L. OLLIER. — DE l’entorse JUXTA-ÉPIPHYSAIRE
g II Du mécanisme de V entorse juxta-éjoipliysaire chez les jeunes
enfants. — Expériences cadavériques ; lésions variées qu'on observe dans la région juxia-épiphysaire et que Vintégrilé de la gaine périoslique masque complètement dans les cas légers. Encoche juxta-épiphysaire : tassement de la substance spongieuse; fractures trabéculaires; expression du suc médullaire; disjonction diaphysaire. — Différences selon les âges et la constitution des sujets.
La consistance du tissu spongieux desrenflements diaphysairesnous rend compte de la variété des traumatismes qu’on y observe aux divers âges de la vie. Les lésions sont toutes différentes chez le foetus, l’enfant, l’adulte ou le vieillard. C’est dans les premières années de la vie, jusqu’à l’âge de six ou sept ans que les os longs sont assez flexibles pour présenter les courbures, les infractions, les fractures sous-périostales qu’on n’observe pas plus tard. C’est aussi à cet âge que l’entorse juxta-épiphysaire peut être produite par les causes les plus légères, jusqu’à quatre ans surtout. Et ici, plus qu’à un autre âge de la vie, la flexibilité naturelle du tissu osseux peut être augmentée par l’appauvrissement de la nutrition chez les enfants maladifs ou mal nourris, par le rachitisme surtout et, dans quelques cas, par une déphosphatisation générale sans lésions rachitiques appréciables.
C’est cette inégalité dans la consistance du tissu osseux qui explique la variété des lésions qu’on peut observer sur le vivant et qu’on peut vérifier sur le cadavre, en essayant de reproduire à l’amphithéâtre les divers degrés de l’entorse juxta-épiphysaire. Nous devons préalablement faire cette remarque pour permettre aux expérimentateurs qui voudraient répéter nos expériences, de contrôler nos résultats. C’est chez les enfants malingres, alhreptiques, que les désordres juxta-épiphysaires se produisent le plus facilement; mais chez les sujets morts d’une affection aiguë, accidentelle, on les constate avec la même netteté; il s’agit d’employer un peu plus de force pour les produire.
Si l’on essaye de produire des luxations des diverses articulations sur le cadavre d’un enfant au-dessous de trois ans, on ne réussira pas à faire des désordres appréciables dans l’articulation ', mais on
1. Il n’est pas admissible cependant que les articulations ne souffrent pas de ces mouvements forcés. On ne voit rien sur le cadavre il est vrai; mais chez les jeunes animaux on constate souvent des extravasats sanguins et plus tard un peu d injection de la synoviale. .Si nous passons sous silence les lésions de l’articulation, c est qu’elles sont en général légères et peuvent être négligées en présence
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obtiendra des déformations très apparentes au-dessus ou au-dessous de l’articulation, c’est-à-dire au niveau des portions juxta-épiphysaires des os contigus.
En exagérant l’extension du coude, de manière à porter l’avantbras vers la face dorsale du bras, on produira tantôt une double lésion juxta-épiphysaire appréciable sur l’humérus et sur le cubitus, tantôt une lésion plus marquée sur l’un de ces os et à peine appréciable sur l’autre. Tout dépend de la manière dont on fixe le membre en expérience et de la direction du mouvement forcé. Les décollements avec fractures de la portion juxta-épiphysaire inférieure de l’humérus se produisent très facilement. Il se fait alors une saillie en avant et une dépression en arrière; mais d’autres fois la lésion principale se fait au niveau de l’olécrâne, à quelques millimètres audessous de l’épiphyse cartilagineuse; la substance spongieuse de l’extrémité supérieure de la diaphyse cubitale se tassera, cédera, et l’avant-bras pourra sans effort être ramené en arrière de manière à faire avec le bras un angle ouvert en arrière de 140 degrés. Si alors on examine la région à travers la peau, on reconnaîtra une dépression brusque, une encoche au-dessous de l’olécrâne. La substance spongieuse, tassée, refoulée en avant, aura cédé, et l’axe du cubitus restera dirigé en arrière . L’articulation huméro-cubitale sera intacte, les désordres se seront passés dans la portion juxta-épiphysaire, formée par une substance plus faible et moins résistante.
Pour le genou des lésions analogues se produiront, et, en ramenant la jambe en avant dans l’extension forcée, on obtiendra une encoche profonde, un coup de hache au-dessous de l’épiphyse supérieure du tibia ; d’autres fois, c’est sur le fémur que portera l’effort, et cet os cédera le premier.
Mais, s’il se fait un tassement de la substance spongieuse d’un côté, il se fait une distension de l’autre, et si, vers le bord antérieur du tibia ou du fémur, la substance spongieuse se laisse écraser, elle cède par distension à la face postérieure de l’os.
C’est ce qu’on voit très bien là où deux os contigus constituent l’articulation, comme au poignet et au cou-de-pied.
Si chez un jeune enfant de huit à dix mois on porte violemment le pied en dedans, on produira une encoche du côté du tibia et une saillie du côté du péroné. Il y aura taçsement, écrasement du tissu
de la gravité des désordres osseux qui constituent la lésion prédominante. Les tissus périphériques (gaines tendineuses, muscles) sont également plus ou moins lésés. Aussi dans les cas graves constate-t-on chez l’homme, en même temps que la tuméfaction osseuse, des épanchements des gaines tendineuses et des cavités synoviales.