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CHAPITRE IX

Son ulililé pratique. — Elle donne confiance en soi-même, du coup d'œil,

de l'agi lilé et du sant;- froid.

Défmition. — Supériorité de la boxe dite française sur la boxe anglaise.

— Théorie de Tadresse française.

Position du tireur. — Principaux mouvements qu'on exécute. Coup de pied bas. — Son efflcacilé plus grande lorsque l'adversaire est

dit en « fausse garde ».

Coups de pied de flanc. Coups de pied de poitrine et de figure. Chassé croisé. — Manière de le donner.

Coup de pied direct.

Coup de pied tournant.

Parades.

Ou coup de poing dans la boxe française. — Costume nécessaire pour

faire de la boxe.

La boxe française ou adresse française a été jusqu'ici presque complètement délaissée; elle a été regardée comme un exercice peu relevé, et dédaignée par le c( high life » du monde sportif. Aujourd'hui, elle semble sortir un peu de l'injuste discrédit dans lequel elle était tombée.

La théorie de cet exercice est devenue claire, précise, tout à fait méthodique. Ce sont surtout les professeurs de Paris qui ont contribué à la faire mieux connaître.

La boxe a eu des représentants brillants et forts dans les deux Lecour, Vigneron surtout, Leboucher, Marchemont, etc.. Dans ces dernières années, elle a

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été enseignée par des maîtres non moins remarquables, tels que : Raynal, Rouy, Charles Lecour, el principalement Charlemont et Chauderlot, dont j'ai été Télève pendant plusieurs années et qui avait pour moi une grande amitié. Grâce à ses leçons, ses conseils, et aux assauts fréquents qu'il me faisait soutenir en public, soit contre lui soit contre d'autres amateurs tels que Emile, Césare, etc., j'ai pu m'initier aux secrets de cet art complexe et difficile. A Tbeure actuelle, la boxe française est représentée avec honneur par Charlemont fils et Castérès.

On comprend mal qu'il n'y ait pas plus d'enthousiasme pour un exercice aussi utile, qui donne d'abord du coup d'oeil, de l'élasticité, du sang froid. Il faut, en effet, quand on se trouve en face d'un adversaire, examiner rapidement son jeu, voir quels sont ses points faibles, juger si sa riposte est rapide ou s'il est impétueux à l'attaque.

On comprend en outre qu'un coup de pied n'a de valeur qu'autant qu'il est donné avec force, vitesse et agUité. 11 faut toujours conserver un parfait équilibre pour revenir en garde immédiatement si le coup a été paré, et recevoir la riposte de l'adversaire. Il faut donc être souple et délié.

Dans l'adresse française, plus que dans tout autre exercice, on doit avoir du sang froid. L'œil doit s'habituer à fixer sans faiblesse le poing qui le menace ou le pied qui est prêt à frapper.

La boxe donne aussi de la confiance en soi-même. Grâce à elle, l'habit noir sait se faire respecter du voyou dont les coups sont plus méchants qu'habiles. Imitons nos voisins, les Anglais; chez eux, tout le monde sait boxer. Le lord aussi bien que l'homme du peuple, peuvent régler un différend, vider une querelle sans le secours de la police!

Enfin la hoxe française est un excellent excercice pour développer les muscles de la jambe et de la cuisse. Or, comme nous savons qu'il existe un rapport entre le volume du muscle et sa puissance dynamique, il est facile déjuger par là quelle force on peut développer dans un coup de pied.

.rajouterai que l'adresse française est un sport passionnant, plus peut être encore que celui du fleuret. On éprouve un grand plaisir à mesurer ses forces, à sentir les caresses parfois brutales, mais toujours siîicères, de la boxe. C'est peut-être là un vieux reste d'atavisme, comme un ressouvenir des mœurs antiques de nos pères les Gaulois, qui ne finissaient jamais un festin sans montrer, par des combats simulés, toute leur force et leur bravoure.

Qu'est-ce donc que la boxe française ou adresse française? C'est un exercice dans lequel les mouvements des bras sont combinés avec ceux des jambes, pour l'attaque et la défense. Mais comme, en définitive, deux adversaires se rapprochent assez rarement dans cette espèce de pugilat et que les poings servent surtout pour la parade ou la feinte, c'est en somme du coup de pied qu'il s'agit quand on veut parler de boxe française.

Dans la boxe anglaise, l'individu ne se sert absolument que des membres supérieurs pour parer et attaquer; dans la boxe française, il use des mains et des pieds; aussi le pugilat français est-il peut-être supérieure celui qui est enseigné de l'autre côté de la Manche. Voici, en quelques mots, la théorie de la boxe française telle qu'elle a été définitivement établie par Charlemont et Chauderlot. Placé sur une jambe qui sert de point d'appui, qui est tendue, fixe et immobile, le boxeur frappe avec le pied de l'autrejambe. Le coup doit être violent, brusque et précis, et cela sans que l'équilibre soit dérangé. Toutes ces conditions sont, il

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est vrai, assez difficiles à remplir ; et c'est ce qui rend Texercice de la boxe française peu tentant et parfois si ennuyeux à apprendre. Un sujet qui s'entraîne à la boxe française fait l'éducation de ses membres inférieurs, comme le boxeur anglais fait l'éducation de ses bras.

Pour bien exécuter les mouvements du pugilat français, il faut être d'une taille un peu au dessus de la moyenne, 1"*72 environ. Trop petit on ne peut atteindre l'adversaire d'assez loin, trop grand on n'obtient que difficilement la vitesse dans les attaques.

Il faut en outre avoir beaucoup de force et un certain poids pour ne pas être déplacé par les coups de pied et pour frapper plus vigoureusement. Vigneron était un véritable hercule; Cbauderlot, grand et mince; Raynal, trapu et vigoureux.

La position du tireur dans l'adresse française est la même que dans l'escrime. Les poings sont fermés l'un à la hauteur du sein, l'autre en avant. Le pied gauche est placé en avant, le pied droit à une certaine distance en arrière, les deux talons sur la même ligne, de manière que les deux pieds fassent un angle absolument droit. C'est la garde à gauche. Dans la garde à droite, le pied droit est en avant ainsi que le poing droit.

Les principaux mouvements qu'on exécute dans la boxe française ne paraissent pas au premier abord très compliqués. Toute la difficulté réside dans la position qu'il faut donner au corps, pour que les muscles de la cuisse et de la jambe qui frappe se contractent facilement sans faire perdre l'équilibre. Voyons-les en quelques mots.

Le coup de pied bas sert surtout pour l'attaque. Mais on peut aussi l'utiliser pour la riposte, en frappant soit avec la jambe de devant, soit avec celle de

derrière, l'individu supposé en garde, comme nous l'avons dit. Dans le coup de pied bas, on cherche à atteindre la face interne du tibia qui est tout à fait superficielle. La peau à cet endroit est mince, dépourvue de graisse et exactement appliquée sur Tos. Aussi celui-ci, mal protégé, peut se briser sous Tinfluenced^un coup de pied violemment envoyé et dirigé d'une certaine manière.

Le tireur, étant en garde à gauche, la jambe gauche fléchit légèrement, le haut du corps se porte un peu en arrière. La jambe droite, à son tour, se soulève et est lancée brusquement et vigoureusement en avant tout à fait étendue sur la cuisse. Le pied, dont la pointe est fortement tournée en dehors, doit frapper avec le bord interne qui est dirigé en avant et qui arrive ainsi en rasant le sol et par le chemin le plus court jusque sur la jambe de l'adversaire. Par la direction qu'on donne au pied qui frappe, on attaque perpendiculairement la face interne du tibia. Mais il faut encore qu'une autre condition indispensable soit remplie, pour que ce coup de pied produise tout son effet. L'adversaire doit être placé en fausse garde, c'est-à-dire qu'il doit avoir en avant la jambe droite, par exemple, et celui qui frappe la jambe gauche. Ainsi donc, pour, être plus clair, les deux pugilistes étant placés en face Tun de l'autre, celui qui porte le coup a la jambe gauche en avant; celui qui est frappé a la jambe droite en avant, la gauche en arrière. De cette manière, la partie moyenne du bord interne du pied qui est lancé, tombe perpendiculairement sur la face interne du tibia. Supposez, au contraire, que les deux adversaires aient tous deux la même jambe placée en avant, le pied de celui qui frappe tombe alors, non pas sur la face interne du tibia, mais sur la face externe de la jambe. Or, cette face externe est fortifiée par la présence de muscles nombreux qui

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empêchent que les os ne soient atteints. Si le sujet qui reçoit le coup de pied est fortement appuyé sur la jambe de devant, le tibia peut être fracturé parce que la jambe, étant pour ainsi dire fixée par le poids du corps, Tos ne peut fuir devant le coup de pied. C'est pour ce motif surtout que, dans la boxe française, on doit toujours prendre un point d'appui sur la jambe de derrière, jamais sur celle de devant. On le voit donc, le coup de pied bas peut être, à un moment donné, d'un grand secours, lorsqu'on se trouve dans le cas de légitime défense.

Le coup de pied de flanc, comme son nom l'indique, est destiné à toucher cette région comprise latéralement entre le thorax et le bassin. Les coups de pied de poitrine et de figure existent aussi dans la boxe française, mais ces parties sont assez difficiles non pas précisément à atteindre, mais à frapper avec vigueur, l^our se hasarder h viser ces lignes élevées dans les assauts, il faut être bien sûr de soi ; car le mouvement, très brillant sans doute, demande un parfait équilibre et une grande souplesse.

Dans le chassé-croisé, c'est toute la plante du pied, le talon principalement, qui frappe. C'est, avec le coup de pied bas, le plus terrible de la boxe. Il se donne dans les lignes hautes et dans les basses.

Tout le poids du corps ajouté à l'action des muscles de la cuisse contribue à donner une grande énergie à ce mouvement.

Le coup de pied direct se donne dans le creux de l'estomac avec la pointe du pied et une forte retraite du corps en arrière. C'est un des plus dangereux. Quant à la région des bourses, elle n'est pas atteinte aussi souvent qu'on le croit par les coups de pied. Cela' tient à ce que, d'abord, les testicules sont mobiles, et ensuite à ce qu'ils sont inégaux en hauteur, le gauche descendant

plus bas que le droit, de sorte qu^ils ne peuvent pas être froissés Tun contre Tautre. Enfin la situation même ^1u pugiliste qui lorsqu'il combat a le corps complètement effacé, comme dans la position de Tescrime, vient contribuer à ce résultat. On peut donc dire que. cette région, en apparence à découvert, est au contraire admirablement protégée, grâce, comme on vient de le voir, à une disposition très simple. Enûn le coup de pied tournant à fond n'est presque qu'un mouvement de parade, par lequel on débute toujours dans les assauts.

Tous ces mouvements, sommairement indiqués ici, peuvent se combiner de plusieurs manières et forment ainsi une série de leçons qu'il faut très bien connaître avant de songer à se mesurer avec un adversaire (*).

Les parades dans la boxe se font en rompant ou en levant simplement la jambe menacée. On peut aussi, dans les lignes basses, arrêter par un coup de pied bas, enfin parer avec la main ou abattre avec les deux poings le pied de l'adversaire, comme dans le chassé-croisé. 11 est Fnen rare qu'un bon pugiliste se laisse prendre la jambe avec les mains.

J'ai dit que, dans l'adresse française, c'était surtout l'éducation des membres inférieurs qui était le but de l'entraînement, mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'on néglige la boxe proprement dite et on exerce aussi les membres supérieurs. Le coup de poing n'est pas oublié. Dans la boxe française, on tire dans les deux gardes. L'Anglais ne frappé qu'avec le bras gauche. La manière de lancer le coup de poing diffère aussi. Dans la boxe anglaise, c'est surtout par un brusque mouvement

(*) Je ne saurais trop le répéter, pour connaître h fbnd un exercice physique il faut : 1® ravoir appris avec un bon proresscur; 2° avoir fait soimême quelques élèves; 3° l'avoir pratiqué en public. C'est ainsi que j'ai agi pour tous les sports dont je parle dans cet ouvrage.

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d'extension de l'avant-bras sur le bras que le coup de poing est lancé. Dans la boxe française, c est un mouvement d'épaule qui dirige le poing d'abord en arrière, ensuite en avant, horizontalement jusque sur la partie visée. Dans les deux espèces de pugilats, le corps, en se penchant en avant ou en se portant en arrière, donne de la vigueur à lattaque ou facilite la parade.

Quand on fait de la boxe française, il est nécessaire d'avoir une bonne chaussure et des gants. Pour la rue, de gros souliers ferrés sont des armes terribles aux pieds d'un pugiliste. Mais lorsqu'on tire dans un assaut, il faut avoir de petits souliers légers, à lacet, è semelle très mince, faits en peau de buffle. Ils doivent être solidement fixés aux pieds pour qu'on puisse aisément prendre l'appui sur une seule jambe.

11 faut que le gant de boxe bien rembourré recouvre la moitié inférieure de l'avant-bras.

Quant à ceux qui redoutent trop les coups sur les tibias, ils peuvent porter des jambières.

Je recommande tout particulièrement, lorsqu'on fait des assauts, de se mesurer toujours avec des adversaires plus forts que soi. On s'expose il est vrai alors à recevoir quelques horions, mais cela permet de porter à fond ses coups de pieds et de poings. La boxe, en somme, est un exercice pratique, utile; elle doit toujours conserver ce caractère, même dans les assauts. 11 faut donc s'habituer à frapper vigoureusement. La boxe de parade n'a pas sa raison d'être. Dans l'adresse française, c'est, du reste, tout à fait comme dans Tescrime. Deux adversaires étant en présence, quel est celui qui sortira vainqueur? On ne mesure ici ni le poids, ni la taille des combattants; il s'agit de savoir seulement celui qui battra l'autre.

On voit doncTimmense avantage d'un sport qui permet, en somme, à un nain de tenir tète à un géant.

De la boxe, — GVst surtout en Angleterre que la boxe est le plus en honneur. Elle est, pour ainsi dire, dans ce pays, un jeu national. Presque toutes les fêtes se terminent par dos assauts de pugilat où les champions les plus exercés et les plus habiles viennent se disputer le prix. Comme Tentraînement des boxeurs a servi de base à tous les autres, nous allons entrer dans quelques détails à son sujet.

Par Tenlralnement, le boxeur anglais cherche, comme toujours, à diminuer son poids en faisant disparaître la graisse inutile, à obtenir une respiration plus facile pour ne pas être essoufflé lorsque le combat dure un certain temps, et enfin à acquérir une sorte d'insensibilité très curieuse à noter. Voici ce que dit à ce sujet Vallin cité par Daily etChassagne : « Influence précise de la gymnastique sur le développement de la poitrine, des muscles et de la force de Thomme.

» On sait combien est vive la douleur produite par un violent coup de poing appliqué sur la face; il semble démontré aujourd'hui que les boxeurs bien entraînés n éprouvent pas cette douleur atroce qui accable môme Thomme courageux et énergique, mais non entraîné. Autre fait encore : chez les boxeurs, qui se trouvent en « bonne condition », il ne se produit pas, h la suite de coups violents sur des parties qui, comme les paupières, sont sujettes à hémorragie, il ne se produit pas, dis-je, de ces énormes thrombus que Ton observe chez les autres sujets; il y a ecchymose bien évidemment, mais il n'y a pas de ces thrombus que les parrains du combattant sont obligés d'inciser, pour que le patient ne soit pas, en quelque sorte, aveuglé, car il serait alors à la merci de son adversaire.

» Nous croyons qu'il y a des expériences à faire pour contrôler l'exactitude de ces faits ; s'ils sont réels, ils montreront mieux encore l'importance que doit prendre

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la gymnastique dans Tendurcissement, ragiicrrissement des jeunes gens et des soldats ».

Ces faits sont réels, et tous ceux qui ont cultivé l'adresse française ont observé cette insensibilité. Ainsi dans les assauts, surtout en public, où on aime en général à tenir tête à son adversaire, on reçoit de violents coups de pied sur les tilnas ou dans les flancs; eh bien, malgré la douleur très vive, on ne s'arrête pas quand on est bien entraîné.

Un peu de bleu sur les jambes, voilà ce qui reste de ces rudes atteintes. J*ai observé tout ceci sur nioi-même. Par contre, j'ai toujours vu un coup de pied bas ou un coup de pied de flanc bien lancé mettre dans l'impossibilité de continuer le combat, un sujet moins bien aguerri (*).

La boxe n a pas une grande action sur le développement des muscles du bras et du thorax. Presque tous les boxeurs français que j ai eu l'occasion d'examiner avaient les bras grêles et le torse peu développe. La boxe développe un peu le triceps brachial et Tavantbras. Mais c'est néanmoins un très bon exercice; elle fait maigrir, elle habitue à mieux respirer, elle donne l'assurance et le sang froid.

Les points du corps spécialement visés dans la boxe sont la tête et la poitrine. A la tête, c'est la racine du nez qu'on cherche à atteindre, pour produire instantanément une ecchymose sous-conjonctivale des deux yeux qui empêche de continuer la lutte. Un autre point

(') Dans un assaut public de boxe qui avait été org^anisé par les principaux professeurs de Paris et par M. Ghauderlot et où je figurais moi-même comme tireur, je me rappelle avoir vu un jeune homme, non suffisammehl entraîné, recevoir un coup de pied bas, s'affaisser aussitôt, tomber et ne reprendre ses sens qu'au bout d'un quart d'heure, tant la douleur avait été vive, bien qu'il n'y eût aucune trace de fracture au point frappé. Mon ami le docteur Courret, qui était présent dans la salle, doit se rappeler ce petit drame.

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très sensible aussi, ce sont les lèvres, qu'uû coup dc^ poing violemment appliqué, peut diviser en cassant les dents. Mais pour que ce coup soit efficace, il faut que le poing, bien fermé, le pouce placé dans rintèrvallo qui sépare l'index du médius, frappe avec toute cette surface formée par la face postérieure des premières phalanges repliées. 11 faut, de plus, que le mouvement d'extension de Tavant-bras sur le bras soit brusque et violent. La fosse temporale est encore une partie très souvent atteinte par le boxeur. Les os qui délimitent cette région du crâne, étant très minces, se brisent avec une très grande facilité. Pour atteindre la tempe, tout le membre supérieur doit être porté en arrière du corps, Tavant-bras étendu sur le bras, le poing fermé et en pronation. Alors, par un grand mouvement de balance-. mer\J;, le poing est ramené en avant à la hauteur de la parlie qu'on veut atteindre. Ce coup ne se donne jamais sans une feinte du bras opposé.

La partie supérieure, et latérale du cou, au niveau du cartilage thyroïde, est un endroit souvent visé également par les pugilistes. Lorsque les artères carotides sont atteintes à ce niveau, la circulation cérébrale s'arrête un. instant, il se produit des éblouissements. Au thorax, on rencontre aussi des points très sensibles. Le creux épigastrique, vulgairement appelé «creux de Testomac», est . à ce point de vue l'endroit le moins tolérant. Après le moindre choc sur cette partie, on éprouve une douleur, particuhère, angoissante, qui arrête la respiration et la circulation. Cette douleur intolérable qui provoque la syncope se produit on ne sait pas au juste par quel mécanisme. On pense généralement que c'est la peau qui jouit de cette sensibilité spéciale.

Sur la ligne prolongée de Taisselle, un peu au-dessous du grand dentelé, la face externe et latérale du thorax esta peu près à découvert, surtout lorsque le

bras est écarté du corps, aussi les côtes, n'étant point protégées, sont souvent atteintes par les boxeurs.

On voit, par ce simple aperçu, que ia boxe anglaise n'est rien moins qu'un exercice amusant, c'est au contraire un exercice très dangereux. Le boxeur anglais est très redoutable ; son insensibilité aux coups, sa rapidité à Tattaque et à la riposte en font un terrible adversaire. Toute sa force consiste en une brusquerie et une vivacité incroyables dans le coup de poing ; il ajuste et frappe avec une précision remarquable les endroits sensibles que nous avons signalés tout à Thcure. Le boxeur anglais est toujours garde à gauche, c'est le bras gauche qui frappe surtout, le droit sert principament aux parades, mais il se détend aussi quand il y a lieu.

L'entraînement des pugilistes a été étudié d'une fççon tout h fait spéciale. Le professeur Bouchardat lui a consacré un mémoire très important dans VAnnuaire de thérapeutique pour l'année 1861. Depuis, plusieui*s monographies ont été faites sur ce sujet. Comme cet entraînement a été un des premiers étudiés, nous avons cru devoir indiquer la préparation que les entraîneurs anglais font subir aux sujets qui veulent prendre part à ce genre de combat. Voici ce régime indiqué par un entraîneur anglais, M. Gootes.

« Six semaines sont d'ordinaire le délai accordé pour se préparer à un combat ou à une course. Commencez par prendre une pilule le soir, une médecine noire le lendemain matin et cela deux fois pendant la première semaine. Quand vous êtes convenablement purgé, prenez vos quartiers d'entraînement: choisissez une habitation commode, à quelque distance des villes populeuses; que vos exercices soient modérés au début, pour les graduer de jour en jour sur Taccroissement de vos forces. Le sujet en train doit se lever de bonne heure,

se laver avec soin, puis prendre un œuf cru, en mélangeant le jaune dans un demi- verre de bon vin de Sherry, après quoi il fera une promenade au pas d'environ deux milles avant l'heure du déjeuner ^^9 heures). L'exercice doit d'ailleurs êtr*e proportionné aux degrés de condition de Tindividu. Plus il est chargé d'embonpoint plus longues seront les épreuves. Après déjeuner, il fera une promenade de deux milles entremêlée de petites échappées de trois cents mètres à toute vitesse et terminée par une course d un mille, pour amener une suée que Ton séchera immédiatement en le frottant énergiquement avec une serviette. Après quoi il se rhabillera et marchera doucement pendant quelque temps. S'il a soif, il boira un peu de Xérès coupé d'eau. Vers 11 heures, il pourra prendre un quart de pinte de vin de Porto aromatisé ou une demi-pinte de vieille aie. Il doit constamment porter dans sa poche un biscuit dur pour prévenir la faim. Souvent môme, il préviendra la soif en niAchant du biscuit plutôt que d'user trop fréquemment des liquides qui portent à la transpiration et nuisent à l'haleine. Il dinera à une heure ou deux, si l'appétit n'était pas bien ouvert. Après diner, un exercice modéré tel que bêcher la terre, lancer le disque ou mouvoir des dunb-bells du poids de 4 livres chacun. Enfin choisir le genre d'exercice qui lui plaît le plus, sans s'exposer à des efforts outrés. Il faudra faire encore dans la journée une nouvelle course d'un mille. Si la fatigue cause la somnolence, on se permettra une heure de sommeil. Le dernier repas aura lieu vers deux heures du soir, sept heures avant de se mettre au lit. On fera bien de s'abstenir de fumer. Proscrivez de votre régime : les spiritueux, le lait, les soupes, tous les ragoûts et les aliments épicés. Les repas se composent de viandes si, bien entendu, on a déjà l'habitude de ces sortes d'aliments ; mais, quel que soit votre mode d'alimentation,

restreignez-le toujours au simple nécessaire. Une selle par jour (chaque matin après déjeuner est l'heure désirable) indiquera que le corps fonctionne avec régularité. Plus de fréquence procédera d'excès d'exercices et alors on les diminuera; ou du changement de régime et dans ce' dernier cas on prendra Talimeut qui tentera le plus, mais en petite quantité.

» Pesez vous chaque jour et quand vous êtes au poids voulu, bornez vos exercices à des promenades' légèrement prolongées, sans oublier de continuer les petites courses rapides pour entretenir Thaleine. Evitez de garder la flanelle humide; ayez soin de vous frotter ou faire frotter et de changer aussitôt après la transpiration.

» Tous les exercices dangereux doivent être interdits. Tous les tours de force gymnastique exigent à peu près le même mode de préparation. S'il s'agit d'une course de longue haleine, il faudra multiplier, en les graduant, les courses d'essai; s'il s'agit d'un assaut de boxe, c'est au dunb-bell qu'il faudra demander un plus grand développement de muscles et d'énergie. Il faudra, d'ailleurs, dans sa conduite et sa manière de vivre, se rapprocher de la nature et tenir compte de ses habitudes. Le régime auquel la constitution est faite, sagement modifié, est toujours celui qui convient le mieux. Tous les entraîneurs anglais interdisent les rapports sexuels pendant l'entraînement. Je ne partage pas cet avis, car je pense que la nature veut être satisfaite sur ce point avec modération et que la privation absolue est plutôt une cause d'affaissement.

» On apprécie généralement la condition d'unîndividu par l'aspect de son corps à l'état de nudité; on préfère la maigreur à l'embonpoint; les chairs doivent être fermes, blanches et exemptes d'éruption. Chaque once de chair, au-delà du poids voulu, est une chance de

défaite, en cas de lutte prolongée. La condition entre pour beaucoup dans Tissue d*un combat ».

Dans ces dernières pnnées, il y a eu quelques assauts de boxe sensationnels et tout le monde a entendu parler des Corbett, des Fiizimmons, des Jeifries, etc., etc. Ces combats, qui ne sont en somme que des prétextes pour exciter la passion des parieurs, et qui finissent toujours par des écrabouillements de nez, des enfoncements de côtes, quelquefois par la mort, ne peuvent en aucune façon occuper Thygiéniste.

Un assaut plus intéressant k coup sûr, à la condition qu'il ne se produise pas souvent, est celui qui a eu lieu entre Charlemont et un boxeur anglais. Ce match devait décider de la supériorité des deux pugilats : adresse française et boxe anglaise. Charlemont sortit vainqueur de Tépreuve, mais à grand peine, paratt-il, l'Anglais recevant sans sourciller et sans chercher à les éviter de formidables coups de pieds bas, et cela avec la plus grande sérénité.

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