‹ De l'entéro-anastomoseChapitre 25 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

En 1845, dans les Archives générales de médecine, au cours d’un travail sur le traitement de l'étranglement intestinal par l’entérotomie, Maisonneuve écrivait : « Les opérations que je propose sous le nom d’entérotomie de l'intestin grêle constituent deux méthodes ayant pour but, la première, l’établissement d’un anus artificiel, la deuxième, l’anastomose de deux anses intestinales placées l'une au-dessus, l’autre au-dessous de l'obstacle; je me bornerai pour l'instant à la première, me réservant de faire connaitre l’autre un peu plus tard. »

C’est la première mention qui soit faite de l’entèroanastomose: la description du procédé et le mémoire promis par Maisonneuve n’ont pas été publiès, mais, en 1854, on trouve à la Socièté de chirurgie, une courte

mention de la première opération.

OBSsERvAT.ON I (1).

« Celle année (1tr février 1854) pour un étranglementinterne M. Maisonneuve fit l'incision du ventre dans la région iliaque, et pour éviter l’anus contre na‘ure il anastomosa l'intestin grêle avec le cæœcum. La circulal'on intestinale s'était rétablie par cette voie, mais un léger suintement des matières intestinales dans le péritoine amena la mort. »

La deuxième observation de Maisonneuve date de 1855. Elle est rapportée dans la thèse de Foucher (1857).

OBsERvATION II (2).

Anus contre nature de la région crurale, — Bout inférieur introuvable. Entéro-anastomose entre l'intestin grêle et le cœcum.

V.F..., 40 ans. Hernie crurale droite, étranglée, gangrenée, opérée, établissement d’un anus contre nature en février 1855, à Ja partie anléro-interne de la cuisse, au-dessous de l’arcade crurale, au milieu de fongosités, orifice irrégulièrement rond, permettant l'introduction d’une grosse sonde de gomme élastique, par où s’échappent les matières a'imentaires non encore digé-° rées, les légumes presque intacls, maigreur, débilitation générale. Plus de selles par l'anus. Impossibilité d'introduire une sonle par le bout inférieur.

Le 3 octobre 1855, Maisonneuve fit, au niveau de la fosse iliaque droite, à deux centimèires au-dessus de l’arcade, une incision de 8 à 10 centimètres de longueur, el divisa successi-

vement peau, muscle, péritoine. Il attira au dehors une anse

4 et 2. Observations empruntées au mémoire de M. Ch2put, p, 545.

Tire d'intestin grêle distendue par des gaz et appartenant au bout supéreur, la Bxa avec ua fil, puis fit au cœcum au-dessous de la valvule iléo-cœæcale, une incision verticale de 4 à 3 centimètres. Une ouverture semblable fut faite sur le bord coavexe de l’iatestin grêle : les deux intestins facent réunis par la suture de Gély.

On mit sur la plaie extérieure des serre-fines *et on fit un pansement simple.

Le lendemain et les jours suivaais, symptômes de péritonite. La plaie cutanée ne se ferma pas: depuis le troisième jour, toutes les matières passèrent par l'anus contre nature : mort un mois après l’opéralion.

Autopsie. — Eperoa très saillant, oblitérant presque complètement le bout inférieur. Dans la fosse iliaque, énorme abcès en dehors du cæœcum. L'ouverture pratiquée par le chirurgien est trop peu considérable ct se trouve en dehors du passage des

malières alimentaires. »

Ces deux tentatives malheureuses, entreprises d’emblée, sans expérimentation préalable, et terminées par deux insuccès, n’étaient pas faites pour donner crèdit à

l'opération nouvelle. La communication promise par Maisonneuve ne parut jamais. À la Socièté de Chirurgie de Paris sa proposition rencontra l'opposition la plus violente. On prétendit que la partie d’intestin isolée et renfermant l'obstacle deviendrait le siège d’une accumulation de matières fécales. Il en adviendrait forcément que, si l'opération en elle-même réussissait, cet engouement déterminerait dans l’anse malade des modifications telles que la mort du patient s’ensuivrait fatalement dans un avenir très rapproché.

Sans discussion plus sérieuse, l’entèro-anastomose sombra sous la critique. En 1863, cependant, en Allemagne

Cte

Hacken reprit le sujet condamné et oublié, et tenta, sous la direction d’Adelmann, quelques expériences d’entèroenastomose sur des chiens. Les résultats ne furent pas de nature à encourager les auteurs: l'opération resta à l'état de simple expérience et ne fut jamais mise en pratique sur le malade. |

Cest en vain que l’on chercherait dans les ouvrages publiés pendant de longues années, depuis cette ëpoque, une mention de l’entéro-anastomose. Au chapitre des opérations sur l'intestin, on ne lui donne point sa place, et si dans des traités et des mémoires plus récents on y a fait quelque courte allusion, le peu qu’on en a dit a êtè pour l’attaquer plus que pour la défendre, et porter sur elle des accusations un peu gratuites cependant, puisque les observations manquaient encore pour permettre d'apprécier d’une façon suffisante ses avantages et ses résultats.

Dans son article du Dictionnaire de Jaccoud (1) sur le Trailement des maladies de l’intestin, Desprez écrivait seulement : « Maisonneuve a proposé de substituer à l’entérotomie une nouvelle méthode qu’il désigne sous le nom d’anastomose intestinale. Cette opération, qui a êté exécutée sur les animaux, a êté tentée peut-être sur l’homme : mais les résultats n’ont pas été sans doute de nature à la faire prévaloir, car les observations n’ont pas été publiées. Pour que le procèdè fût applicable, il faudrait que l’on pût arriver certainement sur l'obstacle au

4. Dict. Jaccoud : T. XIX, art. Intestin, 1814. À. Desprez. DIET 9

Er

cours des matières, et il ne serait pas sensé de le mettre en usage ailleurs que sur lintestin grêle. »

L’entéro-anastomose était depuis longtemps pratiquée expérimentalement, que lon ne connaissait pas ses avantahes et les bons résultats qu’elle peut donner comme traitement d'emblée des rétrècissements intestinaux. La plupart des auteurs qui l’ont admise il y a quelques années dans la pratique chirurgicale, se sont bornés à établir une comparaison succincte entre l'établissement d’un anus contre nature et l’entéro-anastomose après la résection. C’est ainsi que Huntil de Berlin, en 1887, y fit allusion, en commentant deux cas d’excision du côlon dans lesquels l’entérorraphie circulaire n'avait pu être réalisée; on avait établi un anus contre nature. Les deux patients guérirent de l'intervention, mais il fut impossible de fermer l'anus artificiel. En présence de ces résultats, Huntil exprimait le regret de n’avoir pas mis en pratique un procèdè meilleur, l’entéro-anastomose, qi eût supprimé d'aussi regrettables inconvénients.

Pour Forgue et Reclus (1), l’entéro-anastomose n’est qu’une opéradion de renoncement, un pis-aller, dont les indications viennent de l’impossibiliié d’exècuier la résection intestinale suivie d’entérorraphie, ou l’anus contre nature. « L’entéro-anastomote, ou opération de Maisonneuve, apparaît une opération à perfectionner elle pourra rendre de grands services dans les cas où lentérectomie esi irréalisable, et où d’autre part, l’anus artificiel, trop haut situë sur une anse grêle, menacerait la nutrition. »

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