‹ De l'entraînement complet et expérimental de l'hommeChapitre 27 sur 53 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Son ulilité pratique. — Difficulté de nager quand on est tout babillé. — Action des muscles dans la natation. — De la planche. — De la brasse. — De la coupe. — Du plonger.

La natation est un des exercices physiques les plus recommandables. Les anciens la prisaient beaucoup et ils apprenaient à nager comme on apprend h lire. C'était une véritable honte autrefois, pour un homme, de ne pas être initié à Part de se mouvoir dans l'eau (*). C'est qu'en effet la natation est un de ces exercices qui offrent plusieurs avantages. D'abord il favorise le développement de tout l'appareil musculaire. En second lieu, les muscles iV)nctionnent dans un milieu spécial, Teau, qui y ajoute son action salutaire. En outre, comme c'est presque toujours dans une rivière ou dans la mer qu'on s ébat, les effets bienfaisants de Texercice en plein air viennent s'y joindre.

La natation n'est donc pas un de ces exercices de luxe dont on peut se passer. Elle a au coniraire une réelle utilité aussi bien pour l'homme que pour la femme, car elle permet de se tirer soi-même de l'eau quand on y tombe accidentellement ou de porter secours à quelqu'un en danger de se noyer.

La natation est un exercice qu'on doit apprendre dès

(*) Sec litteras nec nalare didicit.

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le plus jeune Age, imitant encnre sur ce [loiiit la pratique des Grecs et des Romains.

L'homme en effet ne nage pas naturellement. Cela tient à ce que, chez lui, la tète est très lourde, à cause du volume du cerveau et de la massivité des os qui composent la boite crAnicnne ; il en résulte que te corps plongé dauEJ l'eau, c'est l'extrémité céplialiquc qui va tout de suite au fond. Chez les animaux, il eu est tout autrement; la 4 petitesse de l'encéphale, la capacité considérable des sinus de la face, viennent alléger d'autant le poids de la tète; aussi dans l'eau, c'est l'arrière -train qui s'enfonce d'abord. Cependant, malgré cette disposition avantageuse, tous les quadrupèdes quoique nageant t peu près de la même manière, ne le

L'ëlaloti Malo el aoii cavalier traversant u

font pas avec la même aisance. Les ruminants se maintiennent À la surface de l'eau avec une facilite extraordinaire et nagent tous avec facilité. Habitant sur les bords d'une rivière, j'ai eu l'occasion souvent d'aider

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au sauvetage d'un certain nombre de ces animaux tombés accidentellement dans Teau, et j'ai pu constater qu'ils pouvaient nager fort longtemps sans fatigue.

Le cheval nage assez péniblement, du moins en général ; il va sans dire qu'avec un cavalier sur le dos, la difficulté augmente. Cependant des expériences ont été tentées dans la cavalerie et des régiments sont arrivés à traverser, à la nage, sur leurs chevaux, des cours d'eau profonds et rapides, après «s'être entraînés pendant un certain temps.

Quant au chien, il lui faut aussi une véritable éducation pour se maintenir avec facilité sur l'eau et pour arriver à y progresser.

Chez rhomme, dans l'action de nager, presque tous les muscles de l'organisme entrent en jeu; aussi bien les muscles du thorax que ceux du membre iuférieur et du membre supérieur. C'est donc un exercice complet. On nage de trois manières diflfcrcntes : en faisant la planche, la brasse ou la coupe. Dans la planche, on ne fait presque aucun effort pour se tenir sur l'eau. Il suffit de roidir le corps et de le cambrer fortement. C'est par un mouvement énergique des membres inférieurs que se fait la progression. Quelques individus peuvent se tenir ainsi dans la position de la planche, les deux mains croisées sous le cou, un temps relativement considérable, sans faire le moindre mouvement. La planche sert à reposer le nageur lorsqu'il est fatigué. Le mode de natation le plus ordinaire, le plus hygiénique, est celui qui est dit en brasse. C'est la position habituelle du nageur. La progression se fait sur le ventre. Les mouvements des bras et des jambes doivent avoir lieu avec souplesse et vigueur en même temps. Pour être gracieux en nageant, il faut qu'une partie des épaules émerge de l'eau; tous ceux qui n'ont que la tête hors du liquide peuvent nager parfaitement

sans aucun doute, mais sont moins corrects que les autres.

Du reste, il en est de la natation comme de tous les autres arts, on nait avec des dispositions plus ou moins grandes pour cet exercice; par Tentralnement, on apprend à nager; il est difficile d'enseigner à évoluer dans Teau avec élégance et souplesse.

Le procédé de la coupe consiste à fendre Teau en projetant alternativement en avant et en arrière les deux membres supérieurs.

La natation est plus ou moins difficile selon dilférentes conditions. Ainsi on nage malaisément dans une eau peu profonde.

Lorsque Teau est stagnante, la natation est moins agréable. La rivière dans laquelle je me baigne tous les jours n'a presque pas de courant, surtout en été. Aussi, dans cette saison, les couches superficielles n'ont pas le môme degré de chaleur que les couches profondes. On trouve constamment de petites zones de température très différente, ce qui est tout à fait désagréable pour le baigneur. De même, l'été, on ne peut nager avec plaisir dans ce cours d'eau que lorsque sa surface est agitée par le vent.

Les rivières, comme le Rhône, qui ont un cours impétueux, refroidissent vite la surface du corps.

La natation devient aussi plus ou moins pénible selon que l'on veut lutter contre le courant, ou se laisser aller à la dérive. 11 est très facile de nager dans la mer, à condition toutefois que les vagues ne soient pas trop fortes.

Par l'entraînement, on arrive, dans la natation, à des résultats magnifiques. Certains individus ont pu nager pendant plusieurs heures consécutives et parcourir de très grandes distances, progressant dans ce milieu liquide presque avec la même facilité qu'ils l'auraient

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fait sur terre. Ainsi, par exemple, Webh traversa la Manche, soit 34 kilomètres, en 21 b. 44; Davis Dalton fit aussi le même tour de force. Dans ces dernières années, on a organisé des concours de natation et des nageurs de premier ordre se sont révélés, tels que Greasley Standing et Jarvis.

A la dernière exposition, on a pu voir, dans les ditférentes épreuves imposées aux concurrents pour le championnat du monde, des nageurs très habiles et très rapides. Jarvis a parcouru 1.000 mètres en 13 m. 40 s. Le même a couvert 4.000 mètres en 58 m. 23 s. Les nageurs suédois ont dans ces différentes exhibitions beaucoup excité la curiosité, par la désinvolture avec laquelle ils se meuvent dans Teau et les plongeons fantastiques qu'on les a vus exécuter.

Il n'est pas de nageur qui n'ait essayé, qui n'aime à plonger. On ne sait du reste bien nager que lorsqu'on peut rester un certain temps sous l'eau. Mon père, qui fut mon professeur, excellent nageur et plongeur accompli, puisqu'au mois de décembre 1849, une nuit de Noël très obscure, il plongea à plusieurs reprises et retira une femme asphyxiée du fond de l'eau, acte de courage pour lequel il reçut la médaille de sauvetage, m'a toujours habitué à ne pas craindre la submersion. Avant de plonger, on doit faire de longues inspirations pour remplir d'air les vésicules pulmonaires. On doit conserver, sous l'eau, les yeux ouverts. Lorsqu'on plonge la tête la première, d'un point élevé, 5 ou 6 mètres ou même 10 mètres comme les Suédois, il est nécessaire que les bras soient étendus en avant, les mains se touchant par leur face palmaire; on gagne le fond en nageant. Si on plonge au contraire d'une certaine hauteur, les pieds en avant, il est prudent de garantir les parties génitales avec les mains pour éviter un choc dangereux. Quant au temps pendant lequel on

peut demeurer sous Teau, je crois qu'il n'est pas prudent de dépasser la minute ; le terme moyen est de 30 ou 40 secondes.

Les pêcheurs de perles ou d éponges nous donnent la preuve des résultats auxquels on peut arriver en tant que durée de séjour sous Teau, bien qu'ils aient été singulièrement exagérés. Chez un plongeur, qui s'exhibait dans les foires, M. Layet a pu constater qu'il pouvait rester sous Teau deux minutes et demie. C est un cas véritablement exceptionnel. Quant à ceux qui prétendent être demeurés sous l'eau 6 ou 7 minutes, je crois qu'on peut les ranger dans la catégorie du fameux nageur « marseillais » qui se vantait de s'y endormir et qu'on était obligé d'aller réveiller! ! !

Je dois aussi signaler deux inconvénients du plongeon trop fréquemment répété ou exécuté d'une trop grande hauteur : ce sont l'ébranlement des osselets de l'oreille moyenne et la rupture de la membrane du tympan. Cette déchirure guérit généralement assez vite et n'altère pas pour l'avenir le sens de l'ouïe ; pourtant, lorsque la solution de continuité est large et déchiquetée, il peut se produire des hémorrhagies assez sérieuses (Duplay) et des accidents inflammatoires consécutifs capables de compromettre l'audition.

Je viens de dire que pour être un bon nageur il fallait savoir plonger; j'ajoute qu'il faut savoir nager et plonger, non seulement nu, mais encore habillé. 11 ne faudrait pas croire, en effet, que lorsqu'on tombe accidentellement à l'eau entièrement vêtu d'habits lourds, comme on en porte en hiver par exemple, on nage aussi facilement que lorsqu'avec un simple caleçon de bain on pratique l'immersion pour son plaisir et dans un simple but d'hygiène. J'ai fait l'expérience, et un jour complètement habillé et pesamment vêtu, je me suis jeté à l'eau, mais en m'y précipitant la tête la pre-

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mîère comme si j'avais été bousculé et poussé avec violence. Dans ces conditions, tout à fait désavantageuseSy on nage bien toujours, mais péniblement, difficilement, et le corps reste presque vertical dans Teau.

Je ne peux indiquer ici la manière dont on doit s*y prendre pour porter secours à une personne qui vient de tomber à Teau, car, avant toutes choses, il faut être un excellent nageur et être courageux, o Sauver ou périr », telle est la devise des sauveteurs. Or, elle implique des qualités assez rares. Cependant le grand principe qui domine le sauvetage d'un noyé est de ne pas se laisser prendre le premier; aussi doit- on le saisir rapidement par les cheveux, de la main gauche et, de la main droite, par Tépaule droite. Dans ces conditions, le noyé est tenu à distance et on nage debout pendant quelques instants, jusqu'au moment où on peut se jeter soi-même à la renverse et nager dans cette position en maintenant la tête du submergé sur sa poitrine.

Ceci m'amène à dire quelques mots de la mort par submersion. Elle se produit de deux manières différentes. Le plus souvent, quand on tombe accidentellement à l'eau et qu'on ne sait pas nager, la mort a lieu par asphyxie, le submergé respirant de l'eau au lieu d'air. D'autres fois, l'impression produite par la chute dans l'eau est tellement forte que la mort est pour ainsi dire instantanée; le noyé va immédiatement au fond de l'eau.

C'est ce que j'ai observé dans un cas où une jeune femme ayant une horreur inslinctive de l'eau, en passant chez moi la rivière dans une barque, y fut précipitée par un mouvement maladroit et alla immédiatement au fond sans qu'il fût possible de lui porter secours.

Enfin je rappellerai que, pour tâcher de faire revenir un noyé à la vie, il faut pratiquer la respiration artifi-

cielle à laquelle on joindra les tractions rythmées de la langue, récemment préconisées par le D' Laborde, qui sont souvent très efficaces si on ne se laisse pas rebuter par la longueur du temps qu*il faut quelquefois y employer.

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