‹ De l'entorse juxta-épiphysaire et de ses conséquences immédiates ou éloignées au point de vue de l'inflammation des osChapitre 3 sur 14 · L. OLLIER. — DE L’ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE · texte numérisé non relu

L. OLLIER. — DE L’ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE

Chez les animaux, je ne réussis pas à obtenir d’arrêt d’accroissement semblable. Je crois qu’on y arriverait cependant ; il faudrait répéter tous les jours ou tous les deux jours les mouvements de l’entorse, de manière à faire des ruptures vasculaires successives et à entretenir une irritation permanente; mais je laissai inachevées les expériences que j’avais commencées à cet égard.

Je me contentai de déterminer l’influence des véritables disjonctions, diaphysaires ou épiphysaires, {et j’arrivai à cette conclusion, qui me paraît importante ' ; à savoir que ces décollements réduits immédiatement et non suivis d’inflammation guérissaient sans entraver sensiblement l’accroissement ultérieur du membre, tandis qu’ils produisaient toujours cet effet lorsque l’opération avait été faite avec des dilacérations profondes et avait été suivie d’inflammation. Je démontrai que le même résultat s’observait sur l’homme.

Mais, si je ne trouvai pas de nouvel exemple d’arrêt d’accroissement, aussi frappant que le premier, survenu dans les mêmes conditions, c’est-à-dire sans disjonction appréciable de la diaphyse, je vis bientôt que ces désordres intimes du tissu osseux, non apparents à l’extérieur, avaient une grande importance étiologique et pouvaient nous rendre compte de la forme et du siège d’un grand nombre d’ostéites des extrémités des os longs, chez les enfants, et des arthrites qui les suivent.

L’activité plus grande de l’accroissement vers telle ou telle extrémité d’un os long constitue la prédisposition la plus réelle aux inflammations dites spontanées ou dialhésiques et aux diverses néoplasies; mais, pour tous les cas où l’on peut se rendre un compte plus exact des causes de la maladie, on arrive à faire jouer un rôle de plus en plus important au traumatisme, comme cause déterminante du processus morbide.

Rien n’est si difficile que cette appréciation dans certains cas

cas de raccourcissement du môme os de 6 à 7 centimètres, que le malade attribuait à une vaccination mal faite! Bider trouva seulement une cicatrice non adhérente à l’os. Langenbeck cita un cas analogue survenu après une suppuration et décollement spontané de la tête humérale.

Ces différentes observations sont très intéressantes, à cause de l’étendue du raccourcissement. Elles sont une nouvelle conürmation des faits expérimentaux que nous avons fait connaître dès 1861, bien avant la publication de ces diffé rentes observations, et qui nous ont servi à formuler la loi d’accroissement des os des membres. (Voy. Poncet, De l’ostéite au point de vue de l'accroissement des os, 1873, in Gazette hebdom.).

1. Traité expérimental et clinique de la régénération des os, t. I, cbap. xiii. Influence de l'irritation et de l'ablation des diverses parties d’un os sur son accroissement.

2. Loc. cil., eh. XII, De l’accroissement des os en général et de la loi d’accroissement des os des membres.

REVUE DE CHIRURGIE

donnés, car il n’est pas d’enfant qui ne fasse des chutes nombreuses > et il n’est pas de parent qui ne veuille invoquer une chute comme cause de la maladie de son enfant pour détourner les yeux des prédispositions héréditaires qu’il lui a transmises; mais, en apportant à ces recherches étiologiques toute la rigueur dont elles sont susceptibles, on arrive à reconnaître la fréquence des ostéites immédiates ou tardives, développées sur des enfants à la suite d’une entorse ou d’un mouvement violent accompagné de choc.

Voici ce qui se passe en général dans les cas simples après une chute ou un mouvement forcé. L’enfant crie, tient son membre immobile, mais après quelques massages et quelques mouvements passifs, il souffre moins et, malgré une certaine torpeur du membre, peut faire jouer ses articulations. Si l’on examine alors la jointure, on la trouve mobile, et, à part une petite ecchymose ou un peu de gonflement, on ne distingue rien d’anormal. Il y a cependant déjà des points douloureux à la pression, au niveau de la région juxta-épiphysaire ; mais pour les trouver dans les cas légers, il faut les chercher. Au début, il n'y a que de la douleur au niveau de la région juxta-épiphysaire; on observe au bout de deux ou trois jours une tuméfaction plus ou moins marquée de cette région de l’os, l’articulation restant toujours intacte. Dans la plupart des cas, cette tuméfaction caractéristique disparaît spontanément au bout de quelques jours, mais dans d’autres elle persiste, et l’enfant, qui avait repris ses jeux après la première douleur passée, se plaint de nouveau et présente un membre plus ou moins tuméfié. D’autres fois, ce n’est qu’au bout de quelques semaines ou de quelques mois qu’on s’aperçoit d’un gonflement au-dessus et au-dessous des articulations qui ont été forcées, Cette tuméfaction s’accompagne de douleurs plus ou moins sourdes, quand l’âge du sujet permet de les apprécier; un abcès se forme, reste fistuleux, et le stylet arrive dans une petite cavité séquestrale. On a alors les symptômes de l’ostéo-myélite chronique. Mais d’autres fois nous avons vu ces entorses être rapidement suivies des accidents les plus graves de l’ostéo-périoste aiguë avec fièvre intense et nécrose consécutive.

Dans cette notion de l’entorse juxta-épiphysaire comme point de départ des ostéites tardives, nous trouverons l’explication toute simple de certains faits dont l’interprétation était difficile jusqu’ici. Nous y trouverons même une nouvelle théorie de cette affection si curieuse et cependant si fréquente qu’on a décrite sous le nom de jjronation douloureuse des jeunes enfants, et que les recherches de Goyrand, Bourguet, Chassaignac, etc., etc., n’ont pu élucider complètement jusqu’ici.

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