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CHAPITRE XIX

APERÇU d'esthétique

De la laille de Tbomme la plus avantageuse pour Iss exercices physiques.

Conditions accessoires qui contribuent à la beauté de Tensemble.

Du cou, de répaule, du thorax, de Tabdomen.

Des extrémités inférieures. Du pied.

Résumé.

De même que pour le cheval on a décrit un type de beauté parfaite, qui résulte surtout de la taille, de la largeur du thorax, de la juste proportion des leviers osseux, de la grosseur des muscles; de même nous donnons, pour Thomme, une sorte de schéma esthétique pour représenter les qualités physiques qu'il faut ou posséder, ou chercher à acquérir par lentrainement pour se rapprocher le plus possible du type idéal complet, pour avoir « le bel animal humain ».

La taille qui convient le mieux pour tous les exercices physiques varie entre 1"72 et 1"78. Au-dessous, on est trop petit, au-dessus trop grand. Les plus beaux spécimens que j'aie vus avaient tous à peu près cette stature. Parmi les plus remarquables, j'ai déjà cité : Paul Mounet, le D' Martinet, M. de Lapouyade, Paul Magisson et le prince San-Marin.

Le poids doit varier entre 150 et 190. Si on pèse davantage, c'est qu'il y a presque toujours de la graisse, ce n'est donc plus alors le muscle qui donne le poids, mais le tissu adipeux^ véritable surcharge tout à fait inutile à l'organisme.

Je ne ferai que signaler les différentes parties du

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corps, sur lesquelles évidemment Tentralnement ne peut rien, mais qui ont besoin cependant d'avoir une certaine harmonie, pour concourir à la beauté de l'ensemble. Les cheveux doivent être châtains ou noirs. II est rare de voir un hercule blond, de même qu'on ne remarque guère sur les hippodromes un pur sang de couleur blanche. 11 y a pourtant des exceptions h cette règle puisqu'en l'année 1900, Semendria, une jument de robe grise, appartenant au baron de Shickler, a gagné le grand prix de Paris. C'est peut-être la première fois que le fait a été constaté.

Des sourcils bien dessinés, très écartés, s'harmonisent admirablement avec un œil grand, bien ouvert. Il faut que les dents soient saines, car si elles sont mauvaises, elles déforment la bouche et rendent la mastication difficile. L'oreille ne doit pas être trop incorrecte; loreille parfaite est une rareté ; les anatomistes savent combien il est difficile de trouver même la conformation régulière pour la représentation d'une figure (Poirier). Il faut que le nez soit régulier, les narines assez larges; quand leur ouverture est étroite, on est moins apte à bien courir. Le même fait s'observe encore chez le cheval et le véritable a buveur d'air » a les naseaux w larges comme la gueule du lion ». Du reste, la petitesse du nez est un signe de dégénérescence de la race, ce qui faisait dire à de Saint-Germain d'un air désespéré : « Les nez s'en vont! ».

La peau, chez le « pur sang humain », est souple, mince, sans poil ; c'est une erreur de croire qu'une peau velue soit un indice de force. D'après mes observations, ce serait l'inverse, pour notre race tout au moins. Nos ancêtres les Gaulois, qui étaient pour la plupart remarquablement beaux, avaient une haute taille, beaucoup de muscles, la peau blanche comme du lait et presque pas de poils sur la surface du corps.

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Le cou doit être gros, pas trop court, de forme triangulaire h cause de la proéminence du larynx, toujours plus ou moins volumineux, et de la saillie, sous les téguments,«du faisceau sternal du muscle sterno-cléido-mastoïdien.

Un cou qui mesure 38 ou 40 centimètres, peut être considéré comme ayant un volume suffisant.

La partie supérieure du trapèze, chez un sujet très musclé, remplit complètement le creux susclaviculaire ; le cou, alors, parait solidement attaché aux épaules, ce qui dénote la constitution athlétique. Le cou est encore une des parties du corps humain qu'on rencontre bien rarement parfaite. On peut voir, à Taide de mes photographies, que j'ai essayé, par des exercices spéciaux, de réaliser tout au moins le type de la conformation régulière, surtout obtenu par le travail régulier de la voix.

L'épaule, pour être- belle, doit être recouverte par de gros muscles en avant et en arrière. C'est le muscle deltoïde qui donne à l'épaule sa forme arrondie. Chez les sujets peu musclés, l'épaule est très aplatie d'avant en arrière. La pointe de Tacromion fait une forte saillie en dehors. La i^lavicule proémine beaucoup en avant ce qui fait encore mieux ressortir la profondeur des creux sus et sous-claviculaires. En arrière, les fosses sus et sous-épineuses sont à peine masquées par les muscles, en un mot, c'est le squelette qui chez les atrophiés produit cette disposition anguleuse due à la saillie des os qui semblent percer à travers les téguments. Au contraire, chez les individus entraînés, toutes les dépressions sont ou comblées ou effacées par des muscles volumineux et alors l'épaule prend un aspect tout à fait caractéristique qui en fait une des plus belles parties du corps humain.

liC biceps, le triceps ne sauraient être trop dévelop-

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pés. Plus le bras est gros, plus il est beau. Il faut qu'il ait au moins 39 ou 42 centimètres de circonférence étant contracté. Il en est de même de Tavant-bras, dont les muscles bien saillants doivent dessiner, sous la peau, leur partie charnue assez bas, surtout en dedans. Dans mes observations, je trouve que les plus beaux avantbras mesurent de 30 ù 35 centimètres.

Les poignets ne doivent pas être trop petits : 18 à 20 centimètres; la main ne doit pas dépasser une moyenne grandeur, 19 centimètres dans son diamètre vertical. La forme de celte dernière est très variable selon les individus et sa force n^est pas toujours en rapport avec la puissance des autres parties du membre supérieur; ainsi on peut être fort des épaules, avoir un biceps vigoureux, des avant-bras solides, et une main faible, surtout lorsque les diamètres transversaux de celle-ci sont diminués. Le diamètre transversal normal est en moyenne de 10 à 11 centimètres.

Le thorax, dans son ensemble, aura une grande largeur; il n'est jamais trop développé pour que les deux appareils cardiaques et pulmonaires puissent fonctionner librement. En mesurant le thorax d*un sujet bien entraîné aux poids et à la gymnastique, je trouve 110 centimètres à la partie supérieure sous les aisselles et 100 à Tappendice xyphoïde (thorax de P. Bailly).

Tous les muscles doivent faire des saillies sous la peau. En avant, ce sont les pectoraux. Dans les statues antiques, on s'aperçoit vite que ces muscles ne sont pas aussi volumineux que ceux que représentent ici nos photographies et dont celles-ci du reste ne donnent pas tout le relief; cela tient à ce que, chez les Grecs, on ne se livrait pas aux exercices capables de développer tel ou tel muscle, mais on exécutait des mouvements d'ensemble, afin de donner au 'corps une harmonie générale. On peut dire qu'avec la corde lisse, les barres

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parallèles^ et la poulie, on arrive à produire de véritables gytiécotnastes.

Kn arrière du thorax, les trapèzes, grands dorsaux, rhomboïdes, font également sur les sujets entraînés des reliefs remarquables. C'est le développement exagéré du grand dorsal et du grand dentelé qui donne à la poitrine cette forme triangulaire surtout observée chez ceux qui travaillent avec les agrès usités dans la gymnastique française.

Chez les sujets entraînés, bien musclés, la configuration de Tabdomen est tout h fait caractéristique. C'est cette forme qu^on retrouve dans toutes les statues antiques, particulièrement accentuée chez les gladiateurs et les athlètes.

Ainsi ce qui frappe le plus peut-être dans TAchille, FHéraclès Farnèse, le Laocoon, le « Canon » et le Diadumène de Polyclète, etc., c'est Ténorme proportion donnée aux muscles de l'abdomen.

Chez rhomme vigoureux, le muscle grand oblique en dehors, le grand droit en dedans, limitent une gouttière verticale terminée en bas par un méplat triangulaire. D'un autre côté, le grand droit présente des intersections aponévrotiques marquées à l'extérieur par des sillons transversaux. La partie du muscle comprise entre les intersections forme, au contraire, des saillies plus ou moins fortes selon les sujets.

Enfin l'absence complète de la graisse sous la peau donne à Tabdomen une forme qu'on ne retrouve plus guère aujourd'hui chez l'homme ne se livrant pas aux exercices physiques. Chez ce dernier, les muscles sont atrophiés et la forme du ventre est complètement modifiée par l'abondance de la graisse et la dilatation de l'intestin. Et ce n'est pas seulement l'esthétique qui en souffre, mais aussi la santé générale qui s'en ressent. En effet, la sangle musculaire ne soutenant plus les

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organes abdominaux, ceux ci se déplacent, se laissent distendre; il en résulte bientôt de ces troubles dyspeptiques observés si souvent chez les entéroptosiques et les dilatés, ainsi que Ta montré un médecin de Lyon, Glénat'd.

Pour le bassin et les membres inférieurs, c'est encore le muscle qui donne à ces parties la régularité et la beauté de formes qu'on ne rencontre que rarement. Les fessiers doivent être très développés, ce qui esquisse cette ligne gracieuse de la cambrure des reins; la cuisse, très musclée et ronde d'au moins, à sa partie supérieure, 55 à 60 cent, de circonférence. La cuisse plate est moins belle, mais est indispensable au cavalier. Il est presque impossible d'être solide à cheval avec une cuisse ronde.

La jambe doit être très musclée, mais pas trop grosse néanmoins, 37 à 40 cent, au niveau du mollet. Vue de loin, elle doit paraître presque un peu. grêle. D'ailleurs, chez presque tous les animaux, une jambe fine est un signe de race; l'homme ne fait pas exception à cette règle. Dans les sculptures anciennes, les discoboles et les gladiateurs ont une jambe plutôt effilée.

Le pied est d'une longueur d'environ 27 cent, chez l'homme. 11 est tout aussi disgracieux trop petit que trop grand. Dans les deux cas, ses dimensions anormales gênent lieaucoup dans différents exercices physiques. H doit être sec, c'est-à-dire présenter un relief bien accusé des tendons des muscles : jambier antérieur, extenseur commun, jumeaux, soléaire,et avoir une forte cambrure. Les pieds plats sont tout à fait défectueux au double point de vue de l'esthétique et de la fonction. Il ne faut pas que les phalanges soient déformées ou déviées. La seconde, dans un pied bien conformé, dépasse la première. Voilà le type de beauté et de force vers lequel doit tendre tout entraînement bien compris.

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Si j'avais maintenant à me résumer et s'il m était permis d'appliquer à Thomme les notions claires, précises et courtes qui servent à TArabe à ne pas égarer * son jugement dans l'appréciation des formes du cheval, je dirais qu'un homme bien conformé doit avoir :

« Trois choses grosses : le cou, les bras et les cuisses. C'est le signe de la force.

» Deux choses larges : le front et la poitrine. C'est le signe de l'intelligence et de la puissance de la vie. Dans une poitrine étroite, l'appareil cardio- pulmonaire n'est pas à son aise.

» Deux choses petites : les pieds et les mains, signe de distinction et de race.

» Une chose longue : les jambes. Indice d'une taille élevée ».

Toutes ces qualités physiques qui donnent à l'homme la perfection de la forme sont bien rarement réalisées chez le même sujet, surtout à notre époque. Aujourd'hui le cerveau a tué le muscle. Ses expansions phénoménales ont détruit l'équilibre qui aurait dû toujours exister entre l'esprit et le corps. Tout s'est ressenti du contre-coup; les santés ont été ébranlées; la taille s'est rapetissée, le sentiment du beau s'est perdu; les maladies nerveuses ont exercé leurs ravages, et rien n'indique où s'arrêtera cet amoindrissement physique.

II faut revenir aux pratiques des anciens, si nous voulons sauver la race de la décadence qui la menace. Il faut que la contemplation des lignes harmonieuses du corps humain soulève notre enthousiasme et que tout ce qui est beau, noble, grand, élevé, aussi bien en esthétique qu'en poésie, musique, sculpture, etc., fasse vibrer et palpiter nos cœurs !

On va voir par les quelques lignes qui suivent quelle idée les Grecs se faisaient de l'esthétique humaine et

comment surtout ils associaient toujours le physique et le moral.

« Tout ce qui, dans la taille et les traits de Thomme, annoncera Tagilité, Tadresse, la vigueur, le courage, des membres souples et nerveux, des articulations marquées, des formes qui portent Tempreinte d'une résistance ferme ou d'une action libre et prompte; une stature dont l'élégance et la hauteur n'aient rien de frêle, dont la solidité robuste n'ait rien de lourd ni de massif; une telle correspondance des parties Tune avec l'autre, une symétrie, un accord, un équilibre si parfaits que le jeu mécanique en soit facile et sur; des traits où la fierté, l'assurance sont peintes, des yeux où brille une Ame à la fois douce et forte, tout cela composera le caractère de la beauté mâle ».

Voilà donc le type de beauté et de force vers lequel doit tendre tout entraînement bien compris; c'est pour cela que je considère la gymnastique comme un ensemble de moyens destinés à réaliser cet idéal.

On fait aujourd'hui de louables efforts pour essayf.r de ranimer le sentiment du Beau ; je revendique l'honneur d'avoir toujours et partout tâché de faire pénétrer ce goût dans mon milieu.

J'ai vu avec plaisir qu'une ligue « l'Esthétique « s'était formée, dont les membres actifs doivent faire dans chacune de nos provinces des associations d'artistea destinées à prouver au public, « par des conférences, des concerts, des spectacles, des expositions, l'utilité de la Beauté et la place que chacun de nous doit lui réserver dans la vie, et révéler à la province les chefsd'œuvres inconnus ou simplement méconnus par elle »,

« Oh ! senso la bèuta, dé que sarié lou mounde? » « Oh ! sans la beauté que deviendrait le monde ? »

a dit le grand poète provençal de l'amour, Aubanel.

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