L. OLLIER. — DE l’entorse JUXTA-ÉPIPHYSAIRE
Quand l’enfant est sain et robuste, les désordres du tissu spongieux s’effacent vite et se réparent complètement. Il en est ainsi pour les jeunes animaux, chez lesquels au bout de huit jours on ne reconnaît plus rien.
Mais si l’on a affaire à un de ces enfants pâles, à nutrition appauvrie, à plus forte raison à ces enfants ayant déjà dans leurs ganglions lymphatiques des tissus fongueux , en voie de se caséifier, alors le pronostic change, et, dans les fractures trabéculaires ou les épanchements sanguins du tissu spongieux, vous trouverez l’origine des ostéo-myélites à marche chronique, indolente, et qu’on considère comme un effet direct et immédiat ou plutôt comme un produit spontané du vice scrofuleux.
Ce n’est pas le lieu de discuter ici sur la nature de la scrofulose ; je me borne à faire remarquer que les lésions de l’entorse juxta-épiphysaire sont, chez les enfants, l’occasion fréquente de l’apparition de ces inflammations osseuses chroniques qu’on considère généralement comme indépendantes de tout traumatisme et le produit direct de la diathèse. Depuis longtemps Velpeau nous a appris que les adénites dites scrofuleuses n’étaient que le résultat d’irritations cutanées ; depuis longtemps aussi, on sait que les irritations des muqueuses sont l’origine des adénites profondes et de la tuberculose splanchnique; il en est de même pour la tuberculose osseuse qui a sa cause déterminante dans un traumatisme accidentel; une fracture trabéculaire se produit; la moelle contusionnée devient le point de départ d’une néoplasie ; les cellules lymphatiques s’accumulent dans les espaces médullaires , passent à la dégénérescence graisseuse et forment des foyers caséeux qui, infectant l’os de proche en proche, peuvent amener, chez un sujet prédisposé, toutes les formes et toutes les conséquences de la tuberculose osseuse.
Cette origine des foyers d’ostéo-myélite, que nous trouvons dans le tassement et l’écrasement du tissu spongieux produit par l’entorse juxta-épiphysaire, nous rend compte de la forme des ostéoarthrites que l’on observe chez les enfants. Les synovites fongueuses proprement dites, c’est-à-dire les fongosités primitivement bornées à la synoviale, sont rares dans les tumeurs blanches qu’on observe à cet âge ; l’origine en est plutôt dans le tissu spongieux de la région juxta-épiphysaire ou des épiphyses, dans les conditions que nous avons déterminées plus haut ; et notre observation s’accorde assez, pour cet âge, avec l’opinion de Volkmann qui soutient que les tumeurs blanches sont des ostéopathies et non des arthropathies primitives. Nous ne sommes pas aussi absolu que le savant chirurgien de Halle sur ce point, car chez les jeunes gens et surtout chez Rev. dê CHiR., tome i. — 1881. 51
REVUE DE CHIRURGIE
l’adulte nous considérons l’origine synoviale comme étant plus fréquente que l’origine osseuse.
Pour prévenir et éviter les conséquences de l’entorse juxta-épiphysaire, on n’a gu’à se méfier de son existence, et les précautions sont très simples alors. Il suffit de faire garder le repos à l’enfant et d’immobiliser le membre lésé, en ajoutant la compression à l'immobilité, s’il y a eu de la tuméfaction et de l’épanchement sanguin. Ce qui peut aggraver la situation de l’enfant et transformer en une affection sérieuse une lésion insignifiante, c’est l’exercice et la fatigue du membre, ou plus encore la répétition de nouvelles chutes sur la même région.
Dans quelques cas, ces entorses j uxta-épiphysaires ne deviennent douloureuses que plus tard. Récemment, on nous a amené un jeune garçon de dix ans qui était tombé depuis vingt-trois jours sur la main et qui recommençait à souffrir du poignet. Cet enfant s’était fait une entorse juxta-épiphysaire avec disjonction incomplète de l’extrémité de la diaphyse. Il y avait eu un peu de gonflement, on lui avait appliqué de l’arnica, et trois jours après il avait recommencé son travail et ses jeux. Quand je le vis pour la première fois, vingt-trois jours après, il y avait une tuméfaction considérable mais à peine douloureuse, sauf à la pression, de la région juxta-épiphysaire inférieure du radius, principalement à la face palmaire. Au bout de huit jours, d’immobilité et de compression, la tuméfaction et la douleur profonde avaient disparu : il ne restait qu’une légère déformation au niveau de la ligne dia-épiphysaire.
Ces faits sont d’observation journalière, et je ne citerai pas de longues observations, parce que tout chirurgien en trouvera dès qu’il voudra les constater.
J’en relate seulement quelques-unes, pour démontrer les propositions que j’ai avancées.
ÜBS. I. — Un écolier de douze ans, se disputant avec un de ses camarades, veut lui asséner un violent coup de poing; son adversaire so dérobe, et le poing va frapper sur un tas de livres qui étaient sur la table. Douleur immédiate très vive au-dessus du poignet, puis sensation d’anéantissement et d’impuissance dans tout le membre. On le frictionne avec un liniment quelconque, et l’enfant se remet le lendemain à son travail. Il remuait les doigts et toute la main et disait qu’il n’avait presque plus rien. Le surlendemain, douleur vive, tuméfaction do la région juxtaépiphysaire inférieure, s’étendant bientôt jusqu’au tiers supérieur de l’avant-bras. Fièvre intense; suppuration de la région juxta-épiphysaire; plus tard, invasion de l’articulation du poignet, qui se tuméfia, mais ne suppura pas cependant. Il se forma plusieurs séquestres dans la région