DE LA LUTTE
à manger» boire et lutter, ce qui faisait dire à Galien que « leur âme était noyée comme dans un bourbier ». Peu à peu, la lutte se modifia et on vit descendre dans Tarène des athlètes moins lourds, moins grands et qui, quoique de taille moyenne, étaient néanmoins de terribles adversaires. C est que la dextérité, la souplesse, rhabileté avaient remplacé le poids et les dimensions du corps. Peu à peu la lulte, qui n'était au début qu'un exercice informe, devenait un art.
Avant de lutter, pour augmenter leur force et rendre plus souples leurs membres, les athlètes su frictionnaient avec de Thuile ; mais comme ces onctions rendaient leur peau très glissante, ils se roulaient dans la poussière de la Palestre, pour pouvoir se prendre plus facilement corps à corps.
Primitivement ils se mesuraient debout et le combat était fini lorsque Tun des deux adversaires avait été terrassé. Mais il y avsdt aussi une autre espèce de lutte, où, quoique Tun des combattants entraînât avec lui son adversaire, le combat continuait jusqu'à ce que l'un d'eux se confessât vaincu. C'est encore maintenant ce genre de lutte qui est le plus en honneur, et la victoire reste incontestée lorsque l'un des deux adversaires a été renversé sur le dos, et que, dans cette position, ses deux épaules ont touché le sol.
« Une troisième espèce de lulte se nommait axpo/eipidjiLoç parce que les athlètes n'y employaient que l'extrémité de leurs mains, sans se prendre au corps comme dans les deux autres espèces. Il parait que raxpo;^eipi(T(xoc était un prélude de la véritable lutte, par lequel les athlètes essayaient réciproquement leurs forces et commençaient à dénouer leurs bras. En efi^et, cet exercice consistait à se croiser les doigts, en se les serrant fortement, à se pousser en joignant les paumes des mains, à se tordre Jes poignets et les jointures des bras, sans seconder ces
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divers efforts par le secours d aucun autre membre et la victoire demeurait à celui qui obligeait son concurrent à demander quartier » (Diderot et d'Alembert, Encyclopédie).
La lutte bien apprise, sagement réglée, est un excellent exercice pour mettre en jeu tout le système musculaire et donner de la force, du coup d œil et de. la précision dans les attitudes, mais c'est aussi un exercice dangereux. Les prises de tête, les chutes occasionnées par un mouvement violent augmentées du poids de l'adversaire ont quelquefois de fâcheux résultats. 11 faut donc lutter avec prudence, entre amis et sans amourpropre.
J'ajoute que, pour « l'intellectuel », la lutte doit être faite avec modération, car les efforts violents et prolongés, les attitudes désordonnées qu'elle nécessite, les compressions sur le cou ou la tête nuisent beaucoup au travail de l'esprit. Au point de vue purement sportique, c'est peut être le meilleur des exercices; au point de vue « cérébral », c'est le moins bon.
Durant les deux dernières années qui viennent de s'écouler, il y a eu comme une véritable renaissance de la lutte. Le public s'est passionné pour ce genre de sport, car on a mis devant ses yeux, sous une nouvelle forme, un sujet à pari. U serait pourtant injuste de ne pas citer quelques noms parmi ceux qui se sont le plus distingués dans cet exercice. Je nommerai, entre autres, le champion du monde pour la lutte, Laurent le Beaucairois; Paul Pons, ce géant admirable, aussi gracieux athlète qu'admirable lutteur; Constant le Boucher, Aimable de la Calmette, le Hollandais Van den Berg, etc. La Vie au grand air, dans son numéro du 30 décembre 1900 et dans d'autres publications, a donné les portraits et le compte-rendu détaillé de toutes les prouesses de ces hommes forts.