WANT-PROPOS
La « source iminédiate » et la a nature intime » du travail physiologique constitué par la contraction musculaire ont été Tobjet d'études très remarquables qui ont démontré que « l'énergie consacrée à la production du travail des muscles, a sa source principale^ sinon exclusive, dans la combustion du glycogène qui imprègne le tissu propre de ces organes » (Chauveau).
Les recherches de Laulanié, Ch. Richet, Demcny ont beaucoup contribué aussi à jeter quelques clartés sur ces questions très ardues de physiologie musculaire.
Donc en résumé : 1" Donner à Thomme une musculature puissante pour augmenter ses forces et bien les équilibrer; 2° remettre en honneur Tusage journalier de Teau froide, pour favoriser le fonctionnement de la peau; 3* rendre le corps robuste pour le délivrer de l'esclavage des passions; i^ améliorer la race qui dégénère; 5* cultiver la beauté physique autant que la force car, sans la plastique, Tart devient impossible; 6° consolider les santés pour prévenir les maladies ; 7** ajouter quelques nouveaux faits à la science de Tentraînement, qui n'est qu'une branche de la physiologie, comme la gymnastique est une branche de la médecine, tel est, en quelques mots, le programme que nous avons cherché à réaliser.
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L'art de la gymnastique remonte |)rosque à l'origine du monde. Les premiers hommes, en effet, devaient attacher une grande importance aux qualités physiques, puisque, dans leurs luttes incessantes contre les obstacles matériels qu'ils rencontraient à chaque pas, le pluïi fort était toujours celui qui résistait le mieux. Aussi prenaient-ils pour chefs et j)our arbitres les plus hauts de taille et les plus vigoureux. Mais ce n'est pas tout. Lorsque, après avoir assuré leur repos, par la domination de tout ce qui pouvait les gêner dans leur essor et leur développement, ils goûtèrent un moment de calme, ils durent chercher d'abord h se soustraire à l'ennui; aussi la danse, la lutte, l'art de lancer les flèches et le javelol, la natation, le saut, la course, occupèrent leurs loisirs. Parmi les peuples les plus anciens, ce sont les Chinois qui paraissent avoir tenu les premiers, en véritable estime, les jeux du gynmase. Chaque jour, ils se livraient aux exercices du corps, pour développer leur force et « éviter les maladies épidémiques ». Us avaient pour maxime un principe essentiellement vrai qui doit guider les règles de l'hygiène, aussi bien que celles de la morale : <« Le perfectionnement de soi-même, ou renouvelle-toi complètement chaque jour ; fais-le de nouveau et toujours de nouveau ». On trouve dans le Conq Fou (Traité d'hygiène gynmastique des Chinois), les différents mouvements qu'on faisait exécuter aux
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sujets en vue de combattre certaines affections. Le malade prenait toutes sortes de positions et d'attitudes; on le faisait respirer d'une certaine manière, et Tart consistait justement à choisir et à combiner ces méthodes, à les varier, selon le mal qu'il s'agissait de guérir. Dans l'Inde, la gymnastique étoit aussi beaucoup en honneur, seulement elle était surtout employée comme mode de traitement dans différentes maladies ; on recommandait surtout la percussion, le massage, les frictions. Chez les Grecs, la gymnastique était une « véritable institution nationale ». On n'exerçait pas son corps pour guérir les maladies, mais pour les prévenir. Les gymnases étaient fréquentés par la jeunesse qui se [>réparait là à tous les genres de triomphe. Celui qui n'était pas habile aux exercices physiques était déconsidéré, de sorte qu'il n'y avait point de citoyen libre qui n'eût fréquenté le gymnase. Les maîtres étaient de véritables artistes, qui exerçaient le corps non seulement pour lui donner de la vigueur, de la résistance et de la vitesse, mais encore de la symétrie et de Télégance. Voici le portrait que trace M. Taine d'un jeune (Jrec. u Même immobile et nu, il témoignait de ses exercices par la beauté de ses formes, sa peau brunie et affermie par le soleil, l'huile, la poussière, le strigile (^) et les bains
(*) Le strigile ou racloir servait en Grèce à enlever et à faire disparaître, en grattant, Phuroidité et les corps étrangers répandus à la surface de la peau par la chaleur du bain de vapeur ou les violents exercices du gymnase. Il était fait de fer ou de bronze, avait une poignée dans laquelle on pouvait passer la main (clausula), et une lame recourbée, creusée en canal (tubulatio) où pouvaient couler comme dans une gouttière Thumidité et la sueur que Tinstrument exprimait de la peau Quand on voulait s'en servir de manière à ne pas écorcher la peau, on en adoucissait les bords avec quelques gouttes d*huile. Celui qui avait pour mi^ion de manier le strigile s'appelait aliples. Il devait oindre et frotter le corps des athlètes d*huile et de sable fm mêlés, avant et après une lutte, ou celui des jeunes gens dans les écoles de gymnastique. Il devait aussi diriger et surveiller leur éducation et leurs exercices. (Anthony Rich, Dicl. des anliqiiités romaines et grecques, Paris, E. Didot, 1860).
Iroids, ne semblait point déshabillée, elle était accoutumée à Tair; à la voir, on la sentait dans son élément. Certainement elle ne frissonnait pas, elle ne présentait pas de marbrures et de chair de poule, elle était un tissu sain, d'un beau ton, qui annonçait la vie libre et niàie ».
Les gymnases d'Athènes étaient au nombre de trois. C'étaient de vastes édifices construits hors de la ville, entourés de jardins et de bois sacrés, décorés par une quantité de statues. On y trouvait des pièces spacieuses pour tous les genres de mouvements, d'autres pour les bains ; car chez les Grecs, le strigile et l'eau froide étaient le complément indispensable de tous leurs exercices. Le directeur du gymnase s'appelait gymnasiarque. Le gymnaste, lui, était chargé d'indiquer à chacun, selon son âge et sa constitution, la nature des exercices qui lui convenaient. Le pédotribe enseignait le détail mécanique des mouvements et faisait manœuvrer les jeunes athlètes. C'étaient surtout la course, la lutte, le pugilat, le pancrace, le disque ou palet, le saut, le pentathie qui étaient en honneur. Ce sont ces exercices qu'on célébrait dans les jeux olympiques qui duraient cinq jours et recommençaient tous les quatre ans. On se réunissait de tous les points de la Grèce, soit à Olympe, soit à Delphes, pour assister à celte solennité. Tout le monde avait le droit de descendre dans l'arène pour y disputer le prix. Les rois eux-mêmes venaient y faire briller leur courage et leur force. Le vainqueur des jeux recevait une couronne de feuillage et était porté en triomphe. On le ramenait chez lui, en faisant une brèche aux murs de la ville. On l'exemptait de tout impôt, on lui donnait des titres honorifiques ; on le nommait chef d'armée et l'histoire rapporte que Milon de Crotonc conduisit ses concitoyens au combat. Ce qu'il y a de bien remarquable dans l'éducation physi-
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que des Grecs, des Spartiates en particulier, c'est que les filles elles mômes étaient admises aux mêmes exercices que les hommes. On comprenait, en effet, qu il était impossible d'obtenir de beaux produits si les deux sexes ne concouraient pas également au même résultat. Nous reviendrons plus loin sur cette idée, si importante au point de vue de la régénération des races. Aristophane nous dit qu'elles faisaient des « sauts violents o, des u bonds de biche », des courses précipitées, où « pareilles à des poulains et les cheveux flottants, elles fout voler la poussière ». Elles chantaient, dansaient presque nues devant les jeunes gens : « La nudité des filles n'avait rien de honteux; leur vertu leur servait de voile ».
Les Romains, qui se soucièrent beaucoup moins de la beauté et beaucoup plus de la force, s'occupaient surtout de gymnastique militaire. Les soldats étaient dès leur jeune âge exercés au métier de la guerre; on les entretenait à la marche et à la course. On faisait pour les jeunes recrues des armes d'un poids extraordinaire qui ne servaient qu'aux exercices, afin que plus tard les véritables armes leur parussent légères malgré leur pesanteur. On leur enseignait à sauter, ù nager, à lancer des javelots, à se servir de Tépée, de la lance, de la fronde, à monter à cheval, à sauter tout armés sur un cheval du côté droit ou du côté gauche.
Le moyen âge nou^ offre quelques vestiges des institutions grecques et romaines au point de vue de la glorification de la force [xliysique; ses tournois, oii le plus vigoureux jouteur était récompensé par des mains chères ou royales et salué par l'enthousiasme des populations, nous rappellent jusqu'à un certain point les jeux de l'antiquité. L'analogie est encore plus complète si Ton rapproche les exercices des soldats romains de de ceux de notre jeune noblesse pendant les siècles de
chevalerie. Voici, par exemple, comment s'entraînait un chevalier doué, dit-on, d'une force prodigieuse : « 11 s'exerçait surtout à monter à cheval, à sauter sur un coursier sans étrier. D'autres fois, il allait et courait pour s'accoutumer à avoir longue haleine. D'autres fois, il férissait d'une cognée et d'un mail, grande pièce* et grandement ». Il montait au revers d'une grande échelle « tout au plus hault » sans toucher des pieds, mais seulement des deux mains ensemble, d'échelon en échelon, armé d'une cotte d'acier.
Depuis le moyen âge jusque vers la fin du xvn' siècle, la gymnastique a été graduellement délaissée (*). A cette époque, un médecin émincnt, Mercuriali de Vérone, la préconise de nouveau dans un livre devenu célèbre. Ce livre reste comme le trait d'union entre la gymnastique antique et la gymnastique moderne. Après lui, le D*" Audry, le IV Tissot, en France, et divers autres savants en Allemagne, la recommandèrent, mais ne réussirent pas à persuader leurs contemporains de rimmense utilité des exercices réglés. Cependant on n'avait pas cessé d'enseigner l'escrime, Téquitation, la natation, etc. Le seul but que l'on se proposait alors était moins de former l'homme selon sa double nature physique et morale, ainsi que le disait Platon, quTî de lui faire acquérir la vigueur corporelle et de le mettre en état de combattre corps h corps.
Toutefois, l'impulsion otnit de nouveau donnée k la science des mouvements. Les travaux des médecins que nous venons de nonimer ne devaient pas rester stérile^!. Luther, avant eux, avait dit: « 11 est essentiel que la jeunesse se livre à la musique et aux nobles jeux de la
(') Nous empruntons la plupart de ces détails historiques au rapport présenté k S. Exe. M. le Minisire de l'instruction publique, par M. le D^ Flillairet, au nom de la commission de gymnastique. 12 mars 1869, Bulletin adminislralif du ministère de V instruction publique.
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chevalerie ; la musique chasse les chagrins et la mélancolie, la gymnastique produit, au contraire, une membrure forte et robuste tout en entretenant le corps 6 Ictat de santé; elle peut empêcher la jeunesse de s'abandonner ù la paresse, à la débauche, à la boisson et au jeu ». La parole de Luther, répétée et transnûse par ses disciples, les préceptes si sages de Montaigne frappèrent, en Allemagne, quelques bons esprits dont Tunique pensée était portée vers l'éducation de la jeunesse et bientôton vit se fonder quelques établissements tels que celui de Basedow de Dessau, qui avait été devancé par Pestalozzi, eii Suisse, en sorte que Ton peut dire que l'Allemagne et la Suisse sont le berceau de la gymnastique moderne.
Dans le dernier quart du xvni* siècle, Pestalozzi, le premier en Europe, fit concourir la gymnastique à l'éducation de la jeunesse dans son institution d'Iverdun, en Suisse; il a devancé sous ce rapport tous les gymnasiarques modernes, comme il les a devancés par l'époque de sa naissance : il était né en !745. L'exemple de Pestalozzi inspira des professeurs spéciaux de gymnastique tant en Suisse qu'en Allemagne.
Le plus célèbre de ce temps là est Gusmullvs, qui, né en t739, suivit de près l'instituteur d'Iverdun. En 1786, il créa avec Salzmann un gymnase en Saxe, à Schnepfeuthal, et quelques années après, en 1793, publia le traité de gymnastique moderne, traité complété, mais non effacé, par ceux qui lui ont succédé.
Quand ce livre parut, la Suisse, l'Allemagne, possédstient plusieurs établissements où la gymnastique était enseignée comme à Schnepfeuthal. Ils se multiplièrent encore après la publication du traité de Gusmuths. Mais jusqu'à la fin du dernier siècle, aucun autre pays de l'Europe n'imita la Suisse et l'Allemagne.
En 1799 seulement, le gouvernement danois institua
à Copenhague un gymnase dirigé parNatchtigall. Ainsi quand s'ouvrit le xix* siècle, trois Etats en Europe étaient seuls pourvus de gymnase : c'étaient la Suisse, TAIIemagne et le Danemark. On peut appeler première période de la gymnastique moderne celle qui comprend les vingt-cinq dernières années du xvm* siècle, et les hommes à qui Ton doit cette renaissance de la gymnastique forment la première génération des gymnasiarqnes modernes.
La deuxième période correspond au premier quart de notre siècle. Elle est occupée par la deuxième génération des gymnasiarques. Celle-ci se personnifie en quelque sorte en quatre professeurs qui peuvent représenter tous les autres : Ling, Jahn, Clias et Amoros. Ils étaient tous quatre contemporains. Ling était né en 1777, Jahn en 1778, les autres vers le même temps.
Chacun d'eux eut son cachet particulier.
Jahn, voulait faire de la gymnastique un moyen de propagande et d'émancipation des peuples. Après avoir contribué avec ses disciples, en 1813, à Taffranchissement de TAllemagne qui subissait notre joug, il voulut aussi la délivrer du despotisme de ses gouvernements nalionaux. 11 fiait par se faire emprisonner ; le gouverment prussien ferma tous les gymnases.
Le premier gymnase de Jahn fut ouvert en 1810. Son but était le rétablissement de 1 équilibre entre les forces du corps, tout en rendant à la « nature intellectuelle la vie physique qui lui manque » ; sa devise était: « Liberté, autonomie, gloire de la patrie ». Dans un traité de gymnastique allemande, il cherche h démontrer Tinfluence de la gymnastique sur la formation du corps et de 1 ame; sur le développement de rintelligenco et de la force de volonté d'où naissent toutes les vertus. Sa gymnastique était pourtant toute militaire etathléti([ue. Ses préceptes furent enseignés par plusieurs de ses
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élèves, ïliselen, Friezen, etc., etc. ; mais il eut de vigoureux antagonistes et entre autres le professeur Kneusen, qui nièrent que sa méthode put jamais contribuer au développement intellectuel et moral de la jeunesse.
Ce fut en 1819 que tous les gymnases de la Prusse furent fermés à la suite de l'attentat de Georges Sand ('), dans lequel Jalin fut à tort impliqué. Ils ne se rouvrirent qu'en 1828.
Le premier, dirigé par Maszmann, élève de Jahn, fut institué à Munich, par les soins du gouvernement bavarois. En même temps, le docteur Klumpf fut appelé h diriger les gymnases de Stuttgard, et plus tard, en 1810, un autre gymnase s'ouvrit à Dresde, sous la direction de Verner, dont la gymnastique, par trop théâtrale et charlalancsque, ne devait pas avoir grand succès. L'ouvrage de Lorinzer : « Protection de la santé dans les écoles >) et celui de Koch contribuèrent à la répandre dans toute TAIlemagne. Ce fut seulement en 1842 que le roi Guillaume IV décréta de nouveau l'enseignement de la gymnastique en Prusse, et appela Maszmann de Munich à diriger le grand établissement de Bei'lin. Dès lors la gymnastique continua h se développer régulièrement et progressivement en Allemagye ; elle y devint obligatoire. La Saxe comptait, eu 1848, cent-cinquante établissements.
Ling était un étudiant de l'Université d'Cpsal. En 1801, à la bataille navale de Copenhague perdue par les Danois contre les Anglais, il y contracte une impotence du bras droit, dont il se guérit en faisant des armes. Il étudia alors l'anatomie et la physiologie, montra les ressources que la gymnastique peut fournir à la médecine et enrichit l'art de guérir d'une branche nouvelle la kinésiihérapie.
(') Assassinat de Kotzebiie.
Branting, élève de Lîng, lui succéda à Stockholm et continua son œuvre. Clias (de Berne), publia en 1816 son premier ouvrage, résumé de renseignement auquel il se vouait déjà depuis plusieurs années.
C'est Vers la même époque, en 1816, qu'Amoros dirigeait aussi à Madrid un gymnase. Avec Clias il fit tous ses efforts pour propager la pratique de la gymnastique soit militaire, soit pédagogique.
Dès lors, la gymnastique est importée en Angleterre, •en Allemagne, en Russie et même en Amérique, où de nombreux gymnases se fondent à New- York, Philadelphie, etc.
La France ne resta pas en retard dans cette renaissance de l'enseignement gymnastique. En 1780, Tissot, dans un livre remarquable, donne Texplication de tous les mouvements, montre leur influence sur le développement du corps et crée des exercices qui sont devenus classiques, parmi lesquels ceux que Ton fait exécuter à la barre à sphère.
A partir de cette époque la gymnastique tomba en France dans loubli jusqu'à ce que les deux gymnastes célèbres dont nous avons déjà parlé (*) fussent venus à Paris.
Amoros fonda, avec l'assistance du gouvernement à Paris, un gymnase d'où sortirent des élèves remarquables que Ton compte parmi les maîtres les plus distingués : Laisné, le colonel d'Argy, le capitaine Vergues, le capitaine de Féraudy.
Amoros et Clias sont en quelque sorte les maîtres de l'Ecole fran(,*aise.
Plus tard, le colonel d'Argy et Laisné furent chargés de l'organisation de l'école de gymnastique militaire de la Faisanderie. De 1819 à 1834 les médecins, les savants,
(•) Amoros et Clias.
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ne restèrent point étrangers au progrès qui s'opérait dans l'éducation de la jeunesse. Parmi les travaux les plus remarquables il faut citer le trailé de gymnastique de Londe, le livre de Daily, le traité de gymnastique de Laisné et Barthélémy Saint-Hilaîre. En outre, les travaux de Royer-Collard, Bouchardat, Tardicu, Michel Lévy, etc.
Malgré la grande impulsion donnée à la gymnastique par ious ces travaux, malgré les nombreux gymnastes qui se sont dressés dans les grandes villes, à Paris surtout, on peut dire que la gyninasti([ue n*est pas encore entrée dans nos mœurs. Il n'existe, à mon avis, qu'une école où l'on fasse de Tentraînement gynmastique véritable, c*est l'école militaire de la Faisanderie. Mais encore \h l'entraînement n'cst-il pas complet, car la nourriture est insuffisante, le travail imposé aux hommes parfois exagéré. Néanmoins les résultats obtenus sont remarquables ainsi que le démontrent les recherches de MM. Chassagne et Daily (Influence précise de la gymmastique sur le développement de la poitrine, des muscles et de la force de l'homme). Notre ami, M. Fauvel, capitaine instructeur à la Faisanderie, qui, luimôme, était très entraîné aux poids, nous parlait souvent de ce qu'il arrivait à obtenir de ses élèves. A la Faisanderie on fait un peu de tout. « La série des exercices comprend, disent MM. Chassagne et Daily, des mouvements d'assouplissement préliminaires sans instruments, puis avec le fusil utilisé à la manière des haltères longues; les courses de fond et de vitesse, avec et sans obstacles, en tenue de gymnase et en tenue de campagne; les exercices aux agrès, barre fixe, barres parallèles, cordages et agrès, escalade du mur de la redoute, le fusil en bandoulière; et enfin le bâton, la canne, la boxe ».
11 existe actuellement en France, dans les grandes
villes, de nombreuses Sociétés de gymnastique. Je crois que la plupart n'ont pas réalisé ce qu'on était en droit d'attendre d'elles. Elles manquent presque toujours d'une bonne direction. Les exercices acrobatiques qui les jours du concours étonneront le plus la foule sont cultivés aux dépens des autres.
Une réelle impulsion a été donnée à la gymnastique, surtout dans ces dernières années. Le mouvement a commencé vers 1870. M. J. Simon en particulier fit beaucoup d'eflforts pour faire pénétrer la gymnastique dans l'éducation de la jeunesse. 11 préconisa le tir, l'équitation, l'escrime, la natation, etc. Depuis cette époque, les gouvernements qui se sont succédé ont rédigé des programmes, nommé des commissions, mais sans arriver à rien de bien précis, car, ainsi que le fait observer très justement le D*" Tissié, on ne peut obtenir des résultats sérieux qu'en confiant à des médecins la direction dos mouvements qui doivent s'appuyer sur la physiologie musculaire. (Voir dans la Revue scientifique ^ les numéros des 31 mars, 7 avril et 12 mai 1900 : YEducation physique en France, par le D' Philippe
Depuis dix ans la gynmastique est entrée dans une ère nouvelle. On l'a rendue obligatoire dans les lycées et collèges, on a créé des gymnases municipaux; elle est devenue moins athlétique et plus pédagogique, plus rurale en un mot. L'établissement de concours, de lendits ont stimulé la jeunesse et lui ont donné le goût des jeux en plein air. Tout cela est très bien. Mais sitôt (|ue le jeune homme a quitté le collège ou le lycée, conlinue-t-il à se livrer aux exercices physiques, persiste-t-il à s'entraîner, fait-il du « non vivere, sedvatere », une maxime d'hygiène qui doit le diriger toute sa vie? Cette religion, cet entretien de la beauté physique qu'on a essayé de lui inculquer les garde-t-il plus tard au
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milieu de la société, du souci des affaires et de la famille? Bien rares sont ceux qui persévèrent et qui pensent que le gymnase est un temple où la nature éminemment perfectible de Thomme se retrempe jusqu'aux limites extrêmes de la vie.
A Paris, comme dans les autres grandes villes, il y a à Theure qu'il est de nombreux gynmases où se rencontrent tous les agrès nécessaires, des appareils à douche très bien installés, des piscines splendides ; il y manque deux choses : lenthousiasme et la conviction.
11 y aurait ingratitude de notre part, en finissant cet historique, à ne pas dire un mot du gymnase, hélas ! aujourd'hui disparu, où nous avons commencé à nous entraîner. Cet établissement, situé en face de l'ancienne Sorbonne, était dirigé par M. Fournier dont le nom seul évoquera bien des souvenirs chez ceux par qui j'aurai l'honneur d'être lu et qui étaient de mon époque. C'est là qu'artistes, médecins, avocats, hercules, se réunissaient pour s'entraîner et rivaliser de valeur. Parmi ceux qui se sont le plus illustrés, je citerai : le D' Martinet, qui, le premier, m'a inculqué le goût de la gymnastique. Ancien interne des hôpitaux, le D"" Martinet était d'une beauté de formes bien rarement rencontrée depuis ; Paul Bailly, avocat, athlète remarquable et surtout parfaitement entraîne; Çaul Mounet, de la Coïnédie-Française, à la stature si élégante; Magisson, un jongleur éméritc de poids de 20 kilos; Strehly, professeur dans un lycée de Paris, équilibriste distingué; Tournier, très fort aux grosses haltères; Louis Thomassin, dit « de Lyon », hercule, professionnel d'une vigueur incroyable; Charles le Marin, qui soulevait un gros bœuf suspendu par les pieds; Lehoux, artiste peintre, sans égal à la barre fixe ; le capitaine Fauvel, dé la Faisanderie, très entraîné aux poids, etc.
J'en passe beaucoup sous silence et non des moindres.
A tous je suis heureux de pouvoir dire ici que c'est toujours avec un grand bonheur que je me rappelle ces heures passées ensemble au gymnase, dans Tardeur, la fougue et Tenthousiasme de la jeunesse. Ils savent, tous ceux qui ne m ont pas perdu de vue, combien j'ai vraiment vécu et persévéré avec toute la foi d'un apôtre dans la pratique de cette gymnastique que nous avons cultivée et aimée et à laquelle peut-être, je suis demeuré le plus fidèle.
De l'Enth. 3