L. OLLIER. — DE L ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE
spongieux et inflexion de la couche compacte du côté du tibia, tandis que le péroné, plus ou moins fléchi en dedans, cédera, vers son bord externe du moins, par distension et par arrachement.
Pour le poignet, on obtiendra des effets analogues en soulevant brusquement les cadavres par la main, en les laissant suspendus en l’air et en leur imprimant quelques secousses dans cette position.
Dans toutes ces expériences le siège précis de la lésion varie selon qu’on exagère seulement les mouvements normaux de Tarticulalion ou qu’on imprime simultanément des mouvements de torsion en divers sens. Il varie aussi suivant la manière dont on fixe le membre et dont on le saisit dans la main. On peut ainsi faire porter l’entorse sur tel ou tel os de préférence et même successivement sur les os qui constituent les divers segments d’un membre. On peut par exemple faire successivement des entorses juxta-épiphysaires au poignet, au coude et à l’épaule sur un même cadavre d’enfant qu’on saisit par la main. On le saisit par le poignet qu’on force dans le sens de l’abduction (flexion sur le bord radial), puis on retourne le membre de manière que la face palmaire de l’avant-bras devienne antérieure et l’on imprime un mouvement d’extension forcée au coude. Cela fait, on retourne le membre d’un quart de cercle de manière que le bord cubital devienne inférieur et le diamètre bicondylien du coude devienne vertical. On porte brusquement le membre en haut et en arrière ; le coude qui ne peut se fléchir latéralement résiste et l’entorse se produit dans la portion juxta-épiphysaire supérieure de l’humérus. Ce triple effet n’est pas toujours obtenu d’une manière évidente, mais l’expérience réussit assez souvent pour faire comprendre le mécanisme des lésions que nous étudierons plus loin dans la x>ronation forcée douloureuse des jeunes enfants.
Il serait sans intérêt de donner ici le détail de nos diverses expériences; nous nous contenterons d’en indiquer les résultats généraux, en rappelant que les résultats varient beaucoup selon l’état de vigueur du sujet et selon la maladie dont il est mort.
Chez les enfants qui ont succombé à des affections septicémiques, à la variole hémorrhagique, par exemple, nous avons constaté une très grande facilité de produire les décollements diaphysaires. Il suffit d’un petit effort pour décoller la diaphyse du cartilage de conjugaison ; le décollement se fait assez nettement sans fracture, on dirait que la couche spongoïde normale s’est liquéfiée, tant la séparation se fait avec facilité.
En comparant ces cadavres avec d’autres provenant de sujets morts de pneumonie ou de méningite tuberculeuse, sur lesquels nous expérimentions, nous obtenions des résultats tout différents.
REVUE DE CHIRURGIE
Chez ces derniers, nous produisions toutes les lésions de l’entorse juxta-épiphysaire : torsion de la substance compacte, tassement de la substance spongieuse , fractures trabéculaires et décollements partiels des diapliyses ; chez les premiers, décollements faciles et immédiats de la diaphyse, décollements périostiques s’étendant plus ou moins haut, mais pas de torsion, ni de tassement du tissu osseux ; l’os cédait à la partie la plus faible ; il y avait eu, pour ainsi dire, fonte, dissolution des éléments cellulaires de la couche chondrospongoïde, au niveau du cartilage de conjugaison, et de la couche ostéogène sous le périoste.
Cette altération ne se produit à ce degré que chez les sujets profondément intoxiqués et infiltrés, mais il est probable qu’elle existe, à un léger degré au moins, chez les sujets qui guérissent de la variole et autres fièvres éruptives graves. La fréquence des ostéites juxta-épiphysaires dans les convalescences de rougeole, variole, fièvre typhoïde, etc., nous indique que le malade a laissé au niveau des portions de l’os en voie de croissance (portions juxta-épipbysaires, couche ostéogène sous-périostique) une altération de nutrition qui les expose à des inflammations consécutives, sous l’influence d’un léger traumatisme ou d’un refroidissement.
En dehors de la macération des tissus dans les membres infiltrés et des altérations produites par certaines affections septiques, on ne peut pas toujours bien se rendre compte des conditions qui ont affaibli la résistance de la couche spongoïde ou altéré la consistance du tissu osseux juxta-épiphysaire. Chez le rachitique, la consistance du tissu osseux est tellement diminuée qu’il cède dans tous les sens au moindre effort, et qu’on produit des fractures diaphysiares ou juxta-épipbysaires selon la manière dont on saisit le membre et le point où l’on cherche à le fléchir. On produit chez ces sujets toutes les variétés possibles de courbure ou de fracture incomplète.
Voici, en dehors de ces formes extrêmes, quelques figures représentant les lésions qu’on observe le plus souvent, soit dans la masse du tissu spongieux juxta-épiphysaire, soit sur les limites du cartilage de conjugaison.
La figure 1 représente les désordres produits dans le tissu spongieux de l’extrémité juxta-épiphysaire inférieure du tibia, par l’adduction forcée du pied. Les articulations résistent, et il se produit une encoche à 1 centimètre environ au-dessus du cartilage de conjugaison. La couche compacte périphérique se replie en dedans et forme une encoche profonde de 5 à 6 millimètres. Le périoste la