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CHAPITRE IX

CONDITIONS DE SUCCÈS DE L’ENTÉRO-ANASTOMOSE DANS LE TRAITEMENT DES RÉTRÉCISSEMENTS.

Il est des rétrècissements de lintestin dans lesquels l’entérectomie suivie d’entérorraphie peut être rejetée 1 en est d’autres dans lesquels elle doit être rejetèe. Il en est de même pour l’anus contre-nature. Il ne s’ensuit pas nécessairement que l’entéro-anastomose soit appelée à subvenir en toute occurrence aux indications des rètrécissements à l'exclusion de toute autre opération. Comme la résection et l’entérotomie elle a des conditions essentielles de succès : l’état général et l’âge du sujet, l’état de l'intestin, doivent entrer en ligne de compte dans la discussion du procédé.

La première condition de succès, et la plus importante, c’est d'opérer de bonne heure, dès que les troubles digestifs, annonçant le début et l’évolution de la maladie, permettent de poser un diagnostic de probabilité. Et cela pour deux raisons : 1° lon opère alors que le malade, n'ayant pas.encore subi les souffrances occasionnées par Je rétrécissement, et échappant à ‘cette époque à la

cachexie des tumeurs malignes, et à la coprémie, conserve un êtat général suffisamment bon pour autoriser une intervention chirurgicale d’assez longue durée ; 2° l'on opère en dehors des phénomènes aigus d’obstruction, qui peuvent survenir à une période avancée de l’évolution des rétrécissements, et qui déterminent par leur apparition des modifications importantes dans l’état de l'intestin tout entier, et dans l’état général du malade, abattu par le choc nerveux.

En effet, bien qu’étant de peu de durée, l’entéro-anastomose n’en comporte pas moins une certaine gravité chez les débilitès. L'ouverture de l’abdomen, la recherche de ’obstacle, le choix des deux anses à réunir, l’exècution de l’entèro-anastomose enfin, demandent des manœuvres assez longues, qui nécessitent l'emploi du chloroforme, et qui épuiseraient rapidement le peu de forces des cachectiques, des vieillards, des enfants.

D'autre part, l’obstruction aiguë s’oppose formellement à l'application de l’entéro-anastomose, parce que, indèpendamment de sa cause, elle s’accompagne d’une série de modifications pathologiques, d'accidents généraux et locaux qui, en dehors de l'interruption partielle ou complète du passage des matières intestinales, mettent le malade dans un état d’infériorité et de faiblesse extrêmes, et rendent d’autre part les parois intestinales impropres à résister aux sutures. Dans l’occlusion aiguë, en effet, la violente action péristaltique qui s’exerce sur le bout supèrieur pour combattre l'obstacle au cours des matières, amène un afflux de sang considérable dans les parois intestinales : à travers les capillaires engorgés, une

transsudation se fait, qui amène rapidement l’ædème des tuniques, et parfois la gangrène. Les parois intestinales enflammées deviennent perméables, et les micro-organismes pathogènes, qui habitent toujours par colonies innombrables le tube digestif tout entier, après avoir traversè les parois, s’en vont déterminer, dans la grande séreuse abdominale, les accidents terribles de la péritonite septique. Serait-il donc sage dans des conditions aussi déplorables, d'aller tenter sur une anse intestinale distendue par les gaz, et dans des tissus infiltrés et infectès, une incision, que Péchappement des gaz et des matières peut rendre dangereuse, et des sutures, que l’état des parois et la tension de l'intestin feront céder au premier moment ? La recherche de l’obstacle, elle-même, à travers les anses intestinales gonflées outre mesure et qu'on ne peut retenir dans la cavité abdominale, est, dans de telles conditions,extrêmement difficile, toujours longue, parfois impraticable. Sans parler du choc opératoire, le choc nerveux qui accompagne les accidents de l’occlusion aiguë suffit pour entraîner la mort du patient. Dans de pareils cas, l’anus contre nature lui-même, malgré la simplicité opératoire, a eu nombre d’insuccès à compter, qui étaient bien plutôt dus à l'affection elle-même, cause intrinsèque de danger, qu’à l’opération. Nous avons vu quels avaient été les résultats de pareilles tentatives. C’est ainsi que Braun marque son étonnement de voir l’entérotomie donner dans l’invagination aiguë d'aussi piètres résultats. Il fait constater en effet dans son tableau clinique, que dans 19 cas aigus ou chroniques d‘invagination on a fait l’entérostomie avec ou sans tentatives de

EN

— 99 — Æ désinvagination, et il y a eu 19 morts.

L’entéro-anastomose en aurait autant à son actif si on l'employait dans des conditions analogues. Aussi les auteurs s’accordentils presqueunanimement à rejeter l’opéra.tion de Maisonneuve dans le traitement des occlusions ai guës. Nous avons exposé dans un chapitre précédent les opinions de MM. Chaput et Jalaguier, qui la condamnent. Seul Senn, l’a préconisée, mais les deux seules opérations que nous connaissions dans l’espèce ont échoué: les interventions de Maisonneuve ({"° observation), et de Laugé (1), se sont terminées par la mort.

Une deuxième condition de succès de l’entéro-anastomose consiste dans la rapidité du procédè opératoire. Il y à nécessité à abrèger autant que possible Ja durée des interventions portant sur l'intestin. À ce point de vue, le procédé de la suture présente des garanties suffisantes pour qu'on en continue l'emploi, malgré les objections qu’on lui a faites. M. Chaput en a exposé les avantages et les inconvénients dans son mémoire de 1891. «Le procédé de la suture présente de grands avantages : il s'exécute en un seul temps, il est bien conçu et, correctement exécuté, on n’a que peu d’objections à lui faire. Celles qui restent ne sont cependant pas sans importance. Il y a d’abord la question de danger, par inexpérience de l'opérateur : cette objection est réelle. Il faut avoir une très grande habitude de la chirurgie intestinale pour être certain de ne pas faire de faute opératoire dans l'exécution de la suture (fils

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