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CHAPITRE XVII

DK l'hydrothérapie

Bains chez les anciens; chez les Homains; au moyen-«âge. Hydrothérapie appliquée au Irailemenl des maladies, de la fièvre lyphoîde

surtout.

Défmilion du bain.

Elude sur les bains froids.

De la réaction.

Exercice musculaire avant la douche.

Utilité de l'eau froide lorsque le corps est échauffé. De la lotion ou tub.

Moment le plus favorable pour faire de l'hydrothérapie. Action de l'eau froide sur l'organisme.

Bains de rivière. Quelques conseils pratiques. Bains chez les enfants.

Bains lièdes.

Etuve sèche.

Bains de vapeur.

Bains de mer.

Tableau comparatif de la température de l'air et de l'eau d'une rivière

pendant l'hiver. Observations.

A côté des exercices gymnastiques vient se placer, par son importance, l'hydrothérapie. L'hydrothérapie est le complément indispensable de tout exercice gymnastique. Il ne saurait y avoir d'entraînement véritable si on n'ajoutait pas les effets de l'eau froide à Ceux qui sont produits par le travail musculaire lui-même. Les emplois de l'eau sont très nombreux et très variés. L'eau peut être appliquée à l'extérieur ou donnée intérieurement en boisson; on peut aussi s'en servir dans un but hygiénique ou dans un but thérapeutique. Je

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m'occuperai surtout ici de Teau froide appliquée k Textérieur et servant de complément indispensable à l'entraînement que je décris. Je ne dirai que quelques mots de Teau employée comme boisson.

Aux temps les plus lointains, les premiers hommes, n'ayant pas encore découvert les pratiques raffinées de notre époque dans l'emploi des bains, se contentaient de se jeter dans les fleuves ou les rivières selon leurs goûts ou leurs besoins. Mais peu à peu le bien-être et la civilisation ayant progressé, ils commencèrent à fonder des établissements où, en toute saison, ils pouvaient se baigner suivant leurs désirs. Ce sont surtout les Grecs et les Romains qui nous ont laissé des thermes construits avec un luxe et une magnificence que nous nous représentons difficilement aujourd'hui. Il y avait des salles spéciales où on se réunissait pour causer; d'autres, comme Tapodytérium, où Ton se débarrassait de ses habits. Dans l'unctuarium on se parfumait et on se frottait d'huiles odoriférantes. Puis on pénétrait dans le sphœristérium,où on exerçait ses muscles. Le caldarium était une grande salle surchauffée où la sudation se produisait avec une grande abondance. De là, on passait dans le baptistérium, où des lotions froides achevaient de débarrasser le corps de toutes ses impuretés (Daremberg).

Cette balnéation avait été empruntée par les Romains aux Orientaux, chez qui ces pratiques étaient en usage. Aujourd'hui les grands établissements de bains, les hammams sont construits à peu près dans le même style.

Pendant tout le moyen-âge, le corps étant considéré comme une guenille dont il était indigne de s'occuper, l'hygiène et l'hydrothérapie furent laissées dans l'oubli le plus complet.

Deux hommes devaient faire sortir l'hydrothérapie de l'abandon dans lequel elle était tombée.

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Ces deux hommes qui, à des titres divers, ont acquis une grande notoriété, sont : Priessnitz et L. Fleury.

Priessnitz employa Teau froide d'une façon tout empirique, l'autre étaya scientifiquement une véritable doctrine hydrothérapique.

Avant eux pourtant, déjà, les propriétés de l'eau froide avaient été reconnues et jugées utiles dans le traitement de plusieurs maladies aiguës, surtout par Currie et Pomme.

Currie faisait reposer la thérapeutique sur trois choses : les émissions sanguines, le tartre stibié et l'hydrothérapie.

Pomme alla encore plus loin et prescrivit l'eau froide d'une façon systématique et extravagante ; il faisait prendre à ses malades des bains de 8 à 10 degrés Réaumur, et d'une durée incroyable, dix, douze, dixhuit et vingt-quatre heures même.

De temps à autre, du reste, on voit ainsi surgir des apôtres, je devrais dire des charlatans de l'hydrothérapie. Leur plus grand mérite aux yeux du public est de ne pas être médecins. Tout le monde a entendu parler de la fameuse méthode du curé Kneipp. Il est à remarquer avec quelle obéissance les malades exécutent les prescriptions de ces empiriques, et quelle reconnaissance ils ont pour eux.

Mais revenons à Priessnitz, qui, admirablement servi par le hasard et surtout très audacieux, employa l'eau froide dans une foule de maladies où on avait eu peur de l'employer avant lui. Voici quelques lignes touchant sa biographie :

« Vincent Priessnitz naquit le 14 juillet 1799 dans une des maisonnettes du sommet du Grœfenberg, sur les montagnes de la Silésie autrichienne. Grâce à la position aisée de ses parents, il reçut une assez bonne éducation qui développa chez lui un esprit d'observa-

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tion, un tact et une pénétration peu ordinaires. A peine dans radolescence, il remarqua, en aidant son père dans ses travaux ruraux, que, dans les cas d'entorse, de contusion et de tumeur aux pieds des chevaux, on obtenait rapidement la guérison en les bouchonnant avec de Teau froide; il vérifia plusieurs fois le fait, s'assura de Tefficacité de ce moyen, et l'employa sur plusieurs animaux; le succès couronna tous ses essais, qui lui inspirèretit dès lors déjà une grande confiance dans les vertus de Teau froide ».

Priessnitz appliquait Teau à lextérieur et la donnait en boisson; il ordonnait k ses malades de suivre un certain régime et de faire beaucoup d'exercices; car pour lui la sudation n'était utile qu'autant qu'elle était le résultat d'un travail musculaire quelconque.

« Aussi tous les malades, dit Schedel, sont pourvus d une scie, d'un chevalet et d'une hache, les dames, les jeunes personnes comme les hommes sont obligés de fendre et de scier du bois. Le but qu'on se propose pourrait être atteint plus agréablement peut-être par les procédés gymnastiques, mais Priessnitz les repousse comme trop violents et capables d'occasionner des accidents ».

Eau froide à Tintérieur, eau froide à l'extérieur, exercices, telles sont les bases sur lesquelles reposait la méthode de Priessnitz, méthode, bien entendu, qu'il n'appliquait qu*à l'homme malade.

Il était réservé à L. Fleury de faire entrer l'hydrothérapie dans une voie nouvelle et moins empirique. Il montra tout le parti qu'on peut tirer de l'eau froide dans le traitement des diverses maladies. Il créa en un mot l'hydrothérapie scientifique ; il en fit une science toute française.

(Fleury, Traité thérapeutique et clinique d'hydrothérapie).

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Aujourd'hui, Thydrothérapie est entrée dans une phase nouvelle. Elle a conquis le public et les médecins. Dans les grandes villes, à Paris surtout, les établissements hydrothérapiques sont très nombreux. Chaque hôpital possède une salle de bains assez bien aménagée, et beaucoup, sinon la plupart des maladies, sont, à l'heure qu'il est, systématiquement traitées par leau froide. Qui na entendu parler du système de Brand dans le traitement de la fièvre typhoïde, introduit en France en 1873, par Glénard, et des discussions auxquelles a donné lieu l'application de cette méthode? Certains médecins, en efl'et, sont partisans d'administrer dès le cinquième jour de la fièvre typhoïde des bains de 18 à 20 degrés de 15 minutes de durée, de les répéter jour et nuit tant que la température dépasse 38,5. D'autres (Bouchard) préfèrent refroidir progressivement le bain, d'autres aiment mieux le bain tiède d'emblée, comme M. le professeur Jaccoud ; enfin, certains, comme M. Dumontpallier, soutiennent que le refroidissement lent et progressif ne provoque pas de congestion viscérale, et le médecin de la Pitié, dont je fus l'élève, n'a pas craint de mettre les malades dans des appareils réfrigérants (*).

Ce simple exemple nous montre qu'en thérapeutique l'eau froide est d'application courante et ce n'est pas seulement dans la fièvre typhoïde, mais dans la plupart des maladies aiguës ou chroniques qu'elle trouve ses indications.

Malheureusement, en hygiène, le même engouement

(*) Pour ma pari, quoique partisan convaincu de l'hydrothérapie froide, j emploie, dans la fièvre typhoïde surtout, le bain tiède, le seul utilisable chez les enfants, ou « Tan tique » lotion vinaigrée. Malgré Técole de Lyon, je crois que le bain froid n'est certainement pas dangereux, mais il est très pénible pour les malades. Du reste, ce moyen est loin d'être infaillible, puisqu'un des grands partisans de ce système, le Df Juhel-Rénoy, est mort lui-môme d'une fièvre typhoïde traitée de cette manière.

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ne s'est pas produit, et tel médecin qui envoie volontiers à la douche un malade anémique, ou met dans le bain un fébricitant, hésite à proclamer Tutilité des bains froids après les exercices gymnastiques, le corps étant en sueur. Je ne parle pas seulement de la campagne, où il est impossible de faire pénétrer une idée neuve et de persuader au paysan qu'on peut sans danger se jeter dans l'eau tout siiant, mais encore des villes, où, dans un certain milieu, ces saines idées n ont pas encore cours.

Que dire des lycées, des maisons d'éducation, des couvents, où, par une décence mal comprise, on néglige complètement cette propreté corporelle indispensable à la santé, aussi bien physique que morale, de la jeunesse?

Même au point de vue religieux, le dédain du christianisme pour les soins à donner au corps ne s'explique pas, puisque le corps est un dépôt que Dieu nous confie, et qu'à ce titre il devrait bénéficier de la même sollicitude que celle qu'on accorde aux vases sacrés ou autres objets du culte.

Nos 'voisins les Anglais nous ont bien dépassés sous ce rapport; dans leurs universités, les ablutions, chaque matin, sont de rigueur et font partie intégrante du programme des exercices physiques.

Nous allons d'abord étudier les effets de l'eau froide sur le corps déjà échauffé par des exercices violents. Nous dirons quelques mots des bains ordinaires de rivière, des bains de mer, des bains tièdes et aussi de la balnéation chez les enfants. Puis nous mentionnerons l'étuve sèche et l'étuve k vapeur, car le sujet qui s'entraîne a besoin parfois, pour maigrir, de sudations forcées.

Ayant toujours scrupuleusement suivi, soit à Paris, soit à la campagne, les pratiques hydrothérapiques

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sans lesquelles je ne comprends pas la gymnastique, je crois avoir acquis une certaine expérience sur ce sujet. Quelle qu'ait été la rigueur des hivers, je n'ai jamais interrompu les douches ou le bain de rivière qui était à ma portée, et cela malgré la pluie, le vent ou la glace!

Inutile d'ajouter que jamais le plus petit refroidissement n'a été la conséquence de cette pratique ; aucun accident n'est possible avec l'eau froide quand on sait la manier.

On donne le nom de bain à l'immersion plus ou moins complète du corps dans un milieu liquide, gazeux ou solide.

Bains liquides. — Les bains liquides comprennent :

V Les bains d'eau simple, froide ou chaude, dans lesquels sont compris les bains de mer.

2® Les bains d'eau minérale naturelle et les bains artificiellement composés qui rentrent plutôt dans le domaine de la thérapeutique que dans celui de l'hygiène.

Nous ne nous occuperons que des bains liquides et surtout des bains froids.

Les bains exercent sur l'économie une action physiologique incontestable. Or cette influence tient surtout à leur degré de température, à leur durée et k d'autres conditions accessoires sur lesquelles nous insisterons tout à l'heure.

Il est difficile néanmoins de donner une « échelle des sensations perçues dans les bains et correspondant exactement k leur degré de température ».

« En effet, dit Michel i-.évy, les progressions ascendantes ou descendantes de la température perçue dans les bains, le thermomètre sert mal à les déterminer, la sensibilité individuelle le remplace. C'est elle, c'est-àdire le 7noi impressionné dans la peau et réagissant par le centre nerveux, qui prononce sur l'effet thermique du

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bain, et le reconnaît froid, frais, tempéré, chaud, suivant la manière dont elle s'y trouve affectée ».

Voici la classification des bains la plus généralement admise, par rapport à leur degré de température. C'est celle de Rostan.

Bains très froids. . 0 à 12 dej^rés.

» froids .... 12 à 18 »

» frais 18 à 25 »

» tièdes .... 25 à 31

» chauds. ... 31 à 37 »

» très chauds . 37 à 45 »

Voici la classification de Beni-Barde (Dict. de Jaccoud).

8 à 12 très froide 12 à 16 froide 16 à 20 fraîche 20 à 26 dégourdie 26 à 30 tempérée ou liède 30 à 40 chaude Au-dessus de 40 très chaude.

V Bains froids. — Les bains sont dijs froids lorsqu'ils sont compris entre 0 et 25 degrés de l'échelle centigrade.

Nous allons d'abord nous occuper de ceux-ci.

Quelles sont les sensations que l'on éprouve lorsqu'on se baigne dans de l'eau très froide ?

Les sensations que l'on éprouve lorsqu'on se baigne, l'hiver, surtout en plein air, sont tout à fait particulières et variables, du reste, selon les individus. Les personnes nerveuses, certaines femmes principalement, ne peuvent pas toujours supporter le contact glacé. 11 faut tenir compte, en outre, de la durée de l'immersion, de la température et de l'agitation de l'air extérieur, de la force de projection de l'eau et de la rapidité du courant et enfin de l'état particulier du sujet au moment où il se jette dans l'eau. En effet, certains jours, on réagit

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mieux que dautres sans qu'on puisse au juste en donner la raison. Un léger mouvement fébrile, un petit malaise, quelques douleurs rhumatoïdes donnent une horreur véritable de Teau. Il faut être, en un mot, bien portant pour faire l'hiver, et surtout en plein air, de l'hydrothérapie froide.

Peu de médecins ont étudié sur eux-mêmes les sensations que l'on éprouve en pratiquant ces sortes de bains (*).

Voici, d'après Bégin, qui s'est baigné dans la Moselle par une température qui varia de 2 à 7 degrés centigrades, ce que l'on ressent en se jetant dans de l'eau très froide (Dict. encyclopédique, art. « Bain ») : « A l'instant où l'on se précipite dans l'eau, dit Bégin, on éprouve une vive sensation de refoulement des liquides dans les grandes cavités et spécialement dans le thorax; la respiration est haletante, entrecoupée, très rapide, il semble qu'incessamment elle ne pourra plus s'exécuter; la peau est pâle, le pouls concentré, petit, profond et dur; tous les tissus sont rigides; on ne tremble pas, mais il existe un spasme universel avec lequel se concilie à peine la régularité des mouvements.

» Après deux ou trois minutes au plus, le calme renaît et succède k cet état pénible et presque insupportable.

» La respiration s'agrandit, le thorax se dilate, les mouvements sont redevenus libres et faciles, la chaleur se répand sur la peau, toutes les actions musculaires sont vives, légères, assurées; on croit sentir que les

(') En lisant les auteurs qui traitent de l'hydrothérapie, j'ai été frappé de la manière dont ils parlent du pouls. On ne dit pas que dans rimmersion dans une eau glacée la circulation est extrêmement accélérée, le pouls pouvant aller jusqu'à 160 par minute. Toute la masse sanguine est projetée dans la profondeur des organes et leur débit veineux devient insuffisant.

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