‹ De l'entéro-anastomoseChapitre 45 sur 47 · REMARQUES SUR LES OBSERVATIONS D’ENTÉRO-ANASTOMOSE DE MAISONNEUVE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES OBSERVATIONS D’ENTÉRO-ANASTOMOSE DE MAISONNEUVE

De ces observations, prises dans leur ensemble, ressort un certain nombre de remarques qui serviront de bases à nos conclusions.

1° Diagnostic des rétrécissements. — Nous avons déjà signalé daus notre chapitre sur les rétrécissements intestinaux et leur diagnostic, un certain nombre de symptômes, variables dans leurs manifestations mais constants dans leur apparition, et qui sont en quelque sorte les petits signes de l’atrésie intestinale. Nous avons montré de quelle importance ils pouvaient être pour poser le diagnostic précoce qui permettra d'intervenir d’une façon réellement utile, à la période de début des rétrécissements. Ce tableau symptomatologique se retrouve dans les quelques observations détaillées que nous avons pu réunir : il n’a jamais manqué dans les cinq cas rapportés par M. Boïffin, où il a permis de porter le diagnostic.

20 Résultats immédiats. — En 1892, M. Jalaguier écrivait : « On est en droit de supposer si les résultats de l’entéro-anastomose, constatès dans le mémoire de M. Chaput, se continuent, que l’entéro-anastomose deviendra le procèdé de choix pour le traitement du cancer de l'intestin. Si la proportion se maintient pour les opérations ultérieures, il est bien probable que la rêsection sera de moins en moins appliquée au cancer de l’intestin : on la réservera aux cas dans lesquels on aura la certitude de pouvoir faire, sans difficulté, une ablation totale et large, avec quelques chances de guérison. »

La statistique de M. Chaput, pour les seuls cas d’entéro-anastomose simple sans résection, accusait 5 guérisons et 4 mort sur 6 interventions. Il est bien évident que cette mortalité de 16,66 0/0 ne saurait, étant donnè le petit nombre de cas, être prise au sérieux.

Appliquée au traitement des cancers intestinaux, l’entéro-anastomose de Maisonneuve a donné 13 guérisons et 1 mort sur 14 interventions. Et encore pourrait-on soutenir à juste titre qu’elle n’est pas la cause directe de ce décès. Dans ce cas malheureux, qui appartient à Ridel- Comte, on trouve à l’autopsie une perforation de la tumeur elle-même, qui se serait probablement produite en dehors de lopération.

Nous pouvons joindre à ce nombre 1 cas d’entéro-anastomose pour tumeur de nature tuberculeuse, et nous obtenons :

15 interventions avec 14 guérisons et 1 mort.

Enfin, appliquée 6 fois au traitement de rétrécissement simple, cette opération a donné 6 guérisons.

Et comme ilest bien évident que l’on peut réunir dans une même statistique et dans une même appréciation les résultats obtenus dans l’un et l’autre cas, puisque les conditions sont les mêmes, nous avons :

21 cas avec 20 guérisons et 1 mort.

Soit une mortalité de 4,76 0/0.

3° Résullals éloignès. — (A). Rétrécissements cancéreux. — Le grand intérêt serait de pouvoir constater ces résultats dans la plupart des cas afin de comparer, avec des documents sérieux, l’entéro-anastomose de Maisonneuve et les opérations que nous avons décrites. Malheureusement les renseignements ne sont ni assez prècis, ni surtout assez nombreux pour qu’il soit possible de conclure d’une façon définitive. Voici ce que nous avons obtenu.

1° Cas de Wahl. — Résultat éloigné inconnu.

2° Cas de Abbe. — Survie de 3 mois 1/2 sans accidents intestinaux.

3 Cas de Willy-Meyer. — 42 jours après l’opération la malade avait engraissé de 16 livres, les accidents avaient disparu et la malade avait repris son travail.

Depuis, aucun renseignement.

4 Cas de Zoegle Manteuffel. — Résultat éloigné inconnu. | 6° Cas de Chaput-Terrillon. — Très bien 3 mois après,

pas d’autres renseignements.

7° Cas de Rutherford Morison. — Mort de bronchite 2 mois 1/2 aprés l’opération, sans avoir ressenti de douleurs ni présenté de troubles intestinaux.

8° Cas de Littlewood. — Opération le 24 août 1891,

reprend son travail en octobre, est bien vers le milieu de l’année 1892.

9° Cas de Ashton. — Résultat éloigné inconnu.

10° Cas de Weir. — Très bien, sans douleurs ni troubles digestifs deux mois après l’opération.

11° Cas de Boiffin. — Survie de 18 mois, pas d’accidents intestinaux, mort par cachexie.

12° Cas dElliot. — 3 mois après le malade est bien et ne souffre pas. On n’a pas d’autres renseignements.

13° Cas de Boiïffin. — Actuellement pas de douleurs, la malade reprend de l’embonpoint.

14° Cas de Boïffin. — Est sorti en bonne santé, pas de nouvelles depuis.

Nous pouvons tout au moins constater que, dans les cas suivis, l’entéro-anastomose a bien rempli son rôle palliatif des accidents d’obstruction et des douleurs qui les accompagnent. De toutes les observations ressort ce fait que toujours, sinon immédiatement, tout au moins dans un temps très rapproché de l’opération, les accidents ont cessé, les douleurs ont disparu, et la régularité des fonctions intestinales s’est établie et est demeurèe permanente. Les malades sont morts de cachexie, de généralisation cancéreuse; pas un n’a succombè à des accidents d’obstruction ; et les quelques autopsies pratiquées ont montré l'intégrité de l’orifice de communication (cas de R. Morison). Ce fait est gros de conséquence et acquiert une importance considérable, si nous concluons de ces résultats, obtenus dans le traitement du cancer, à ceux qu’il est permis d’espèrer dans les rétrècissements simples, ou l’anastomose devra persister indéfiniment.

(B.) Rétrécissements simples. — M. Jalaguier portait sur l’entéro-anastomose appliquée au traitement des rétrècissements simples, l’appréciation suivante, en 1892: « Lorsqu'on à affaire à des rétrécissements non cancëreux de lintesüin, on n’a plus à compter sur la malignité de laffection, et, s’il est démontré par les faits que les malades opérès par entéro-anastomose ont non-seulement guéri facilement de l'opération mais ont aussi recouvré l'intégrité de leurs fonctions digestives, l’entérectomie ne sera plus guère entreprise, car elle est beaucoup plus dangereuse. »

Notre statistique montre que dans les quatre cas d’entèro-anastomose pour rétrécissements simples qui ont pu être suivis, la guérison s’est maintenue et les fonctions digestives se sont régulièrement accomplies.

Le malade de Russel, opéré le 17 août 1889, était en trés bonne santé 15 mois après l’upération : il avait repris son travail de garçon de ferme et ne ressentait aucun trouble du côté de lintestin.

La petite malade de Homans, opérée le 27 décembre 1890, était très bien en novembre 1891. Elle avait considérablement engraissé et n’avait pas de troubles intestinaux.

Enfin les deux malades opérès par M. Boiffin et que nous avons pu suivre, sont actuellemeut en bonne santé.

L'observation de l’un (n. 17) a pu être prise presque réguliérement depuis près de cinq ans. Le malade à fait parvenir plusieurs fois de ses nouvelles et est venu se présenter à différentes reprises à M. Boïffin. Nous avons

pu nous-même le voir récemment, et constater, comme

nous le disions à la fin de l’observation, « sa résurrection ». C’est le terme dont il se sert.

La seconde malade, d’observation plus rèêcente, opèrée en août 1894, est actuellement trés bien, et n’éprouve plus les douleurs intestinales atroces qui la torturaient.

En présence de pareils résultats qui confirment si nettement les premiers obtenus, dont M. Chaput a fait l’histoire, il nous semble que l’entéro-anastomose se présente avec des conditions de succès suffisantes pour mériter qu’on y attache plus que jamais une grande attention. Il est bien évident que des conclusions vraiment sûres ne sauraient être portées d’après l'examen d’un nombre de cas aussi restreint. Il est possible que nous en ayons ignoré quelques-uns, ou que des insuccès n’aient pas été publiés. Mais nous croyons cependant que le jour où, réunissant tous les faits dans tous leurs détails, en possession de documents complets sur tous les malades consciencieusement suivis pendant longtemps, quelque chirurgien pourra prèsenter de nouvelles et plus sérieuses preuves, il confirmera les espèrances fondées, et l’entéro-anastomose sera généralement appliquée, non plus comme opération de renoncement comme autrefois, mais d'emblée comme opération de choix, au traitement de rétrècissements intestinaux. Ce ne sera pas là l’œuvre d’un seul : il faudra la patiente attention de tous les opérateurs, et ce sera des observations de tous, de l’histoire complète des opérés, que sortiront les principes définitifs de cette méthode, dèjà si féconde en beaux résultats,

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