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jours là l'usage que nous faisons de notre iinagiuation. Il ny a même, comme on aait, que très peu cTètres privilégiés, pour qui cette faculté soit la. source d'avantages aussi précieux; elle est , au coutraire « chez la plupart des hommes, un principe d'erreurs plus ou moins dangereuses, et quelquefois des plus déplorables égarements.
Sollicitée, comme toutes nos autres &cultés, par le besoin que nous éprouvons ^ans cesse de nous soustraire aux impressions pénibles , ou d'eu éprou^ ver d'agréables , notre imagination est trop souvent occupée à satis&ire les plus vulgaires de ces besoins, les plus grossiers de ces appétits. Les mêmes causes • qui ont fait naître en nous^des associations d'idées fausses, incomplètes, ou vicieuses de quelque manière que ce soit , déterminent souvent, à leur occasion, un travail de l'imagination qui, Una de les rectifier , de les épurer , ne fait qu'en augmenter le vice ou le danger; ^t 4e là vient le mai quelle produit si fréquemment.
Ainsi, égarée ou séduite par la paresse, par la vanité , par un vain désir de gloire , ou ppur d'autres passions non moins nuisibles , elle affectionnera de préférence, dans les arts, ces combinaisons £iciles et mesquines, auxquelles le faux goût d'une multitude ignorante ne manque guère d'applaudir ; dans les sciences, ces théories plus brillantes que solides qui , après avoir fasciné pendant quelques moments
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les Qspriu superficiels , s'évanouissent bientôt sans retour, et ne laissent à leur auteur que mépris et que ridicule; daus la science des mœurs enfin , ces sopiiismea honteux qui tendent à dégrader la vertu, «pii vont jusqu'à justifier ou même à préconiser les attentats les plus odieux. On a donc, avec assez de raison, comparé l'imagination à cette magicienne perfide et dangereuse qu'Homère nous représente dans l'un des plus ingénieux épisodes de l'Odyssée. Gircé, en of&ant l'appât des plus grossiers plaisirs, transforme en de vils animaux les compa* gnona d^lysse , qui n'ont que des ames faibles et communes , qu'une intelligence bornée et incapable de prévoyance; mais le prudent Roi d'Itbar que, averti par un Dieu , c'est-à-dire éclairé par une raison supérieure , non seulement impose à Tcuchantéresse par sa fermeté, il parvient même à <^tenir d'elle la délivrance de ses amis; il en tire de sages conseils et d'utiles secours , poui* l'accomplissement d'un dessein vertueux.
S S* Coatinuatioa du même sujet : Eflets de rinttgination »ur la condtiîte ordiiuire de la v\t.
Les observations précédentes nous ont fait connaître comment l'imagination agit , en quelque sorte, sous l'inâuence de la volonté, dans les arts et dans les sciences , et quels sont , en général les avantages et les inconvénients qui peuvent résulter de son
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action. Mais la plus légère altention sur nousmêmes, et aor ce qui se passe incessamment sous nos yeux, peut nous convaincre que cette faculté a une influence directe et constante sur la suite de nos pensées et de nos déterminations, dans prescfue tout le cours de notre vie , et qu elle suit entièrement les mémes'procëdés que nous venons de décrire dans un genre d'applications où ils sont seulement plus facilesà obsei*ver et à constater. Qui ne voit, en effet, que nos besoins, nos désirs, nos passions, et cette alternative continuelle de craintes ou d'espérances qui en- sont l'effet ou le résultat nécessaire, donnent à chaque instant Heu à ua travail de Pimagination , tout*à-fait semblable à çelui dont nous avons offert plusieurs exemples dans l'ftrticie précédent? Qui ne voit que ce travail , bien qu'il se fasse avec une rapidité et une facilité telles, qu'il nous est, la plupart du temps, impossible d'avoir conscience des actes de volonté qui l'accompagnent, ne consiste pas moins à choisir et à combiner entre elles des associations d'idées, ou des parties de divers systèmes d'idées associées , de manière à tromper, au moins pour quelques instants, la souffrance réelle qui se joint toujours aux besoins ou aux désirs qui ne sont pas satisfiûts? L'expression proverbiale et populaire, bâtir des châteaux en Espagne , qui est usitée dans notre langue , représente même , par une métaphore a^ses appropriée , ce genre de phénomènes de l'en-^
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teudemoiit, puisquelle indique clairemeat les actes de volonté qui s'y joignent.
II peut cependant paraître étrange, et presque contradictoire , que la volonté préside à oes combinaisons de rimagination qui sont un tourment véritable pour celui qui s'y livre , comme il arrive <{uelquefois aux personnes agitées d'une crainte vive , et presque habituellement à celles qui ont un caractère soupçonneux ou défiant. Mais ce travail de rimagination est si incontestablement dirigé encore par la volonté^quil n'est | en dernier résultat , qu'un effort de la passion qui cherche, en quelque manière , à se justifier aux yeux de la raison , et qui parvient trop souvent, par son énergie prédominante, à triompher d'elle. Que sera-ce dans les occasions où l'imagination et la volonté agissent avec un concert et un accord que rien ne trouble, et ou la passion semble avoir droit à l'approbation de la raison même la plus sévère , comme c'est le c^s pour l'enthousiasme religieux, politique, ou même philosophique? Car certaines doctrines purement abstraites ont aussi leurs enthousiastes*, dont le zèle ardent finit par devenir presque un véritable fanatisme.
Aucun philosophe n'a, ce me semble , mieux décrit les efforts et le pouvoir de l'imagination , n'a présente un tableau plus vrai des ressources dont elle dispose, que Malebratiche, qui a été toute sa vie si complètement dupe de la sienne : « L'imagination
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« ( dit-ii ) rend l'esprit esclave de toutes choses. « £lle Tunit au passé , au présent , au futur, aux réa- « litës, aux chimères^ aux êtres possiblés et à ceux « que Di^ ne peut créer et. que l'esprit ne peut com* « prendre. £Ue tire de son propre fonds des iantô>» « mes terribles, et elle s'en effraie : elle en fait « naître de plaisants^et elle s'en réjouit. £lle change « et détruit la nature de tous les êtres y et forme mille (c desseins extravagants , dans le monde qu'elle com- « pose de réalités et de pures chimères *. » Afab en voulant, dans sa Recherche de la vérité **, remonter aux causes qui fout que les individus diffèrent si prodigieusement les uns des autres par cette fiiculté, aussi bien que par toutes celles que nous avous déjà examinées^ le niéme écrivain s'embarrasse dans de prétendues explications, fondées, en grande partie, sur une physiologie tout-à-fait hypothétique , qui ne font qu'obscurcir les observations plus exactes que lui fournit l'expérience de la vie et du commerce des hommes.
Pourquoi y a^t-il , par exemple, des imaginations vives? pourquoi y en a-t-il de lentes, de faibles, de fortes, etc.? et pourquoi quelques individus ont-ik ce que Malebranche appelle une imagination contagieuse , c'est-à-dire exerçant sur ceUes des autres
* Malebrauche, TraUéde MonUe^ r« parL, ch. XU, $ i3i Livre n,3« part, chap.L
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hommes une influence si puissante, une si grande
séduction , que ceux-ci sont presque daus l'impossibilité de s'y soustraire ? Il me semble qu en obser* vaut avec attention tous les phénomènes de cet ordre, on reconnaîtra , en dernier résultat, que la force de l'imagination dépend surtout de la force de la volonté, et celle-ci de l'énergie des sentiments. Voilà pourquoi les hommes qui ont peu de sensibilité ont aussi peu cTimagination , pourquoi ceux qui out uue grande exaltation de sentimeuts , en quelque genre que cè soit, ont aussi une imagination vive et forte , mais plus particulièrement remarquable dans tout ce qui se rapporte à leur passiou dominante , amour, ambition, zèle religieux, zèle patriotique ^ etc. Quant à l'influence que quelques individus exercent , par la force de leur imagination , sur des multitudes nombreuses, et quelquefois pendant un certain temps sur uue partie de leurs contemporains , elle a pour cause, outre l'énergie de leurs sentiments, la prédisposition, s'il le faut ainsi dire, des esprits sur lesquels on agit, et qui partagent, en grande partie, les sentiments ou les opinions dont on les entretient. Il s'y joint encore , dans les réunions nombreuses , le penchant naturel des hommes & l'imitation, et l'effet d'une sorte de sympathie qui s'augmente merveilleusement pur la réaction des. imaginations les unes sur les autres.
Tous ces phénomènes, au reste, sont si évidcm-
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ment le produit du sentiment de ses effets siu: la volonté et sur PiinagiDation 9 que c'est surtout dans Jes masses d'hommes ignorants et grossiers qu onles a vu8.se manifester d'une manière plus éclatante, et souvent à l'occasion de dogmes ou d'opinions aussi complètement inintelligibles pour ceux qui les soutenaient avec le plus de chaleur, que pour ceux qu'ils entreprenaient de persuader et de convaincre. On ne peut donc s^ faire des idées exactes de l'ensemble et de la prodigieuse variété des déterminations produites par la volonté et p^ir §es divers modes, qu'en remontant aux causes qui agissent im^ médiatement et directement sur elle, comme nous le ferons v<Hr dans les chapitres suivante.