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CHAPITRE XVIII

Le thorax est une cavité comprise entre le crâne et Tabdomen. II est limité en avant par le sternum, en arrière par la colonne vertébrale et de chaque côté par les côtes. Le muscle diaphragme le sépare des viscères abdominaux. Le thorax contient dans son intérieur les organes les plus essentiels à la vie : le cœur et les poumons; il a la résistance d'une boite rigide et Télasticité d'un soufflet, conditions éminemment favorables aux mouvements respiratoires et à la protection de Tappareil cardio-pulmonaire. On ne saurait apporter trop de soins à Tétudë du thorax; en eflfet, dit Sappey, « on chercherait vainement dans l'économie un appareil où Ténergie de la fonction soit aussi rigoureusement liée au volume des organes. Une poitrine largement développée accuse toujours des poumons volumineux, une respiration puissante, une circulation rapide, une nutrition active, un grand développement des muscles; elle annonce, en un mot, la plénitude de la vie et la vigueur de la constitution ».

La forme générale du thorax est variable selon qu'on l'examine sur le squelette ou sur le vivant revêtu de ses parties molles. Sur le squelette, il a la forme d*un cône dont la base est en bas et le sommet en haut. Sur le vivant, le thorax non dépouillé de son « entourage », représente aussi un cône, mais la base est alors en haut et le sommet en bas.

La cag'c thoracique messure, d'après.Testul, en hauteur en avant 12 centimèti>es, en] arrière -27, sur les cdtés de 30 à 34.

La face antérieure du thorax est constituée par le sternum, et par la série des cartilages costaux qui s'articulent avec lui. Les sept prenùères côtes s'articu-

lent directement avec le sternum, les autres n'arrivent pas jusqu'à lui et se fixent sur le cartilage de la cdte située immédiatement au-dessus. Les deux dernières cAtes, dites flottantes, se perdent dans l'épaisseur des parois abdominales et sont complètement indépendantes des autres.

La face postérieure présente sur la ligne médiane les apophyses épineuses, les apophyses traosvppses, les articul niions costo-vertébrales et les muscles des gouttières vertébrales.

Les faces latérales enfin sont constituées par les espaces intercostaux.

Le sommet du thorax est limité en avant par la fourchette sternale, en arrière par la première vertèbre dorsale. Son diamètre antéro-postérieur mesure 5 centimètres, le diamètre transversal 10 à 12.

La circonférence inférieure est formée en arrière par la douzième vertèbre dorsale, en avant par la base de l'appendice xiphoïde, sur les côtés par les dernières côtes. Son diamètre antéro-postérieur est de 12 centimètres, le transverse de 26.

Telle est, brièvement résumée, la configuration extérieure du squelette du thorax. Inutile d'ajouter que la forme générale de cette cavité, ses dimensions, varient selon certaines conditions très nombreuses, se modifiant suivant Tindividu, le sexe et Tâge.

Chez le fœtus, le thorax est développé dans le sens antéro-postérieur pour loger le thymus et le cœur. Ses diamètres transverses sont peu considérables, car à ce moment les poumons, qui n'ont pas encore respiré, présentent un faible développement.

Chez Tenfant, les poumons augmentent de volume; aussi la cage thoracique s'agrandit pour se prêter à cette ampliation.

Chez le jeune homme, la poitrine gagne encore en capacité jusque vers l'âge de trente à trente-cinq ans.

Enfin chez le vieillard, les cartilages costaux s'ossifient, les articulations des côtes jouent avec moins de souplesse, le thorax, dans sa totalité, devient rigide. C'est le diaphragme seul qui produit le mouvement respiratoire à cette période extrême de la vie.

Le thorax est beaucoup moins développé chez la femme que chez l'homme ; en outre, il présente chez cette dernière des déformations qui tiennent à l'usage immodéré du corset. A ce propos, nous allons entrer

dans quelques détails. D'abord il est utile de faire remarquer que tous les torses féminins sont loin de se ressembler, mais peuvent se rapporter à deux types principaux que Tart grec a idéalisés dans la Vénus de Milo et la Vénus de Médicis. Dans la première, la poitriue se rapproche beaucoup, comme forme générale, de celle de l'homme. C'est le thorax librement développé. Le galbe du torse sur les parties latérales offre une ligne presque droite. Les seins ont Taspect de deux demisphères.

Dans la Vénus de Médicis, au contraire, la ligne courbe des épaules en arrière, vient s'unir en avant à la ligne également courbe de la poitrine ; ce qui revient à dire que le plus grand diamètre antéro-postérieur du thorax correspond à la partie moyenne du sternum. La ligne qui unit la poitrine aux hanches, sur les parties latérales, est excessivement courbe. Les seins ont une forme pyriforme.

Ce sont ces différentes dispositions qui donnent à la taille cette minceur que les femmes, plus par coquetterie que par réel sentiment du beau, ont cherché à obtenir par des corsets extrêmement serrés. Aussi qu'est-il résulté de cette pratique? C'est qu'un thorax bien développé est chose plus rare encore aujourd'hui chez la femme que chez l'homme. Ce qu'on rencontre, au contraire, dans les villes surtout, c'est la disposition exagérée de la forme du thorax de la Vénus de Médicis, à savoir des épaules et des seins assez développés, des hanches très larges et un rétrécissement énorme de la poitrine, qui commence souvent vers la huitième ou neuvième côte.

Le corset, qui est d'un très ancien usage, puisque déjà les jeunes filles romaines serraient leurs poitrines avec de larges bandes, dites pour cette raison « bandes mammaires » (Bouvier), ne doit pas être absolument

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proscrit, seulement il doit être bien fait. Il ne doit pas façonner la taille, mais se mouler sur elle. Il ne doit pas descendre trop bas, ni remonter trop haut. Qu'il soutienne les seins, qu'il comprime très légèrement les parois abdominales, qu'il ne gêne pas les mouvement du thorax, et il remplira toutes les conditions exigées par l'hygiène.

Au contraire, le corset trop serré produit des résultats déplorables. On observe une diminution du diamètre transversal de la poitrine, qui revêt alors la forme d'un baril, ainsi que l'a noté Cruveilhier.

D'autres fois la constriction se fait plus haut et les côtes inférieures sont déjetées en dehors. Tous les organes de la cavité abdominale subissent aussi la fâcheuse influence d'un corset trop serré. Les poumons sont refoulés en haut et l'hématose devient plus difficile. Le cœur est gêné dans ses contractions. L'estomac ne trouve plus de place suffisante; aussi les digestions sont-elles mauvaises. La rate n'occupe plus sa position normale. Enfin, le type respiratoire costal supérieur, universellement admis chez la femme et indiqué comme un mode physiologique particulier de respiration chez elle, n'est dû qu'à l'usage du corset. Je ne suis pas éloigné de croire que le corset, par le fait de l'hérédité, n'a pas peu contribué à produire cet amoindrissement de la cage thoracique qui tend à s'accentuer de plus en plus de nos jours et qui a été constaté par les médecins militaires, spécialement destinés à examiner les jeunes recrues. Je suis convaincu que l'usage immodéré de la bicyclette, à cause de la tenue qu'elle exige, Tautomobilisme sous toutes ses formes, le corset, ne tarderont pas à produire des thorax de plus en plus étroits, qui n'auront aucune ressemblance avec ces torses admirables que l'art antique nous a laissés. Et cependant, on ne saurait trop le répéter, un beau développement de

poitrine est chez l'homme, comme du reste chez tous les animaux, un signe de force et de résistance vitale.

La gymnastique doit avoir pour principal objectif de développer chez Tenfant la cage thoracique. Il ne faut pas oublier, comme le dit très justement le docteur Tissié, que lenfant est autant « une vésicule pulmonaire qu'un tube digestif ». Songer chez lui à faire du muscle alors que le squelette est encore en pleine période de développement est une erreur considérable. Agrandissez au contraire la poitrine par les exercices simples, naturels, les jeux, la marche, la course. Faites travailler surtout le train inférieur de manière à agir d'abord de dedans en dehors, c'est-à-dire à développer, premièrement le poumon, ensuite les muscles.

Chez tous les animaux que Thomme a voulu transformer en races supérieures en leur donnant en même temps la puissance, c'est toujours le thorax qui a été l'objet de la recherche des plus grandes modifications. Ainsi, chez le chien, le taureau, le cheval, ce qui frappe toujours, dans les plus beaux spécimens, c'est l'énorme développement de la poitrine. De toutes les dimensions, c'est ordinairement la largeur qui a été le point le plus recherché. Exception pourtant est faite pour le cheval de course où les grandes dimensions antéro-postérieures du thorax étaient indispensable pour obtenir la vitesse.

Il est même curieux de constater avec quelle facilité on élargit la cage thoracique chez les jeunes animaux qui se prêtent mieux que l'homme au « dosage » de la nourriture et de l'exercice. Ainsi, pour le chien, rien n'est plus aisé que d'augmenter les diamètres transversaux de son thorax; il suffit, dès son plus jeune âge, de lui donner beaucoup de viandes, des phosphates, qu'il trouve dans les os de veau principalement, qu'on le laisse ronger, en même temps qu'on le soumet à un exercice régulier, consistant à courir derrière une voi-

ture OU un cavalier. J'ai pu, par ce moyen, obtenir quelques types de chiens assez remarquables, qui ont obtenu des prix dans différentes expositions. Je citerai, entre autres (*), Bob, grand danois, âgé de quatre ans, pesant 150 livres, ayant 0,90 centimètres de taille et 1 mètre de tour de poitrine; Jtinon II f, pesant 142 livres et mesurant 0,95 centimètres de poitrine ; tous deux sont doués d'une force prodigieuse; enfin, Dagmar, qui, quoique moins haute et moins lourde que les deux premiers, est néanmoins excessivement musclée.

Chez le cheval aussi, la cage thoracique est on ne peut plus sensible à l'action de la nourriture et de Texercice. 11 faut donc au poulain beaucoup d'avoine et, comme adjuvant, la vie en plein air. Le jeune cheval ne doit rester à Técufie que dans les heures les plus chaudes de Tété, et pendant Thiver, la nuit. Il doit être exercé tous les jours et la difficulté consiste à le laisser errer librement dans les pacages et à Téduquer. C'est là une méthode mixte assez embarrassante à mettre en pratique. Ma pouliche Olga, née chez moi, a été élevée dans les conditions que j'indique; elle est âgée d'un peu plus d'un an et a 1 m. 80 de tour de poitrine.

Donc le mouvement nutritif intense qui se produit chez les jeunes sujets, sous l'influence de l'alimentation et de l'exercice et qui fait sentir ses effets principalement sur la cage thoracique, nous montre par cela même que toutes les fois que la nourriture et la gymnastique seront insuffisantes, il en résultera une diminution notable dans l'accroissement du thorax. Ceci est de toute évidence pour les ruminants, du moins en ce qui concerne la nourriture. Seuls, je le répète, les bovidés supportent mieux la stabulation que les autres ani-

(') Voir au chapitre : Entraînement comparé, pages 64 et 65, les portraits des chiens.

maux et, pourvu qu'ils aient une forte alimentation, le thorax s'élargit quand même. Au contraire, s'ils ont une nourriture faible pendant leur jeune âge, la poitrine ne se développe pas, quelles que soient du reste leur race et leurs performances.

Si les conditions d'hygiène dans lesquelles vivent les enfants ou les jeunes animaux sont par trop défectueuses, si le sevrage est prématuré, Taération et « l'insolation » nulles, il se produit non seulement des arrêts de développement du thorax, mais même des déformations. Les côtés présentent une concavité externe, des nodosités (chapelet rachitique) se montrent au niveau de Tunion du cartilage et de Tos. Le cœur et le poumon ne peuvent se développer librement ; on voit d'ici quels fâcheux effets l'organisme doit ressentir de cette disposition. La taille diminue, les membres restent grêles, en un mot c'est l'arrêt de développement avec tout le cortège de la misère physiologique aboutissant à l'atrophie des races et à la tuberculose (').

(') On clferche aujourd'hui, avec obstination, le remède certain contre cette maladie. Le Irouvera-t-on ? Il faut Tespérer. En tous cas, cela n'empêche pas que la phtisie soit de plus en plus fréquente. Autrefois, à la campagne, on ne voyait pas ou presque pas de tuberculeux. Maintenant, mes confrères et moi avons constaté la grande fréquence de celte maladie chez les ruraux, et remarqué que dans nos climats, traitée à domicile, elle peut avoir une marche lente et insidieuse, mais ne guérit jamais. C'est que la tuberculose est une « graine » de notre civilisation. Elle indique la dégénérescence de la race, qui se manifeste surtout par la diminution des diamètres de la poitrine. Comment veut-on qu'un poumon puisse aisément fonctionner dans un thorax qui a à peine 0,75 cent, de circonférence à sa partie supérieure? Les principales causes qui, selon moi, ont contribué à produire cet amoindrissement thoracique, sont les suivantes :

lo La facilité des nouveaux moyens de locomotion ; on ne marche plus assez aujourd'hui. Les allures vertigineuses des chemins de fer et des automobiles font prendre en pitié le pédestrian qui, en hygiéniste eten admirateur de la nature, fait lentement une étape ;

2o Lémancipation Ad^t{;e du jeune homme, l'alcoolisme, le tabagisme, etc.

30 Le mariage accompli sans aucun but de sélection de la race ;

40 La bicyclette. — Oui, la bécane! Dussé-je m'atlirer les foudres de la

Je ne terminerai pas ce qui a trait au thorax sans faire la remarque médicale suivante : j'ai observé que les sujets qui avaient une cage thoracique très développée et dont Tampliation n'était pas du reste en rapport normal avec leur force, leur poids ou leur taille, devenaient plus souvent que les autres emphysémateux et présentaient fréquemment les signes de la bronchite chronique. Quelques-uns de mes confrères m'ont dit avoir aussi noté ce fait. L'explication de ce phénomène est difficile k donner. Cela tiendrait-il à une moindre résistance du poumon? au volume exagéré de la colonne d'air qui circule dans les alvéoles? ou bien cela dépendrait-il de ce que les personnes qui ont un large thorax, se sentant d'ordinaire vigoureuses, font plus d'efforts que les autres? Ne peut-on pas dire aussi que chez les sujets dont le thorax est très large à sa base, le diaphragme ne présente plus sa voûte normale, il se contracte avec moins de facilité, « la capacité respiratoire n'est plus en rapport avec la quantité d'air introduite »? Car il ne faut pas oublier, ainsi que je l'ai déjà dit dans ma thèse, d'après Marey, que la capacité respiratoire s'obtient surtout et presque exclusivement par une excursion plus étendue du diaphragme.

moitié du genre humain, tout en reconnaissant les services qu'elle peut et doit rendre dans de certaines conditions, la bicyclette, par suite de Taltilude voûtée quelle comporte, par suite aussi de la tendance à la vitesse exagérée qu*ont ceux qui se livrent trop passionnément à ce sport, par la sudation continuelle qu'elle provoque sur le corps fouetté par Tair, devient une grande cause d'atrophie thoracique et je ne doute pas que ces avaleurs de poussière et de kilomètres ne fournissent un terrain éminemment favorable au développement du bacille de Koch !

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