L. OLLIER. — DE L'ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE 80.i
juxta-épiphysaire et le long de la diaphyse du radius, car l’inflammation envahit presque la totalité de l’os.
Qjjs, n. Une enfant de deux ans, de chétive apparence, tombe en
courant et se renverse le pied en dedans. Douleur vive qui céda à quelques frictions ; pas d’autres accidents immédiats, sauf un peu de tuméfaction au-dessus de la cheville qui ne disparut jamais ; liberté de l’articulation ; l’enfant ne souffrant pas continue de marcher. Cinq mois après, ostéo-myélite subaiguë de l’extrémité juxta-épiphysaire inférieure du tibia. Issue de plusieurs petits séquestres du tissu spongieux.
Obs. III. — Un enfant de trois ans s’amusait en écartant les jambes ; un de ses frères le presse brusquement sur les épaules et exagère le mouvement d’abduction des cuisses. Douleur dans la hanche droite qui passe au bout de quelques jours, mais en laissant un peu de raideur dans l’articulation. Trois mois après, tuméfaction de la partie supérieure du fémur, symptômes de coxalgie. Un abcès se forme et s’ouvre ; mais l’articulation reste ankylosée, et la tuméfaction de l’extrémité supérieure du fémur persista. Il y avait eu entorse juxta-épiphysaire, inflammation de la partie juxta-épiphysaire de la diaphyse, et, comme cette diaphyse est par son col intra-articulaire, il se développa simultanément une arthrite.
Obs. IV. — Entorse juxta-épiphysaire inférieure de L'humérus produite par une chute sur le coude. — Intégrité des mouvements du coude. — Abcès sus-condylien au bout de cinq mois. — Invasion tardive de l'articulation. — Résection du coude dix ans après.
Joséphine Verger ; constitution délicate; ganglions cervicaux engorgés; âgée de six ans en 1870, fait à cette époque une chute sur le coude. Pendant un mois, l’enfant se servit de son bras sans douleur, bien qu’il y eût un peu de gonflement; les mouvements paraissaient complètement libres. On l’immobilise au moyen d’une gouttière, dans le cours du deuxième mois, non pas à cause de la douleur, mais du gonflement qui augmentait et qui siégeait spécialement au-dessus des condyles de l’humérus. Au bout de cinq mois, on renonça à la gouttière et l’on appliqua des bandelettes de diachylum ; un mois après, un petit abcès se forma au-dessus de Pépitrochlée. La suppuration persista plusieurs années sans souffrance; elle se tarit en 1873, mais les mouvements de l’articulation étaient de plus en plus limités.
En 1879, après un mouvement forcé de l’articulation, il se forma un autre abcès, au-dessus de l’épicondyle ; il sortit par cet abcès du pus caséeux. Bientôt un troisième abcès se déclare au niveau du cubitus, à 3 centimètres au-dessous de la pointe de l’olécrâne. C’est dans ces conditions que la malade entra à la Clinique. Le stylet, introduit par les doux trajets fistuleux, arrivait d’une part sur la partie juxta-épiphysaire de l’humérus, de l’autre sur l’olécrâne, c’est-à-dire au niveau de la partie
REVUE DE CHIRURGIE
juxta-épiphysairc du cubitus. On ne pénétrait pas dans l’articulation. Les mouvements étaient libres et faciles dans une étendue de 20 degrés.
La santé générale, quoique d’assez belle apparence au premier abord, n’était pas très satisfaisante. Il y avait eu dans l’enfance de nombreux ganglions cervicaux qui n’avaient jamais suppuré; depuis quelque temps, variations dans la menstruation, léger amaigrissement, obscurité de la respiration au sommet droit.
De nouveaux abcès se formèrent; les mouvements se limitèrent de plus en plus; je me décidai à intervenir.
La malade anesthésiée, j’agrandis l’ouverture fistuleuse épicondylienne ; je mis l’os à nu et je pénétrai, après avoir fait sauter un petit point osseux, dans une cavité d’où je retirai deux petits séquestres, l’un comme un haricot, l’autre comme un pois. Je vidai la cavité de ses fongosités. Je découvris ensuite l’olécrâne, mais là je ne trouvai pas de séquestre, je me contentai d’abraser la partie dénudée.
Aucun trajet ne pénétrant dans l’articulation, et l’opération ayant confirmé mon diagnostic de double ostéite juxta-épiphysaire, je bornai là mon intervention. Mais au bout de quarante jours, le 20 juillet 1880, la suppuration ne tarissant pas et l’articulation devenant de plus en plus raide, je fis la résection totale du coude. Il n’y avait pas de pus dans l’articulation ; mais on trouva des fongosités au-dessous de l’épicondjde et dans les culs-de-sac postérieurs et antérieurs de la synoviale qui communiquaient à travers un petit pertuis de la cavité olécranienne.
Cette observation nous montre les résultats d’une entorse juxtaépiphysaire du coude sur une tille scrofuleuse, qui, malgré les traitements les plus rationnels, a abouti à la formation successive de divers foyers d’ostéomyélite qui n’ont pu être guéris que par la résection du coude. La lésion paraissait d’abord limitée à l’extrémité inférieure de l’humérus ; mais le cubitus avait été probablement lésé; c’est ce qui expliquerait l’ostéite juxta-épiphysaire, indépendante des foyers de l’humérus, que nous avons constatée plus tard. Nous avons vu dans la partie expérimentale que les divers os qui constituent une articulation peuvent être isolément ou simultanément lésés dans un même mouvement forcé. De là la présence de plusieurs foyers d’ostéo-myélite juxta-épiphysaire dans les divers os, malgré leur indépendance anatomique.
A mesure que les enfants avancent en âge, l’entorse juxta-épiphysaire devient plus rare et l’entorse articulaire augmente de fréquence. Quand les épiphyses sont soudées, c’est cette dernière qu’on observe à peu près exclusivement. Les mouvements forcés amènent alors tantôt des déchirures ligamenteuses, tantôt des fractures du tissu spongieux, très fréquentes chez les vieillards et qui s’expliquent par les caractères qu’a acquis le tissu osseux. Il ne se laisse plus