CHAPITRE XI
ÂPERfu SLR LA MARCHE, LA COURSE, LE PAS GYMNASTIQUE ET
De Ifl course dans Tanliquilé. — Des aptitudes variables pour la course de vitesse ou la course de fond. — Entrainement diiïérent pour la marche, la course de vilesse ou celle de longue durée. — Ue la marche. — Difficulté de la marche. — Comment on apprécie un bon marcheur. — Marche spéciale à chaque individu. — Comment faut-il marcher? — Méthode anglaise. — Méthode allemande. — Méthode du commandant de Raoul. — Etude physiologique de la marche. — De la course. — Son utilité. — Manière de courir. — Pas gymnastique sur place considéré comme excercice d'entraînement & la course. — Manière de le pratiquer.
— Sa durée. — Sensations éprouvées pendant la course en vitesse. — Des coureurs et marcheurs. - Coureurs arabes. — Coureurs indiens. — Coureurs japonais. — Coureurs dans Tanliquité — Coureurs anglais.
— Description de Tenlrainement de la course en Angleterre. — Extrait des règlements de la marche dans l'armée française. — Distances parcourues par les troupes en marche. — Hygiène du pied. — Sa forme normale. — Des chaussures. — Diiïérence physiologique entre la marche et la course. — Du saut en hauteur et en largeur. — De la station.
Fa\ abordant maintenant l'élude de la marche, de la course et du pas gymnastique, nous nous placerons d'abord au point de vue pratiqué; nous indiquerons quel rôle ce sport a joué dans notre entraînement et comment, d'une manière générale, on peut s en servir dans l'éducation physique. Nous dirons aussi quelques mots de physiologie, d'après les recherches si intéressantes de M. le professeur Marey.
Tout ce que je signalerai d'inédit sur ce sujet, sera, là comme ailleurs, le friiit de mon expérimentation. Ces
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chapitres ne seront donc pas seulement de la compila tion, mais de l'observation « in anima vili ».
L'homme est destiné à se mouvoir. Ses muscles, ses os, ses articulations, indiquent que, comme les animaux, il est obligé de se transporter d'un endroit à un autre, pour assurer ses moyens d'existence, pour satisfaire ses différents besoins. « La vie, c'est le mouvement ». Or il semble que le mouvement le plus simple, le plus élémentaire soit la marche. Nous commençons son apprentissage de très bonne heure. L'enfant apprend à poser ses pieds Tun devant l'autre aussitôt que ses os sont assez résistants pour le soutenir, ses muscles assez vigoureux pour mouvoir les leviers. Eh bien, néanmoins, la marche est l'exercice qui demande le plus d'entraînément pour arriver à la perfection. 11 est nécessaire qu'un sujet entraîné soit un bon marcheur. Si on recherche attentivement pourquoi un homme marche mai, on s'aperçoit vite que cette infériorité tient à une mauvaise conformation des membres pelviens, des pieds surtout, ou à une faiblesse du cœur ou du poumon. La première de ces tares met presque, au point de vue physique, les hommes qui en sont atteints au rang des non-valeurs. 11 en est de môme des deux autres, qui empêchent absolument le sujet de s'entraîner dans n'importe quel sport.
Le mouvement qui constitue la marche est simple et facile à exécuter, les bons marcheurs, sans être communs, ne sont pas non plus tout à fait rares; je veux dire par là qu'on rencontre des sujets capables de parcourir des distances assez longues, sans trop de fatigue et sans essoufflement; beaucoup de nos paysans, les facteurs, sont dans ce cas. Les marcheurs corrects et élégants sont l'exception. Mais, direz-vous, pourquoi
tant rechercher cette parfaite correction dans un exercice aussi simple? D abord, parce qu'en marchant bien, on va plus vite, on résiste davantage h la fatigue, on développe et on fortifie également les deux membres inférieurs, on prévient Tusure prématurée de parties qui auraient été surmenées aux dépens des autres. Enfin, faite dans ces conditions, la marche vient contribuer à donner au sujet entratné cette grâce, cette beauté, cet ensemble harmonieux, que tous les exercices physiques bien compris doivent développer.
Pour bien apprécier un marcheur, au point de vue de la correction, il faut le faire aller seul, devant soi, sur un sol uni. Quand on voit passer devant ses yeux plusieurs individus allant par groupe, on ne peut pas juger avec facilité si le mouvement de la marche est bien exécuté.
Ainsi quand un régiment d'infanterie défile sous nos yeux, nous voyons seulement l'ensemble, et la valeur de chaque individu pris séparément nous échappe. Un escadron peut paraître très brillant dans une charge au galop et être composé pourtant de chevaux très défectueux. Pour bien marcher, il faut donc avoir été enseigné ; et la catégorie des mauvais marcheurs renferme surtout des individus qui ne savent pas, qui n'ont pas appris à marcher. Je ne parle pas ici des sujets qui par la mauvaise conformation de leurs pieds ou une lésion du cœur ou du poumon sont tout à fait inaptes h la marche. Du reste, il faut bien Tavouer, on ne marche plus comme autrefois; les moyens de transport faciles et peu coi\teux, la bicyclette notamment, sont sur le point de faire disparaître cette race de marcheurs endurcis qu'on trouvait encore dans nos campagnes et que, malgré quelques années passées au régiment, notre génération actuelle n'est pas sur le point de faire revivre.
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Chaque homme a, pour ainsi dire, son pas spécial, et sans voir quelqu'un on peut le reconnaître rien qu'en l'entendant marcher. De très loin, notre démarche seule suffît h nous désigner.
Voyez, par exemple, marcher le villageois; son pas est lourd, traînant; ses bras se balancent d'une manière disgracieuse à côté de lui. Le marin, le terrassier, le mécanicien, le jockey ont chacun un pas spécial.
Le marin, pour conserver l'équilibre sur son navire constamment ballotté, est obligé d'écarter les pieds l'un de Tautre, pour élargir sa base de sustentation; lorsqu'il est à terre, il conserve cette même attitude. Le mécanicien, à cause des trépidations de sa machine, est à peu près dans des conditions semblables, d'où sa même démarche. Le terrassier, dont toute la journée se passe à rouler des brouettes, avance à pas petits et lents. L'allure du jockey n'est pas moins caractéristique avec son dos voûté, ses jambes écartées. Les individus, comme lescoltineurs par exemple, qui ont l'habitude de porter des fardeaux sur les épaules, conservent, même allégés de ces poids, une attitude qui permet de les reconnaître. Le gymnaste, le spadassin, le boxeur n'ontils pas une démarche aisée et légère tout-à-fait caractéristique? L'homme riche, ne connaissant de la vie que les plaisirs et les satisfactions, ne marche pas comme le pauvre, habitué à des privations.
Le costume, la chaussure qui varient dans chaque pays, donnent aussi à la démarche une physionomie particulière. Ainsi l'Arabe enveloppé dans son burnous marche d'une façon grave et majestueuse. Les babouches, les socles dont se servent encore quelques femmes du Nord, les hauts talons, changent les conditions de la marche et lui donnent un caractère dissenïblable.
Comment donc faut-il marcher? 11 y a deux genres de marche : l'une élégante, de parade, pour ainsi dire,
[it'ùi quon ne peut supporter longtemps; laulre, moins
""l'F brillante, que Ton emploie dans les longs parcours.
ilie^L Pour bien marcher, il faut d'abord que les articulations
du pied, du genou et de la hanche soient parfaitement < 'Il [ souples. C'est parce que toutes ces articulations ne sont
n)ai.> pas utilisées également dans la marche qu'on observe
><k ces défauts si fréquents de locomotion, chez les jeunes
'. conscrits qui arrivent dans les régiments. Le pied ne
u: i doit pas se porter trop en dehors ni trop en dedans. Le
Js.' corps doit être droit, la poitrine bien dégagée, les
; 1 ,- épaules sur la même ligne. Il faut être bien campé sur
le. 1 ses reins. Enfin un léger balancement des bras ne peut
que favoriser la progression. Respirer toujours par le nez et d'une façon régulière.
Lorsque la marche doit être un peu prolongée, l'attitude du corps doit changer aussi. U faut fléchir les jamff.jî' bes davantage, ne pas contracter inutilement les mus-
cles qui ne servent pas.
Tout doit être dans le relâchement,.sauf la jambe qui s'étend et est destinée à pousser le corps en avant. Voilà en somme à quoi se résument les règles pratiques de la marche. Cependant beaucoup d'autres méthodes ont été indiquées. Chaque pays a pour ainsi dire la sienne. Les pédestrians anglais ont adopté une marche spéciale, appelée par eux : « toe and heel », orteil et talon. Us lancent la jambe en extension et le pied va se placer devant celui qui est encore posé, le talon touchant le sol le premier. En même temps, chaque bras se porte en avant et du « même côté que la jambe correspondante ».
Les Allemands, cherchant surtout à allonger le pas, apprennent h lancer le pied à hauteur du genou, comme un cheval qui fait le pas espagnol. Enfin le commandant de Raoul a préconisé un nouveau système de marche, dite en flexion. Celle-ci parait être, en somme, la
i.li
Ir'.J-
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plus rationnelle, pour ne pas se fatiguer dans les longs parcours. Elle consiste à maintenir les jambes fléchies, tant qu'elles supportent le corps, et à ne les étendre que dans le moment de propulsion. Le corps est incliné en avant, f.e balancement des bras ne doit pas être exagéré. Il faut une certaine habitude pour bien exécuter cette marche en flexion.
L'étude physiologique de la marche a d'abord élé faite par Borelli, puis par les frères Weber qui ont donné une théorie restée longtemps classique. Giraud- Teulon, Carlet et surtout M. le professeur Marey ont étudié à nouveau cette question et ont en partie renversé les idées anciennes. C'est dans son livre « la Machine animale » et surtout dans sa publication récente <t le Mouvement » que M. Marey a étudié la marche avec la plus rigoureuse méthode scientifique. On ne peut guère parler de cette question, sans presque répéter mot pour mot tout ce qu'a dit ce savant maître.
Observez la marche d'un homme avec attention, vous verrez, selon la remarque de Béclard, qu'elle peut être décomposée en quatre temps. Dans le premier temps, le poids du corps repose sur les deux jambes ; la gauche, par exemple, en avant et la droite en arrière ; c'est le temps de double appui. Dans le deuxième temps, le corps repose sur la jambe gauche seulement, c'est le temps d'appui unilatéral, la jambe droite oscille autour de celle qui est fixe. Dans un troisième temps, le corps s'appuie de nouveau sur les deux membres; enfin, dans le quatrième, le pied droit supporte seul à son tour le poids du corps, et la jamhc gauche oscille pour se placer en avant dans la position du départ. Le centre de gravité oscille de haut en bas dans la marche et le grand trochanter dans le plan vertical et horizontal. On voit très bien ce déplacement du centre de gravité en examinant, sur un mur, l'ombre qu'y projette un homme
qui marche. Ce n'est donc pas sans raison qu'on a comparé au flux et au reflux de la mer le mouvement des grandes masses humaines (Béclard).
Revenons maintenant sur quelques points de la marche. Les frères Weber avaient comparé la jambe qui oscille à un pendule. Pour eux, l'action musculaire était tout à fait insignifiante. Ils s^appuyaient, pour soutenir cette théorie, sur le principe de physique suivant, qui dit que : dans un pendule composé de deux tiges réunies par une charnière, le pendule fléchit légèrement dans la charnière au moment de l'oscillation. Cette théorie a été reconnue absolument fausse.
M. le professeur Marey, à Taide de sa notation chronographique des appuis et levés du pied dans la marche, a montré d'une façon lumineuse comment les membres inférieurs se posent. Dans Tallure du pas ordinaire en terrain plat, les appuis des deux pieds alternent d'une manière régulière (Marey).
Mais lorsqu'on monte un escalier, par exemple, il y a un instant où les deux pieds touchent le sol et où la période de double appui est plus longue. L'oscillation de la jambe est produite par la contraction musculaire. Les bras oscillent d'avant en arrière, en suivant une ligne opposée aux membres inférieurs, c'est-à-dire que quand la jambe gauche est en avant, c'est le bras droit qui lui aussi est projeté en avant.
M. Marey fait remarquer que sur certains bas-reliefs anciens où des groupes de coureurs sont représentés, les bras et les jambes du même côté se meuvent dans le même sens et il ajoute : <« Cette allure, qui rappelle celle de l'amble des quadrupèdes, était-elle vraiment pratiquée dans les courses du stade? Est-elle due à une erreur de l'artisan qui a décoré le vase? Nous ne saurions trancher cette question. Cette manière de couiir s'éloigne entièrement de nos habitudes moder-
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nés; elle ne semble toutefois pas impossible au point de vue physiologique. Le sujet mérite d'être étudié ».
Les pédestrians anglais prétendent que Foscillation latérale des bras favorise le mouvement de progression; et les Arabes, paralt-il, n'habituent leurs chevaux à Tallure de lamble que pour arriver à faire, sans fatigue pour leurs montures, les plus longues étapes.
L'amble, je le dis dans Téquitation, est une allure mixte, bâtarde pour ainsi dire, intermédiaire entre le pas et le trot. Le cheval appuie tantôt sur le bipède latéral droit, tantôt sur le gauche. Cette allure, je m'empresse de l'ajouter, est proscrite parles véritables écuyers.
La longueur du pas varie selon plusieurs conditions. Elle est fixée à 75 centimètres dans Tarmée française. Sa cadence est de 1 10 à 115 à la minute (Arnould). De quoi résulte la longueur d'un pas? Elle ne provient pas seulementde Técartementdes deux membres inférieurs, car ceux-ci ne peuvent pas être comparés simplement à un compas, ainsi que le fait remarquer le professeur Marey; il faut aussi mettre en ligne de compte la longueur du pied, qui doit, dans le mouvement de locomotion, se dérouler complètement sur le sol. C est pour ce motif que les sujets qui ont un petit pied ont généralement le pas plus court que ceux qui ont un grand pied. Les talons élevés, en diminuant le contact avec le sol, rétrécissent aussi le pas. Chacun connaît la démarche particulière qu'ont, dans nos grandes villes, les femmes à qui la mode impose les chaussures dont le talon est démesurément élevé. Elles penchent le corps en avant et trottinent sur place.
« Les frères Weber avaient admis que la longueur » du pas augmentait avec sa fréquence, le pas lent pro- » cessionnel étant plus court que le pas à cadence
» rapide. Cette observation est vraie, jusqu'à uq ecr- » tain point; c'est-à-dire que, suivant la remarque des » frères Weber, la longueur des pas augmente avec » laccélération de la cadence, de 40 à 75 pas à la » minute ; mais, pour des cadences plus rapides, la » longueur du pas décroit et enfin la vitesse elle-même » diminue à partir de 85 pas à la minute » (Mare y).
Si bien marcher est utile à tout le monde, cela est vrai surtout pour les soldats, qui souvent décident de la vicloire par la rapidité de leurs mouvements.
Aussi s est-on toujours préoccupé d'avoir dans les régiments de bons marcheurs.
Voici, pour ceux que cette question pourrait intéresser, Textrait des règlements concernant les différents pas dans les armées de terre.
« La longueur du pas accéléré est de 75 centimètres à compter d'un talon à l'autre, et sa vitesse est de 120 pas par minute. Au commandement de marche, le soldat porte le pied gauche en avant, la pointe légèrement tournée en dehors, le pose à 75 centimètres du droit, le talon droit levé, tout le poids du corps portant sur le pied qui pose à terre. Le soldat porte ensuite la jambe droite en avant, le pied passant près de terre; pose ce pied à la même distance et de la même manière qu'il vient d'être expliqué pour le pied gauche et continue de marcher ainsi sans que les jambes se croisent, sans que les épaules-tournent, en laissant aux bras un mouvement d'oscillation naturelle, la tête restant toujours dans la position directe. Au commandement de halte, le soldat pose à terre le pied qui est levé à 75 centimètres en avant et rapporte celui qui est en arrière à côté de l'autre ».
L'instruction ajoute que le corps doit bien porter sur le pied qui est en avant; que le talon de l'autre pied doit se lever à temps pour faciliter ce mouvement, et
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qu'enfin la tête restera haute, le corps ne penchant ni à droite, ni à gauche.
Le pas de route n'est pas cadencé. Sa longueur et sa vitesse sont variables. Le kilomètre peut être parcouru en 11 ou 12 minutes.
Le pas de charge, en principe, est cadencé. Il est exécuté d'après les mêmes règles que le pas accéléré, mais sa vitesse habituelle est de 140 pas par minute.
Il nous paraît maintenant intéressant de mentionnes ici les dislances parcourues chaque jour par les armées en marche. L'entraînement du soldat k la marche étant d'une utilité incontestable, nous allons, comme nous venons de le voir, donner quelques résultats que» nous trouvons consignés dans les auteurs qui ont étudié ce sujet d'une façon spéciale. (Lire l'article de M. le professeur Morachc : « Hygiène militiiirc » dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales).
<( La quantité maximum de marche que Ton doit exiger du soldat varie, dit M. le professeur Morache, singulièrement suivant la charge qu'il transporte, suivant la saison, l'heure de la journée, l'état des routes, l'alimenlation dont il fait usage. Les étapes de 20 à 25 kilomètres constituent une bonne moyenne qui peut être soutenue plusieurs jours de suite sans inconvénient. Les lacticiens regardent comme un excellent résultat d'obtenir d'un corps d'armée une marche quotidienne de 20 kilomètres. Le colonel LewaI {Conférence sur la marche d'un corps d'armée, Paris, 1870), voudrait que l'on pût arriver à 2i kilomètres; en y joignant les mouvements de bivouac au départ et à l'arrivée, les hommes n'auraient pas fait moins de 28 kilomètres. Les campagnes les plus rapides n'ont pas donné de résultats plus élevés, et, lorsqu'on parle de marches de 10 lieues et plus, ce sont des faits absolument accidentels et le plus souvent exagérés. Le relevé
DE LA MARCHK 169
de toutes les campagnes de 1796 à 1815, de la guerre d'Italie, 18»)9, de la guerre de Boliênio, 1866, ne donne pas des moyennes supérieures h 25 kilomètres, la moyenne générale est de 21 kilomètres 89. Les Romains, du reste, passés maîtres dîms Tart de mobiliser les troupes, ne parcouraient pas de plus grandes dislances; dans la première campagne des Gaules, César, pressé de s'opposer k l'irruption des Helvètes, fait des marches de 24 à 23 kilomètres; il avait avec lui cinq légions, soit environ 30.000 hommes; pendant la guerre, il ne fait plus que 20 kilomètres. Dans une autre circonstance, ce général quitte les Séquanes pour aller combattre les Belges; il se rend de Besançon à Vitry- le Français en 15 jours, soit, en tout, 230 kilomètres ou 15 par jour.
» Dans les marches forcées de 1815, Napob'on ne put jamais obtenir plus de 36 kilomètres, et encore d'une fracti<m seulement du deuxième corps; les autres corps n'en firent que 30 en moyenne. Dans la dernière campagne, il y a eu aussi des marches de 32 à 36 kilomètres, mais également par des fractions de corps qu'un pareil effort surmenait au-delà de toute expression ».
En résumé, la marche, le pas gymnasti'[ue, la course sont les moyens les meilleurs pour entretenir une respiration facile et le jeu normal de toutes les fonctions. Il faut donc apprendre à marcher et ù courir, mais non pas, je le répète, s'entraîner spécialement à la marche et à la course en négligeant les autres exercices.
J'ajouterai à cet exposé de la marche et de la course quelques mots sur l'hygiène du pied. Le pied est peutêtre, de toutes les parties de notre corps, celui qui a le plus ressenti Tinfluence, parfois désastreuse j)our nos organes, delà civilisation. Le médecin peut voir combien peu de gens soignent leurs pieds et constater combien est rare un pied correct! Le paysan lui-même n'a pas le pied parfaitement indemne de toute altération,
170 DE l'e>tbai>ement chez l*homme
car, habitué h marcher sans chaussures, il ne peut prendre dos souliers sans ([ue ceuA-ci le blessent, et produisent, soit ces productions épidermiques appelées cors, soit la synovite de Tarticulation métalarso phalan^ienne, vulgairement appelée « oignon »> (Ilallux valgus).
Chez l'homme des villes, au contraire, ce sont les orteils qui sont atrophiés. On voit les phalanges déviées monter les unes sur les autres, les 'ongles recourbés aller dans un sens qui n'est pas leur véritable direction. En somme, rien de plus défectueux et de plus disgracieux que le pied moderne. Du reste, Testhétique ne peut admettre un beau corps avec un pied difforme. C'est ce que les anciens avaient parfaitement compris et le pied antique a toujours fait Tadmiration de ceux qui ont étudié les modèles de la statuaire que nous a laissés Fart grec.
Comment donc doit être le pied pour être parfait? Le pied ne doit être ni trop grand, ni trop petit, plutôt un peu long. Un trop petit pied n'est une beauté que chez les Chinois. 11 sera fortement cambré, ce qui indi- ([uera la puissance des ligaments et des muscles. Le pied plat est une véritable infirmité. Le pied doit en outre être sec, avec saillie des tendons, 3urtout du tendon d'Achille et du muscle pédieux. Les orteils doivent être séparés, le second dépassant tous les autres. Avec un tel pied, on est sûr de courir facilement et d'être infatigable à la marche. Presque tous les hercules que j'ai rencontrés avaient le pied défectueux, aussi ne pouvaient ils faire que des poids et n'étaient-ils jamais complets.
Bien des personnes, d'apparence vigoureuse, ont souvent un pied mal conformé, ce qui les rend impropres à la marche.
Voyons maintenant, sommairement, en quoi consiste l'hygiène du pied.
1** Le pied doit ôlre lavé, savonné tous les jours, les ongles brossés. Les lotions alcooli(|ues qui suivent la douche sont très utiles aussi pour le pied, car l'alcool dissout toutes les matières grasses qui s'amassent autour des ongles.
Il est utile de s'exercer à marcher pieds nus; on peut pour cela, après les exercices gymnastiques et avant la douche, mettre le pied en liberté quelques instants.
Donc, propreté minutieuse du pied, voilà le premier point.
2° Une bonne chaussure ni trop large, ni trop étroite, à bouts carrés de préférence, h semelle assez épaisse, à talon pjeu élevé, est indispensable pour éviter les déformations du pied. Que dirai-je de cette mode ridicule qui condamne nos pieds à rester emprisonnés dans des bottines étroites, pointues du bout et aux talons élevés, comme les femmes en portaient il y a quelques années? Rien qui n'ait certainement été dit contre cet usage stupide que Thygiène ne saurait assez blâmer.
La chaussure est donc indispensable à Thon^me. On a remarqué que, chez le paysan, qui marche presque toujours sans souliers ou avec des sabots, le pied est déformé; ses courbures naturelles sont exagérées. Cette observation est facile à faire, d'abord en examinant le pied directement et mieux encore en étudiant les empreintes qu'il laisse sur le sol.
Dans un pied normal, Taxe du talon et Taxe de la plante ne doivent pas être situés sur la même ligne, mais faire un angle toujours assez grand. Eh bien! cet angle est véritablement exagéré dans le pied du paysan Il y a chez la plupart une saillie énorme de Tarliculation métatarso-phalangienne. Ceci va nous expliquer pourquoi les pieds des paysans, des hommes surtout, sont presque toujours déformés.
En effet, nos souliers sont confectionnés pour des
172 DE l'eîntraineme.nt chez l'ho^ume
pieds où Taxe du talon et Taxe de la plante sont situés presque sur une même ligne. On juge des pressions qui doivent se faire quand un campagnard met son pied dans de tels souliers. C'est pourquoi nos jeunes soldats, en arrivant au régiment, sont si souvent blessés par leurs chaussures. La femme, à la campagne, qui est plus souventchausséequcl homme, aaussi le pied plus droit.
Pour les exercices gymnastiqucs, pour les poids surtout, la meilleure chaussure est une bottine à élastique en cuir jaune, sans talon, ou avec un talon très peu élevé et très large à bout non pointu.
Pour la marche, il est nécessaire d'employer le brodequin à lacet. Le brodequin à élastique exerçant une trop grande constriction sur les veines et ne pouvant pas se desserrer, doit être rejeté. Les veines du pied sont très nombreuses, si multipliées même à sa face plantaire, que Lejars a donné à leurs nombreuses anastomoses le nom significatif de « semelle veineuse ». Le sang, en circulant dans ces vaisseaux, a à lutter contre les effets de la pesanteur; on conçoit, dès lors, que la plus petite constriction exercée sur le pied ou sur n'importe quelle partie du membre inférieur produit les effets les plus fâcheux. La semelle doit être assez épaisse pour quVm ne sente pas les aspérités du sol et ne pas trop déborder le soulier, les quartiers assez solides pour que le pied soit bien maintenu et ne se renverse pas.
Dans tout soulier bien fait, Fempeigne doit s'unir à la semelle en faisant un angle droit pour laisser de la place au gros orteil qui présente toujours une certaine épaisseur. Il faut faire apporter un grand soin dans la confection des souliers de marche; faire prendre les niesures, le pied reposant sur le sol et bien faire comprendre à l'ouvrier ce que l'on désire.
On se servira trois ou quatre fois de souliers neufs; puis, si on les juge bons et se moulant bien sur le pied,
DE Là course 173
on les laissera de côté et on ne les prendra que pour les grandes marches ou les longues courses.
3"* Les ongles du pied doivent être coupés souvent avec de « petits » ciseaux, après avoir été un peu ramollis dans de l'eau chaude pour éviter de faire des éclats. La section sera transversale, il ne faut pas trop couper dans les coins, ni trop court. Pourvu que Tonglc ne dépasse pas la chair de la phalange, cela est suffisant. Il est nécessaire, en outre, de bien enlever toutes ces petites productions épidermiques qui recouvrent longle et de bien lotionner avec Talcool les interstices des phalanges. Beaucoup de gens souffrent de leurs pieds, ne peuvent marcher facilement, parce qu'ils n observent pas ces règles pourtant si simples de l'hygiène (•).
La course est une allure que chacun peut être appelé à accomplir dans les circonstances ordinaires de la vie; c'est, à proprement parler, un exercice naturel auquel on ne saurait trop se livrer, surtout pendant la jeunesse. Il est vrai (|ue la course ne donne pas de gros muscles, mais elle élargit la cage thoracique, augmente la capacilé respiratoire et favorise la circulation. Le cœur et le poumon bénéficient, d'une façon remarquable, de ce mode du mouvement. Toutefois, pour tirer le meilleur profit de .la course, il faut, dans l'exécution de cet exercice, suivre certaines règles sans les([uelles il serait plus nuisible qu'utile. Il faut le doser, pour ainsi dire, suivant l'âge du sujet et selon leffet que l'on veut obtenir. Quel est donc le but véritable que l'on se propose d'atteindre en faisantde la course d'une façon raisonnéc
(') Tous ces détails paraîtront superflus à certaines pei*sounes, parce que je parle ici de l'iiomme; sMl s'agissait par exemple d'un clieval, ces soins minutieux sembleraient tout naturels !
174 DE l'entraînement chez l'ho¥me
et méthodique? C'est d'élargir le thorax chez l'adolescent pour que plus tard, à Taide d'exercices spéciaux, les masses musculaires de la poitrine puissent bien s'épanouir et trouver sur les os des points d'insertion solides et résistants. Les sujets qui se sont exercés au gymnase, mais qui n'ont pas couru, n'ont jamais un beau torse ; la cage thoracique, manquant d'ampleur, a l'air d'être surchargée par les muscles qui paraissent disgracieux. Aussi fort entraîné que l'on soit, on ne doit jauiais cesser de courir, pour conserver le corps léger et la respiration facile.
Examinons maintenant les règles qu'il faut suivre quand on veut courir et éviter l'essouffl ment et la fatigue qui résultent de cet exercice.
On doit, comme dans la marche, respirer par le nez; si l'on fait le contraire, la respiration devient difffcileet les forces font défaut. Pour donner un point d'appui aux muscles des membres inférieurs, il faut immobiliser le tronc dans la situation de l'effort, la glotte étant fermée. Si le coureur dérange cette disposition, les mouvements respiratoires deviennent pénibles. Une haute capacité respiratoire, permettant au poumon de renfermer une bonne provision d'air au début de la course, est donc requise pour soutenir quelque temps cet exercice. Les sujets qui ne sont pas habitués à courir, ceux dont le ventre développé, diminue d'autant l'amplitude de la poitrine et gêne le jeu du diaphragme, les cardiaques, mitraux ou aortiques, les emphysémaleux sont aussitôt essoufflés.
Quand on court, il faut porter les coudes un peu en arrière du corps; les avant-bras en pronation à peu près fléchis à angle droit sur les bras, les poings fermés. Cette attitude est destinée à favoriser la dilatation du thorax. En effet, à l'état ordinaire, les muscles auxiliaires de la respiration prennent leur insertion
mobile sur Thumérus et Tinsertion fixe sur la face externe des côtes. Dans la course, comme dans l'action de grimper, le point fixe devient mobile et vice versa. Ces considérations s'appliquent au grand et petit pectoral, au grand dorsal ot surtout au grand dentelé qui est le plus puissant des inspirateurs auxiliaires.
Certains sujets, quoiqu'imparfaitement exercés, sont susceptibles de cojirir très vite. Ils sont cependant quelquefois mauvais marcheurs et mauvais coureurs» en ce sens qu'ils ne peuvent tenir la course que quelques secondes ou la marche que quelques heures; encore sont-ils vite hors d'haleine.
Par Tentraînement bien dirigé, le coureur ou le marcheur peuvent toujours acquérir un certain degré de résistance. Quant aux sujets qui ont une bonne poitrine, comme on dit vulgairement, qui ne s'essoufflent pas, ils n'obtiennent quelquefois qu'avec peine une grande vitesse. En somme, on apprend difficilement à courir très vite; c'est une qualité naturelle. On arrive plus facilement à résister à la fatigue de la course modérée. Peu de sujets possèdent la résistance et la vitesse. Qucint à moi, quoique très résistant à la course et à la marche, j'ai élé dépassé souvent dans les courses de vitesse. iMais je crois qu'en définitive la supériorité appartient à celui qui résiste le mieux dans un long trajet et non à celui qui va le plus vite quelques kilomètres seulement.
Autrefois, la course était un des exercices les plus en honneur, et nous voyons aux jeux olympiques, l'élite de la jeunesse en venir disputer le prix, comme celui du pugilat ou de la lutte. Les anciens considéraient la course comme favorisant le mieux le développement général du corps. A Rome aussi bien qu'à Sparte on exerçait de bonne heure les adolescents à courir. On les rendait ainsi plus impétueux pour frapper ou éviter un ennemi
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dans le combat, poursuivre le fuyard dans la déroute. Bien courir était presque la qualité la plus importante du guerrier ; aussi le nom de « aux pieds légers » étaitil donné aux chefs les plus renommés.
Mais ce n'est pas seulement chez les Grecs et les Romains qu'on dressait d'abord des coureurs pour en faire plus tard des soldats invincibles. Chez tous les peuples, et à notre époque même, on considère que la plus grande qualité du soldat est de pouvoir bien marcher et bien courir. « Toute la guerre est dans les jambes »; c'est-à-dire qu'en somme, l'avantage restera toujours à l'armée qui dans un combat pourra s'emparerdes positions les plus avantageuses, ou surprendre un adversaire. Jules César n'aurait jamais conquis les Gaules si son armée n'avait pas été composée de marcheurs h toute épreuve. Napoléon n'a gagné ses plus grandes batailles que grâce à la célérité et l'endurance de ses régiments.
La course est donc comme la marche un exercice simple, naturel, propre à donner au corps la force de résistance et la légèreté, qualités éminemment transmissibles. Pour bien marcher et bien courir il faut que tous les organes fonctionnent régulièrement. C'est en effet dans la course que l'homme met en œuvre, le plus complètement, l'appareil musculaire, et surtout les appareils respiratoires et circulatoires.
Ce qui difl'érencie la course de la marche, c'est que dans la première il n'y a plus de double appui. Il y a même un moment où le corps ne touche plus le sol; c'est le temps de suspension. Plus la course est rapide, plus cette période de suspension est longue, c'est ce qui résulte des expériences de Marey. 11 faut remarquer aussi que le mouvement de suspension correspond au moment où le corps est à son minimum d'élévation au-dessus du sol, ce qui prouve qu'il n'est pas projeté en haut comme dans le saut, mais que les jambes, en se fléchissant,
se sont retirées du sol et ]*ont laissé ainsi sans appui.
Au point de vue de rentratnenient, le mouvement de locomotion peut être divisé en plusieurs degrés. La marche et la course constituent les deux extrêmes et forment deux exercices dilFérents. La marche peut être vivement cadencée et de courte durée ou d une allure moyenne et longtemps soutenue pendant plusieurs jours.
La course peut être aussi très rapide ; dans ce cas, on ne peut la prolonger plus de deux ou trois minutes ; ou au contraire modérée; on peut alors la continuer pendant plusieurs kilomètres. L'échappée en grande vitesse ne doit pas se faire sur une longueur de plus de 100 mètres. Enfin il existe un moyen de locomotion, mixte pour ainsi dire, qui consiste à marcher très vite et à courir sans grande rapidité; on arrive par ce procédé k franchir une distance de 50 kilomètres par exemple, dans un temps très court, comme je Tai fait, une fois, en allant de. Paris à Ëtampcs, ainsi que pourraient le témoigner mes amis le D' Planteau et le D"" Vignes, Toculiste bien connu à Paris.
Tous ces mouvements constituent autant d'entraînements différents.. En effet tel coureur, qui produit, pendant quelques secondes, une course prodigieuse de vitesse, ne pourra résister à la fatigue de la course peu rapide mais prolongée. II n'y a pas là que des entraînements différents, il y a aussi des aptitudes particulières.
Ce qui est vrai pour Tbommc s'applique parfaitement aussi au cheval en ce qui concerne la course. Les Orientaux ne connaissent que l'épreuve de fond, elle seule donne des résultats positifs; le temps pendant lequel elle dure est fixé par le lever et le coucher du soleil. Sur nos hippodromes, au contraire, la vitesse maxima, fournie par un animal dans un état particulier d'éréthisme nerveux, pendant deux ou trois kilomètres, est le seul critérium. Qu'on apprécie.
178 DE l'entraînement chez l'homme
PAS gymnastique
Quand on veut devenir bon coureur, il faut commencer par faire du pas gymnastique sur place, pour s'habituer à respirer et pour donner de la souplesse et de la résistance aux articulations des membres inférieurs. Le pas gymnastique sur place est i)eaucoup moins pénible que la course, il trouble beaucoup moins la respiration et la circulation. D'une manière générale, il faut, dans la course, vaincre la résistance de Tair qui s'oppose à la progression, surtout lorsque celui-ci est agité. C'est pourquoi il est si pénible de marcher vite contre le vent. Il faut, d'autre part, introduire cet air, continuellement en mouvement, d'une façon régulière dans les poumons. Enfin, le plus souvent aussi, il faut courir sur un sol présentant des aspérités, et surtout des montées et des descentes, ce qui fatigue énormément (*). Dans le pas gymnastique sur place, on n'a pas à surmonter tous ces obstacles. Ce que je viens de dire n'est pas toutefois rigoureusement exact, car on peut régler la course de manière qu'elle soit plus facile, et cadencer le pas gymnastique de telle sorte qu'il mette vite hors d'haleine, en exagérant le mouvement de flexion de la cuisse sur le bassin. Dans tous les cas, voici les règles à suivre dans l'exécution du pas gymnastique sur place. Il est préférable de le faire le soir, vers 4 ou 5 heures, plutôt en plein air que dans une salle. Si c'est un endroit fermé, celui-ci doit être voisin de la douche ou de la piscine. La poitrine sera nue ou recouverte d'un
(*) Je renvoie ceux qui veulent se rendre un compte exact des modifications circulatoires et respiratoires produites par le pas gymnastique et la course à ma thèse de doctorat (Recherches physiologiques sur VenlraUiemenl, Paris, 1881). On pourra y voir des tracés pris par M. le D"* François Frank sur moi-môme et sur des sujets non entraînés.