TRAVAIL MUSCULAIRE
Le facteur essentiel, au point de vue du développement du muscle en volume par addition de fibres mus-
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culaires nouvelles, est assurément le travail imposé à ce muscle.
La contraction répétée, si intense qu'elle soit, si elle ne s'accompagne pas de travail produit, ne détermine pas l'hypertrophie physiologique du tissu musculaire.
Prenons le cœur pour exemple : dans les conditions normales, son travail est peu considérable, par rapport à la force dont il dispose ; ou, pour mieux dire, le travail à effectuer et la force disponible du muscle cardiaque sont dans un rapport tel que le cœur reste, malgré la fréquente répétition de ses actes mécaniques, dans les mêmes conditions de nutrition. Mais, que ce rapport vienne àêtre modifié, le facteur travail s'exagérant, nous voyons, et très rapidement, le muscle cardiaque s'hypertrophier. C'est le cas de l'athérome artériel, dans lequel la perte d'élasticité des artères constitue une cause de résistance considérable au-dessus du cœur, comme Ta si bien montré M. Marey. C'est encore le cas du rétrécissement aortique qui agit dans le même sens. A partir du moment où se constitue la lésion artérielle, c'est-à-dire l'augmentation du travail du cœur, le muscle cardiaque suit dans son développement la marche croissante des résistances qui lui sont opposées. Aussi voit-on toujours coïncider l'hypertrophie du ventricule gauche avec l'athérome artériel et le rétrécissement aortique.
De même, quand nous imposons à nos muscles un travail régulièrement croissant, nous les voyons graduellement augmenter de volume et acquérir une puissance qui est, sauf les réserves que nous aurons à faire bientôt, proportionnelle à leur développement.
Tels sont les faits. Mais par quelles relations s'établit cette proportionnalité entre le développement du tissu musculaire et les résistances qu'on oppose à ses contractions? Nous avons vu que les modifications circula-
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toircs étaiont iiisuffisaiites à exiiliquor cet elFet du travail musculaire sur rexagération des phénomènes nutritifs dans le muscle ; à Theure actuelle, aucune donnée physiologique précise ne peut être invoquée ici pour rendre compte du fait dont il s'agit. On ne pourrait proposer que des hypothèses sans fondement suffisant, invoquer la mise en jeu d'actions nerveuses trophiques insaisissables : il vaut mieux déclarer nettement que nos connaissances se bornent à la notion du fait luimême, et ne point hasarder d'explications sans fondement.
Donc Texercice fréquemment répété du muscle a pour effet de Thypertrophier. Ceci est une règle générale pour tous les animaux supérieurs. Ainsi, dans les cas de boiterie, lorsqu'un seul membre est obligé de supporter le poids du corps, on voit les membres du côté opposé acquérir parfois un volume considérable. Voici un fait très instructif à ce point de vue. J'ai observé un chien de berger qui, en naissant, avait une patte de devant entièrement atrophiée. Malgré cette grande difformité, le hasard voulut qu'on élevât quand môme cet animal. Or les muscles de l'autre patte qui avaient ainsi fait pendant plus de dix ans un travail exagéré, étaient hypertrophiés d'une façon incroyable. Il faut ajouter que ce chien, quoique estropié, n'avait pas cessé de fournir un seul jour un travail assez pénible, car il était préposé à la garde d'un troupeau de vaches.
Par contre, lorsqu'un muscle est soumis à un repos prolongé, il s'atrophie. Ainsi après les maladies aiguës qui ont nécessité un long séjour au lit, après les fractures, surtout celles qui n'ont pas été traitées par le massage, après les arthrites, les contusions simples, les entorses, on voit survenir une atrophie musculaire plus ou moins généralisée et qu'on peut observer aussi bien chez l'animal que chez l'homme. Aussi, voulant
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savoir d'une façon positive, comment se faisait la consolidation des os fracturés chez le cheval, j'achetai et traitai chez moi une jument de quatre ans, qui avait une fracture du tibia de la jambe gauche, compliquée de plaie. La bête avait reçu de sa camarade d'écurie un coup de pied à ce niveau. Elle resta six mois sur des sangles, le membre fracturé, dans un appareil. Or, au bout de ce temps, Tatrophie de tous les muscles de la fesse et de la cuisse était considérable ; on pouvait dire qu'il n'y avait plus, en réalité, que la peau et les os. Du reste, la consolidation ne se fit que partiellement et l'autopsie me démontra que la guérison eût été impossible ; il y avait en effet dix-huit esquilles, dont quelquesunes remontant très haut dans le canal médullaire du tibia.
Dans ma basse-cour, à la campagne, il arrive fréquemment qu'on constate des fractures. Elles guérissent toujours très bien, mais l'atrophie musculaire, qui en est la conséquence, est on ne peut plus 'marquée, remontant quelquefois très haut et ne guérissant pas.
Quand les muscles de l'homme ou de l'animal sont bien entraînés, ils résistent mieux aux influences qui tendent à les atrophier.
En travaillant un muscle, le muscle voisin, môme antagoniste, en profite. Exemple : Si je contracte le biceps en soulevant un poids, le triceps qui n'agit pas tire néanmoins quelque avantage de cette action; car alors la circulation du sang et de la lymphe devient plus active dans les parties voisines du foyer du mouvement.
Souvent, grâce à la synergie musculaire, en faisant agir un muscle, certains groupes musculaires en bénéficient, parce qu'ils sont obligés de se contracter même assez énergiquement quelquefois, pour immobiliser le corps. Exemple : les muscles du membre inférieur, lorsqu'on fait un gros poids à la volée.
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Enfin, d'après Kroncker ot Cutter, un travail musculaire moyen fortifie même des muscles qui ne participent en rien au travail. Ainsi ces auteurs ont remarqué que des ascensions de montagne peu fatigantes f300 mètres) augmentaient la puissance musculaire du biceps ; que des ascensions faites pendant deux heures accroissaient encore mieux la force du biceps : enfin que des ascensions très élevées diminuaient pour quelques jours la force musculaire, mais qu'après le repos de quatre ou cinq jours, le muscle devenait encore plus fort. Il n'en reste pas moins établi que, pour augmenter le volume du muscle et accroître sa force, mesurée aux poids, il lui faut un exercice qui le fasse contracter d'une façon spéciale et quand les muscles ont, pour ainsi dire, été entraînés isolément, et qu'ils se contractent ensemble pour une action commune, on est étonné de la puissance qu'ils ont acquise. C'est ainsi, paralt-il, que l'hercule anglais Sandow s'est entraîné, c'est le même principe que je préconise depuis vingt ans.
Quelques muscles de l'économie sont-ils plus sensibles que d'autres, soit pour s'hypertrophier sous l'influence de ïa gymnastique, soit pour s'atrophier par le fait d'un repos prolongé? Plus un muscle est isolé dans son action, plus il est facile à entraîner. Exemple : le , triceps brachial, le biceps, le grand pectoral. Le voisinage des gros vaisseaux artériels, en produisant une irrigation plus facile, contribue au développement plus rapide de certains groupes musculaires.
H y a des muscles qui s'atrophient très vite par le fait d'un repos prolongé ou des altérations du voisinage et qui, quoique dégénérés depuis longtemps, reviennent non moins rapidement à leur volume primitif sous l'influence d'un traitement approprié, d'autres au contraire dont l'atrophie est irrémédiable si elle n'est pas combattue dès le début. Le deltoïde est un de ceux qui pré-
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sentent cette particularité de s'atrophier très vite à la suite d'un repos imposé par une simple contusion, une arthrite ou une luxation de l'épaule, une fracture de Tomoplate ou de Thumérus, etc., et de revenir très lentement à son état primitif s'il n'est pas massé ou clectrisé aussitôt qu'on s'aperçoit de sa dégénérescence. Voici un fait à l'appui. J'aidonné mes soins à une jeune fille de quatorze ans pour une atrophie du deltoïde consécutive à une contusion de l'épaule suivie d'une légère arthrite. L'atrophie du muscle marcha avec une grande rapidité et lorsque je la vis pour la première fois, un an après le début des accidents, l'impotence du deltoïde était à peu près complète. Pour qu'elle fût toujours sous ma main, je la pris chez moi et employai le massage, l'électricité et la gymnastique. Elle gagna certainement i3eaucoup à ce traitement, néanmoins, malgré tous mes efforts, elle ne put récupérer complètement l'usage de son muscle. Par contre, comme je l'ai dit, certains muscles, malgré leur atrophie complète et rapide, reviennent vite à leur état primitif. En voici un autre exemple : j'ai eu à traiter un malade, âgé de onze ans, atteint de coxalgie droite. Le professeur Démons, de Bordeaux, à qui il fut présenté, ordonna une immobilisation complète dans une gouttière de Bonnet pendant plusieurs mois. 11 se produisit une ankylose de l'articulation coxo-fémorale et aussi une atrophie considérable des muscles fessiers, qui ne fit qu'augmenter pendant deux années. Comme la claudication s'accentuait de plus en plus et que le malade avait un état général assez mauvais, je lui ordonnai des douches suivies de frictions avec le Uniment de Rosen, des glycérophosphates à l'intérieur et de la gymnastique spéciale des fessiers à la poulie (V. le chapitre « Agrès en gymnastique »). Je ne le massai point. Au bout de deux mois, il s'était produit un phénomène des plus reniar-
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quables. Les muscles du cùlé malade, qui, seuls, avaient été travaillés, étaient devenus plus durs, plus saillants que ceux du côté opposé. 11 fallut, pour rétablir l'équilibre, exercer les deux côtés en même temps.
Il est maintenant d'un certain intérêt d'examiner quel sort est réservé au muscle hypertrophié du gymnaste, si, pour un motif quelconque, il est obligé de cesser son entraînement. Si le muscle a été entraîné lorsque le sujet est jeune et surtout pendant la période de 20 à 25 ans, on peut cesser tout exercice ; le muscle diminue certainement un peu de volume, mais ne s'atrophie pas autant qu'on pourrait le croire. Du reste, il revient très vite à son état primitif, lorsqu'on reprend le travail. En un mot, on bénéficie toute sa vie d'un entraînement fait d'une façon méthodique pendant la période de développement de l'organisme . Le même fait se produit chez le cheval, et les vieux gagnants des prix du Jockey-Club et d'autres grandes épreuves sont toujours remarquables par leur développement musculaire quoique ne courant plus sur les hippodromes depuis plusieurs années.
Au contraire, si l'entraînement a été fait trop tôt, si le volume du muscle a été obtenu seulement par la gymnastique des agrès, d une façon trop intensive à l'âge de 15 ou 16 ans, alors que la cage thoracique est en train de se développer, le muscle gagné de cette façon est éphémère, il diminue très vite si on ne continue pas toujours les mêmes exercices, et j'ai vu des jeunes gens de 25 ans réputés forts dans leur jeune âge et qui, n'ayant pas persisté à s'occuper de gymnastique, étaient tout à fait atrophiés.
Quand on est en plein entraînement, peut-on rester un certain nombre de jours inactif sans que les muscles se ressentent, au point de vue du relief et de la force, de ce repos? Il est permis de chômer pendant 20 ou 30 jours, au maximum. Passé ce délai, le muscle com-
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nience à diminuer un peu, surtout si pendant ce temps on s'est livré à Texercice du cheval. Rien n est donc plus exigeant que le muscle, et, plus on avance en âge, plus il demande de soins, si on ne veut pas le voir étoufPé par le développement exagéré du tissu graisseux sous-cutané.