‹ De l'entorse juxta-épiphysaire et de ses conséquences immédiates ou éloignées au point de vue de l'inflammation des osChapitre 8 sur 14 · L. OLLIER. — DE l’ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE · texte numérisé non relu

L. OLLIER. — DE l’ENTORSE JUXTA-ÉPIPHYSAIRE

C’est ce qui nous explique pourquoi le tissu spongieux des épiphyses elles-mêmes peut être le siège primitif des inflammations osseuses succédant aux mouvements forcés des articulations ; mais, à cause de la faible hauteur de ces portions osseuses, de leur isolement entre deux couches de cartilage, elles souffrent beaucoup moins des mouvements forcés que les régions juxta-épiphysaires des diaphyses. Dans les articulations présentant des ligaments interarticulaires (ligament rond à la hanche; ligaments croisés au genou) l’exagération des mouvements auxquels s’opposent normalement ces ligaments agira spécialement sur le tissu spongieux épiphysaire.

Dans les autres cas, c’est du côté de la diaphyse que se forment les lésions ; c’est de ce côté-li du reste qu’on produit les décollements du tissu spongoïde sous-chondral dont la rupture complète amène le décollement et la luxation des épiphyses, qu’il vaut mieux appeler disjonction diaphysaire, parce que c’est la diaphyse qui se disjoint du cartilage de conjugaison, celui-ci restant en rapport avec l’épiphyse.

§ III. — Symptômes de l'entorse juxta-épiphysaire ; accidents immédiats; accidents tardifs. — Rapports de ces accidents avec la scrofule; dépôts caséeux dans le tissu spongieux , origine des ostéo-arthrites fongueuses chez les enfants. De l'entorse juxta-épiphxjsaire dans les diverses régions ; de la pronation douloureuse des jeunes enfants. Exemples d’ accidents tardifs .

Les entorses juxta-épiphysaires peuvent être si légères qu’elles passent inaperçues. Un enfant est tiré violemment par la main, ou bien il fait une chute sur le poignet ; il crie ; il pleure ; on l’examine; on fait mouvoir les articulations où l’on suppose qu’il s’est fait mal ; on le frotte, on lui met une compresse résolutive, et au bont de quelques heures il .se remet à jouer, avec moins d’entrain sans doute, mais il ne paraît plus souffrir. Tombe-t-il en courant de manière à faire un mouvement forcé de la hanche ou du cou-de-pied, même scène pendant quelques instants, il se remet ensuite à marcher; puis on n’y pense plus, et l’on ne fait pas même attention à la peine qu’il a les jours suivants à se mettre en marche et à se remettre à ses jeux habituels.

Si vous examinez cependant cet enfant deux ou trois jours après sa chute, vous trouverez des signes évidents de la lésion osseuse qui s’est produite par le fait de son accident. Au poignet, vous

REVUE DE CHIRURGIE

trouverez un peu de tuméfaction, au niveau de la région juxta-épiphysaire inférieure de radius, à 1 ou 2 centimètres au-dessus de l’articulation ; celle-ci est libre, et les mouvements normaux ne le font plus souffrir. Mais, si vous forcez les mouvements; si surtout vous pressez au niveau de la tuméfaction, il accuse de la douleur. Dans les autres régions : sous l’aisselle, au niveau du col chirurgical de l’humérus ; au cou-de-pied, au niveau de l’extrémité de la diaphyse du tibia ou du péroné, selon le sens de l’entorse ; au pli de l’aine même, malgré l’épaisseur des parties molles, vous constaterez les mêmes symptômes, qui, je le répète, dans la majorité des cas, se dissiperont par le repos au bout de quelques jours.

Rien d’étonuant que ces entorses juxta-épiphysaires à leur premier degré soient en général peu douloureuses et cessent même de l’être tout à fait au bout de quelques jours. La réparation des tissus est excessivement rapide à cet âge ; le périoste se tuméfie immédiatement et remédie par cette tuméfaction même à la mobilité de la région j uxta-épiphysaire, qui dans les formes plus graves est le résultat immédiat du tassement du tissu spongieux, de la déchirure de la couche périphérique du tissu compact et de la disjonction de la couche spongoïde sous-chondrale. Mais, même dans ces formes plus graves, le périoste est bientôt assez épais et assez résistant pour constituer une attelle périphérique qui immobilise complètement la diaphyse et l’épiphyse.

L’indolence habituelle de ces entorses légères n’est pas plus extraordinaire que l’indolence de certaines fractures qui passent inaperçues et qu’on ne reconnaît que plusieurs années après. On découvre quelquefois chez les jeunes filles des fractures de la clavicule, dont personne ne s’était jamais douté, et qu’on ne reconnaît qu’à la saillie, persistante sous la peau, du fragment qui a crevé la gaine périostique.

Les entorses juxta-épiphysaires sont quelquefois très douloureuses, surtout lorsque la distension a porté sur les autres tissus de la région, muscles, gaines tendineuses, nerfs, qui sont toujours plus ou moins tiraillés dans les mouvements forcés et qui donnent lieu alors à des ecchymoses et à des difficultés de mouvement. Les tissus ligamenteux, et fibreux péri-articulaires peu sensibles normalement, acquièrent alors, sous l’influence de la distension et de l’entorse, une sensibilité souvent excessive ; et, bien que dans les expérimentations cadavériques on ne puisse guère constater de désordres dans leur tissu, ils n’en sont pas moins tiraillés, tordus, et par cela même dans les conditions les plus favorables pour développer en eux une sensibilité pathologique qui cède du reste à l’immobilité et à la compression.

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