DE L HYDROTHÉRAPIE
téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles, et que ceux-ci, mieux soutenus, agissent avec plus de précision, plus de force, plus d énergie que dans l'état naturel. Bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps; une sensation très prononcée et très agréable de chaleur se répand sur la peau ; il semble qu on nage dans un liquide élevé à 30 ou 36 degrés de chaleur; le corps semble vouloir s'épanouir, afin de multiplier ses surfaces de contact, le pouls est plein, grand, fort, régulier; peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu'on éprouve en ce moment.
)) Tous les ressorts de la machine animée ont acquis plus de souplesse, de vigueur, de fermeté, qu'ils n'en avaient précédemment. Ses membres fendent avec facilité le liquide, qui ne leur offre plus aucune résistance; on se meut sans effort, avec vivacité et surtout avec une légèreté inconcevable. Cette sensation, ou plutôt cet état, dure quinze ou vingt minutes; le bien-être diminue ensuite graduellement, et bientôt le froid se fait sentir; alors si Ton ne s'empresse de sortir de Teau, du frisson et bientôt après un tremblement général, s'emparent de la machine, les mouvements deviennent si pénibles, que certaines personnes courraient le danger de se noyer, surtout lorsque le bain se prend dans un fleuve profond. Il ne faut donc jamais attendre le renouvellement complet du froid et la chute entière de la réaction. En sortant un peu auparavant, on n'éprouve aucune sensation désagréable, et en passant de Teau h l'air, la mutation presque insensible occasionne plutôt un sentiment de chaleur que de froid, malgré le veut et malgré l'évaporation du liquide qui couvre la peau. On observe un fait remarquable. C'est que les téguments sont presque insensibles au contact des corps extérieurs. Ce phénomène est tel que le passage du linge avec
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lequel on s'essuie n'est pas senti, et il arrive plusieurs fois que, dans cet état d orgasme et de constriction du derme, des frictions assez rudes pour enlever Tépiderme n'ont produit aucune sensation perceptible ».
Voilà la description de Bégin et nous devons avouer que, malgré la grande habitude que nous avons de Teau froide, jamais nous n'avons pu faire durer l'immersion dans de l'eau à 2 centigrades, aussi longtemps que cet observateur. Rostan, qui s'est baigné dans la Seine, dont Teau marquait 0"2 cent., n'a pu pester que 5 minutes dans le fleuve et encore est-il sorti de là « grelottant, transi, et ayant mille difficultés à provoquer la réaction » . Pour moi, voici ce que j'ai éprouvé en me baignant dans le Dropt ('), petit affluent de la Garonne, dont le courant est peu considérable et dont la température moyenne oscille pendant le mois de décembre entre 0 et 4 degrés. L'immersion n'a jamais pu durer plus de deux ou trois minutes et nous ne conseillons guère à personne de prolonger plus longtemps ce genre de bain. Voici donc ce que j'ai ressenti : « Au début, au moment même de l'immersion, sensation de froid intense atteignant toute la surface du corps plongé dans l'eau. Autant d'habitude que l'on ait de cette sorte de bain, l'impression glaciale que l'on reçoit est réellement toujours la même et presque insupportable. C'est ce qui fait que les bains froids en hiver, pourtant si utiles, passent pour si redoutables aux yeux de ceux qui n'osent pas affronter cette première impression.
Si le corps est très échaufle, cette sensation est beaucoup moins saisissante. 11 se produit en même temps un spasme de la respiration et on a la sensation d'une constriction cardiaque. C'est au moment même où onse jette dans l'eau que ces deux phénomènes présentent
( ; Du mut anglais drop, goulle; dropping, gouttelette. Cette petite rivière, comparée à un grand lleuve, n'est en effet qu'une goutte.
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leur summum d'intensité. Le pouls est petit, dur; sa fréquence est considérablement augmentée. Ainsi donc, spasme de la respiration, sensation de constriction cardiaque, froid très vif, voilà les trois grands symptômes que l'on observe lorsqu'on plonge le corps dans do Teau très froide et que la température extérieure est très basse.
La peau, pâle au moment de Timmersion (*), devient bientôt très rouge, mais n'a point la couleur violacée qu'on observe quand le bain a été un peu long, de 5 ou 6 minutes par exemple.
A la sensation de froid succède une impression de chaleur générale ; les chairs deviennent plus fermes; les muscles paraissent plus gros, la respiration est plus profonde. Enfin un sentiment de bien-être inexprimable s'empara de tout Tindividu.
Que vient-il donc de se passer dans l'économie; pourquoi tout à l'heure un froid très vif et maintenant une chaleur agréable? C'est qu'il vient de se produire un grand phénomène dans l'organisme, un phénomène qui est comme la base de tout le système hydrothérapique, je veux parler de la réaction.
L'eau froide n'agit donc point seulement par ellemême, mais encore par le mouvement physiologique qu'elle provoque, par la réaction dont elle est suivie. Ce mot réaction résume en lui seul toutes les vertus, toutes les propriétés de l'eau froide.
Que^ veut-il donc dire? 11 signifie lutte de l'organisme contre le froid. C'est donc le froid qui est la condition essentielle, sine qitd non, de la réaction ». Au moment même de l'immersion, alors que la surface extérieure du corps, échauffé ou non, se met en contact avec l'eau froide, le sang qui circulait h la périphérie est subite-
(') A cause de la conslriclion yaso-molpice périphérique.
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ment chassé vers Tintérieur par la contraction des vaisseaux cutanés.
C'est pour cela que quand on se met dans Tcau la peau devient pâle ; c'est aussi pour le même motif que les immersions trop longtemps prolongées peuvent avoir de fâcheuses conséquences, en favorisant cette sorte de mouvement de concentration et en hypérémiant les organes profonds, tels que le poumon, le cœur, le foie ou les reins.
Si l'application froide est courte, à ce premier mouvement du sang en succède un second, en sens inverse. Le sang abandonne le centre pour se porter avec force vers la périphérie, la peau rougit, la circulation devient plus active, plus énergique.
C'est ce mouvement du sang vers la périphérie qui constitue la réaction.
On le voit, un des premiers effets de l'eau froide, qui parait tout d'abord paradoxal, c'est de provoquer une sensation de chaleur. On peut donc dès maintenant juger qu*une immersion courte et rapide dans de l'eau très froide, si elle n'est pas avantageuse, sera du moins sans danger. « Toutes choses égales, d'ailleurs, la réaction est d'autant plus prompte et plus énergique, que l'eau est descendue plus bas au-dessous d'un certain degré, que la température atmosphérique est plus élevée et que le système musculaire est plus en mouvement » (Fleury).
Ce qui revient à dire que pour bien réagir il faut que l'eau soit froide, le corps en sueur, l'air chaud. Nous verrons tout à l'heure que, lorsqu'on pratique l'immersion aprh les exercices gymnastiqties^Vhiyer, dans une rivière, il faut, en sortant de l'eau, bien se vêtir, courir quelques instants, prendre un bain de pieds chaud, pour remplir les trois conditions d'une bonne réaction : corps en sueur, eau froide, air chaud.
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L'acte de la défécation accompli avant le bain empêche la réaction de se bien faire.
La puissance de réaction varie d'individu à individu, suivant un grand nombre de circonstances physiologiques et pathologiques, qui se rattachent principalement à Tétat de la circulation et de l'innervation générales. Cette force réactionnelle est donc variable. Cependant, malgré les différences qui peuvent exister à ce point de vue, on ne rencontre pas de sujets qui, à l'état sain et après une descente rapide dans de l'eau froide, ne puissent réagir d'une façon convenable, surtout si le corps a été au préalable échauffé par quelque exercice violent. « J'ai dit et j'insiste toujours sur ces deux mots « immersion rapide ». Il faut se rappeler, en effet, qu'une immersion générale trop courte est sans danger, tandis qu'une immersion générale trop longue peut avoir les plus grands, les plus fâcheux résultats et même devenir une cause de mort » (Fleury).
Tout le monde est donc capable de réagir à la suite des applications extérieures d'eau froide. Les enfants dont le système nerveux est si délicat, les femmes, les vieillards, h part quelques exceptions, réagissent tout aussi bien que les adultes. Dire, du reste, de quelqu'un qu'il ne peut réagir, c'est dire que, chez lui, la « force vitale » est complètement anéantie. Néanmoins, et malgré cette aptitude de l'organisme à bien réagir, il existe des différences individuelles assez marquées qui tiennent à l'âge, au sexe, au tempérament et à certaines autres conditions dont la détermination est du domaine de la pathologie.
On peut dire aussi que chaque individu réagit à sa manière, plus ou moins vite, avec plus ou moins de facilité. Aussi faut il, de la part du médecin, beaucoup de discernement pour tirer de la méthode hydrothérapique, dans le traitement des différentes maladies,
les heureux résultats que Ton est en droit d'attendre d'elle.
« Il est peu de méthodes thérapeutiques, a dit M. Fleury, qui exigent autant d'habileté, d'instruction et de soin ».
Heureusement qu'en matière d'hygiène, le problème devient plus simple, puisqu'il se résout en ces termes :
Tout individu sain peut user des applications extérieures d'eau froide, le corps échauffé ou non, l'hiver comme l'été, à la condition absolue que l'immersion, la douche, l'affusion ou la lolion soient de très courte durée. Cette pratique, qui peut commencer à partir du second mois de la vie, peut être continuée jusqu'à ses limites extrêmes.
L'exercice musculaire fait avant l'immersion ou la douche est le meilleur moyen h employer pour obtenir une bonne réaction ; car, alors, la circulafion est plus active et la température du corps plus élevée, il en résulte que les phénomènes réactionnels se produisent avec plus de facilité. Toutefois il ne faut pas pousser Texercice jusqu'à la fatigue extrême; dans ces conditions, en effet, la circulation et la respiration étant trop troublées, la réaction ne se fait pas aussi bien. Il ne faut pas non plus que le corps soit « ruisselant » de sueur lorsqu'on pratique l'immersion. Cette manière d'agir pourrait «voir quelque danger, le premier inconvénient serait de rendre l'action de l'eau froide trop excitante, ensuite d'occasionner des refroidissements.
Lorsqu'en effet on pratique l'immersion dans une rivière, l'hiver, la température extérieure étant d'ordinaire très basse, l'air souvent agité par le vent, il se fait une évapora tion très rapide des liquides à la surface de la peau ; ce qui produit d'abord des sensations désagréables et peut surtout déterminer la congestion des organes profonds.
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11 n'en est pas de même pour les gymnases établis dans des enceintes fermées. Là, on na plus à craindre les courants d'air, et Ton peut prendre la douche ou se jeter dans la piscine, le corps ruisselant de sueur. Donc un exercice modéré, qui échauffe légèrement le corps, en donnant une certaine moiteur à la peau, comn^e par exemple une course de 7 ou 8 minutes, avec quelques échappées en vitesse, voilà la condition la meilleure, surtout l'hiver, pour bien réagir. Cependant, je ne saurais trop le répéter, il n'y a aucun danger à se jeter tout suant dans Teau froide, à la condition essentielle de ne pas y séjourner trop longtemps, de bien s'essuyer après et de ne pas s'exposer aux courants d'air. L'eau très froide favorise mieux la réaction que celle qui est tiède; aussi l'hiver, lorsque je suis obligé de briser la glace pour me jeter dans la rivière et de m'y faire un trou à coup de massue, je sors toujours du bain avec une sensation plus forte de chaleur que lorsque l'eau est à 10 ou 11 degrés par exemple. C'est pour cela que les bains d'hiver réconfortent et tonifient, tandis que ceux de l'été, surtout lorsqu'ils sont prolongés, affaiblissent l'organisme et le débilitent. Plusieurs immersions successives affaiblissent la réaction.
Le moment de la journée le plus favorable pour faire de l'hydrothérapie varie selon certaines conditions qu'il nous faut déterminer maintenant.
Pour les personnes que leurs occupations ordinaires empêchent de se livrer aux exercices gymnastiques, il est un moyen bien simple de bénéficier des avantages de l'eau froide, sans que cette pratique amène la moindre perte de temps ou la plus petite dépense. La méthode consiste à se lotionner tout le corps, avec une grosse éponge, le malin en sortant du lit; méthode bien simple et qui ne nécessite pas un outillage bien compliqué, puisqu'il suffit d'avoir une éponge, un seau
d eau et un tub, sorte de grand bassin en zinc que Ton vend spécialement pour cet usage et qui est d'une grande commodité. C'est là de Thydrothérapie élémentaire, mais certainement suffisante pour entretenir la santé. Voici comment on procède. Au sortir du lit, on se passe de Teau froide sur le visage, puis on fait courir l'éponge sur tout le corps, en la pressant, on s'essuie bien, on se frictionne, et on évite de se refroidir, en s'habillant rapidement et chaudement. Il ne faut jamais négliger de se laver le visage avant les applications extérieures d'eau froide quelles qu'elles soient du reste : douche, immersion ou lotion. Si on ne se conforme pas à ce précepte, en apparence insignifiant, il se j>roduit des congestions du côté du cerveau, qui se traduisent par de la rougeur du visage, des pesanteurs de tête et de la céphalalgie. L'explication de ce phénomène est facile. L'eau froide fait contracter les vaisseaux et chasse le sang de la périphérie vers le centre; il en résulte que pendant le mouvement de concentration de ce liquide vers l'intérieur, il se porte en quantité exagérée vers la tête, si les vaisseaux n'ont pas été rétrécis par une application courte et rapide d'eau froide sur le visage.
La légère moiteur qui recouvre le corps le matin, chez certains sujets, n'est pas une contre-indication à la lotion, bien au contraire elle favorise la réaction. Donnons à ce sujet quelques explications :
Beaucoup de personnes, en effet, transpirent la nuit; pour certaines, c'est un commencement de maladies, pour d'autres, ces sueurs ne sont dues qu'à l'habitude funeste qu'elles ont de surcharger leur lit de couvertures trop épaisses et de se calfeutrer, pour dormir, non seulement dans une chambre hermétiquement close, mais encore dans un lit entouré de rideaux, où l'air ne peut pas circuler. Usage déplorable contre lequel l'hygiène ne cesse de s'élever, car rien n'est pernicieux comme la
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respiration d'un mauvais air : « Plures occidit quam gladius ».
Il ne doit pas y avoir de rideaux au lit dans lequel on couche ; toute la nuit lair de la chambre doit être renouvelé, ce qui ne veut pas dire qu'il faille s'exposer aux courants d'air. Le plus grand ennemi du genre humain étant le courant d'air, on devra donc toujours l'éviter; mais nous devons rechercher aussi l'air frais et pur si indispensable à l'hématose, surtout la nuit> où la respiration et la circulation normalement se ralentissent. Donc, si on sue la nuit, c'est que l'on est malade ou trop couvert. En suivant les conseils que j'indique, le matin au réveil on aura la peau fraîche et on sera obligé, avant de pratiquer la lotion, de faire une sudation artificielle de quelques minutes pour que les phénomènes réactionnels se produisent avec plus de facilité.
On ajoutera quelques couvertures ou autres sur le lit, et lorsqu'on suera on pourra se lotionner.
La. lotion doit toujours se faire rapidement, de même qu'on doit s'essuyer immédiatement après avec un linge bien sec ; on pourra aussi se frictionner avec uq gant en crin et faire un peu de massage sur les muscle^ avec l'huile d'amandes douces. Ce massage journalipr est très utile, surtout chez les enfants, dont il favorise le développement musculaire d'une manière remarquable. Après la lotion, on peut se mettre à son travail; mais si on en a la facilité, et si surtout c'est l'hiver, il vaut mieux marcher.
On voit donc que cette pratique est très simple. Grâce à elle, on sera toujours propre ; la peau, toujours parfaitement souple, fonctionnera bien; on ne s'eprhumera jamais ; les forces augmenteront. On sentira moins les progrèç de l'âge et on éprouvera toujours un bienêtre considérable.
Appliquée aux enfants, cette simple méthode donnera des résultats merveilleux, car dans cette question si difficile de « 1 élevage de l'enfant », Teau froide joue un aussi grand rôle que l'exercice et la nourriture.
I^orsqu'on se livre aux exercices gymnastiqiies, le moment le plus convenable pour faire de l'hydrothérapie est le soir vers cinq ou six heures. En effet, à ce moment de la journée, la digestion du repas du matin est complètement achevée et l'exercice précède le repas du soir, ce qui ne peut qu'exciter l'appétit. Cependant, à la campagne, lorsqu'on s'exerce en plein air, qu'on pratique l'immersion dans une rivière, il vaut mieux, pendant l'hiver, se baigner le matin. L'eau semble moins froide et la réaction se fait mieux. Toujours se jeter dans l'eau ayant chaud. Au cœur de l'hiver, il faut courir en moyenne sept à huit minutes, d'un pas gymnastique ordinaire, pour obtenir une chaleur suffisante. Ainsi préparé, on arrive sur le bord de l'eau, on se lave le visage, et on se jette dans l'eau aussi brusquement que possible, en plongeant tout le corps d'un seul coup. Ne séjourner dans l'eau que de quelques secondes à une minute au maximum, sortir, s'essuyer, se frictionner, puis s'habiller chaudement, et quelquefois, pour mieux réagir, faire une marche au pas de course.
J'ai toujours la précaution d'avoir de l'eau chaude et de la verser dans de grands sabots en bois où je mets mes pieds nus. En sortant du bain je les y remets. De cette manière, j'évite de souffrir du froid aux pieds, douloureux à endurer quand l'eau est très froide.
La basse température de l'eau ne doit pas être une contre indication à l'emploi des bains, après les exercices gymnastiques. Pendant les hivers les plus rigoureux, je n'ai jamais interrompu leur usage ou celui des douches et je dois dire que je n'ai fait que bénéficier de cette pratique. En effet, par ce moyen, on évite :