L. OLLIER. — de l’entorse jüxta-épiphysaire
tordre, infléchir, déprimer comme dans l’enfance; il se brise d’autant mieux qu’il est devenu plus friable par sa raréfaction. Bonnet •, dans ses nombreuses expériences sur les mouvements forcés des diverses articulations, a parfaitement démontré ce mécanisme en faisant la part de la résistance des tissus osseux aux divers âges .
Quoique les lésions de l’entorse juxta-épiphysaire soient de plus en plus difficiles à constater expérimentalement et cliniquement à mesure que l’on avance en âge, il se produit toujours, lorsque les ligaments résistent, des ébranlements dans le tissu spongieux des os qui peuvent être le point de départ d’une ostéo-myélite plus ou moins tardive. Nous avons trépané la portion juxta-épipbysaire inférieure du tibia, à la clinique, en 1878, sur un jeune homme qui douze ans auparavant s’était fait une entorse de cette région.
Oos. V. — Abcès juxta-épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia
développé douze ans après une entorse du cou-de-pied sans désordres notables dans l'articulation ; trépanation de Vos; guérison.
En janvier 1878 était couché au n» 7 de la salle Saint-Sacerdos un jeune homme de vingt-sept ans qui, douze ans auparavant, s’était donné une violente entorse au pied droit.
Le pied s’était tourné en dehors, mais il n’y avait pas eu de fracture ; deux jours après son accident, le malade s’était mis à marcher et souffrait très modérément. Les mouvements de flexion et d’extension du pied se faisaient sans douleur.
Ce jeune homme, habitant la campagne, reprit peu à peu son travail ; mais il avait remarqué que la partie inférieure de la jambe était restée tuméfiée en dedans. Cette tuméfaction ne disparut jamais; elle s’accompagnait parfois d’un peu de douleur sourde, quand le malade s’était forcé dans son travail ou s’était mouillé. Il avait une bonne santé habituelle.
Cet état se maintint pendant quelques années sans forcer le malade à interrompre son travail. Le pied blessé était cependant un peu moins mobile que l’autre. Depuis trois ans, des douleurs survenaient de temps en temps, mais se calmaient par le repos. Il y a six |raois, ces douleurs sont devenues plus vives, plus continues ; elles augmentent la nuit, surtout quand le malade a marché le jour.
Au moment de son entrée à l’Hôtel-Dieu, on constate une tuméfaction de l’extrémité inférieure de la diaphyse du tibia. Le maximum de la tuméfaction est en dedans à 4 centimètres au-dessus de la pointe de la malléole ; peu de douleur à la pression, mais douleurs nocturnes de plus en plus accusées et légère élévation de température au niveau de la partie tuméfiée. Les mouvements de l’articulation tibio-tarsienne sont limités, mais il n’y a pas do tuméfaction bien appréciable au niveau de l’in-
1. Bonnet, Traité des maladies des articulations , t. 1 et II.
REVUE DE CHIRURGIE
terligne articulaire ; les [mouvements paraissaient limités plus tôt par la déformation et la tuméfaction du tibia que par une lésion articulaire proprement dite.
Après avoir observé le malade pendant quelques jours et constaté l’insucccs des divers palliatifs, je diagnostiquai un abcès intra-osseux. J’appliquai une couronne de trépan, et, après avoir traversé une paroi de 7 millimètres environ, je tombai sur une cavité purulente assez régulièrement sphérique, de 15 millimètres de diamètre environ ; pas de séquestre.
Le malade ne souffrit plus, mais la plaie resta près de trois mois à se cicatriser; l’articulation resta toujours un peu raide.
Je ne multiplierai pas ces observations ; si j’en augmentais le nombre, j’en arriverais à former un long chapitre des ostéites juxta-épiphysaires, ce qui n’est pas dans le plan de ce mémoire.
J’ai voulu faire voir seulement les conséquences immédiates ou éloignées d’un traumatisme qui passe inaperçu la plupart du temps et qui s’accompagne cependant de désordres intra-osseux qui, pour siéger dans la profondeur du tissu spongieux, n’en méritent pas moins d’attirer notre attention.
Innocentes chez les sujets sains lorsqu’elles sont traitées par l’immobilité et les appareils ouatés, ces entorses sont l’origine des ostéomyélites les plus graves chez les enfants à prédisposition tuberculeuse, surtout lorsqu’elles ne sont pas soignées. Ce qui prouve combien ces entorses sont innocentes lorsqu’elles sont traitées par l’immobilité, c’est le résultat du redressement des pieds bots, au moyen du massage forcé, et des genoux en dedans, par la méthode de M. Delore. Ces lésions juxta-épiphysaires et ces décollements diaphysaires, quand on opère sur de jeunes enfants, paraissent tout à fait innocents pour la vitalité de l’os, malgré les fractures multiples et l’écrasement du tissu spongieux. On place les malades dans un appareil inamovible, et ils ne s’aperçoivent pour ainsi dire pas de l’opération. En répétant sur le cadavre les procédés de massage forcé employés par M. Delore pour le redressement du pied bot, M. Jomard i a produit toutes les lésions de l’entorse juxta-épiphysaire .
Il me reste à parler maintenant des rapports de l’entorse juxta-
épiphysaire avec cette lésion qu’on observe fréquemment à l’avantbras des jeunes enfants et qu’on désigne sous le nom de pronation douloureuse, de torpeur douloureuse, et à propos de laquelle on a émis les théories les plus diverses. Tous les auteurs qui ont écrit sur la question, Goyrand (d’Aix), Bourget (d’Aix), Martinencq (de
1. Thèses de Paris, 1871. Du traitement des pieds bots par le massage forcé.