Archives générales de médecine, 5' série, t. Vil
REVUE DE CHIRURGIE
mais dont on se rend compte par la douleur subite et la difficulté de remuer un membre dont plusieurs os ont été plus ou moins lésés.
Nous ne pouvons pas discuter les opinions des chirurgiens que nous venons de citer, et nous ne sommes pas autorisé par ce que nous avons vu à nier ce que nous n’avons pas observé. La non-constatation des lésions articulaires sur le cadavre n’est pas un motif pour qu’elles ne se produisent pas sur le vivant, où le fonctionnement des parties est notablement différent. Nous admettons du reste que, dans les mouvements forcés des articulations, tous les tissus propres ou périphériques sont plus ou moins tiraillés; mais nous croyons qu’il faut chercher dans l’os ce qu’on n’a pas trouvé jusqu’ici d’une manière satisfaisante dans les articulations. D’après ce que nous avons observé, nous pouvons au moins avancer qu’il est des cas nombreux où l’entorse juxta-épiphysaire joue le principal rôle. La rapidité de la guérison, même sans aucun traitement, l’absence de raideur articulaire consécutive, et surtout nos expériences cadavériques légitiment notre théorie.
Quand nous avons communiqué notre travail à la Société de médecine de Lyon, M. Poncet, agrégé de la Faculté, a rapporté un fait qu’il venait d’observer et qui confirme complètement notre théorie. Il avait constaté deux jours après l’accident la tuméfaction caractéristique de la région juxta-épiphysaire du radius.
Conclusions.
I. L’entorse juxta-épiphysaire est l’ensemble des lésions produites dans les régions juxta-épiphysaires de la diaphyse des os longs, par les mouvements forcés des articulations.
IL Chez les jeunes enfants, surtout au-dessous de l’âge de trois ans, les mouvements forcés des articulations ne déterminent pas de désordres articulaires appréciables ; ils produisent surtout des désordres dans le tissu osseux des régions juxta épiphysaires.
III. Ces désordres du tissu osseux consistent tantôt dans le premier degré des disjonctions diaphysaires, et tantôt dans une fracture incomplète de la région juxta-épiphysaire. Ils se produisent d’autant plus facilement que la consistance de l’os a été plus altérée, soit par le rachitisme; soit par toute autre affection aiguë ou chronique ayant troublé la nutrition du système osseux.
IV. Comme ces lésions se font dans la profondeur de l’os, sous le périoste, elles passent souvent inaperçues, non seulement aux yeux des cliniciens que la recherche des lésions articulaires a uniquement