‹ De l'entraînement complet et expérimental de l'hommeChapitre 24 sur 53 · DU PAS GYMNASTIQUE · texte numérisé non relu

DU PAS GYMNASTIQUE

maillot, si Ton veut obtenir une sudation abondante pour diminuer la graisse. On aura un pantalon souple et léger. Les pieds seront libres, sans chaussures ni bas. Un tapis ou un drap plié en plusieurs doubles sera placé sous eux; il faut éviter qu'ils fassent des plis, ce qui occasionnerait des rougeurs ou des ampoules. Le corps doit être bien droit

II faut porter les épaules en arrière, rapprocher les coiudes du corps, les avant-bras fléchis sur les bra3. Les genoux doivent se rapprocher le plus possible de TborizoQtfiile, ce qui revient à dire que les pieds doiyept s'élever au-dessus du sol d'une cerfa^ine hauteur. Toutes les articulations du membre inférieur seront ipises en mouvement. Jamais le talon ne doit appuyer à terre. Ofx fera la respiration par le nez; de temp^ à autre, on comptera h haute voix en faisant le pas gymnastique* On pourra encore exécuter une sorte de massage sur la poitrine en frappant soi-même avec le poing fermé, tantôt un pectoral, tantôt Tautre. La durée de lexercice sera de 5 minutes au début ; on Taugmentera chaque jour un peu ; on reconnaîtra qu'on est parfaitement entraîné, lorsqu'on pourra ainsi sauter sur place, pendant 2 heures, sans être fatigué (*). La dose moyenne doit être cependant de 25 minutes. Cet exercice est fatigant; aussi la chaleur arrive vite )iau bout de 7 ou 8 minutes, tout le corps est inondé de sueur, c'est le moment le plus convenable de se porter sous la douche ou de pratiquer l'immersion.

Quant au pas gymnastique usité dans Tarmée, ^a longueur est de 0,08 cent, et sa vitesse habituelle de 170

(*) Mon excellent ami, le D' Martinet, qui m*a un des premiers donné le goût de Tenlraînement, se rappelle avec quelle conviction, alors qu'il était interne à la Pitié, nous faisions pendant des heures, du pas gymnastique sur place, dans la salle de douches de cet hôpital et m'enseignait, «près, à jne mettre tout suant dans Teau froide.

180 DE l'entraînement chez l homme

pas par minute. Au commandement de : Pas gymnastique! le soldat place les mains à hauteur des hanches, les doigts fermés, les ongles en dedans, les coudes en arrière, et porte le poids du corps en avant et sur la jambe droite. Au commandement de : Marche! le soldat porte le pied gauche en avant, la jambe légèrement ployée, le genou peu élevé; il pose le pied, la pointe la première, à 0,08 cent, du droit et exécute avec le pied droit ce qui vient d'être prescrit pour le pied gauche. Il continue ainsi en portant le poids du corps sur la jambe qui pose à terre, et en laissant aux bras un mouvement d'oscillation naturelle.

Le pas gymnastique peut être exécuté à différents degrés de vitesse; dans les circonstances pressantes, la cadence de ce pas peut être portée à 220 pas par minute.

La course en vitesse diffère notablement du pas gymnastique sur place. C'est de tous les exercices physiques le plus pénible. C'est celui qui trouble le plus la respiration et la circulation, et donne le mieux la mesure de la puissance du cœur et du poumon.

Celui qui veut s'entraîner à courir vite doit suivre à peu près les mêmes règlei^ que celles que nous avons indiquées pour le pas gymnastique. Du reste, ce dernier est en réalité un exercice préparatoire pour la course en vitesse. Au début, on ne fera durer la course que deux ou trois minutes, puis on augmentera tous les jours un peu, jusqu'à dix minutes, qui est la dose normale pour ainsi dire ; si on la dépasse, on se fatigue inutilement et on perd sa vigueur pour les autres exercices gymiiastiques, qui demandent beaucoup de force, comme les poids. Du reste, en s'exerçant ainsi, tous les jours, pendant dix minutes, on peut, lorsqu'on le veut,

fournir facilement une course d'une heure sans être essoufflé. Il m'est arrivé plusieurs fois de faire d'assez longs trajets, entraîné seulement de la manière que j'indique ici. J'ai fait un jour le parcours de 7 kilomètres en vingt-trois minutes (distance qui sépare Bayonne de Biarritz. Je courais devant une voiture à deux chevaux qui portait les témoins de cet exploit, parmi lesquels se trouvait le D*" Lalanne, de la Teste. Une autre fois, j'ai fait 12 kilomètres en trente-cinq minutes. On a constaté qu'au bout de la course, je n'étais pas plus essoufflé qu'au départ et que par conséquent j'étais capable de faire un eifort bien plus considérable.

La durée de la course, ai-je dit tout k l'heure, doit être de dix minutes; mais il ne faut pas aller d'un train uniforme pendant tout ce temps. Voici, au contraire, comment il faut procéder. Aller d'abord au pas gymnastique, pendant quelques minutes, pour se mettre en haleine; puis faire de temps en temps de petites échappées de course en vitesse pendant cent mètres ; reprendre alors le pas gymnastique ou même s'arrêter et compter vingt et trente respirations. En faisant réchappée de course en vitesse, on donnera tout ce qu'on peut donner pour que l'effort soit violent, mais non pas trop prolongé.

La course trouble évidemment trop la respiration et la circulation, pour qu'on puisse, sans inconvénient, la faire durer longtemps. D'un autre côté, aller toujours à une allure égale et modérée est une mauvaise méthode. Il arrive, pour la course, ce qui se produit à la suite des autres exercices gymnastiques. Arriverait-on jamais à bien développer les muscles du bras et de l'épaule, si on ne se servait que d'haltères ou de massues du poids de 10 livres par exemple? Certainement non. Pour que le muscle gagne en volume et en force, il faut qu'à chaque mouvement, il y ait un certain effort ; effort que l'on

182 DE l'entraînement chez l'homme

n*e&t pas obligé de faire quand on s'exerce avec des poids trop légers.

Il faut courir sur un sol dur, car il est difficile d'aller vite dans un endroit sablonneux. Le terrain doit être bien uni, sans côte ni descente. Les pieds doivent être munis de bonnes chaussures. Je me sers habituellement de bottines à « élastique », à semelles très minces, à talons peu élevés. On doit toujours courir sur la pointe du pied; mais seulement pour les échappées en vitesse de 100 mètres ou un peu plus, pour les longues distances, il faut courir à plat, sauf pour l'efiFort final on, s'il est nécessaire de distancer un concurrent, on doit courir sur la pointe du pied.

Le corps étant penché en avant, il faut que chaque pas soit très petit, et que le mouvement d'extension du membre inférieur soit brusque et vigoureux. Enfin, et ceci est d'une grande importance, que le pied s'élève le moins possible au-dessus du sol, il doit sembler raser la terre, ce qui donne beaucoup de grâce au coureur. C'est toujours par le nez qu'il faut respirer. Je ferai à ce sujet une observation. J'ai remarqué que les individus qui ont les orifices inférieurs des narines très grands et les ailes du nez parfaitement mobiles, devenaient, par l'entraînement, de bien meilleurs coureurs que ceux dont les orifices des narines n'étaient pas larges et les ailes du nez peu séparées de la cloison.

Il est indispensable d'avoir peu mnngé lorsqu'on veut faire de la course rapide. Si l'estomac est distendu par des aliments, le jeu du diaphragme se fait mal, l'essoufflement arrive vite, il se produit chez certains sujets des nausées et même des vomissements. Donc éviter de faire de la course après un repas copieux.

Le tneilleur moment pour se livrer à la course, c'est le matin, une heure après le lever et après le déjeuner léger qu'on fait à cette heure de la journée.

Toutes les fois qu'un sujet non exercé se met à courir, il ne tarde pas à éprouver au l)out d'un certain temps, variable selon les individus, une sensation d oppression qui le force h ralentir sa course ou même à la suspendre complètement.

Cette sensation d'essoufflement se fait, du reste, toujours sentir, à quelque faible degré que ce soit, môme chez rindividu le plus entraîné à la course; seulement chez ce dernier le sentiment d'oppression n'est que passager; après qu'il a cessé, le sujet peut continuer à aller indéfininiment sans que de pareilles douleurs se reproduisent.

Voici, du reste, les sensations éprouvées pendant la course par un sujet entraîné allant d'un train assez rapide, qui tient le milieu entre le pas gymnastique ordinaire et la course en vitesse.

Au bout de 5 ou 600 mètres, angoisse respiratoire quelquefois assez pénible; c'est h ce moment que l'individu non entraîné est obligé de s'arrêter, car il éprouve une véritable suffocation. Le visage est pâle ou congestionné, les artères temporales battent énergiquement, la bouche est entr'ouverte; les orifices des fosses nasales, quoique énormément dilatés, ne suffisent plus à faire passer dans la poitrine la quantité d'air néces* saire h Thématose, le pouls est rapide, les battements du cœur tumultueux. •

En un mot, il y a là des phénomènes à peu près semblables à ceux que Ton remarque chez les sujets atteints d'une lésion du cœur, après qu'ils ont fait un effort violent, monté un escalier, par exemple.

Chez rindividu entraîné, il y a bien un peu, comme je l'ai dit, d'angoisse respiratoire au début de la course. Mais, si le cœur bat avec une grande impétuosité, le sujet en souflre h peine, de telle sorte qu'il peut facilement continuer sa course sans s'arrêter.

184 DE l'entra LNEMENT CHEZ l'hOMME

Ce n'est donc qu un trouble passager, qu'un orage qui se dissipe bien vite. Si en effet, à cette première période de la course, il peut y avoir chez Tindividu entraîné un peu d'oppression, celle ci disparaît bientôt pour ne plus revenir. Le sujet tomberait, si la course durait trop longtemps, mais ne se verrait pas forcé de s'arrêter par gêne respiratoire. Tout le monde connaît rbistoire du soldat de Marathon; on pourrait en rapporter bien d'autres semblables. Dans une course que j'ai faite, j'ai été jusqu'à ce degré, et si j'avais eu trois ou quatre kilomètres de plus à parcourir, certainement je serais tombé, sans éprouver la moindre douleur. On reconnaît qu'il est temps de s'arrêter lorsque le pouls commence à faiblir. .

Donc lorsque la mort arrive par suite d'une fatigue extrême, après une course trop longtemps prolongée, rien n'en avertit le coureur; il tombe brusquement comme foudroyé. Il succombe comme l'animal forcé à la course, qui va indéfiniment jusqu'à épuisement complet.

Vers le troisième ou le quatrième kilomètre, le coureur entraîné éprouve une sensation assez désagréable dans les muscles des membres inférieurs. Cette sorte de courbature, qui gêne quelquefois beaucoup la progression, est passagère. Une fois qu'elle a disparu, le coureur rentre en possession de tous ses moyens sans que rien désormais puisse le gêner. Dans une longue course, cène sont jamais les jambes qui faiblissent; ce sont les poumons et le cœur qui se fatiguent ; ce sont donc eux qui demandent surtout à être entraînés.

Il est un autre phénomène qui s'observe fréquemment pendant la course, chez l'individu non entraîné, rarement chez l'individu entraîné : je veux parler de la douleur que l'on éprouve dans l'hypocondre gauche, et qui est due probablement au gonflement de la rate. Il est certain que la rate se gonfle chez l'homme et chez

les animaux pendant la course et pendant tous les efforts d'assez longue durée, pour empêcher Tafflux du sang dans le cœur droit en quantité aussi grande qu'à Tordinaire.

La course rapide peut être envisagée sous plusieurs points dé vue. Nous Ta vous étudiée jusqu'ici d'une façon spéciale, essayant de montrer comment il faut s'en servir dans l'éducation physique. Dans notre entraînement, elle n'est pourtant qu'accessoire, on pourrait mieux dire préparatoire à d'autres exercices, destinés à donner de gros muscles et une grande force physique. Dans certaines contrées dont la civilisation est primitive, où les voies de transport font défaut, il existe toute une catégorie d'individus qui font la profession de coureurs. Les uns sont destinés à porter des nouvelles ou des dépêches, d'autres précèdent à la course les chevaux ou les chars de leurs maîtres. Enfin il existe une autre classe de coureurs qui subissent une véritable éducation gymnastique, et s'entraînent à ce genre d'exercice pour disputer des prix qui se donnent dans certains pays, en Angleterre par exemple, à ceux qui sortent vainqueurs dans une course de vitesse ou de résistance.

Les coureurs de profession et les coureurs gymnastes ont franchi parfois des distances prodigieuses en un temps très court. 11 nous a semblé intéressant de mettre sous les yeux du lecteur les résultats remarquables auxquels ils arrivent, pour montrer à quel degré de puissance locomotrice on peut parvenir en s'entralnant d'une façon régulière. Tous ces détails ont été pris dans le Dictionnaire encyclopédique, à l'article Coureur, écrit par M. Layet. Voici d'abord les coureurs arabes. « Dans » les tribus nomades qui vivent au sein de l'Algérie, il w existe des individus qui font le métier de coureur, et » qui, moyennant salaire, se chargent des dépêches » verbales ou écrites; ce sont les rekas. Le rekas, lors-

186 DE LOTRAKNEMEM CHEZ l'hOMME

M qu'il est en mission, va toujours au pas gymnastique, » et, pour avoir la poitrine bien développée, il se tient » les mains accrochées aux extrémités d'un bâton hori- » zontalement passé derrière son cou; il n'a d'autres » provisions que quelques poignées de dattes fourrées » dans sa besace, ni d'autres vêtements qu'un léger » caleçon en cotonnade. Il a bien aussi une paire de » brodequins, mais il ne les chausse qu'aux heures où » le sable, chauffé par le soleil, endolorit même les )) pieds des chevaux.

» L'Arabe coureur perd en route le moins de temps » possible. Quand il a besoin de reprendre baleine, il » s'arrête, compte 60 aspirations et repart; il ne dort » guère que deux ou frois heures en vingt-quatre heures. » Pour ne pas céder trop longtemps au sommeil, le » rekas, lorsqu'il se couche, s'attache aux pieds un » morceau de corde, d'une certaine longueur, auquel il » met le feu ; ledit bout de corde brûle lentement, et, » lorsqu'il est sur le point d'être consumé, le feu avertit M le dormeur qu'il faut repartir ».

Dans l'Inde, le coureur de poste s'appelle tapai; il porte sur sa tête le paquet (banghi) contenant les lettres et les objets qu'on lui a confiés et dont le poids dépasse souvent 30 livres. Son allure est le pas gymnastique, il fait 16 kilomètres sans s'arrêter, puis se repose une demi-heure, trois quarts d'heure, et reprend ensuite sa course. Son vêtement consiste en une pièce de toile pliée autour des reins et son turban, à moitié déroulé, tombe sur les épaules pour le garantir du soleil. Les tapais courent armés d'un bâton garni d'anneaux métalliques qu'ils agitent sans cesse, afin d'écarter les serpents de leur passage. Leurs habitudes sont très frugales; le riz au kari est leur principale nourriture. Ils sont ordinairement maigres et efflanqués, mais leur poitrine est généralement très développée.

Il existe une autre catégorie de coureurs qui suivent les chevaux ou les ch^rs de leurs maîtres. Ceux-ci nous représentent ces esclaves qui accompagnaient autrefois les empereurs romains et qu'on appelait : pueros a pedibus.

Cet usage n'existe plus en Europe, mais brille encore de tout son éclat dans certaines contrées de l'Orient.

En Egypte, le saïs, presque toujours de race, nubienne, court devant la voiture, en tenant à la main un long bâton et, par ses cris incessants, prévient les passants qu'ils aient à prendre garde.

Il est en général de haute taille; il a la poitrine largement développée, mais les membres inférieurs sont grêles et longs. Il fournit de très longues courses, mais cependant, une fois hors de l'enceinte des villes, il monte souvent sur le siège à côté du cocher.

Dans rinde, le coudré-kara (homme de cheval) trotte en tête des chevaux attelés; il tient à la main une queue de cheval montée sur un manche, de laquelle il se sert pour chasser les mouches. De temps en temps, il saisit, afin de s'aider dans sa course, une petite poignée adaptée au harnais. Il suit ainsi, sans trop de difficulté, le trot du cheval ; mais, si la course devient plus rapide, alors il saute sur le marche-pied et ne reprend sa place en tête ou à côté de l'animal que lorsque l'allure de ce dernier se modère. Quand son maître monte à cheval, le coudré-kara le suit à la course, et si l'allure devient trop rapide, il n'hésite pas à se suspendre à la queue de l'animal. Ces coureurs indiens sont en général petits et grêles ; ils appartiennent à la caste des parias.

D'autres coureurs sont les porteurs de palanquins ou boues; ce qu'il faut remarquer, c'est le poids considérable qu'ils supportent. Leur course est toujours rapide et, en voyage, ils font généralement 48 kilomètres en douze heures pendant lesquelles ils se reposent à quatre

188 DE l'kntrainement chez l'homme

ou cinq reprises différentes, nn quart d'heure chaque fois. Le boue appartient à une race particulière, il est extrêmement robuste des bras, des épaules et du torse, mais la jambe est très maigre et effilée. Sa nourriture est plus substantielle que celle des autres coureurs indiens.

C est au Japon que la profession de coureur a pris le plus grand développement. Le l)etlo ou valet de cheval suit ce dernier dans toutes ses allures; il a les membres grêles, mais nerveux et élégants. Dans la course, les mouvements du betto sont gracieux et dégagés ; ses bras fléchis restent appuyés contre la poitrine, le haut du corps est tenu droit, la tête fléchie en arrière, la bouche fermée: les membres inférieurs se détachent du sol avec une grande souplesse II se distingue par une petitesse et une délicatesse remarquables des mains et des pieds.

Examinons maintenant les résultats auxquels sont arrivés toute une classe de gymnastes, qui, s'entraînant méthodiquement à la course, ont pu parcourir des distances considérables, en un temps relativement très court. L'antiquité, à ce point de vue, est remplie de faits intéressants qui montrent d'une façon péremptoire, qu'entre tous les animaux, Thomme est peut-être le plus apte à supporter de longues marches ou des courses rapides. Pline rapporte qu un coureur du nom de Philippide fit en deux jours 21 1 kilomètres; un autre, Anystis, coureur lacédémonien, fit en un jour 222 kilomètres. Un homme non exercé peut faire à peine 30 à 40 kilomètres sans être brisé et hors d'haleine, et ces coureurs entraînés ont parcouru 222 kilomètres en vingt-quatre heures ! résultat merveilleux qui doit exciter au plus haut point notre admiration, car il nous montre avec quelle perfection nos organes de locomotion sont construits au double point de vue de la disposition des parties et de leur solidité.

Ces courses fameuses de lantiquité ont été sinon dépassées, du moins égalées de nos jours, par des coureurs anglais et américains qui s'étant entraînés méthodiquement ont parcouru en peu de temps des distances considérables. Ainsi, le 13 juillet 1813, un nommé Aiken parcourut 173 kilomètres en vingt-quatre heures. Le pédestrian américain Weston a fait en Angleterre 185 kilomètres, également en vingt-quatre heures, bien que la marche ait été continuée pendant plusieurs jours consécutifs.

Un Anglais nommé Powel fit le voyage de Londres à York, 646 kilomètres, en six jours. Une autre fois, Weston entreprit de faire 500 milles en six jours (le mille anglais vaut 1.609 mètres), mais il ne put faire le nombre de kilomètres qu'il espérait parcourir.

« Quoique en apparence bien portant, dit M. Pavy, cependant il avait eu la fièvre pendant la semaine précédente, et il avait éprouvé de la faiblesse, à cause du froid qu'il avait subi pendant ses deux premières courses. Cela sans doute contribua à le faire faillir dans sa tâche, en ne lui permettant d'accomplir que 450 milles. Chaque jour, en vérité, la distance effectuée restait audessous de ses prévisions de la veille. Il n'avait point les jambes fatiguées, ni les pieds endoloris, mais on voyait bien qu'il manquait de la puissance nécessaire pour accomplir la tâche projetée avec le degré de vitesse voulue. Il était évident que c'était, chez lui, un épuisement nerveux plutôt que musculaire. En l'absence de toute excitation, il avait de la tendance à s'assoupir; et quelquefois il éprouvait une grande difficulté à se maintenir éveillé sur la route. Une fois sa tâche accomplie, après avoir dormi le reste de la nuit du samedi au dimanche, il se leva et se promena comme s'il n'avait rien entrepris d'inusité ».

Une autre course encore plus remarquable est celle

190 DE l'kntrainement chez l'homme

de Toroured, cité par Royer-CoUard, qui fit 161 kilomètres en 12 heures.

D'autres fois le principal objectif de la course est la vitesse. Mais alors la course ne peut être soutenue longtemps. On peut arriver à faire 5 ou 6 mètres par seconde et même plus, comme un coureur nommé Warthing qui parcourut près de 100 mètres en 9 secondes (*) et un autre 182 mètres en 19 secondes et demie. Aujourd'hui, on voit faire souvent les 100 mètres en 11 secondes et même, au dernier championnat du monde, les 170 mètres ont été parcourus en 15* 2/5.

Dans d'antres circonstances, l'intérêt s'attache non plus au degré d'élévation de la vitesse de la course, mais au temps plus ou moins long que cette dernière peut se soutenir à un degré relativement élevé. Exemple : un Anglais accomplit une course de 12 kilomètres 872 mètres en une heure. Les coureurs Levret et Prost firent 16 kilomètres en 52 minutes 53 secondes.

Dans ces dernières années, un de nos meilleurs coureurs français a couvert 1500 mètres en 4' 13" et 17 kilomètres 468 mètres en une heure.

Le record de l'heure est aujourd'hui de 17 ou 18 kilomètres au moins. La dernière course de Marathon, 40 kilomètres, Paris-Confians et retour, dans les plus chaudes journées de juillet, a été gagnée par Hurst, dans le temps incroyable de 2 heures 26 minutes.

Enfin, à l'exposition de 1900, dans la course pédestre organisée pour le titre de champion du monde, Bagré a couvert en 6 heures 72 kilomètres 545 mètres, battant Len-Hurst et tous les autres concurrents.

Ces coureurs, dont nous venons de raconter les exploits, n'ont atteint que peu à peu ce degré de puissance locomotrice. Pour obtenir de pareils résultats, ils ont été obligés de suivre un entraînement; ils se sont

(') Le record de 100 mèlres en 9 secondes n'a pas été, je crois, dépassé.

exercés exclusivement à la marche ou à la course, comme nous, nous sommes entraîné aux exercices gymnastiques, aux poids, par exemple. Le régime auquel se soumettent les coureurs, analogue, en grande partie, à celui des jockeys, est, à mon avis, essentiellement mauvais. En efifet, on cherche, par tous les moyens, à diminuer le poids de Tindividu soumis à Tentraînement de la course ; on lui enlève ses muscles. Un homme qui pesait 120 livres se trouve ordinairement réduit en quinze jours, et quelquefois moins, à 100 livres. Le beau spectacle vraiment que de voir ce squelette courir ainsi sans s'essouffler ! Je m'élève contre Tentrainement des coureurs, comme je m'élève contre celui des jockeys, car ces deux entraînements ne visent pas un but élevé et régénérateur. Pour moi, je conseille de ne prendre dans la marche ou la course que ce qui est utile pour agrandir le thorax, augmenter par conséquent la capacité respiratoire, donner de la souplesse aux articulations du membre inférieur et rendre saillants et forts les muscles de la jambe. Je dis saillants et non gros, car tous les coureurs ont la jambe plutôt grêle. Du reste, sans être très exercé & la marche, un sujet qui a Thabitude de courir un peu après les exercices gymnastiques peut facilement, lorsqu'il le veut, ou qull en a besoin, fournir une marche assez longue soit par exemple 100 kilomètres en 24 heures. J'ai fait 80 kiiomètres en 12 heures en parcourant la distance qui sépare Monségur de Bordeaux. Le trajet a été effectué sans courir ; en arrivant je ne sentais pas plus de fatigue qu'au départ. Si je donne ces résultats, c'est pour bien montrer la dilTérence qui existe entre le gymnaste entraîné selon ma méthode et le pédestrian entraîné seulement à la marche ou à la course. En vérité, quand un homme fait 100 kilomètres en 24 heures, qu'il peut parcourir rapidement une étape de 25 à 50 kilomètres en 2 heures

OU 4 heures, qu'il peut faire une échappée en vitesse de 100 mètres en 13 secondes, je dis que cet homme marche bien et est suffisamment entraîné et je ne vois pas Inutilité d'obtenirde meilleurs résultatsen employant des moyens nuisibles à la santé et au développement général du corps.

Néanmoins voici quelques détails sur la manière dont s'entraînent les coureurs en Angleterre : « Une petite course avant déjeuner pendant une demi-heure suffira pour préparer lestomac au déjeuner. Il serait fâcheux de différer ce repas, surtout si, comme cela doit être, Ton n'a guère soupe que de nom. Pendant une heure après déjeuner, c'est-à-dire jusqu'à près de onze heures, le pédestrian devra s'amuser suivant ses goûts, soit au billard, soit à tout autre jeu; mais à onze heures, il doit être revêtu de son costume de marche, eu flanelle, de la tête aux pieds. Pour souliers, il n'y a rien de tel que les empeignes en peau de chien, avec une semelle passablement épaisse pour marcher et beaucoup plus mince pour courir. De onze heures à deux heures et demie, la première marche doit se soutenir sans s'arrêter un moment ou du moins cela s'observera après la première semaine, qui sera consacrée à augmenter graduellement les heures d'exercice de une heure et demie à trois heures et demie de marche. Dans tous les cas, le pédestrian doit être accompagné par son entraîneur, qui doit l'amuser autant que possible par ses anecdotes et sa conversation. Après dîner, il faut donner une heure ou deux au repos, dans la position horizontale, sur un matelas dur ou un canapé en crin ; après quoi, il faut parcourir la même distance ou à peu près ».

Page 1