plus particulièrement le nom Sexpérience.
Cependant des rapports de ressemblance, de nombre, de symétrie, dans les parties, qualités ou propriétés des différents êtres et des divers objets que l'on a occasion d'observer, se manifestant d'abord spontanément , commencent déjà à. les unir jusqu'à un certain point entre eux, à en former comme des groupes , liés les uns aux autres par ces traits de ressemblance, ou par ces analogies. La mémoire et les associations d'idées suggèrent Vautres analogies qu'on ne voit pas e^^core , mais que celles qu'on voit autorisent à soupçonner, et qui ne sont par conséquent jusque-là que des conjectures. Elles ne peuvent donc devenir de nouvelles et véritables richesse» pour la science, qu'autant qu'elles auront été vérifiée» et confirmées par de nouvelles observations, de nouvelles analyses, de nouvelles expériences, qm ne laissent plus aucun doute sur la réalité des faits qu'on ne pouvait d'abord que soupçonner. C'est ainsi qu'on arrive en effet quelquefois à lier entre eux un nombre assez grand d'existences et de phénomènes de
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RA.1SON. ôb']
difFërents genres , à les rattacher tous , en quelque
sorte, à uii fait, à un rapport principal, qui, les coordonnant ou les subordonnant de diverses manières les uns aux autres , sert à les expliquer tous , C*e8t-à-dire à en faire saisir renchaînement , en sorte que celui qui prend la peine de les étudier, ou qui se rend attentif à l'exposition qu'on lui en fait, puisse en concevoir Tensemble et en parcourir les détails avec sûreté et facilité.
Mais jusqu'à ce qu'on soit arrivé à ce point , il a fallu faire pour ces grandes masses d'existences et de phénomènes, ainsi coordonnés, ce qu'on avait fait pour certains phénomènes particuliers et pour quelques groupes do faits et dYlres , de la liaison desquels on était parvenu à s'assurer par des conjectures. £n un mot, il a fallu faire des hypothèses^ anticiper dans sa pensée le fait ou le rapport unique, qui devait servir de lien commun à différents groupes , vérifier encore par des observations, par des analyses et par des expériences le plus ou moins de fondement des hypothèses que Ton tentait. Car tant que cette vérification n'est pas faite , tant qu'on ne s'est pas assuré, par les moyens qui viennent d'être indiqués , de la réalité du rapport ou du fait général que l'on assigne comme cause de tous les faits qu'on prétend unir par son moyen , l'hypothèse demeure ce quelle était, une supposition purement gratuite.
Âu contraire , quand elle est justifiée d'une ma-
si5.
nière incontestable, quand tous les phénomènes, toutes les existences, tous les rapports qu'elle prétend expliquer , semblent se coordonner comme d'euxmêmes et se placer sans effort , sans la moindre altération , et précisément tels que les donne l'observation la plus sévère , dans le système dont ils font partie , alors l'hypothèse eàt une véritable théorie. Elle est l'expression exacte et fidèle de la vérité dans cet ordre de choses ; elle est enfin le résultat de ce qu'on appelle induction j et d'une légitime interprétation de la nature.
Ainsi , les procédés de la méthode et ses divers modes peuvent se réduire à trois manières générales de traiter ou de considérer les objets de notre étude , et les sujets plus ou moins étendus ou complexes que nous entreprenons de connaître avec toute l'exactitude où nos facultés puissent atteindre. Nous pouvons ou les observer avec soin, tels qu'ils s'offrent naturellement à notre attention ; ou les analyser dans leurs parties les plus faciles à considérer séparément les uns des autres, et nous assurer , par des ^nthèses répétées, de la vérité de nos analyses; ou partir de quelques analogies frappantes, qui, nous suggérant des conjectures probables, nous conduisent à des hypothèses dont la vraisemblance permette de considérer un grand ensemble de fsiits, comme unis entre eux par un lien commun ; et enfin , nous assurer que ces hypothèses sont la vérité même , et
ne peuvent être démenties par aucun (ait , par aucune expérience nouvelle. Considérons maintenant à part chacun des procédés dont nous veuons de donner des notions générales.
J 5. 1* Obsavaikm et ses modes (analyse , sjnllièse , expérîfiice);
procédé /ondmmenlaL
A. Observation proprement dite. Ce qui distingue 1 observation des autres procédés de la méthode que nous avons cru pouvoir regarder ici comme ses modes , c'est qu'elle laisse les objets auxquels elle s'applique dans leur état naturel; en sorte que l'observateur en reçoit les impressions, entièrement telles que la nature même de ces objets peut les donner, sans y rien changer, sans les altérer en quoi que ce soit. C'est ici.surtout que l'entendement peut être comparé avec assez de vérité à une glace parfaitement unie et pure, qui réfléchit les images des objets avec la plus entière exactitude. Mais la variété cl la multiplicité des objets ou des sujets d^observation sont telles , que , bien qu'aucun individu ne puisse être entièrement étranger à la plupart d'entre eux, il doit pourtant y avoir une différence très grande d'un individu à l'autre , soit par la na^turemême des talents différents dont ils ont été doués en ce genre, soit par celle des objets ou des sujets qui ont plus particulièrement attiré leur intérêt ou leur attention.
Ainsi , les objets des sciences physiques et naturelles nous environnant sans cesse 9 et servant à chaque instant à nos besoins ou à nos jouissances , s'adressent surtout à notre faculté de perception externe, en sorte qu'aucun homme ne peut se dispenser ou ne peut éviter den connaître uu très grand nombre, de remarquer leurs formes, leurs qualités ou propriétés diverses. D'un autre côté, les sentiments de tout genre, les plaisirs et les peines de tant d'espèces et de tant de degrés différents , qui résultent en nous, soit des impressions produites sur nos organes, par 1 action de tous ces objets, soit de celles que nous pouvons éprouver à Foccasion de nos rapports continuels avec nos semblables, s adressent à nos facultés de perception interne et de perception morale; et ici encore, une observation à peu près inévitable est pour chacun de nous une source d'instruction plus ou moins abondante, plus ou moins étendue.
Il n'y a donc aucun homme qui paisse se dérober à l'action de toutes ces causes; mab il y en p. chez lesquels les unes agissent avec incomparablement plus de force ou d'intensité qu'elles ne le fimt ordinairement sur d'autres hommes , et qui , par la nature même de leur organisation, de leurs inclinations , ou des circonstances différentes oii ils se sont trouvés , sont beaucoup plus accessibles à certains genres d'impressions qu'à d'autres. C'est ce qui £BÛt
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RAISON. 39 r
la différence des talents naturels , non seulement pour les différentes espèces d'arts ou de sciences , mais pour les diverses parties d'un même art ou d'une même science. Tel poète, par exemple, décrira avec plus de charme et de fidélité les objets de la nature, et tel autre les sentiments du cœur; tel peintre sera plus coloriste , et tel autre plus habile à rendre les formes et les expressions , et il en sera de même pour toutes les autres professions , pour tous les autres genres d'études.
Mais si tous les hommes ne sont pas destinés à accroître et à perfectionner les sciences par des observations qui leur soient propres , au moins y en at*il biteu peu qui soient incapables de s'approprier les vérités observées par d'autres , dans presque tous les genres , et surtout dans ceux qui importent le plus au maintien des sociétés. C'est ainsi que les arts les plus nécessaires et les plus usuels se transmettent, de génération en génération, avec les perfectionnements que le temps leur a fait acquérir. C'est ainsi que les préceptes de la morale, les règles de justice, de modération, d'humanité, les plus immédiatement applicables à la conduite de la vie, ont été dès long-temps exprimées dans des maximes, des sentences , des proverbes devenus familiers aux hommes les plus ignorants ou les plus grossiers ; tandis <(ue les sciences successivement enrichies par les découvertes de quelques génies heureux , sont cul-
SECONDB PARTIE.
tivées par ua nombre moins cousidérable d'hommes appelés à les propager et à en conserver le dépôt, et que l'art de vivre en société , ou la civilisation proprement dite, s'étend et se perfectionne ellemême.
C'est donc au génie et au talent de l'observation que l'on a dû, dans tous les temps, les progrès des sciences naturelles et ceux des sciences morales. Toutefois ces deux genres d'observation sont essentiellement distincts , et il y a toujours quelque inconvénient à vouloir les associer, ailleurs que dans la poésie , ou dans les ouvrages purement d'imagination. Ainsi , quels que soient l'éclat et la magie da style de Buffon , ses écrits , sous le rapport "scientifique, ont beaucoup perdu de leur première renommée , parce qu'il mêle à l'exposition brillante et animée des ùàis propres à la science , des sentiments et des idées qui , appartenant à un ordre de considérations tout différent, sont loin d'avoir, comme Mis positifs, le degré de réalité ou de certitude qu'il semble leur supposer. Plusieurs écrivains qui sont entrés après lui dans la même route , exagérant ses défauts , sans atteindre aux qualités qui lui étaient propres , ont plus décrié encore cette association vicieuse, et l'on reconnaît aujourd'hui que c'est à la séparation complète de ces deux genres d'idées que l'histoire naturelle a dû les progrès véri* tables qu elle a faits depuis la fiu du dernier siècle.
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Le meilleur moyen de se fiiire une juste idée
des qualités diverses, des études préliminaires, des ressources ou des efforts qu'exige ou que suppose le talent de Tobservation , dans les sciences naturelles , dans les sciences morales et politiques , dans les professions auxquelles ces sciences donnent accès, c'est de lire et de méditer avec soin les écrits des plus illustres observateurs, en chaque genre, ceux des voyageurs les plus célèbres par la sincérité et la vérité de leurs récits ; c'est d'étudier l'histoire de leur vie et de leurs découver» tes , écrite par des hommes capables de les apprécier, et distingués eux-mêmes par l'éclat et l'importance de leurs travaux dans les diverses parties des sciences *. Bacon nous donne une idée assez exacte des conditions qu'exige l'observation dans la philosophie, en général , lorsqu'il dit, en parlant de luimême : « Je me suis trouvé plus fait pour observer « la vérité , que pour quelque autre chose que ce a fût : ayant un esprit assez souple pour saisir les « ressemblances ou les analogies des choses (ce qui « est le point le plus important ); assez de constance a . et de force d'attention , pour découvrir les nuances « délicates par lesquelles elles diffèrent; de l'ardeur
* Tels soDt les éloges des savants les plus illastres de
l'acatiemic des sciences, ou ceux des savants étraugcrs , par Fouteneiie, d'Alemberty Cuudorcet, Yicq-d'Azyr, M. Cuvier, etc.
« daus les recherches , de la patience daus le doute, c et &îsaiit mes délices de la méditation : peu pressé a d'affirmer , facile à revenir sur les opinions que « f ai adoptées, soigneux et scrupuleux dans l'arran- « gement méthodique des objets ; sans empressement « affecté pour la nouveauté, sans admiration supersti* « tieuse pour l'antiquité, mais détestant surtout le « charlatanisme et Timposture *. »
B. Analyse et Synthèse, L'observation assidue d'un sujet ou d'un objet , quel qu'il soit, n'étant que l'attention qui se porte tour-à-tour sur diverses parties , qualités , circonstances , du sujet observé , y Sût nécessairement reconnaître ces parties, ces qualités, ces propriétés , ces rapports de différents genres. Or , des aspects divers , sous lesquels on le considère, naissent les divisions que l'on y établit, et qui sont d'abord fort générales, ou comprennent un nombre plus ou moins grand d'autres parties ou rapports qu'on pourra découvrir plus tard. C'est ainsi qu'on distingue d'abord dans un arbre , par exemple, les racines, le tronc, les branches, les feuilles, etc. , ou dans un animal, la téte, le corps, les membres supérieurs ou inférieurs , antérieurs ou postérieurs, etc. Ces distinctions ou divisions générales sont déjà un commencement Sojudyse^ de résolution ou de décomposition d'un tout en ses
* Bacon, Impvlus phUoaojjhicL
diverses ]>arties. Lor8f{a'on est arrivé à des parties qui sont ou que Ton peut croire désormais indécomposables , on leur donne le nom éi éléments. Dans l'ordre pliysique , l'analyse consiste donc à décom-> poser un tout matériel dans ses éléments aussi matériels; dans l'ordre moral, ou intellectuel, elle consiste à décomposer des faits de la société , ou de la conscience, eu d'autres faits de même nature, les plus simples que l'on puisse observer. Mais lorsqu'ensuite on énumère ces parties, ces ({ualités, ces rapports d'un objet ou d'un sujet que l'on a ou que l'on croit a voir complètement analysé, soit pour se rendre à soi-même un compte exact de la connaissance que l'on en a acquise , soit pour le faire connaître aux autres, c'est ce que l'oii appelle synthèse y ou composition.
Il suit de là que toute instruction que l'on acquiert par soi-même et par une observation directe et suivie, est le résultat de l'analyse, et que tout enseignement s'effectue par uue véritable synthèse. Car, lors même que celui qui enseigne procède dans ses leçons par la voie de l'analyse , il faut au moins que la synthèse soit déjà toute faite dans son esprit , et qu'elle soit le fondement de l'analyse dont il se sert en enseignant. Ces deux procédés inverses se correspondent donc nécessairement l'un l'autre; tous deux sont donnés par la nature même de notre entendement et des objets qu'il contemple. Ëniin, tous deux sont une
Dtp SECONDE PARTIE.
suite inévitable, ou une extension nécessaire du procédé fondamental de l'observation.
Après l'espèce d'analyse qui est le résultat presque immédiat de ^attention donnée aux différents objets de la nature, et qui nous fait connaître, en quelque sorte, au premier coup*d'œil, leurs grands et principaux traits 9 vient une autre analyse plus détaillée, plus approfondie, et qui mérite plus spécialement ce nom. Elle diffère de f observation proprement dite, en ce qu'elle agit sur les objets , et qu'elle sé» pare, à dessein, les unes des autres, des parties qui, bien qu'elles fussent unies entre elles , avant les opérations auxquelles on les soumet , dans cette vue , sont néanuioiiis naturellement distinctes. Sou vent, en effet, l'altération qu'elles subissent par le seul effet de leur durée, nous les manifeste comme telles. Ainsi, dans les végétaux, les fleurs, les fruits, les graines; dans les animaux, les dents, la charpente osseuse, et toutes les pièces dont elle se compose; dans les minéraux , les fragments qui , en se détachant d'une masse plus considérable , conservent cependant des formes constamment régulières , et semblent indiquer par là une symétrie dans leur arrangement primitif et dans leur composition , tels sont les faits dont l'observation a pu conduire aux analyses plus complètes , qui constituent essentiellement Tanatomie des animaux, celle des végétaux, et la crystallographie.
BAisoir. 397 11 est encore uue autre sorte d'analyse , qui ne se borne pas aux procédés et aux opérations suffisantes pour dévoiler et mettre à im les plus petites parties matérielles des corps que nos instruments puissent atteindre. Celle-ci pénètre jusque dans leur contcxture intime, et parvient à connaître, par des moyens qui lui sont exclusivement propres, les éléments de ces corps, c'est-à-dire les substances , jusqu'à présent indécomposables, qui entrent dans leur composition , et forment, dans les animaux et dans les végétaux, les organes , les tissus, etc. ; et dans les minéraux, les molécules intégrantes ou primitives que Von est obligé de concevoir comme leurs derniers éléments. Mais ce résultat appartient à Fart des expériences dont nous parlerons tout-à-riiourc , ou à l'analyse chimique , qui en est la partie la plus considérable et la plus importante.
£ufin, on donne aussi le nom d'analyse, dans les sciences morales et politiques, au moyen qui est le plus efficace pour conduire à la connaissance des vérités qu'elles comprennent, ou à la solution des questions auxquelles elles peuvent donner lieu. Mais ici l'analyse consiste essentiellement dans la détermination exacte et rigoureuse des notions générales dont chaque science se compose, et dans la définition précise des mots qui les expriment. Or, il est évident qu'on ne peut parvenir à ce r^ultat que par une ënumération aussi exacte et aussi complète qu'il est
SEGOlfDE PARTIE.
possible , des faits de l'ordre moral ou intellectuel compris sous ces expressions, et en les caractérisant
tous avec une rigoureuse exactitude. En lisant avec attention les discours et les écrits les plus remarquables , dans lesquels des questions de métaphysique , de morale, de législation, d'administration, etc., ont été traitées avec le plus de talent et de succès , on reconnaîtra que leurs auteurs ont constamment suivi ce mode particulier du procédé de l'observa» tiou. Mais il est fort difficile, pour ne pas dire impossible , de donner des règles applicables à la pro> digieuse diversité des sujets qu'il embrasse. C'est donc plutôt par l'étude assidue des modèles eu ce genre, qu'on pourra y acquérir quelque habileté; on y trouvera, outre l'exemple de la méthode, une source abondante de solide instruction
* Dans la morale et dans la législation, on peut citer comme des modèles d'une profonde et savante analyse, les ouvrages de M. Bentham, intitulés: Théorie des peines et des récompenses^ et Traité des preuves judiciaires^ M. Dumont ( de Genève), qui a été non seulement le traducteur et rédîteur, mais le commentateur et Tinterprète aussi éclairé qu'ingénieux de la doctrine du célèbre publiciste anglais, a rendu un véritable service à la philosophie et à l'humanité, en composant et publiant ces excellents ouvrages. On trouve encore un exemple & la fois curieux et iustrucdf de Tapplicationderanalyse à une question particulière très importante, dans le chapitre VII du Commentaire sur l'Esprit des Lois , où M. de Tracy réfute la doctrine errouée de Montesquieu sur le luxe.
Un exemple fort célèbre de ce genre ci analyse , dans un sujet qui offrait sans doute alors de très grandes diffimlttîs , c'est celle qu'Aristotc a faite du raisonnement , ou , pour mieux dire , de Targumentationetde ses formes diverses, dans les traités dont se compose sa logique. En effet , avoir eutrepris de considérer un sujet aussi vaste et aussi compliqué que le langage, dans son emploi le plus merveilleux, comme le plus familier; l'avoir ramené à ses plus simples éléments , et suivi dans les combinaisons de toute espèce qui s'en peuvent former ; enfin , avoir réduit une quantité si considérable d'observations à un petit nombre de règles tellement sûres , qu'il a été possible d'exprimer toutes les variations que peuvent subir, dans un syllogisme, soit les propositions, soit les termes qui le composent, par quelques formules simples et £iciles à retenir ; eu sorte que leur application , si elle n'est pas d'une grande utilité pour bien raisonner, peut du moins représentera l'esprit de celui qui les a une fois comprises , tous les résultats de tant d'analyses et de synthèses, et l'aider à reconstruire ce singulier édifice , dans toutes ses parties et dans tous ses détails , sera toujours un des . plus nobles travaux de l'esprit humain dans les connaissances rationnelles. Il est assurément fort remarquable que cette science logique cultivée , pratiquée et méditée pendant tant de siècles , et dans uu si grand nombre d'écoles , n'ait pu recevoir aucun
4oO SECONDE PARTIE.
accroissement , aucune modirication de quelque itn-» portance, à moins qu'on ne dise, ce qui est assez véritable , que l'auteur, travaillant sur un fonds de doctrine en grande partie arbitraire, ou de pure convention, n'a dû trouver que cè qu'il avait, jusqu'à un certain point, mis lui-mcme dans le sujet analysé.
Dans les sciences mathématiques, l'analyse ne procède guère autrement qu'elle ne fait dans les sciences morales et politiques ; car c'est par une sorte d'abus que l'on a donné spécialement le nom d'analyse à Falgèbre et aux calculs différentiel et intégral. Les procédés de ces calculs et les règles auxquelles ils sont soumis, sont même plutôt synthétiques qu'ils ne sont analytiques. Ils ne consistent guère que dans l'application de quelques axiomes à des systèmes de notation plus ou moins ingénieux , à l'aide des-* quels on transforme les unes dans les autres de longues suites d'expressions, toujours considérées comme équivalentes, de manière à ne conserver, d'une part , cpi'une combinaison de signes exprimant tous des quantités données ou connues , laquelle correspond , d'une autre part, à quelques quantités cherchées et inconnues , dont on parvient ainsi à démêler la valeur véritable.
Le seul emploi que l'on y fasse de l'analyse proprement dite, est donc relatif à la considération préliminaire des données et des inconnues , des conditions qui , par la nature même de la question pro-
posée, peuvent mettre celui qui entreprend de la
résoudre CD .état d'apercevoir Téquivalence des connues et des inconnuesy mélangées ou combinées entre elles de diverses manières, ce qui s'appelle mettre le problème eu équation. C'est en effet tout ce que l'analyse rationnelle peut faire; le dégagement et Tappréciation définitive des inconnues dépendant désonnais de Temploi plus ou moins habile ou élégant, du choix plus ou moins heureux que le géomètre fera des règles et des artifices du calcul.
Le procédé auquel on donne le nom de sjn thèse dans la géométrie, où on l'applique presque exclusivement, en sorte que c'est de cette application même qu il a reçu le nom de méthode synthétique , consiste à énoncer d'abord,à l'occasion d'une proposition ou d'un théorème qu'il s'agit de démontrer , quelques axiomes ou propositions dont l'évidence est incontestable , quelques demandes , qui ne peuvent pas davantage être contestées. Ensuite on s'élève, à l'aide de ces données, à de nouvelles propositions , dont l'évidence est également manifeste, jusquesà la dernière qui est la vérité même que l'on a entrepris de démontrer. L'esprit marche ainsi, dans chaque proposition successive, du connu à l'inconnu, du simple au composé, et peut ensuite parcourir tous les mêmes degrés dans un ordre inverse , c'està-dire montrer que dans la dernière proposition sont II. iG
4o2 SECONDE PARTIE.
implicitenieiit comprises toutes celles dont l'enchai-
nement forme la démonstration.
Toutefois dans la solution des problèmes de géométrie et dans certaines démonstrations indirectes , auxquelles on donne le nom de réduction à t ab^ surde^ on procède par une véritable analyse, puisqu'on ne fait que chercher les conséquences qui résultent des suppositions que Ton a fûtes; ^lans le premier cas , en considérant tout ce qui peut résulter du problètne si on Tavait résulu; et, dans le second , en faisant voir que deux hypothèses contraires à la proposition dont il s agit, sont également absurdes ou impossibles
D'après tout ce que nous venons de dire sur ce sujet , on ne doit pas ê.tre surpris que Condillac , trop enclin peut «être à tout ramener à l'unité et à la plus grande simplicité, ait voulu voir la méthode tout entière uniquement dans le procédé de l'analyse , puisque c'est en effet celui qui y est le plus fipéquemment et. le plus constamment usité. Aussi, les règles que propose Descartes , dans son Discours
* Voyes sur l'acception des mots analyse ^nthèse ^ dans l*idgébre et dans la géométrie, les ÉiémenU de la philosophie de VEsprii Humain , par M. D* Stewart ( t. H ,
ch. II, sect. a et 3 ). Voyez surtout les savantes recherches et les réflexions judicieuses de M. Lacroix, dans ses £ssais sur tMnse^gnemeM^ etc., pag. 9o3 et smv. de la 3® édition. Paris , t^^B,
HAlSOlf. 4o3
stir la Méthode^ semblent-elles appartenir presque exclusivement à l'analyse proprement dite, à Fexceptlon de la première, qui semble se rapporter plutôt à la partie de ce sujet dont nous avons dcya parlé soijs le nom dePréUminaires de la Méthode^ mais dans la quelle on doit remarquer ce goût et ce besoin de la clarté qui, depuis Descartes jusque vers ces derniers temps, avait été le caractère domiiiaut des philosophes et des écrivains français, et aussi celui de notre langue.
«t Au lieu de ce grand nombre de préceptes dont a la logique est composée, dit-il, je crus que j'aurais « assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une (( ferme et constante résolution de ne manquer pas « une seule fois à les obs^ver. I. Le premier était « de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que a je ne la connusse évidemment être telle , c est-à- « dire d'éviter soigneusement la précipitation et la a prévention , et de ne comprendre rien de plus en ce mes jugements que ce qui se présenterait si claire* «ment et si distinctement à mon esprit, que je « n'eusse aucune occasion de le mettre en doute ; mil. le second^ de diviser chaeune des difficultés a que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se « pourrait et qu'il serait requis pour la mieux ré- « soudre; III. le troisième^ de conduire par ordre a mes pensées, en commençant par les ojsjets les <c plus simples et les (dus aisés a connaître, pour
4o4 SECONDE PARTI E.
« monter peu à peu, par degrés , jusqu'à la connais* « sancedes plus composé, et supposant même de « l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point natu- <c reliement les uns les autres ; IV. et le dernier , « de (lire partout €es dénombrements si entiers et a des revues si générales, que je fusse assuré de « n'avoir rien omis. »
Un écrivain de notre temps , à la fois médecin et philosophe fort distingué , Cabanis , adoptant sur ce point la doctrine de Gondillac, semble aussi avoir regardé l'analyse comme la méthode par excellence. Mais pour remédier à l'inconvénient d'une dénomination qui devient trop vague, par son extrême généralité, il a soin de distinguer l'analyse qu'il nomme de description^ de celle qu'il appelle analyse de déduction , et analyse de décomposition f^x de recomposition , comprenant sous ces expressions à peu près les diverses applications de ce mode de l'observation que nous venons de décrire. Il y joint même, SOUS le nom d'analyse historique ^ une quatrième sorte d'application, d'où peuvent résulter, suivant lui, « des histoires raisonnées, où la succession des « fidts relatif aux différents objets de nos recherches « se développe dans Tordre naturel *. »
c. Expérience* La connaissance la plus certaine
* Yoja le traité intitulé : Révolutions et réforme de la médecine^ par Cabanis, ch. m , $ XIIL
RAISON. 4o5
pour nous est sans doute celle des choses que nous avoDs directement observées, d.es faits dont nous avons ét^ témoins , des qualités ou des propriétés des êtres dont nous avons fréquemment éprouvé les effets. Voilà pourquoi l'homme le plus habile, dont les déterminations et les jugements nous inspirent le plus de confiance, dans queiqae entreprise ou: dans quelque profession que ce soit , est celui qui , toutes choses égales d'ailleurs ( sagacité, application, sincérité), nous parait avoir une plus longue habitude, et, pour ainsi dire, une plus grande familiarité avec ce genre de choses ou d'événements, qui en a , comme nous disons , ^expérience. Ainsi , ce mot exprime une modification , une disposition de l'entendement, résultat de l'observation continuée et souvent répétée de quelque espèce de faits ou de phénomènes, au moyen de laquelle on est parvenu, à connaître leur succession naturelle et les lois qui la régissent. C'est eu ce sens que nous pouvons dire que la sagesse est dans l'homme le fruit de l'expé* rience des choses de la vie.
Mais ce n'est pas tout-à-fait ainsi qu'on l'entend, lorsqu'on dit que les arts et les sciences doivent leurs progrès les plus assurés, leurs plus notables, accroissements, à l'observation et à l'expérience , ou plutôt aux expériences. Alors on exprime par ce mot, comme nous l'avons déjà fait entendre, les moyens artificiels par lesquels on s'assure des quaUtés
4o6 S£COND£ PABTIE.
OU des propriétés des êtres naturels, en les plaçant à dessein dans les circonstances où Ton présume que • ces qualités se manifesteront arec ie plus d'évidence. Car , pour un entendement tel que le nôtre , qui ne peut connaître aucun &it, aucune existence , que par les rapports plus ou moins nombreux qui lui servent à les distinguer de tous les autres faits , de toutes les «litres existences , il n'y a rien qui soit entièrement simple. La même cause donc qui nous rend l'analyse û nécessaire, pour accroître et multiplier nos connaissances, ne nous rend pas moins indispensable Tart des expériences, puisqu'il est un moyen de pousser plus loin l'analyse, et comme une autre fbrme de ce mode du procédé général de l'observation.
Cependant il ést utile de distinguer le véritable
art expérimental de V empirisme ^ qui n'en est qu'une îtnage infidèle, et dont les résultats sont incomparablemeiit moins Importants , quand ils ne sont pas tout-à-fait nuisibles. Car il y a des expériences qui s'offrent comme d'elles-mêmes, et qui sont dues au hasard; il y en a qn'on a cherchées, mais sans but précis , ou dans quelque vue impossible à réaliser , «t qu^on a trouvées , comme dit Bacon , par une sorte de tâtonnement dans les ténèbres. Celles-là ne peuyféht inspirer que peu de confiance ou d'intérêt , parce qtle ne se rattachant à rien de positif, ni par leur origine , ni par leurs résultats , on n'en peut
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tirer que des conséquences également hasardées et
incertaines.
L'expérience , proprement dite , <|ui procède dans
un but déterminé avec précision , et sur des données soigneusement constatées, est celle dont le grand homme que nous venons de nommer a le premier . proclamé l'importance , et en quelque sorte prophétisé lesprodigieuxsuccès* Çonsidérant qu'entre toutes les circonstances accessoires qui peuvent accompagner la production d'un phénomène, il est impossible de démêler d'abord celles qui y Mit essentielles , celles qui ny ont qu'une influence secondaire, et celles qui n'en exercent aucune , il recommande de travailler à leur recherche par la voie des exclusions et des rejets ( per exdusiones et rejecUones ) , en supprimant tantôt une circonstance, tantôt une autre. 11 déclare que c'est uniquement par le moyen des expériences, ainsi yariées et multipliées demiUe manières, qu'on pourra s'élever, par degrés, à des conclusions de plus en plus générales. U annonce enfin que les véritables lois de la nature, reconnues ainsi , à l'aide d'une investigation patiente , laborieuse, dans laquelle on aura soin de n'admettre que ce qui est donné évidemment par les faits, deviendront un jour une source féconde de décpuvertes dans les sciences , de nobles ou utiles inventions dans les arts de toute espèce.
Or, ce que le géite de Bacon avait entrevu avec
4o8 S£GONI>£ PA.RT1£.
assez de netteté , pour oser le prédire , un homme
d'un génie uon moins ddniirable, et plus puissant encbre » parce qu'il disposait d'un instrument pré-* cieux , que lui-même avait créé, Nevrton , commença à laccomplir. Ses belles expériences sur la lumière, et la science profonde du calcul qu'il y appliqua , offrirent le premier exemple d'une précision dans les résultats, jusqu alors ii^counue. Bientôt, en effet, Fart expérimental Ht de toutes parts d'immensies et rapides progrès, les découvertes importantes dans toutes les parties des sciences niiturelles se multiplièrent. C'est presque de nos jours, et en grande partie par les travaux des savants français , que la chimie, qui est presque exclusivement U domaine de Texpérience , a étendu son influence sur toutes les branches de la philosophie naturelle.
Cette science qui recherche les lois de l'action des molécules élémentaires les unes sur les autres , aux distances les plus prochaines, les combinaisons et les séparations opérées dans les substances de tout genre, par la tendance que ces molécules ont à s'unir ou à s'écarter, semblait moins que plusieurs autres pouvoir se prêter à une précision rigoureuse; et c'est surtout au géjiie des Lavoisier et des Laplace qu'elle a dû ce précieux avantage.
Lorsqu'à l'aide de l'observation et de ses modes , tels què nous venons de les décrire, on a acquis des titres et des corps une connaissance aussi entière
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qu'il est possible, on peut les classer, siiivaut leurs degr«8 d'analogie ou de ressemblance, de manière à ce que les divisions dans lesquelles on les range soient subordonnées les unes aux autres, et se comprennent réciproquement. Cest ainsi que l'on est parvenu à former, dans les sciences naturelles, ces vastes tableaux de tous les êtres (divisés en espèces, genres , ordres, classes, etc. ), auxquels on a donné le nom de Méthodes. Sur quoi il est à remarquer que ces tableaux, ou méthodes, se sont étendus et perfectionnés, dans chaque science, comme cela devait être , à mesure que Ton y a appliqué une observation plus étendue, plus approfondie, plus complète. 11 suffit , pour s eu convaincre, de comparer,' dans la botanique, par exemple, les systèmes suc* cessifs de Tournefort, de Linné et de M. de Jussieu, ou ceux des savants les plus célèbres , dans la zoologie et dans la minéralogie.
Aussi est-il aujourd'hui reconnu par tous les naturalistes que la méthode qu'ils appellent naturelle j dans laquelle on emploie à la fois tous les caractères qu'il est impossible de constater par tous les moyens que peuvent fournir l'observation , l'analyse et les expériences , serait la plus parfaite. « Dans une telle c méthode , dit M. Cuvier , les êtres du même genre « seraient plus voisins entre eux que ceux de tous les <c autres geures ; les genres du même ordre, phis que « ceux de tous les autres ordres , et ainsi de suite.
4lO SECONDE PARTIE.
•c Cette uiéthode, ajoute-t-ii, serait l'idéal auquel « rhistoire natureiledoit tendre; car il est évident que « si Ton y parvenait, on aurait l'expression exacte et oc complète de la nature entière. Ën eiTet, chaque être «r est déterminé par ses ressemblances et ses difiSs- V rences avec d'autres , et tous ces rapports seraient tt par&itement rendus par l'arrang^ent que nous « venons d'indiquer.En un mot, la méthode naturdle « serait toute la science , et chaque pas qu'on lui fait « fidre approche la science de son but *. »
Dans les sciences morales et politiques, sans doute on ne saurait se permettre de tenter aucune expé* rîence proprement dite. Car il n*est pas permis au moraliste ou au publiciste , s'il en avait le pouvoir , de hasarder des essais dont le résultat favorable ne serait pas à peu près certain ; pas plus qu'il n'est permis au médecin , dans une maladie grave, de risquer Pemploi d'un remède dont l'effet avantageux ne lui est pas à peu près démontré. JVIais malheureusement, dans la législatioii, et par conséquent dans la morale qui y est si étroitement unie , les expériences .les plus hasardeuses ont été tentées un nombre infini de fins par presque tous les gouvernements de quelque nature qu'ils lussent , qui se sont succédé dans les diverses contrées de la terre. Ileurs histoires çn sont un immenise re<>*ueil , oh l'on peut puiser des
^ Voyez le Règne animal^ distrUmé d'après son orgams^ohn,^ tom.l, lotrod. p. ii et la.
renseignements assez certains sur toutes les combinaisons qull est possible de faire, en fait de finances, de commerce, dadniinistratioa et d'iastitutions publiques et politiques de toute espèce. Cesten étudiant ainsi riafluence de tant de causes diverses sur le vice ou sur la vertu , sur le bonheur ou le malheurdes individus , en joignant à cette ëtude Fobservation tlirecte du jeu des forces morales et matérielles dont la société est le théâtre ^ qu'on peut acquérir des connaissances positives sur un sujet aussi important. Ces connaissances peuvent, à leur tour, en éclairant la critique d'une lumière plus abondante et plus sûre , jeter un nouveau jour même sur Thistoire des temps passés , et préparer de meilleures destinées aux générations h venir.
Ou peut de même considérer comme des expériences sur la nature humaine , dans Tidéologie et dans les sciences morales , les dilTerents états d'infirmité et de maladie dont on n'a que trop d'occasions de constater les effets sur nos facultés intellectuelles. Ainsi Tobservation des aveugles et des sourds de naissance, celle des altérationsnotableset constantes des organes des sens dans quelques individus , les états nerveux qui ont été décrits et caractérisés avec soin, avec sagacité et surtout avec sincérité par d'habiles observateurs , ont déjà fort étendu et peuvent sans doute accroître encore beaucoup nos connaissances en ce genre. Ici donc, l'observation qui peut,
4 la SECONDE PARTIE.
coiaïue ou voil, tenir, jusqu'à ua cerUiu poiut, lieu de rcxpcrience directe , peut être, oomme celle-ci f est dans les scieuces naturelles , une source de nombreux et précieux avantages. L*un et l'autre moyen employés avec sagesse et discrétion , sans précipitation, sans préoccupation favorable ou contraire à quelque théorie ou système que ce soit voo pour quelque vue de fortune ou de réputation , sont éminemment propres à nous conduire à rexpiication des phénomènes, c'est-à-dire à nous en faire reconnaître la suite et fieuchaînement coastant et régulier. En un mot,, l'expérience dans le sens étendu que nous lui donnons . ici, eu expliquant les causes, fait disparaître le miracle, comme dit Bacon, et contribue à rendre plus fiicile et plus sûre la destruction des préjugés ou des idoles *.
S 6. a* jénalogie ei ses modes (conjectures, hypothèses),
procédé provisoire,
A. Analogie, La même faculté naturelle, au' moyen de laquelle nous parvenons à connaître les objets, nous fait en même temps remarquer ceux qui ont entre eux quelque ressemblance. C'est de tous les rapports celui que nous saisissons le plus
* CoMsamm vero expUctUio toUU mimeulum.,* Ad ex— tirpaihnem idolonim ex intellectu facUiorem et ciementio^
rem rnuUumjuvat ( Nov. OaoAN., 1. 1, Aphor, 70).
RAISOIf. 4l3
promptement et le plus facilemcut. Cest aussi ,
comme nous venons de le dire , celui dont Tofiser-
vation nous sert particulièrement dans Tuiie des opérations les plus importantes au prpgrès de nos connaissances , la distribution des êtres en espèces , genres, ordres, classes^etc. Or^on appelle analogie cette similitude plus ou moins frappante ou ëloi« gnëe, que nous avons occasion de remarquer entre les objets de notre perception ou de notre réflexion , et Ton désigne aussi par le même nom le procédé de noire esprit , lorsqu'il s'attache plus spécialement à la considération de cette espèce de rapports.
Mais non seulement Tanalogie nous aide à classer les êtres selon leurs degrés de ressemblance , à mesure que nous observons entre eux un nombre plus ou moins grand de qualités, de propriétés, etc., qui sont les mêmes ou qui diffèrent peu les unes des autres; elle nous donne encore, dans certains cas , une connaissance 9 en quelque sorte, anticipée de plusieurs points de ressemblance qui ne se manifestent pas immédiatement à nos sens , ou à notre esprit. Car, lorsqu'en observant un objet nouveau, ou que nous ne connaissons encore qu'imparfaitement, nous y remarquons quelques qualités ou quelques propriétés d'un autre objet qui nous est mieux connu , nous sommes naturellement portés à présumer qu'il peut avoir encore plusieurs autres propriétés qui lui soient communes avec celui-ci , quoiqu'elles ne se
4l4 SECONDE PARTIS.
soient pas encore manifestées à notre observation* La mémoire et Tassociation des idées, qui en est le mode essentiel et le plus important, suffisent pour nous suggérer cette pensée. Ainsi , l'analogie est , comme l'analyse et comme la synthèse, un procédé qui nous est indiqué par la nature même des choses et de notre entendement.
Les anciens virent surtout Fimportance de l'analogie, dans la grammaire, dans les mathématiques et dans la morale, non seulement parce que c'étaient les sciences qu'ils avaient étudiées avec le plus de succès, mais aussi parce que c'est dans ces diverses branches de nos connaissances qu'elle se montre à la fois avec plus d'évidence et plus d'utilité. Voilà pourquoi le caractère que Quintilien lui assigne , dans un endroit où il ne parle que de l'analogie du langage, est aussi celui cpi'on peut lui assigner toutes les fois qu'on en fait un légitime emploi. « Elle a , «.dit-il , l'avantage de rapporter ce qui est douteux « à quelque diose de semblable qui n'est point l'objet a actuel de nos recherches, et de prouver ce qui est « incertain, par des choses qui ne donnent lieu à <c aucun doute *. »
Mais l'analogie du langage ne se montre pas seu-
* Hœe vis efuf est, ut id quod dubium est ad aliquid simile, de quo non quœritur, referai: ut incerta certis protêt, Qdi«tiliax, Iu&l Orat., 1. I, c. VI.
RAfSOV.
lement dans les fonnes dérivées ou composées des mots , pour exprimer les nuances diverses ou l'étendue de leur signification; dans les terminaisons des adjectif ou des adverbes, ou dans celles des formes temporelles des verbes, où les bommes les plus ignorants et les enûmts eux-mêmes la saisissent ordinairement avec tant de promptitude et de &cilité, qu'ils ne manquent guère de Tobserver , dans bien des cas où l'usage refuse de l'admettre. £lle ne paraît pas seulement dans la ressemblance et dans la symétrie des formes et des tours de la syntaxe , ou de l'arrangement des mots ipii servent à Fénonciation des propositions plus ou moins complexes , et de tous leurs accessoires. C'est surtout dans l'emploi des métaphores qu'éclate toute sa puissance , et son indispensable nécessité ; c'est par là qu'elle manifeste cette faculté d'intuition des rapports , par laquelle seule se distinguent pour nous tous les objets de l'univers et tous ceux de notre pensée ; par laquelle seule , après les avoir distingués les uns des autres , nous parvenons à eu faire des systèmes plus ou moins liés, plus ou moins étendus. Mais c'est là aussi qu'est son extrême danger ; c'est là que se trouvent ses plus grands inconvénients. Car, nous oublions très promptement le point de vue particulier , sous lequel nous avions d'abord envisagé les objets , le rapport singulier que nous avions aperçu entre eux, et que nous voulions seul exprimer par le terme
4l6 SECONDE PARTIE.
mëtapliorique. Mais tout terme général, comprenant i|n nombre quelquefois considérable de notions diverses *, nous négligeons bientôt, dans l'usage métaphorique que nous en disons, de le dépouiller par la pensée de toutes celles qui ne conviennent pas à Tobjet auquel nous l'appliquons, et nous fmissons ainsi par tomber dans de graves et funestes erreurs*
C'est ainsi qu'ayant pris d'abord en lui-même et dans la conscience inévitable de sa propre causalité, la notion d'une cause suprême de tout ce qui existe, comme nous l'avonjs fait voii ailleurs **, l'homme est tombé presque aussitôt dans toutes les extravagances (lu plus absurde anthropomorphisme. Il a voulu que Dieu fût susceptible des mêmes sentiments et des mêmes passions que lui; il a cru qu'il pouvait et qu'il devait venger Dieu , contribuer à la satisfaction et même à la gloire du créateur et du régulateur suprême des mondes , et de là les pratiques superstitieuses , les fureurs sanguinaires dont la religion fut trop souvent la cause ou le prétexte.
C'est pareillement une fausse analogie entre les perceptions de la vue et les opérations de l'entendement, dans l'acte de la connaissance, qui a donné lieu à la théorie des idées-images y dont les philosophes ont été si long*temps à reconnaître Tillusion y
* Voyez tom. I, pag. 191.
** Tom. I, pag. 3o2 et siiiv.
puisqu'elle a eu de nombreux et illustres partisans^ depuis Plalon , et peut-être depuis Pythagore , jusqu'à Malebranche. Parce que l'on voyait les objets , réfléchis par la surface des eaux paisibles et par celle
des corps polis , à peu près comme on voit leurs images représentées dans un tableau, ou s'imagina d'abôrd faussement que ces deux manières de voir étaient les mêmes, et ensuite que les souvenirs ou les idées que Ton avait des objets eu leur absence^ pouvaient être quelque chose, dans l'esprit, de semblable à des images et à des peintures. Enfin , une autre analogie également fausse , comme toutes celles que Ton prétend établir entre l'esprit et la matière, produisit aussi la théorie hypothétique des prétendus esprits animaiio: y et de lelirs traces dans le cerveau; théorie dont Descartes et Malebranche ont si étrangement abusé, et dont on trouve même encore quelques restes dans l'Essai de Locke.
Les conséquences que Ton tire par analogie de ' certains faits ou de certaines suppositions , sont aussi très propres à égarer le jugement, quand on néglige d'avoir égard aux limites que ces conséquences doivent trouver dans la nature même des choses. Ainsi , parce qu'un impôt donne un produit avantageux, il n'est nullement certain qu'en le doublant il produira un revenu double. Car il pourrait arriver, au contraire , qu'il en donnât un fort inférieur à celui qu'il produisait d'abord. Ainsi , certain I. 117
4l8 SECONDE PARTIE.
nés persouncs, oiincmitis , par préjugé ou par intérêt, de la propagatioD de l'instruction dan$ toutes les classes de la société, ou de la division des propriétés, s*effraient, comme à plaisir, des résultats qui , suivant eux , doivent sortir de ces deux circonstances. Il leur semble déjà voir un peuple toutentier, composé uniquement de savants, d'érudits et de littérateurs, en sorte que Tagriculture, les professions mécaniques et les arts de première nécessité ne trouveront bientôt plus de bras pour les exercer. Ils se persuadent qu'avant peu le territoire d'un empire va se trouver divisé presque en autant de portions qu'il peut y avoir d'individus dans un grand peuple. Mais il est évident que ces gens-là, ou sont dupes d'une analogie poussée jusqu'à Tabsurdité, ou se flattent de pouvoir égarer le jugement des homme^ sûnples par de puériles sopbismes.
L'analogie étant donc fondée sur des ressemblances extérieures ou intérieures entre les objets, entre leurs diverses parties, qualités ou propriétés, sur des rapports qui nous les montrent comme causes de • certains phéncnnènes , ou comme efFets de quelques autres, il s'ensuit que plus les points de ressemblance sont multipliés , plus les qualités ou les propriétés que Ton compare sont essentielles , plus l'analogie a de force. Au contraire , les fausses analogies , ou au moins les analogies douteuses sont celles qui ne sont fondées que sur la ressemblance ou l'identité
des termes par lesquels on les exprime* C'est ainsi que les anciens philosophes expliquaient la formation
ou la dëconi})osition des corps par une prétendue amitié ou inimitié entre leurs parties élémentaires , l'ascension de l'eau dans les tuyaux où l'on fait le vide, par l'horreur de la nature pour le vide , et autres suppositions du même genre.
B. Conjectures et hypothèses. C'est l'analogie qui conduit ordinairement, comme nous l'avons dit , à des soupçons , à des présomptions sur la cause de Certains faits, ou sur l'existence de quelques qualités ou propriétés des êtres ; et tant que l'on n'a pas eu occasion de s'assurer de la réalité de cette existence, ridée qu'on en a n'est qu'une simple cargectwre. Ce mot ne s'applique donc qu'à un sujet ou à un objet particulier , au moyen de résoudre une question isolée, ou d'expliquer un phénomène singuUer. C'est ainsi que Newton , ayant remarqué que les substances combustibles sont celles qui réfractent le plus puissamment la lumière , présuma que le diamant , qui jouit à un très haut degré de ce pouvoir réfringent, pouvait apparemment être brûlé, conime les autres corps qui ont la même propriété. Conjecture dont la vérité a été confirmée depuis par un grand nombre d'expériences.
Dans la chronologie , dans la philologie , dans la critique des textes des auteurs anciens, dans la connaissance des usages et des monuments de l'antiquité,
4^0 SBCOHDE PARTIE.
dans l'inteirprëtatioo des ioscriptioDs et des médailles, on est également conduit par ranalogie de ce qu'on cotiuait déjà sur ces objets particuliers, à -des conjectures plus ou moins probables sur ce qu'on ne connaît pas. Un éi udit , qui s'est vivement pénétré du style et de la manière des écrivains dont il a fiiît une étude assidue, et qui entreprend d'en rétablir les passages altérés par les copistes , ou mutilés par le temps , est quelquefois conduit à des présomptions dont la probabilité est telle qu'on pourrait les prendre pour de véritables découvertes. Mais', à vrai dire ^ on est obligé , la plupart du temps , de se contenter, en ce genre , d'une probabilité moins satisfaisante, et de s'en tenir aux conjectures plus ou moins heureuses ou ingénieuses des hommes qui ont le plus de talent et de savoir.
Enfin, lorsque l'esprit, embrassant dans ses vues un grand ensemble d'objets , les considère comme unis entre eux par un lien commun , par un iaït ou un rapport, à l'aide duquel il se flatte d'en connaître renchaînemeut, la subordination et les influences réciproques, alors la conjecture prend plus spécialement le nom ^hypothèse. Or, il est évident que cette manière de procéder dans la recherche de la vérité , étant tout à fait inévitable, est aussi entièrement irréprochable, tant que celui qui Femploie ne la donne et ne la prend lui-même que pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire pour un simple soupçon dont la
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BAISON. /\J.l
vérité a besoin d'être confirmée. Mais s'il la regarde comme Texpression exacte de ce qui est , comme la dernière limite de ses recherches, s'il s'efforce d'y accommoder tous les faits qu'il prétend expliquer par son moyen , eu les altérant et leur faisant pour ainsi dire violence , alors il nuira d'autant pius slu^. progrès de la science, qu'il mettra plus d'art et de talent à faire valoir son hypothèse. Le système de Ptolomée^ en astronomie, les tourbillons de Descartes, par rapport à la physique générale, la doctrine des économistes français vers le milieu du siècle précédent , ont offert des exemples remarquables de cet abus des hypothèses , cl on eu trouve de seinbla- Jbles dans presque toutes les autres sciences.
IJn dessein que l'on forme , un projet , une entreprise de quelque importance, une mesure générale d'administration, de gouvernement ou de législation , peuvent être considérés, tant qu'ils ne sont pas 4éiinitivement arrêtés et mis à exécution, commç des hypothèses dont il est nécessaire d'éprouver la justesse ou la convenance , par tous les moyens propres à cette fin. On peut examiner, dans tous ces cas , d'abord s'il y a réellement lieu à entreprendre ou à proposer, si par là ou remédiera à quelque mal, ^ on préviendra quelque danger, ou l'on opérera quelque bien ; ensuite , quels seront les moyens d'exécuter la résolution à laquelle on se sera arrêté. Ces moyens auront des avantages et des inconvénients : quels
4aa SECONDE PARTIE.
seront ceux «qiui offriront le plus des uns, et le moins
des autres ? Pour cela , on rassemble , on énonce un nombre de faits, les uns certains et incontestables, les antres ayant des degrës de probabilité plus ou moins grande , on les range dans Tordre le plus propre à en faire saisir la force et la liaison , et Ton établit ainsi , sur le sujet proposé, un raisonnement, ou une suite de raisonnements , dont l'effet est de nous convaincre nous-mêmes ou de fiiire concevoir aux autres l'opportunité de la détermination qu'il s'agit de prendre, et la convenance des moyenis qui peuvent en assurer le succès.
Comme le même sujet peut être considéré de * bien des manières , par différents individus, à raison des divers degrés d'instruction, de sagacité, d'é* nergie dans les sentiments et de plusieurs tfutres circonstances uniquement propres à chacun d'eux , l'espèce de travail de l'esprit que nous venons <f indiquer peut se faire aussi de plusieurs manières: c'est ce qui , dans une assemblée délibérante, donne lieu aux discours des différentes personnes qui la composent, et dans lesquels chacun exprime son opinion sur l'objet de la discussion. La lumière ainsi répandue et apportée de différents côtés , peut souvent , malgré la divergence des sentiments et des idées, conduire à des rësultafts éminemment utiles. Lors même que la vérité ne triomphe pas immédiatement, ^it par IWet des préventions contraires dans le
plus grand nombre , soit par les artifices de ses ennuis , elle se fait néanmoins jour dans les esprits ' non prévenus 9 et finit piar donner une force nouvelle à l'opinion publique dont elle devient plus tan) un des éléments.
5 7. 3* Induction, Procédé difinùif,
UInduction est un des résultats les plus immér diats , les plus familiers , et en même temps les plus
importants et les plus étendus de l'analogie ; mais celle-ci n'est elle-même que l'un des produits les plus ordinaires de la faculté naturelle d'intuition, dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage. Aussi avons^nous fait remarquer que c'est par une sorte d'induction naturelle que les enfants et les. étrangers apprennent d'eux-mêmes la signification des mots qu'ils entendent prononcer dans des circonstances quelquefois fort diverses ; que c'est par induction que nous comprenons ordinairement le sens métaphorique d'une expression que Ton emploie pour ia première fois devant nous avec cette acception particulière. Des analogies dont l'esprit de celui qui parle est vivement frappé, lui suggèrent ces sortes d'expressions, au moment où il éprouve le besoin de manifester ses sentiments et ses pensées; et , pour peu qu elles soient justes , l'esprit de celui qui écoute, saisissant avec une égale rapidité le
4'l4 SECONDE PARTIE.
rapport qui les a suggérées, éprouve presque les mêmes sentiments, conçoit les mêmes pensées *, L'induction , en général , est donc l'opération par laquelle notre esprit conçoit un rapport identique , une idée commune à une série plus ou moins étendue d'événements ou de phénomènes en apparence fort différents les uns des autres, en sorte qu'elle en est le lien commun, qu'elle en détermine r^ncbainexnent et la subordination.
ff Les lois générales , dit un philosophe célèbre , p[ sont empreintes dans tous les cas particuliers (( mais elles y sont compliquées de tant de pirconfi stances étrangères , quç la plus grande adresse est t( souvent nécessaire pour les faire ressortir. Il faut a choisir ou faire naître les phénomènes les plus
propres à cet objet; il faut les multiplier, pour en « varier les circpnstances , et observer ce qu'ils ont et de commun entre eux. Ainsi*... l'on parvient enfin a aux lois générales , (]ue l'on vérifie , soit par des a preuves, ou par des expériences directes , lorsque <c cela est possible, soit en examinant si elles sàtïsf a font à tous les phénomènes connus.... Les progrès « dont les sciences sont redevables à la méthode des fL inductions, ont ramené les bons esprits à cette
* Voyez la première partie de cet ouvraj^e^ sect. i, th. VIII, § 12, i3; sert, i, ch. I, § 4.
** Voyez ci- dessus le $ 1 du chap. II de cette seconde parlie.
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a méthode que le chanceiiér Bacon avait établie avec « toute la force de la raison et de l'éloquence , et
« que Newton a plus fortement encore recommandée « par ses découvertes *. 9
Aussi les quatre règles données par ce grand iiomme , pour la recherche de la vérité dans les sciences physiques , se rapportent-elles plus spécialement à l'induction , comme celles de Deseartes se rapportent presque ei^clusivemeiit à l'analyse. £t y puisque nous avons cru devoir donner précédemment celles du philosophe français > il ne sera pas inutile de rappeler ici celles que le philosophe anglais propose au commencement du troisième et dernier livre de ses Principes mathématigues de la phi' losophie naturelle f et qu'il parait avoir pr^ntées comme le dernier résultat de son expérience et de ses méditations assidues sur ce sujet important. I. La prejnière régie est donc , suivant Newton , de n* admettre de causes qpte cellesqui sont nécessaires > pour expliquer les phénomènes, H. Ija seconde , iï attribuer toujours ^aui uni qu il est possible^ les effets du même genre à kl même cause. III. La troisième, de regarder, comme appartenant â tous les corps y en général, les qualités qui ne sont
* Exposidondii Système du monde ^ par M. LapUce, 5* édit. , p. 376 et suiv. ; voyex aussi V Essai philosophique sur tes Prohabilités , par le même auteur , p. a4» et suiv.
4' édition.
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susceptibles ni dFaugme'niatiim ni de diminution ^ et qui appartiennent à tous les corps sur lesquels on peut faire des expériences* lY. La quatrième enfin, de regarder, malgré les hypothèses contraireSy les propositions tirées par induction des phénomènes y comme exactement ou à peu près vraies ^jusquà ce que quelques autres phénomènes les confirment entièrement ^ ou fassent voir qu elles sont sujettes à des exceptions.
On voit, dans les deux premières règles, le soin que prend fauteur, pour bannir enfin de la philo* Sophie naturelle ces causes imaginaires , ou purement hypothétiques et fondées presque uniquement sur des analogies des mots, dont les anciens physiciens avaient été si prodigues. On voit dans la troisième le principe de cette induction légitime qui le conduisit à la découverte de la pesanteur universelle , et qui depuis a élevé les belles théories de la combustion, de Félectricité , au. degré d'importance et de généralité où elles sent parvenues de nos jours. Enfin la quatrième règle de Newton nous offre l'indication des précautions nécessaires pour s'assurer que , malgré l'extrême réserve que Pon s'impose dans la recherche des causes , on ne se laissera pas égarer même par celles qui semblent avoir un très haut degré de probabilité.
Mais ces règles ne s'appliquent pas seulement aux phénomènes de l'ordre physique. On peut également
les étendre, avec les modifications convenables, à ceux de Tordre intellectuel et moral ; s'il est vrai , comme oons SLVùns essayé de le faire voir , dans tout le cours de cet ouvrage , qu'ici encore il n'y a à considérer , à constater et à décrire que des faits d*une nature particulière, à la vérité, mais que Ton peut également parvenir , dans bien des cas , à déterminer avec aae rigoureuse précision. Ainsi, en économie politique^ en législation, en morale, et dans tous les genres de connaissances ou de science qui peuvent concourir à l'établissement d'un bon système d'administration, ou d'organisation sociale, on peut arriver , par la voie d'une légitime inductibn , à des lois ou à des principes généraux, dont la fécondité et l'étendue portent sur tous les faits de cet ordre une vive et abondante lumière.
Bacon, en employant le mot induction, pour exprimer tout à la fois le but, la méthode et le résultat de toute investigation bien dirigée, dans quelque genre «d'étude ou de connaissance que ce stfit, ne fit qu'adopter une expression familière et tort usitée dans les écoles de son temps. Seulement il s'appliqua à en déterminer soigneusement et à en étendre la signification , de mauièce à eu bien faire voir la convenance et l'utilité. Et Ton doit remarquer ici la prudence et la réserve dont ce grand homme se s'écarte presque jamais , même lorsqu'il ^embie condamner de la manière la plus explicite
4a8 SECONDE PARTIE.
les opinions ou les procédés des philosophes qui Ta** vaient précédé. En efFet, l'induction d'Aristote et de
l'école péripatéticienne est toujours purement verbale , elle ne va qu'à faire voir que l'on peut appliquer un même terme à des exemples ou à des cas piarticuliers dont l'analogie est évidente par ellemême. Et bien qu'il la définisse quelque part % le procédé de l'esprit qui s'élève de la multitude des cas particuliers à une conclusion générale, les exemples qu'il apporte à l'appui de sa définition , ne vont pas au-delà du résultat que nous venons d'indiquer. C'est qu'en effet sa théorie du raisonnement, comme nous le ferons voir dans le chapitre suivant, n'a pour but que de déterminer les cas oii l'attribut d'une proposition peut être légitimement affirmé ou nié du sujet , mais eu ayant uniquement égard à la ' forme du raisonnement , et sans donner aucun moyen d'arriver à la vraie valeur des termes dont on se sert. Or, c'est pourtant la seule chose qui ait une importance réelle. En un mot , l'induction employée par
* Voyea JtisL To/»ic., 1. 1, c. i»; voyex anssi Jnafft, prtoKy 1. II, c. a3 ; Analyu poster. , 1. I , c. i3. Les paroles
suivantes de Quintilien confirment ce que nous disons ici de rinduction péripatéticienne, et nous apprennent en incme temps que c'est Cicéron qui, le premier, a employé le mot induction.
Est oFgumentorum hem ex simiObus ; si contîoentia est
virtus , lUique et abstinentia -, si fidem débet tutor, et proru •
RAisoir. 4^9
les dialecticiens , ne procède que par une simple ëaumération des cas semblables, qui at quelque chose de puéril. Elle ne donne que des coiicliisioiis prëcaires^qu un exemple ou une expérience contraires mettent en péril , comme l'observe Bacon. Celle qu il propose , au contraire , n a pas pour but de montrer la convenance des termes appliqués à des exemples semblables , mais Fidentité d*un fait qui se reproduit dans une série plus ou moins longue de phénomènes , qu'il sert à coordonner , et qu'il explique.
On voit , par tout ce qui a été dit jusqu'ici sur ce sujet , que l'induction est moins un procédé distinct et particulier de la méthode, que le résultat auquel on arrive par un heureux emploi de tous les procédés qu elle embrasse. On voit que ces procédés euxmêmes les divisions et sous-divisions que nous y avons établies, ne sont, dans ce cas, comme dans tous les cas semblables sur lesquels nous avons eu occasion d'arrêter notre attention , que des moyens d'acquérir une connaissance plus exacte et plus complète d'un même sujet, en Tenvisageant sous différents points de vue. Car, l'observation , l'analogie et leurs modes divers, ainsi que Tinduction, sont
rator. ffoe est ex eo génère quod hnt,y«ifyw Gneci vacant^ Cieero indactionem.
(QuiHTiL., Instit. Orat.) 1. Y, c. xo}.
43o SECONDS PARTIS.
moins des degrés ou des procédés successits dans la recherche et dans la découverte de la vérité, que des opérations de l'esprit qui «se mêlent et se substituent presque à chaque instant les unes aux autres, et dont l'emploi est presque simultané. £n effet , il faut bien que Ton observe les conséquences ou les résultats des analysés, des synthèses, des expériences, des analogies, des conjectures ou des hypothèses auxquelles ou est conduit dans le cours de ses recherches, sur quelque sujet que ce soit. On peut à chacune de ces opérations arriver à quelque induction « dont la vérité soit incontestable. Chacune délies peut, à son tour, exiger ou suggérer l'emploi de Tune quelconque des autres. Mais enfin , le mot induction, qui peut se dire dediaque analogie vérifiée ou constatée par tous les procédés de la méthode, ou par Fun d'entre eux, se dit aussi et plus spécialement, comme on vient de le voir, de l'identité d'analogie constatée dans un ensemble plus ou moins grand de phénomènes.